Caroline J. Simard au colloque annuel « All Access » organisé par On Screen Manitoba et l’Alliance des producteurs francophones du Canada

Discours

Winnipeg (Manitoba)
Le 16 janvier 2018

Caroline J. Simard, Vice-présidente, Radiodiffusion
Conseil de la radiodiffusion et des télécommunications canadiennes

Priorité à l’allocution

Je vous remercie de cette amiable présentation.

Je remercie également On Screen Manitoba et l’Alliance des producteurs francophones du Canada de m’avoir invitée pour vous dire quelques mots au nom du CRTC.

Je souligne que nous nous rencontrons sur le territoire traditionnel des peuples autochtones. Je les remercie et je rends hommage à leurs aînés.

J’aimerais maintenant aborder quelques histoires de réussite dans le domaine de la production audiovisuelle au Manitoba.

Plusieurs productions ou coproductions manitobaines récentes ont connu du succès, dont Polar Bear Town, Vet to Go, Taken, Chacun sa route, Pays des Mischifs, Burden of Truth, et j’en passe.

La grande traversée

Je ne sais pas si des représentants des Productions Rivard se trouvent dans la salle?

Vous me permettrez de citer l’exemple de la série La grande traversée qui a été diffusée à Radio-Canada en 2017. Ce sont 10 participants du Manitoba, Québec et Nouveau-Brunswick qui font la traversée transatlantique dans les conditions qui prévalaient à l’époque de la Nouvelle-France.

Coproduite avec Zone3, cette série est une création desProductions Rivard, une société indépendante de production audiovisuelle et médias numériques située ici même à Winnipeg.

La série a attiré un auditoire moyen de 528 000 spectateurs. Ce nombre a sûrement augmenté depuis que les émissions sont disponibles gratuitement à partir de Tou.tv et que les gens peuvent consulter du matériel complémentaire sur le site Web de Radio-Canada. Par exemple, des capsules exclusives, des sondages et des photos.

À partir du confort de son foyer, cette vitrine donne accès à la vie en haute mer entre l’Europe et l’Amérique du Nord pendant 55 jours à bord d’un navire d’autrefois.

Certains peuvent facilement y voir leur propre reflet. S’imaginer faire leurs valises pour vivre une expérience similaire alors que d’autres…. Pas du tout! Ils admirent le courage des participants, mais cette aventure n’est pas pour eux.

Voilà un parfait exemple d’émission qui offre à la fois une vitrine sur le monde et un reflet de nous-mêmes, ou son contraire, et qui fait appel au monde numérique pour optimiser son offre de contenu audiovisuel!

Le Réseau APTN

Je me dois de souligner aussi l’exploit réalisé par APTN, le Réseau de télévision des peuples autochtones, dont le siège social se trouve ici à Winnipeg : c’est le premier réseau national de télévision autochtone au monde!

Les trois quarts de ses émissions offrent du contenu canadien, soit en anglais, en français et dans les langues autochtones, comme le cri et l’inuktitut. Distribué actuellement dans le bouquet de services de base, APTN est capté par un nombre important de foyers au pays. En fait, la chaîne dessert 11 des 13 millions de foyers au Canada.

Prenez la série Dream Big, produite par Mohawk Princess Pictures, qui est diffusée par APTN.

Dans ce documentaire, de jeunes autochtones passent une journée avec un mentor et tentent de pratiquer le métier de leur rêve. C’est tellement bien réussi que cet outil donne le goût à tous, et non seulement aux jeunes autochtones, d’entrer en coulisses pour savoir s’ils veulent devenir, entre autres, une star de la musique pop, un artiste de bande dessinée, un cinéaste, un acteur, un médecin, ou encore un gardien de but de hockey.

Comme son titre l’indique, Dream Big rappelle l’importance de rêver sans limites et de croire en ses rêves mais, à mon avis, son traitement va au-delà en permettant aux Canadiens de s’imaginer exercer l’un de ces métiers, se dépasser et, plus important encore, être heureux dans leur contribution dans la société.

Les 13 épisodes de Dream Big sont désormais disponibles en vidéo à partir du site Web d’APTN en anglais et en mohawk, ce qui pourrait permettre d’observer une hausse du nombre de stars de la musique pop, d’artistes de bande dessinée, de cinéastes, d’acteurs, de médecins, ou encore de gardiens de but de hockey au Canada et à l’étranger!

Les défis et opportunités dans un monde de l’audiovisuel en transition

Ne serait-il pas fantastique s’il existait une recette pour créer un succès d’émissions, de séries ou de documentaires? Tout le monde en voudrait une copie!

Sans garantir les cotes d’écoute vertigineuses et les plus hautes distinctions, un bon début consiste certainement à se poser les bonnes questions. Il semble que le questionnement ne se limite toutefois plus aux questions traditionnellement posées à l’aube de tout projet audiovisuel : Quelle est la meilleure histoire? Le meilleur traitement? Le meilleur format? Une émission, une série, un documentaire? Comment financer ce projet? Comment le distribuer et le promouvoir?

À défaut d’une recette magique, nous pouvons deviner qu’avec les récentes innovations dans les médias, l’exercice ne se limite plus à ces questions.

Le monde numérique complexifie les stratégies des créateurs et des producteurs parce qu’il pose des défis supplémentaires. Mais paradoxalement, il offre également de nouvelles occasions de création, production, distribution et financement. Vous savez, tout comme moi, que la liste d’exemples où le Web a été utilisé comme levier de la sorte ne se limite pas à Dream Big et La grande traversée.

Oui, le monde numérique bouleverse le paysage de la radiodiffusion mais, du même souffle, il propose aussi de nouvelles possibilités de développement.

Les divers échanges auxquels j’ai participé, ou dont j’ai été témoin depuis le début de cette conférence, démontrent que les principaux défis actuels reliés au monde numérique sont connus et surtout très bien compris par ses participants. Par exemple, nous avons abordé, sous une forme ou une autre, la fragmentation des marchés, les difficultés reliées à la découvrabilité du contenu et les considérations rattachées à l’exportation de ce contenu.

Après s’être demandé :

« Quelle est la meilleure histoire? »

« Le meilleur angle pour l’aborder? »

« Le meilleur format? »

Et, peut-être même avant de se demander « Comment financer ce projet? »

Il peut être utile de se questionner sur l’impact de la fragmentation des marchés sur la distribution de son émission.

Par exemple « Comment ma série de science-fiction rejoindra ceux et celles qui pourraient être intéressées par les émissions de science-fiction, mais sont de plus en plus cantonnés dans un contenu personnalisé souvent à l’intérieur d’un créneau très précis – comme ceux et celles qui ne regardent que les émissions de hard science fiction ou steampunk? Comment ma série rejoindra ceux et celles qui recherchent l’accès à ce contenu au moment qui leur convient via l’accès sur demande? »

Le questionnement peut également englober la découvrabilité : « Comment rejoindre ces personnes intéressées par ce contenu qui sont dispersées aux quatre coins du pays, et même au-delà de nos frontières? Comment se distinguer à travers cette multitude de choix et accéder à son auditoire? » 

Certains pourraient même devancer un questionnement en lien avec la distribution future de son émission et se demander dès lors de la création « Comment mon émission peut être à la fois locale et plaire globalement? »

Enfin, le questionnement sur la promotion et le financement du projet créatif sera désormais élargi pour optimiser les possibilités offertes en lien avec l’utilisation du monde numérique.

En bref, le plaisir réside, semble-t-il, dans la recherche des nouvelles occasions qu’offre le numérique pour continuer de faire rayonner nos histoires!

Prendre des décisions de création et d’affaires en période de transition n’est pas pour faciliter la prise de risques des entrepreneurs dans le domaine audiovisuel. Je comprends cette réalité. Dans une autre vie, j’ai travaillé à titre d’avocate pour des petites ou moyennes entreprises, notamment dans le domaine des télécommunications et de la construction.

C’était avant que je décide de retourner aux études, plus tard dans le cours des choses, pour faire ma maîtrise et mon doctorat en droit et en communication afin de comprendre les rouages des changements qui bouleversent le secteur des communications et les forces qui gouvernent un tel paradigme.

Il est possible de saisir les nouvelles possibilités qu’offre l’économie numérique et, qui plus est, de créer de nouvelles occasions pour d’autres. Le mois dernier, une firme de développeurs de Winnipeg, Ogoki Learning Inc., a lancé une nouvelle application qui permet la diffusion en direct de programmes en ojibwé. Cette application peut être utilisée pour diffuser en continu des émissions éducatives et de divertissement en ojibwé nouvellement créées et du contenu provenant d’autres sources.

N’est-ce pas là une formidable innovation technologique qui contribuera au rayonnement des cultures et des langues autochtones, au Canada et partout dans le monde?

Le défi est de se situer dans la mouvance de cette transition. La télévision en ligne occupe une place grandissante dans le milieu de la production et diffusion audiovisuelles.

Toutefois, cela ne veut pas dire que les Canadiens ont proportionnellement réduit le temps qu’ils passent devant le traditionnel petit écran.

Les chiffres démontrent que sur les deux marchés linguistiques, les Canadiens conservent leurs habitudes télévisuelles. En 2016, nous avons passé en moyenne près de 27 heures par semaine devant notre téléviseur. Oui, c’est plus d’une journée entière à regarder la télévision chaque semaine! Et ce n’est qu’une heure d’écoute de moins par semaine qu’en 2012.

Perspective globale des productions audiovisuelles

Globalement, les entreprises canadiennes de production indépendante enrichissent notre société. Non seulement comme foyers de création artistique, mais aussi à titre de créateurs de richesse et d’emplois au même titre que n’importe quelle autre entreprise.

Les productions audiovisuelles constituent un vecteur clé du développement économique. En 2016, l’industrie de la production audiovisuelle au Manitoba a obtenu ses meilleurs résultats depuis une décennie : les investissements se sont élevés à 139 millions de dollars et les emplois dans l’industrie cinématographique ont augmenté de 4,3 %.

Ces chiffres laissent présager un futur prometteur. On Screen Manitoba et Manitoba Film and Music estiment que cette croissance s’est maintenue en 2017.

Ces données ne minimisent certainement pas les défis à évoluer dans un monde de l’audiovisuel où les fondations sont en mouvement, mais elles confirment que, malgré ces défis importants, les différents acteurs savent présentement tirer profit des occasions qui se présentent, au fur et à mesure, le long du parcours.

Participez aux processus publics du CRTC

Dans le quotidien où les efforts sont concentrés à réaliser des projets d’émissions, il est important de rester également à l’affût, individuellement ou par le biais d’associations, des règles qui régissent votre secteur d’activités et, surtout, de participer aux processus publics qui conduisent à l’adoption ou la modification de celles-ci. Ces règles peuvent avoir un impact important dans la conduite de vos affaires.

Le CRTC est un régulateur indépendant du gouvernement dans le secteur des communications qui fêtera son 50e anniversaire cette année. Depuis 50 ans, un peu comme un arbitre au hockey, nous veillons à prendre des décisions dans l’intérêt de tous de façon neutre et impartiale selon les règles qui gouvernent le domaine des communications et se trouvent, bien entendu, sous notre responsabilité et juridiction.

C’est l’avocate en moi qui parle, le CRTC doit rendre ses décisions selon le dossier public qui est devant lui. Nous lisons tout. Rien ne nous échappe d’où l’importance pour quiconque ayant un point à défendre de s’exprimer lors des processus publics du CRTC.

Licences de télévision des grands groupes de propriété

C’est dans cette optique que le CRTC a publié en mai dernier une série de décisions visant à renouveler les licences de télévision des grands groupes de propriété, tels que Bell Média, Corus Entertainment, Rogers Media, Groupe V Média et Québecor Média. L’intention du CRTC par le biais de ces décisions était d’appuyer la création de contenu canadien diversifié, captivant et original.

Le CRTC a également imposé des conditions de licence de programmation locale et de nouvelles offrant un reflet local à toutes les stations, incluant les trois stations privées de langue anglaise qui desservent Winnipeg.

Nous visons à inciter à ce que les émissions diffusées au Canada reflètent toutes les régions du Canada ainsi que les communautés de langue officielle en situation minoritaire au pays. Vous comprenez le travail requis au quotidien afin d’atteindre cet objectif. Vous êtes bien placés pour comprendre l’importance de ces contributions pour tous les Canadiens.

Afin d’inciter les grands groupes de propriété à offrir un meilleur reflet de certaines communautés, le CRTC a établi un nouveau crédit de 25 % à l’égard de leurs exigences en dépenses d’émissions canadiennes lorsqu’ils engagent des dépenses auprès de producteurs issus des communautés de langue officielle en situation minoritaire. Le CRTC a également établi un crédit de 50 % lorsqu’ils engagent des dépenses auprès de producteurs autochtones.

En deux mots, ces crédits donnent un avantage aux producteurs des communautés de langue officielle en situation minoritaire et autochtones car les grands groupes de propriété peuvent rencontrer leurs obligations réglementaires à moindres coûts en utilisant leurs services.

Pour en bénéficier, les grands groupes devront fournir au CRTC sur une base annuelle : le nombre de producteurs issus des communautés de langue officielle et autochtones qu’ils rencontrent chaque année; une liste des projets commandés de ces producteurs et qui sont en développement, en cours de production ou complétés; leurs budgets; et leurs dépenses en émissions canadiennes totales dédiées à de tels projets.

La chaîne Unis

J’aimerais vous dire un mot sur la chaîne Unis qui peut constituer un partenaire important pour tous les producteurs. La chaîne est un lieu de création francophone qui favorise la production de contenu original à l’extérieur du Québec et qui jette les bases de la relève télévisuelle en français dans tout le pays.

À titre d’exemple, l’émission pour enfants « Canot Cocasse », coproduite par la maison de production franco-manitobaine, Manitomédia, est une illustration d’une émission diffusée sur la chaîne Unis.

En 2013, le CRTC a octroyé une licence avec distribution obligatoire à la chaîne Unis. Depuis, 36 millions de dollars ont été investis en programmation canadienne originale dont 27 millions en émissions d’intérêt national. Ces émissions d’intérêt national comprennent les documentaires de longue durée, les émissions dramatiques et comiques, ainsi que des émissions de remises de prix d’envergure nationale ou régionale qui rendent hommage à des artistes, des créateurs canadiens et récompensent des succès dans le domaine des arts et de la culture.

Je pense aussi au documentaire Le « social » manitobain diffusé sur la chaîne Unis qui offre une vitrine aux Canadiens sur le Manitoba. J’ai personnellement eu le plaisir de visionner ce documentaire durant le temps des fêtes alors que je me trouvais, bien loin d’ici, tout près de la ville de Québec. C’est l’histoire de trois jeunes couples franco-manitobains qui nous entraînent, étape par étape, dans l’organisation de leur « social » visant à recueillir des fonds pour leur vie future à deux.

L’un des couples a recueilli plus de 8 000 $ grâce aux billets vendus pour la soirée et les objets vendus à l’encan chinois. Ils décrivent ce qui fait les particularités de cette tradition culturelle qui se transmet de génération en génération au Manitoba et est peu connu du reste du Canada.

En octobre 2017, le CRTC a lancé une instance publique pour étudier le renouvellement de la licence de la chaîne Unis ainsi que sa distribution obligatoire avec le bouquet de services de base. D’ailleurs, le Réseau APTN en fait aussi partie. À cet effet, le CRTC tiendra une audience publique à compter du 30 avril 2018.

Reconsidération, rapport au gouvernement et sondage

Trois principales dates sont à retenir si vous souhaitez prendre part à nos processus publics : les 23 et 31 janvier et le 13 février 2018.

Premièrement, comme vous en avez sûrement entendu parler, le gouverneur en conseil a renvoyé au CRTC pour réexamen certains aspects des décisions de renouvellement des licences de télévision des grands groupes de propriété. Le CRTC recueille les commentaires du public jusqu’au 23 janvier 2018, et je vous invite à y participer.

Deuxièmement, le gouvernement du Canada a également demandé au CRTC de préparer un rapport sur les modèles éventuels de distribution de contenu. Nous avons donc lancé une consultation publique sur l’avenir de la distribution de la programmation au Canada.

La deuxième phase de cette consultation a été lancée le 7 décembre 2017 avec la publication d’un document de référence. La date limite pour soumettre des commentaires est le 13 février 2018.

Troisièmement, nous invitons les Canadiens à remplir un sondage pour nous aider à mieux comprendre les raisons justifiant leurs choix relatifs au contenu audiovisuel. La date limite pour le faire est le 31 janvier 2018. Cela m’a demandé moins de dix minutes pour remplir ce sondage moi-même.

Conclusion

En terminant, je veux féliciter On Screen Manitoba, l’Alliance des producteurs francophones du Canada, ainsi que toutes les associations représentant les communautés (francophones et anglophones) de langue officielle vivant en situation minoritaire pour leur participation aux processus publics du CRTC au fils des ans.

Je félicite également On Screen Manitoba pour son initiative d’offrir à ses membres des fonds pour appuyer leur accès aux marchés national et internationaux, ainsi que pour appuyer leur développement professionnel. Cet appui permet de mieux saisir les opportunités dans cette ère de transition.

Les trois objectifs visés par les productions audiovisuelles sont d’informer, d’éduquer et de divertir.

Mais j’en ajouterais un quatrième : s’épanouir. Cet épanouissement passe par la valorisation et la diffusion de nos cultures qui ont tant à offrir. Les auditoires n’attendent que vous leur fassiez découvrir ces tranches de vie qui sont le reflet d’eux-mêmes et une vitrine sur le monde. Vos émissions pourraient avoir une incidence remarquable sur leur vie!

Continuez à enrichir nos vies de la sorte!

Merci.

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