Soja FG72 tolérant deux herbicides (MST-FGØ72-2)

Santé Canada a avisé Bayer CropScience Inc. qu'il ne s'oppose pas à l'utilisation alimentaire du soja FG72 tolérant deux herbicides. Le Ministère a réalisé une évaluation approfondie de cette variété conformément à ses Lignes directrices sur l'évaluation de l'innocuité des aliments nouveaux. Ces lignes directrices sont fondées sur les principes admis internationalement de l'établissement de l'innocuité d'aliments comportant des caractères nouveaux.

Contexte :

Le texte qui suit résume l'avis remis par Bayer CropScience Inc. à Santé Canada ainsi que l'évaluation du Ministère. Il ne contient aucun renseignement commercial confidentiel.

1. Introduction

Bayer CropScience a mis au point une lignée de soja (Glycine max L.) tolérant l'herbicide glyphosate et les herbicides inhibiteurs de la 4-hydroxyphénylpyruvate dioxygénase (HPPD). Cette lignée de soja a été mise au point par transformation biolistique du cal de soja au moyen d'un fragment d'ADN de 7,3 kb (c.-à-d., le fragment SalI). Ce fragment contient les séquences codantes (c.-à-d., 2mepsps et hppdPfW336) et les éléments régulateurs requis pour exprimer les protéines 2mEPSPS et HPPD W336, respectivement. La séquence codante 2mepsps a été produite en introduisant des mutations du gène epsps natif du maïs (Zea mays L.), ce qui a donné lieu à une protéine EPSPS double-mutante ayant deux substitutions d'acides aminés (c.-à-d., 2mEPSPS). Cette modification confère une tolérance du glyphosate en diminuant l'affinité de fixation de la protéine 2mEPSPS pour l'herbicide, ce qui permet à la protéine de conserver une activité enzymatique suffisante en sa présence. Le gène natif hppd a été isolé de Pseudomonas fluorescens, une bactérie Gram négatif en forme de tige. Celle-ci est omniprésente dans la nature et fréquemment décelée dans l'eau, la terre et les zones racinaires. La substitution d'un seul acide aminé (c.-à-d., la glycine est remplacée par un tryptophane) distingue la séquence codante hppdpFw336 du gène natif Pseudomonas.

La protéine 2mEPSPS a déjà été examinée par Santé Canada et l'Agence canadienne d'inspection des aliments (ACIA) au moment d'évaluer l'information soumise par Bayer CropScience au sujet du coton transgénique GHB614 GlyTolMD. L'EPSPS est fonctionnelle dans la voie du shikimate utilisé par les bactéries, les champignons et les plantes pour la biosynthèse des acides aminés aromatiques (c.-à-d., la phénylalanine, la tyrosine et le tryptophane).

Selon le requérant, les protéines HPPD sont omniprésentes dans chaque règne de la nature : bactérien, fongique, végétal et animal (y compris les mammifères). Chez les bactéries et les mammifères, les protéines HPPD participent à la dégradation catabolique de la tyrosine. Dans l'organisme, cette dernière est d'abord convertie en 4-hydroxyphénylpyruvate. L'activité enzymatique de la HPPD entraîne la formation d'homogentisate qui, dans les plantes, est un précurseur des plastoquinones et des tocophérols essentiels pour la chaîne de transport photosynthétique et les systèmes antioxydants. L'inhibition des protéines HPPD entraîne une déstabilisation de la photosynthèse, puis la décoloration du feuillage et enfin, la mort de la plante. La mutation W336 augmente la tolérance de la HPPD aux herbicides inhibiteurs de celle-ci en modifiant leur site de fixation, diminuant ainsi l'affinité de liaison.

Cette évaluation de l'innocuité, dont les scientifiques de la Direction des aliments se sont chargés, a été réalisée conformément aux Lignes directrices relatives à l'évaluation de l'innocuité des aliments nouveaux de Santé Canada. Ces dernières sont fondées sur les démarches visant l'harmonisation avec les directives établies par d'autres autorités réglementaires et reflètent les documents d'orientation internationaux dans ce domaine (p. ex., du Codex Alimentarius). L'évaluation a pris en compte les éléments suivants : la façon dont la lignée de soja FG72 tolérant deux herbicides a été mise au point, la comparaison entre la composition et la qualité nutritionnelles de cette lignée et celles des variétés traditionnelles et, enfin, sa toxicité et son allergénicité éventuelles. Bayer CropScience Inc. a déposé des données démontrant que la lignée de soja FG72 tolérant deux herbicides est tout aussi sûre que les variétés de soja traditionnel utilisées dans les aliments au Canada et que sa qualité nutritionnelle est la même.

La Direction des aliments assume la responsabilité imposée par la loi de l'évaluation préalable à la mise en marché des aliments nouveaux et des ingrédients alimentaires nouveaux. La responsabilité en question, imposée par la loi, est exposée en détail au titre 28 du Règlement sur les aliments et drogues. La lignée de soja FG72 tolérant deux herbicides est considérée à titre d'aliment nouveau en vertu de la partie suivante de la définition des aliments nouveaux :

« c) aliment dérivé d'un végétal, d'un animal ou d'un micro-organisme qui, ayant été modifié génétiquement, selon le cas :

  1. présente des caractères qui n'avaient pas été observés auparavant [...]. »

2. Mise au point de la plante modifiée

Le requérant a produit la description des méthodes appliquées à la mise au point de la lignée de soja FG72 tolérant deux herbicides et les données en matière de biologie moléculaire caractérisant la modification génétique entraînant la tolérance du glyphosate et des herbicides inhibiteurs de la HPPD. Ce phénotype a été mis au point par transformation biolistique du soja traditionnel de la variété Jack au moyen d'un fragment d'ADN de 7,3 kb (c.-à-d., le fragment SalI) qui contient les séquences codantes (c.-à-d., 2mepsps et hppdPfW336) et les éléments régulateurs permettant l'expression des protéines 2mEPSPS et HPPD W336, respectivement. Les cals du soja de cette variété ont été transformés en recourant à 10 μg du fragment SalI et à une mise sous pression à l'hélium de 6 bars. Les transformants qui ont été modifiés avec succès ont été sélectionnés sur un milieu contenant du diketonitrile (DNK), un inhibiteur de la HPPD, et ont été repiqués toutes les deux semaines jusqu'à ce qu'ils apparaissent. Les amas présumés transgéniques ont été amplifiés pendant un mois. Un processus de sélection de 10 jours en recourant au DKN a permis de confirmer la réussite de la transformation. Les cals verts se sont développés pendant deux mois. Après leur germination et la croissance de racines et de pousses, les plantules ont été transférées en serre pour y fleurir et y produire des graines. C'est à partir de ce processus que le soja FG72 tolérant deux herbicides a été sélectionné.

3. Caractérisation de la plante modifiée

L'analyse par transfert de Southern et le séquençage d'ADN de la lignée de soja FG72 tolérant deux herbicides ont démontré la présence d'un insert d'ADN à un seul locus. L'insert consiste en deux séquences partielles 3' cistron en orientation tête-à-tête, suivies de deux copies complètes du fragment SalI en orientation tête-à-queue. L'insert de l'ADN transgénique dans le génome de soja a causé la translocation d'une région génomique jusqu'à une nouvelle position directement en aval de l'insert d'ADN. La région génomique ainsi déplacée est insérée à la jonction 3′ par 158 bases nucléotidiques de la séquence du promoteur Ph4a748. L'analyse a confirmé l'absence de toute séquence du squelette plasmidique duquel provient le fragment SalI.

L'insert d'ADN transgénique et les séquences génomiques flanquantes ont fait l'objet d'analyses dans une perspective bio-informatique. Selon les outils et les bases de données actuellement consultables, aucun cadre de lecture ouvert (CLO) connu n'a été interrompu à cause de l'insert de l'ADN transgénique au locus de préinsertion du génome de la variété source de soja Jack. Les analyses indiquent de plus qu'il est hautement improbable que tout CLO prévu nouvellement créé entraînerait l'expression d'une protéine indésirable. La formation d'un transcrit persistant de la seconde copie du gène 2mepsps est prévue, mais sans pouvoir être détectée au moyen d'une analyse par transfert de Western.

La stabilité transgénérationnelle de l'insert transgénique d'ADN a été confirmée par l'examen de plusieurs générations de la lignée de soja FG72 tolérant deux herbicides. L'ADN génomique de trois générations non consécutives a été analysé par transfert de Southern, et la présence de l'insert d'ADN a été confirmée dans chacune. La transmission héréditaire des caractères de tolérance des herbicides de la lignée de soja FG72 a été évaluée en mesurant la tolérance de l'herbicide glyphosate chez les plantes. Le profil de transmission du caractère de tolérance des herbicides a démontré que la ségrégation de celui-ci se fait conformément aux principes mendéliens pour un seul locus génétique.

4. Information sur le produit

La lignée de soja FG72 tolérant deux herbicides se distingue de son pendant traditionnel par l'ajout des séquences codantes des gènes 2mepsps et hppdPfW336 et de leurs éléments régulateurs. L'insertion du gène 2mepsps produit l'expression de la protéine 2mEPSPS : une 5-énol-pyruvylshikimate-3-phosphate synthase (EPSPS) issue de la protéine native du maïs (Zea mays L.) comportant la substitution de deux acides aminés rendant l'enzyme insensible à l'herbicide glyphosate. EPSPS is Puisque l'innocuité de la protéine 2mEPSPS a déjà été évaluée par Santé Canada et l'ACIA dans le cadre de l'examen de la lignée de coton GHB614 GlyTolMD, des études supplémentaires à l'appui de celle-ci n'ont pas été produites par Bayer CropScience Inc.  Les données ont été transmises afin de montrer l'équivalence entre la protéine 2mEPSPS produite dans la lignée de soja FG72 tolérant deux herbicides et celle produite dans un système d'expression Escherichia coli. L'innocuité de la protéine 2mEPSPS a déjà été démontrée au moyen de celle d'origine microbienne. Leur équivalence a été établie au moyen de la comparaison de leur poids moléculaire, de leur immunoréactivité, de leurs séquences N-terminales, de leur profil et de leurs activités fonctionnelles en faisant appel à la spectrométrie de masse à temps de vol (TOF) par désorption-ionisation par impact laser assistée par matrice (MALDI).

L'insertion du gène hppdPfW336 produit l'expression de la protéine HPPD W336 : une p-hydroxyphénylpyruvate dioxygénase issue de la bactérie Gram négative Pseudomonas fluorescens ayant subi la substitution d'un seul acide aminé (c.-à-d., le remplacement de la glycine par le tryptophane). La substitution de l'acide aminé rend la protéine HPPD transgénique insensible à ses herbicides inhibiteurs. Les études relatives à l'innocuité de la protéine HPPD W336 ont porté sur la protéine produite dans un système d'expression Escherichia coli. Le requérant a fourni les données démontrant l'équivalence entre la protéine HPPD W336 d'origine microbienne et celle produites par la lignée de soja FG72 tolérant deux herbicides. Leur équivalence a été établie au moyen de la comparaison de leur poids moléculaire, de leur immunoréactivité, de leurs séquences N-terminales, de leur profil et de leurs activités fonctionnelles en faisant appel à la spectrométrie de masse à temps de vol (TOF) par désorption-ionisation par impact laser assistée par matrice (MALDI).

Le gène 2mepsps exprimé dans la lignée de soja FG72 tolérant deux herbicides est maîtrisé par un promoteur constitutif. Des échantillons des tissus de la plante ont été prélevés à diverses étapes de sa croissance en serre, soit en Belgique, en 2009. Le degré d'expression de la protéine 2mEPSPS a été évalué en microgrammes de la protéine par gramme de poids sec du tissu (μg/g/p.s.t.) à l'aide d'une analyse immuno-enzymatique (ELISA) pour parvenir aux résultats suivants : 569 μg/g/p.s.t. dans la feuille à la phase V4, 437 μg/g/p.s.t. dans la feuille à la phase V6, 668 μg/g/p.s.t. dans la feuille à la phase V8, 211 μg/g/p.s.t. dans la tige à la phase V4, 117 μg/g/p.s.t. dans la tige à la phase V8, 32,5 μg/g/p.s.t. dans les racines à la phase V4, 43,7 μg/g/p.s.t. dans les racines à la phase V8 et 2.62 μg/g/p.s.t. dans la graine.

Le gène hppdPfW336 exprimé dans la lignée de soja FG72 tolérant deux herbicides est maîtrisé par un promoteur constitutif. Des échantillons des tissus de la plante ont été prélevés à diverses étapes de sa croissance en serre, soit en Belgique, en 2009. Le degré d'expression de la protéine HPPD W336 a été évalué en microgrammes de la protéine par gramme de poids sec du tissu (μg/g/p.s.t.) à l'aide d'une analyse immuno-enzymatique (ELISA) pour parvenir aux résultats suivants : 38,4 μg/g/p.s.t. dans la feuille à la phase V4, 35,8 μg/g/p.s.t. dans la feuille à la phase V6, 27,2 μg/g/p.s.t. dans la feuille à la phase V8, 16,6 μg/g/p.s.t. dans la tige à la phase V4, 6,04 μg/g/p.s.t. dans la tige à la phase V8, 5,81 μg/g/p.s.t. dans les racines à la phase V4, 6,42 μg/g/p.s.t. dans les racines à la phase V8 et 1,41 μg/g/p.s.t. dans la graine.

5. Exposition alimentaire

Comme le soja FG72 sera utilisé de la même façon que le soja déjà commercialisé, les habitudes de consommation des produits à base de soja ne devraient pas changer à cause de son ajout à l'approvisionnement alimentaire.

Le demandeur a communiqué de l'information au sujet de la consommation estimée du soja entier et de celle de tous les types d'oléagineux selon divers régimes alimentaires régionaux telle que diffusée par le Système mondial de surveillance continue de l'environnement (GEMS) et résumée par l'OMS en 2003. En l'absence de données pour le soja entier, l'apport issu du régime alimentaire européen a été estimé à 0,1 g/personne par jour. Quant à l'estimation de l'apport quotidien prévu en tous les types d'oléagineux dans ce même cadre, elle a été établie à 3,1 g/personne par jour. En se fondant sur le degré le plus élevé d'expression de la protéine 2mEPSPS mesuré dans les graines de soja de la lignée FG72 tolérant deux herbicides en microgrammes de protéine par gramme de poids du tissu frais (p.t.f.), soit de 2,45 μg/g p.t.f., l'apport en celle-ci issue de grains entiers de soja a atteint 0,245 μg/personne par jour. En outre, en tenant compte de tous les oléagineux, ce nombre s'est élevé à 7,60 μg/personne par jour. En se fondant sur le degré le plus élevé d'expression de la protéine HPPD W336 mesuré dans les graines de soja de la lignée FG72 tolérant deux herbicides en microgrammes de protéine par gramme de poids du tissu frais (p.t.f.), soit de 1,26 μg/g p.t.f., l'apport en celle-ci issue de grains entiers de soja a atteint 0,126 μg/personne par jour. En outre, en tenant compte de tous les oléagineux, ce nombre s'est élevé à 3,91 μg/personne par jour.

Puisque certains types de produits de soja sont soumis à d'autres étapes de transformation, le degré d'expression de la protéine selon le poids sec du tissu a été utilisé pour calculer l'exposition aux protéines 2mEPSPS et HPPD W336 découlant de la consommation de ces autres produits de soja. Selon l'enquête intitulée Survey of Food Intakes by Individuals menée par le département de l'Agriculture des États-Unis (CSFII, 1994-96, 1998), la consommation totale de 287,8 g/kg de poids corporel (pc)/jour a été tenue pour acquise à titre d'apport issu des préparations pour nourrissons (c.-à-d., de 0 à 6 mois, au 95e centile). Ainsi, cette donnée a été utilisée en tant qu'estimation prudente de l'apport en préparation à base de soya pour nourrissons. Les nourrissons représentent le groupe d'âge au sein duquel la quantité de protéine de soja consommée est la plus élevée par kg de poids corporel. En se fondant sur le degré d'expression de la protéine 2mEPSPS le plus élevé détecté dans les graines de la lignée de soja FG72 tolérant deux herbicides, l'apport en cette protéine atteindrait chez les nourrissons 1 649 μg/kg pc/jour. En se fondant sur le degré d'expression de la protéine HPPD W336 le plus élevé détecté dans les graines de la lignée de soja FG72 tolérant deux herbicides, l'apport en cette protéine atteindrait chez les nourrissons 402,92 μg/kg pc/jour. En ce qui concerne les adultes, en se fondant sur l'Enquête sur la santé des collectivités canadiennes (Statistique Canada, 2004), l'estimation de l'apport alimentaire en produits à base de soja (y compris la poudre, la boisson et le yogourt de soja, mais en excluant le tofu) a atteint 4,74 g/kg pc/jour. Le processus de l'estimation en question a été résumé dans un document portant sur l'apport alimentaire publié en 2008 par la Division de l'évaluation du danger des produits chimiques pour la santé (DEDPCS) de Santé Canada. Toujours chez les adultes, selon le degré le plus élevé de l'expression de la protéine 2mEPSPS dans les graines du soja FG72 tolérant deux herbicides, l'apport prévu en celle-ci atteindrait 27,2 μg/kg pc/jour et également selon le degré le plus élevé de l'expression de la protéine HPPD W336 dans ces mêmes graines, l'apport prévu en cette protéine s'élèverait à 6,64 μg/kg pc/jour.

6. Nutrition

L'équivalence entre la composition du soja FG72 tolérant deux herbicides (vaporisé de glyphosate et d'herbicides inhibiteur de la HPPD et non vaporisé), celle du soja témoin de la variété Jack et celle de trois variétés de soja traditionnel a été évaluée au cours de la saison de végétation 2008 au moyen de données produites à partir d'essais au champ menés dans 10 sites représentatifs des principales régions de culture du soja aux États-Unis.

Les nutriments et/ou les facteurs antinutritionnels ont été analysés dans le fourrage y compris : les macronutriments, les minéraux, les vitamines, les acides aminés et gras, l'acide phytique, la raffinose, la stachyose, l'inhibiteur de la trypsine et la lectine. Des différences statistiquement significatives ont été relevées dans 24 analytes. Cependant, toutes les valeurs en question se situaient dans la plage de la variation naturelle dans le soja traditionnel. Selon l'information fournie par Bayer CropScience Inc., la composition nutritionnelle du soja FG72 tolérant deux herbicides est semblable à celle des variétés de soja traditionnel offertes sur le marché.

7. Chimie et toxicologie

À cause des difficultés techniques éprouvées au moment d'isoler des quantités suffisantes des protéines 2mEPSPS et HPPD W336 issues du soja FG72 tolérant deux herbicides à des fins d'analyse, l'innocuité de la protéine HPPD W336 a été évaluée à partir de sa source microbienne. Puisque l'équivalence de la protéine HPPD W336 de source microbienne à celle produite par le soja FG72 tolérant deux herbicides a été démontrée, les résultats des analyses ayant porté sur celle de source microbienne sont considérés à titre d'indication valable de la toxicité de la protéine HPPD W336 issue de la plante. L'innocuité de la protéine 2mEPSPS a déjà été évaluée au moment de l'examen de la lignée de coton GHB614 GlyTolMD de Bayer CropScience Inc.

Une étude de toxicité aiguë de 14 jours a été réalisée en administrant par gavage à des groupes de cinq souris Crl:OF1 femelles adultes une dose de 1 880 mg/kg pc de protéine HPPD W336 d'origine microbienne ou une quantité équivalente d'albumine sérique bovine (ASB) à titre de protéine témoin. Les animaux ont été observés quotidiennement afin de repérer chez ceux-ci toute mortalité ou tout signe clinique de toxicité, mais ni décès ou effets découlant du traitement n'ont été constatés. En fonction de ces résultats, il a été déterminé que la DL50 orale aiguë de la protéine HPPD W336 d'origine microbienne chez les souris Crl:OF1 femelles est supérieure à 1 800 mg/kg pc.

Une étude de toxicité orale subchronique de 28 jours a aussi eu lieu. Dans ce cadre, des groupes de 10 souris (c.-à-d., de 5 mâles et de 5 femelles) de la souche C57BL/6J ont reçu par gavage soit la protéine HPPD W336, soit la protéine témoin (ASB). Une dose de 940 mg/kg pc/jour de protéine HPPD W336 leur a été administrée. Les animaux ont été observés quotidiennement afin de repérer chez ceux-ci toute mortalité ou tout signe clinique de toxicité. Pendant la période de traitement, ceux-ci ont fait l'objet d'un examen physique approfondi une fois pendant l'étape d'acclimatation et, par la suite, au moins une fois par semaine. De plus, ils ont tous été soumis à un examen ophtalmologique pendant l'étape d'acclimatation et à un autre à la fin de l'étude. Aux fins de l'évaluation des paramètres hématologiques standards, des échantillons sanguins des animaux ont été prélevés au jour 22 de l'étude, puis de nouveau, le jour de leur autopsie pour l'examen des paramètres chimiques cliniques standards. Tous les animaux ont été autopsiés, certains de leurs organes ont été pesés et un ensemble standard de leurs tissus ont été fixés, puis examinés au microscope. Aucun changement découlant du traitement n'a été observé chez ces souris auxquelles la protéine HPPD W336 d'origine microbienne a été administrée, à l'exception d'une seule. Il s'agissait d'une activité moyenne légèrement plus faible de l'aspartate et de l'alanine aminotransférases constatée chez les mâles dans le cadre de l'examen des paramètres chimiques cliniques, laquelle s'est révélée statistiquement significative en la comparant à l'activité en question observée chez les témoins. Toutefois, ces changements n'ont pas été considérés comme pertinents sur le plan toxicologique, et cela, en raison du caractère anodin des diminutions n'ayant été observées que chez les mâles et en l'absence de résultats histopathologiques concomitants. Selon les résultats de cette étude, une dose sans effet nocif observé (DSENO) de protéine HPPD W336 a pu être établie à 940 mg/kg pc/jour.

Une comparaison entre la séquence d'acides aminés de la protéine HPPD W336 et celles de toxines connues a été réalisée par le requérant. La séquence complète de la protéine a été comparée à chacune des séquences figurant dans les bases de données de référence publiques (p. ex., Uniprot-Swissprot) au moyen du programme BLASTP. En plus des correspondances de la séquence avec les protéines HPPD de diverses sources (y compris de Pseudomonas fluorescens), une identité de 54 % a été observée avec la protéine VLLY et une identité de 49 à 50 % l'a été avec la légiolysine, aussi appelée ILLY. La protéine VLLY est décrite comme une hémolysine issue de Vibrio vulnificus, une bactérie pathogène présente dans l'eau de mer et susceptible d'infecter les humains consommant les poissons et les fruits de mer qui y vivent. Quant à la protéine ILLY, une autre hémolysine, elle est issue de souches de Legionella pneumophilia, la bactérie pathogène à la source de la légionellose chez l'humain.

Puisqu'elles participent au métabolisme de la tyrosine, des protéines de la famille HPPD se trouvent dans les bactéries, les plantes, les vertébrés, les invertébrés et les champignons. Les protéines VLLY et ILLY appartiennent à cette famille de protéines. La similitude cernée dans les correspondances entre les séquences constitue des domaines conservés, et la similitude en question est signalée par l'alignement de la séquence des acides aminés des protéines VLLY, ILLY et HPPD W336. Il a été démontré que l'expression des protéines VLLY et ILLY est nécessaire, mais insuffisante à elle seule pour produire l'activité hémolytique chez les bactéries.

Le requérant a conclu que la pertinence de l'homologie de la séquence de la protéine HPPD W336 et de celle des protéines VLLY et ILLY est peu vraisemblable. La concordance entre les séquences est due aux domaines conservés dans les protéines qui exercent une activité enzymatique des HPPD. Ces domaines sont conservés dans toutes les protéines HPPD. L'activité hémolytique directe des protéines HPPD W336, VLLY et ILLY n'a pas été démontrée, ce qui indique que la pertinence de l'homologie est biologiquement peu vraisemblable. L'observation selon laquelle l'administration par gavage de doses élevées de protéine HPPD W336 dans le cadre d'études de toxicité aiguë de 14 jours et de toxicité subchronique de 28 jours (c.-à-d., à raison de 1 880 et de 940 mg/kg pc/jour, respectivement) n'a pas fourni de preuve qu'une activité hémolytique soutient cette conclusion. Sur cette base, il a été conclu que l'homologie entre la protéine HPPD W336 et les protéines VLLY et ILLY ne suscite pas de préoccupation en matière de santé.

Une étude de thermostabilité a aussi été déposée au sujet de la protéine HPPD W336 d'origine microbienne. Selon les résultats de celle-ci, sur le plan structurel, la protéine HPPD W336 est thermostable à 90 °C, et cela, pendant une période atteignant 60 minutes. Par contre, elle n'est pas thermostable sur le plan fonctionnel. En effet, après l'incubation de la protéine HPPD W336 à 45 °C pendant 20 minutes, son activité fonctionnelle a chuté sous les 50 % et à des températures plus élevées (c.-à-d., à 60 et à 90 °C), toute activité fonctionnelle de celle-ci a cessé une fois que 2,5 minutes se sont écoulées.

Deux études de digestibilité dans le liquide gastrique simulé (LGS) ont été remises par le requérant aux fins de leur examen. Dans le cadre de cette évaluation, seule l'une d'elles a été prise en compte, puisqu'elle respectait les principes des bonnes pratiques de laboratoire (BPL) tout en identifiant clairement le matériau d'essai. Les résultats de cette étude ont démontré que la protéine HPPD W336 est devenue indétectable après un séjour de 30 secondes et d'autres périodes d'incubation mises à l'essai par la suite dans le LGS contenant de la pepsine. Une étude de digestibilité dans le liquide intestinal simulé (LIS) a aussi été déposée aux fins d'un examen. Celle-ci a montré que la protéine HPPD W336 se trouve rapidement dégradée dans le LIS contenant de la pancréatine, et cela, sans laisser de bandes visibles de protéines résiduelles après 30 secondes d'incubation.

Les études de thermostabilité et la digestibilité présentées par le requérant indiquent clairement que la protéine HPPD W336 est peu susceptible de constituer une toxine ou un allergène.

Selon les degrés prévus d'exposition alimentaire à la protéine 2mEPSPS et les résultats d'une étude de toxicité orale aiguë portant sur des souris ayant été examinée dans le cadre de l'évaluation de la lignée de coton GHB614 GlyTolMD, la marge d'exposition (ME) à la protéine 2mEPSPS s'échelonne de 1,21×105 à 5,71×108 selon les divers apports en celle-ci.

Selon les degrés prévus d'exposition alimentaire à la protéine HPPD W3336 et les résultats d'une étude de toxicité orale subchronique de 28 jours chez les souris, la ME à la protéine s'échelonne de 2,33×103 à 5,22×108 selon les divers apports en celle-ci.

En se fondant sur les données actuellement consultables, l'exposition potentielle aux protéines 2mEPSPS et HPPD W336 issues de la lignée de soja FG72 tolérant deux herbicides ne susciterait pas de préoccupation sur le plan toxicologique.

8. Allergénicité

Une comparaison entre la séquence d'acides aminés de la protéine HPPD W336 et celles d'allergènes connus a été réalisée par le requérant. Les trois démarches in silico appliquées dans cette étude ont été les suivantes : une recherche des déterminants antigéniques, une recherche de l'identité globale et une recherche de l'identité allergénique de 80 unités monomères. La recherche des déterminants antigéniques visait à comparer la séquence d'acides aminés de la protéine HPPD W336 subdivisée en blocs de 8 acides aminés avec celle d'allergènes connus figurant dans la base de données publique des allergènes, AllergenOnline. Le critère indiquant une allergénicité potentielle consistait en une fenêtre d'identité de 100 % des 8 acides aminés avec une protéine allergène. La recherche de l'identité globale a été réalisée au moyen de l'algorithme FASTA, lequel compare la séquence complète des acides aminés de la protéine HPPD W336 avec toutes les séquences protéiques figurant dans la base de données AllergenOnline. Le critère indiquant une allergénicité potentielle consistait en une identité de 35 % d'à tout le moins 80 acides aminés consécutifs avec une protéine allergène. Quant à la recherche d'identité allergénique de 80 unités monomères, des blocs de 80 acides aminés ont été comparés avec les allergènes présents dans la base de données au moyen de l'algorithme FASTA. Le critère indiquant l'allergénicité potentielle consistait en une identité de 35 % avec une protéine allergène. De plus, les éventuels sites de N-glycosylation dans la séquence des acides aminés de la protéine HPPD W336 ont été pris en compte en recherchant leur séquence consensus connue, laquelle est fréquemment présente dans les allergènes connus. Selon le requérant, aucune identité entre les déterminants antigéniques de protéines allergènes connues ni aucune similitude pertinente de la séquence avec des allergènes connus n'ont été repérées. Aucun site potentiel de N-glycosylation n'a été identifié dans la séquence d'acides aminés de la protéine HPPD W336.

Selon le degré d'expression des allergènes endogènes au soja connus, la modification génétique du génome de la variété source de soja Jack n'a pas entraîné d'augmentation des allergènes endogènes dans le soja FG72 tolérant deux herbicides par rapport à ceux qui se trouvent dans les variétés de soja traditionnel. Par conséquent, cette modification n'est pas à la source d'un risque allergène supérieur à celui que comporte la variété de soja source.

En se fondant sur les données actuellement consultables, l'exposition potentielle à la protéine HPPD W336 issue de la lignée de soja FG72 tolérant deux herbicides ne susciterait pas de préoccupation sur le plan de l'allergénicité.

Conclusion :

L'examen qu'a réalisé Santé Canada de l'information présentée à l'appui de l'utilisation alimentaire du soja FG72 tolérant deux herbicides ne suscite pas de préoccupations sur le plan de l'innocuité. De l'avis de Santé Canada, les aliments dérivés du soja FG72 tolérant deux herbicides ne comportent pas davantage de danger et sont tout aussi nutritifs que les variétés de soja actuellement sur le marché.

L'opinion de Santé Canada ne porte que sur l'utilisation alimentaire du soja FG72 tolérant deux herbicides. Les questions relatives à son utilisation dans l'alimentation animale ont été étudiées séparément conformément aux processus réglementaires mis en œuvre par l'Agence canadienne d'inspection des aliments (ACIA). L'ACIA a évalué l'information communiquée sur l'innocuité du soja FG72 tolérant deux herbicides pour la santé environnementale, animale et humaine dans la perspective de son utilisation dans l'alimentation animale. L'ACIA a conclu qu'elle ne suscitait pas de préoccupations en matière d'innocuité, que ce soit sur le plan de l'environnement ou de l'alimentation animale. Ce point de vue est valable pour les produits alimentaires préparés à partir du soja FG72 tolérant deux herbicides destinés à la vente.

Le présent document sur les aliments nouveaux résume l'avis sur le produit visé par la Direction des aliments, Direction générale des produits de santé et des aliments, Santé Canada. Cet avis est fondé sur l'analyse détaillée des renseignements fournis par le requérant, conformément aux Lignes directrices relatives à l'évaluation de l'innocuité des aliments nouveaux.

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Pour obtenir plus de renseignements, veuillez communiquer avec :

Section des aliments nouveaux
Direction des aliments
Direction générale des produits de santé et des aliments
Santé Canada, IA 2204A1
251, promenade Sir Frederick Banting
Ottawa (Ontario) K1A 0K9
novelfoods-alimentsnouveaux@hc-sc.gc.ca

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