La création de la Croix de Victoria canadienne

La Croix de Victoria canadienne a été officiellement approuvée en 1992. Voici comment la médaille est fabriquée, en métal et selon certaines règles.

Photo : Direction - Histoire et patrimoine,
ministère de la Défense nationale

Des récipiendaires canadiens de la Croix de Victoria lors des célébrations du centenaire de la décoration en 1956, notamment (de gauche à droite) : Alexander Brereton, David Currie, Raphael Zengel, Charles Train, Thomas Dinesen, Filip Konowal, John Kerr, George Mullin, Coulson Mitchell, George Pearkes, William Metcalf, Thain MacDowell, Milton Gregg, John Mahony, Richard Turner, Cecil Kinross, Frederick Harveyet Cyrus Peck. 1

La Croix de Victoria décernée au Lieutenant Gray pendant la Seconde Guerre mondiale a été la dernière attribuée à un Canadien. Aucun n’en a reçu pendant la guerre de Corée. Dans les années qui ont suivi, un sentiment d’indépendance a vu le jour à l’égard des décorations et titres honorifiques accordés à des citoyens canadiens. La création d’un régime de distinctions honorifiques purement canadien est passée du stade de la discussion et du débat dans les années 50 à une réalité toute neuve à la fin des années 60, de concert avec la célébration du centenaire de la nation.

L’Ordre du Canada créé en 1967 comprenait à l’origine la Médaille du Courage. Cette dernière est rapidement devenue la seule décoration pour bravoure décernée pour des actes de courage militaires et civils. Toutefois, faute de pouvoir distinguer différents degrés de courage, la décoration ne répondait tout simplement pas aux besoins. Par ailleurs, la canadianisation du régime de distinctions honorifiques a eu des répercussions sur la possibilité, dans le cas des membres des forces armées, d’être décorés pour acte de bravoure militaire, puisque les Canadiens n’avaient plus droit aux décorations pour acte de bravoure militaires et civiles britanniques. En 1972, on remédie à la situation pour les civils en instaurant les décorations canadiennes pour bravoure, avec la Croix de la Vaillance, l’Étoile du courage et la Médaille de la bravoure. Les actes héroïques accomplis par des membres des Forces canadiennes étaient aussi récompensés par ces médailles. La Médaille du Courage, qui n’avait jamais été attribuée, est alors supprimée.

Finalement, des décorations militaires pour acte de bravoure sont aussi proposées pour compléter les distinctions civiles du Régime canadien de distinctions honorifiques. Face aux pressions provenant du public, des associations d’anciens combattants et des députés, les décorations finalement retenues sont : la Croix de Victoria, l’Étoile de la vaillance militaire et la Médaille de la vaillance militaire. Les trois décorations, connues collectivement sous le nom de décorations de la vaillance militaire, ont été acceptées par le gouvernement canadien et officiellement approuvées par Sa Majesté la reine Elizabeth II, reine du Canada, dans les lettres patentes émises le 31 décembre 1992.

La Croix de Victoria du Canada ne diffère que légèrement de la décoration originale. L’inscription figurant sur la médaille britannique, « FOR VALOR », est remplacée par l’expression latine « PRO VALORE ». La Croix de Victoria canadienne est décernée selon les critères rigoureux en matière de décoration établis pour la version britannique. Conformément au règlement de 1993, la Croix est « attribuée pour reconnaître des actes de bravoure ou d'abnégation insignes ou éminents ou le dévouement ultime au devoir, face à l'ennemi ». La définition d’« ennemi » a été élargie pour refléter la nouvelle réalité de la guerre dans les années 90, le ministère de la Défense nationale indiquant que le terme désigne maintenant « une force armée hostile, y compris des mutins, des rebelles, des émeutiers ou des pirates armés. Le Canada n'a pas besoin d'être en guerre pour reconnaître l'existence d'un ennemi répondant à cette description. Cette dernière est assez générale pour inclure la participation canadienne aux missions de maintien de la paix. » Tout membre des Forces canadiennes ou membre de forces armées alliées ayant servi auprès des Forces canadiennes à compter du 1er janvier 1993 est admissible à cette décoration. Comme son équivalent britannique, la Croix de Victoria peut être attribuée à titre posthume.

La Croix de Victoria, suspendue à un ruban cramoisi, est « une croix pattée de bronze mesurant 38 mm, dont les branches sont planes et les contours en relief. Sur l’avers (le devant), la couronne royale est surmontée d'un lion arrêté, la tête de face, et l’inscription « PRO VALORE » figure en-dessous. Sur le revers (l'arrière) est inscrite, à l’intérieur d’un cercle en relief, la date de l'acte de bravoure pour lequel la Croix a été décernée. La Croix est suspendue au moyen d’un anneau inséré dans le « V » d’une barrette ornée de feuilles de laurier, au revers de laquelle sont gravés le grade, le nom et l’unité du récipiendaire ». Toute attribution ultérieure de la Croix est dénotée par « une simple barrette de bronze ornée de feuilles de laurier; cette barrette est attachée au centre du ruban auquel est suspendue la Croix ».

Pendant plus d’une décennie, la Croix de Victoria n’a existé que sur papier, aucune des décorations – ou insignes, dans le langage technique – n’étant produite. La raison en était assez simple. Il a en effet fallu pas mal de temps pour décider de la façon dont le dessin et la production de la Croix de Victoria, la plus haute décoration pour acte de bravoure militaire du Régime canadien de distinctions honorifiques, feraient honneur à son histoire. Quelle en serait la composition et à quoi ressemblerait-elle? Il fallait cette réflexion approfondie pour s’assurer que l’importance symbolique de la Croix serait respectée.

Sous la direction de la Chancellerie des distinctions honorifiques, à Rideau Hall, un comité a été constitué. Le Comité de planification de la production de la Croix de Victoria se composait de représentants du Bureau du secrétaire du gouverneur général, du ministère de la Défense nationale et d’Anciens Combattants Canada. Des membres de Ressources naturelles Canada, de Patrimoine canadien et de la Monnaie royale canadienne se sont ensuite joints au groupe.

Le Comité a consulté de nombreux intervenants y compris des militaires actifs, des anciens combattants ainsi que leurs associations, des métallurgistes, des historiens et d’autres spécialistes. Plusieurs discussions ont conduit à la formulation d’un projet contenant les recommandations suivantes.

photo : État major de liaison des Forces canadiennes (Londres), ministère de la Défense nationale

Un expert à la Defence Storage and Distribution Agency (DSDA Donnington, Royaume-Uni) tranche un morceau de bronze à canon en vue de la fabrication de la Croix de Victoria britannique. 2

Photo: Cathy Bursey-Sabourin, Chancellerie des distinctions honorifiques

La « tranche » de bronze à canon, un don du Royaume-Uni au Canada, et la Médaille de la Confédération de 1867 qui ont servi à créer le mélange de métal utilisé pour fabriquer la nouvelle Croix de Victoria. 3

Tout d’abord, la Croix de Victoria devait être fabriquée au Canada. Ensuite, en raison de sa signification pour les Canadiens, l’insigne devait refléter le passé, le présent et l’avenir du pays. Par ailleurs, le Comité a recommandé qu’il soit fabriqué à partir d’un mélange de trois alliages : le même bronze à canon que celui utilisé dans la production des Croix de Victoria britanniques; un métal provenant d’une source canadienne importante sur le plan historique, plus précisément une médaille frappée en 1867 pour commémorer la confédération canadienne, mais jamais décernée et, enfin, des métaux provenant des diverses régions du Canada et « représentant les abondantes ressources naturelles de notre pays ».

Dessin original appartenant à l’Autorité héraldique du Canada

Illustration produite par Cathy Bursey-Sabourin montrant des détails du nouvel insigne. 4

Ainsi, en premier lieu, le Royaume-Uni a gracieusement fait don au Canada d’une portion du bronze à canon original. Parallèlement, les autres métaux ont été réunis et des scientifiques de Ressources naturelles Canada ont analysé quelques Croix de Victoria de la collection du Musée canadien de la guerre afin d’arriver à la « formule » précise de l’alliage métallique qu’il fallait créer.

Bien que le dessin original de la Croix de Victoria ait été tracé en 1992, il a fallu retravailler la maquette pour pouvoir procéder au moulage de l’insigne. Des fleurs de lis ont été ajoutées au listel de la médaille, aux côtés de la rose, du chardon et du trèfle traditionnels, pour rappeler les éléments floraux des Armoiries royales du Canada.

Par le passé, l’insigne de la Croix de Victoria britannique ne pouvait être frappé, comme la plupart des autres pièces et médailles, l’alliage employé étant trop dur et cassant et le moulage se révélant beaucoup plus indiqué. Pour maintenir la tradition, la Croix de Victoria canadienne a donc elle aussi été moulée. À partir des dessins, la Monnaie royale canadienne a donc fabriqué des motifs tridimensionnels ou « matrices ». Ces deux matrices marquées ou gravées avec des images « négatives » , ou inversées, de l’insigne – un pour l’avers et l’autre pour le revers – ont été utilisées afin de couler des reproductions en cire, lesquelles ont ensuite servi à fabriquer des unités de coulage. Un mélange de céramique a ensuite été versé autour des unités. Une fois la céramique durcie, elle a été chauffée pour permettre à la cire de fondre et d’être retirée, ce qui a produit, à l’intérieur des blocs en céramique, des moules « positifs » creux et fins de l’insigne.

photo : David Ashe, Ressources naturelles Canada

Exemple d’impression « positive » dans la cire de la Croix de Victoria, ainsi que motif gravé montrant l’image « négative », ou inversée, de l’insigne. 5

photo : David Ashe, Ressources naturelles Canada

Chacune des impressions dans la cire est soigneusement examinée pour en déceler tout défaut et pour vérifier l’exactitude des dimensions avant de poursuivre le processus. 6

photo : Cathy Bursey-Sabourin, Chancellerie des distinctions honorifiques

Des experts de Ressources naturelles Canada versent l’alliage directement du creuset dans les moules à lingot qui sont ensuite recouverts de planures de bois pour empêcher l’oxydation. 7

photo : David Ashe, Ressources naturelles Canada

Une fois qu’une série est produite, toutes les aspérités et tous les excédents d’alliage sont enlevés et retournés au four pour y être fondus de nouveau. À l’étape finale de production, les lingots portent l’inscription suivante : Victoria Cross – Croix de Victoria – Canada. 8

photo : David Ashe, Ressources naturelles Canada

Seconde étape du coulage, lorsque l’alliage est versé dans les moules pour créer les insignes de la Croix de Victoria. 9

photo : Cathy Bursey-Sabourin, Chancellerie des distinctions honorifiques

Le jeu de matrices, une fois démoulé,avec quatre insignes de la Croix de Victoria encore rattachés à la tige centrale. 10

En décembre 2006, après des mois de planification et de préparation, la première étape du processus de moulage a débuté au Laboratoire de la technologie des matériaux de Ressources naturelles Canada. Il s’agissait de produire des lingots, ou barres, de l’alliage souhaité. Le morceau de bronze à canon de la source originale, la Médaille de la Confédération et les autres métaux ont été placés dans un four à induction. Le mélange fondu a ensuite été porté dans un creuset (récipient réfractaire utilisé pour fondre des métaux et d’autres matières) et versé doucement dans des moules qui ressemblent à des moules à pain. Chaque moule a été recouvert de planures de bois afin d’éviter l’oxydation. Sept lingots ont été produits afin de garantir une quantité suffisante pour les générations futures.

Later, the second stage in the casting of the insignia took place. Some of the ingots were melted, and the molten metal was then poured into the ceramic moulds. Once cooled, the ceramic was broken away to reveal four unfinished Victoria Cross insignia from each block attached to a central stem.

photo : David Ashe, Ressources naturelles Canada

La première Croix de Victoria fabriquée au Canada. 11

Les insignes moulés, rugueux et d’un jaune vif, ont ensuite été finis à la main et traités afin d’obtenir la patine foncée typique de la Croix de Victoria.

Une fois la finition terminée et les pièces polies, la dernière étape consistait à monter les insignes sur leur ruban cramoisi et à les placer dans leur écrin en cuir portant en lettres d’or sur le couvercle l’inscription « V.C. » au-dessus de « Canada ».

Les deux premiers spécimens de la Croix de Victoria ont été envoyés au Royaume-Uni à la fin du mois de janvier 2007 afin d’être placés dans la Collection privée de la Reine. Dans la lettre jointe au présent, le Sous-secrétaire de la Chancellerie écrivait :

J’aimerais profiter de cette occasion pour remercier Sa Majesté ainsi que les officiers du ministère de la Défense qui ont gracieusement apporté leur concours tout au long de la production de la Croix de Victoria canadienne. Les Canadiens attachent, à raison, beaucoup d’importance à cette distinction honorifique. En accordant une portion du bronze tiré du métal à canon original, Sa Majesté a aidé à créer un lien symbolique entre le passé, le présent et l’avenir.

Les 20 Croix de Victoria et les lingots restants sont gardés à Rideau Hall, tandis que d’autres spécimens seront ajoutés aux collections de Rideau Hall, du ministère de la Défense nationale, de Bibliothèque et Archives Canada et du Musée canadien de la guerre.

La Croix de Victoria canadienne a été dévoilée par Son Excellence la très honorable Michaëlle Jean, gouverneure générale et commandante en chef du Canada, à Rideau Hall, à Ottawa, en mai 2008.


Crédits photo

  • 1 Direction - Histoire et patrimoine, ministère de la Défense nationale
  • 2 État major de liaison des Forces canadiennes (Londres), ministère de la Défense nationale
  • 3 Cathy Bursey-Sabourin, Chancellerie des distinctions honorifiques
  • 4 Dessin original appartenant à l’Autorité héraldique du Canada
  • 5 David Ashe, Ressources naturelles Canada
  • 6 David Ashe, Ressources naturelles Canada
  • 7 Cathy Bursey-Sabourin, Chancellerie des distinctions honorifiques
  • 8 David Ashe, Ressources naturelles Canada
  • 9 David Ashe, Ressources naturelles Canada
  • 10 Cathy Bursey-Sabourin, Chancellerie des distinctions honorifiques
  • 11 David Ashe, Ressources naturelles Canada
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