Page 2 : Recommandations pour la qualité de l'eau potable au Canada : document technique – les acides haloacétiques

1.0 Recommandation

La concentration maximale acceptable (CMA) pour les acides haloacétiques totauxFootnote * dans l'eau potable est de 0,08 mg/L (80 µg/L) et se fonde sur une moyenne courante annuelle géographique calculée à l'aide d'échantillons, trimestriels au minimum, prélevés dans le réseau de distribution.

Les services de distribution d'eau doivent déployer tous les efforts possibles pour maintenir les concentrations au niveau le plus bas qu'il soit raisonnablement possible d'atteindre (ALARA) sans compromettre l'efficacité de la désinfection.

2.0 Sommaire

Les acides haloacétiques (AHA) sont un groupe de composés qui se forment lorsque le chlore utilisé pour désinfecter l'eau potable réagit avec des matières organiques présentes naturellement dans l'eau (p. ex. les feuilles et végétaux en décomposition). L'utilisation du chlore dans le traitement de l'eau potable a presque éliminé les maladies d'origine hydrique, parce que le chlore peut tuer ou inactiver la plupart des micro-organismes que l'on trouve couramment dans l'eau. La majorité des usines de traitement de l'eau potable au Canada utilisent une forme quelconque de chlore pour désinfecter l'eau potable : pour traiter l'eau directement à l'usine ou pour maintenir une concentration de chlore résiduel dans le réseau de distribution afin d'empêcher la recroissance bactérienne. La désinfection est un élément essentiel du traitement de l'eau potable publique. Les risques que représentent pour la santé les sous-produits de désinfection (SPD), y compris les AHA, sont beaucoup moins importants que ceux qu'entraîne la consommation d'eau non désinfectée adéquatement.

Les AHA que l'on trouve le plus couramment dans l'eau potable sont l'acide monochloroacétique (MCA), l'acide dichloroacétique (DCA), l'acide trichloroacétique (TCA), l'acide monobromoacétique (MBA) et l'acide dibromoacétique (DBA). Le DCA et le TCA sont ceux que l'on a étudiés le plus à fond et il existe des données scientifiques disponibles sur le MCA et le DBA. Par contre, il n'y a pas suffisamment de données pour établir une recommandation pour le MBA.

Le présent document technique passe en revue les risques pour la santé associés à la présence des AHA dans l'eau potable. On y évalue ces risques en tenant compte d'études et d'approches nouvelles, ainsi que de facteurs relatifs au traitement. L'exposition par inhalation et contact cutané aux acides haloacétiques présents dans l'eau potable a été étudiée mais n'a pas été jugée importante. En se fondant sur cet examen, on recommande une concentration maximale acceptable de 0,08 mg/L pour les AHA totaux dans l'eau potable. Cette recommandation tient compte de l'accès à des techniques appropriées de traitement et de la capacité des usines de traitement de s'y conformer sans compromettre l'efficacité de la désinfection.

2.1 Effets sur la santé

Les effets sur la santé découlant d'une exposition aux acides haloacétiques varient en fonction du composé spécifique. On considère que le MCA n'est probablement pas cancérogène pour l'être humain, vu l'absence de données établissant sa cancérogénicité. Des changements dans le poids du corps, du foie, des reins et des testicules ont été observés dans des études sur des rats. Une concentration cible basée sur la santé de 0,1 mg/L peut être établie pour le MCA dans l'eau potable. Compte tenu de preuves suffisantes sur les animaux et de données inadéquates concernant les humains, on considère que le DCA est probablement cancérogène pour les humains. Les études animales ont révélé l'existence de liens entre l'exposition au DCA et des tumeurs du foie aussi bien chez le rat que chez la souris. Une concentration cible basée sur la santé de 0,01 mg/L peut être établie pour le DCA dans l'eau potable. Compte tenu de preuves limitées chez les animaux de laboratoire et de données inadéquates concernant les humains, on considère que le TCA est possiblement cancérogène pour les humains. Des études animales ont révélé l'existence d'un lien entre l'exposition au TCA et des tumeurs du foie chez la souris seulement, mais il reste à déterminer si le mécanisme à l'origine de ces tumeurs joue un rôle chez les humains. Une concentration cible basée sur la santé de 0,3 mg/L peut être établie pour le TCA dans l'eau potable. Comme les preuves sont suffisantes chez les animaux et inadéquates chez les humains, on considère que le DBA est probablement cancérogène pour les humains. Des études animales ont mis en évidence des liens entre l'exposition au DBA et des tumeurs au niveau de plusieurs organes tant chez le rat que chez la souris. Une concentration cible basée sur la santé de 0,002 mg/L peut être établie pour le DBA dans l'eau potable.

Il existe actuellement une seule étude qui porte sur l'incidence et l'importance des effets sur la santé humaine associés à une exposition aux acides haloacétiques. Une étude a été réalisée sur une petite population dans deux provinces de l'Est, mais elle n'a pas révélé de lien entre l'exposition aux acides haloacétiques et le risque de mortinatalité. D'autres études sur les sous-produits de désinfection chlorés ont examiné l'incidence du cancer ou les effets sur la reproduction chez les humains, mais elles ne portaient pas spécifiquement sur les acides haloacétiques.

Des études animales indiquent qu'il pourrait exister un lien entre les effets sur le développement (anomalies cardiaques) et une exposition au DCA ou au TCA, tandis que d'autres études n'ont pas révélé de lien. Des études animales évoquent un lien possible entre des effets sur la reproduction chez les mâles (sur les spermatozoïdes et la spermatogenèse) et une exposition au DCA ou au DBA, à des concentrations beaucoup plus élevées que celles que l'on trouve dans l'eau potable. Des études plus poussées s'imposent pour confirmer ces effets, ainsi que leur importance à long terme pour la santé humaine.

Une seule recommandation, basée sur les effets sur la santé de chaque AHA, est formulée pour les acides haloacétiques totaux et tient compte tant des techniques de traitement que de la capacité des usines de traitement, en particulier les petites usines, de respecter cette recommandation. Cette dernière est censée protéger la santé contre tous les acides haloacétiques, compte tenu du ratio prévisible d'acides haloacétiques dans l'eau potable. La valeur recommandée vise principalement à protéger contre les effets du DCA, l'acide haloacétique qui poserait les problèmes les plus importants pour la santé et qui est présent aux concentrations les plus élevées.

2.2 Exposition

Les concentrations d'AHA sont en général plus élevées dans les eaux de surface traitées que dans les eaux souterraines traitées, en raison des concentrations élevées de matières organiques présentes dans les lacs et les rivières. Elles sont également plus élevées par temps chaud, parce que les concentrations de précurseurs organiques dans l'eau brute sont plus élevées, et particulièrement parce que le taux de formation de SPD augmente avec la température. Il convient de noter que la présence de sous-produits, tels que le MBA et le DBA, dépendra également de la présence de brome dans la source d'eau.

Les données disponibles indiquent que l'eau potable peut constituer une source importante d'exposition aux acides haloacétiques, mais elles sont insuffisantes pour qu'on puisse calculer l'exposition provenant d'autres milieux comme les aliments et l'air.

2.3 Traitement

Les AHA et les trihalométhanes sont les deux principaux groupes de sous-produits chlorés de désinfection présents dans l'eau potable, où ils se trouvent généralement aux concentrations les plus élevées. Ensemble, ces deux groupes peuvent servir d'indicateurs de la présence de tous les sous-produits chlorés de désinfection dans les approvisionnements d'eau potable et l'on s'attend à ce que leur contrôle réduise les niveaux de tous les sous-produits chlorés de désinfection et les risques correspondants pour la santé.

Pour réduire l'exposition aux acides haloacétiques, on cherche en général à réduire avant tout la formation de sous-produits chlorés de désinfection. Il est possible de diminuer les concentrations des acides haloacétiques et d'autres sous-produits chlorés de désinfection dans l'eau potable à l'usine de traitement en éliminant la matière organique de l'eau avant d'y ajouter le chlore, en optimisant le procédé de désinfection, ou en utilisant d'autres méthodes de désinfection ou une source d'eau différente. Il est crucial que toute méthode utilisée pour contrôler les concentrations d'acides haloacétiques ne compromette pas l'efficacité de la désinfection. Le Comité fédéral-provincial-territorial sur l'eau potable recommande aussi qu'on n'épargne aucun effort non seulement pour atteindre la concentration recommandée, mais aussi pour maintenir les concentrations d'acides haloacétiques au niveau le plus bas qu'il soit raisonnablement possible d'atteindre.

3.0 Application de la recommandation

Remarque : Des instructions spécifiques concernant l'application de cette recommandation doivent être obtenues auprès de l'autorité compétente en matière d'eau potable dans la province ou le territoire concernés.

Les concentrations d'acides haloacétiques (AHA) et de trihalométhanes (THM) peuvent servir d'indicateurs de la charge totale de tous les sous-produits chlorés de désinfection (SPCD) que l'on peut trouver dans les approvisionnements d'eau potable. La recommandation sur les AHA est aussi conçue pour tenir compte de l'exposition à d'autres SPCD dont on sait peu de choses, et de leurs effets possibles sur la santé. Il s'agit d'une moyenne courante annuelle géographique qui est calculée à partir d'échantillons trimestriels parce que les concentrations d'AHA peuvent varier considérablement avec le temps, y compris selon la saison, en fonction de facteurs tels que les concentrations de matières organiques dans l'eau brute et la température.

Comme l'information sur les risques et les incertitudes associés à d'autres SPCD est limitée, on recommande que les usines de traitement s'efforcent de maintenir les concentrations d'AHA au niveau le plus bas qu'il soit raisonnablement possible d'atteindre (ALARA) sans compromettre la désinfection. Cet objectif devrait aussi constituer un facteur important à prendre en compte lors de toute expansion ou modernisation des usines de traitement ou des réseaux de distribution. Il faut s'assurer que tous les efforts visant à réduire les concentrations de SPCD, notamment le changement de stratégies de désinfection, n'augmentent pas par inadvertance les concentrations ou la lixiviation d'autres contaminants, comme le plomb, dans l'eau distribuée.

Le tableau 1 indique le risque excédentaire à vie (sur 70 ans) de cancer du foie associé à l'ingestion d'AHA dans l'eau potable à des concentrations variées, d'après des études animales. Le risque est exprimé sous forme de plage, la proportion de DCA dans les AHA totaux étant estimée entre 40 et 60 %.

Tableau 1 : Estimation de la plage de risque excédentaire à vie de cancer du foie par rapport aux niveaux de fond résultant d'une exposition au DCA associée à diverses concentrations d' AHA dans l'eau potable.
Concentration d'AHA dans l'eau potable (µg/L) Plage estimée de risque excédentaire de cancer (× 10-5)Tableau 1 note de bas de page a
40 1.6-2.4
60 2.4-3.6
80 3.2-4.8
100 4.0-6.0
120 4.8-7.2

Notes de bas de page

Note de bas de page 1

La plage de risque excédentaire à vie de cancer du foie par rapport aux niveaux de fond est estimée à partir du risque associé à l'ingestion de DCA à une concentration de 1 µg/L dans l'eau potable, en présupposant que la proportion de DCA dans les AHA totaux est de 40 à 60 %.

Retour à la référence de la note de bas de page 1

3.1 Surveillance

On recommande au moins une surveillance trimestrielle des eaux traitées provenant de sources d'eau de surface et d'eau souterraine pour les AHA totaux. Une surveillance plus

fréquente peut s'imposer dans le cas des installations qui utilisent des sources d'eau de surfaceFootnote ** pendant les périodes où les caractéristiques de l'eau favorisent davantage la formation de sousproduits, celles-ci variant selon le système concerné. Comme les concentrations d'AHA totaux varient entre les réseaux de distribution et à l'intérieur de ceux-ci en fonction de différents facteurs, y compris les caractéristiques de la qualité de l'eau (p. ex. précurseurs des AHA, pH, saison et température) et des conditions de traitement (p. ex. type de désinfectant, dose de désinfectant, temps de contact), on recommande de prélever des échantillons de contrôle à l'usine de traitement de l'eau et en des points du réseau de distribution où les données historiques montrent que les concentrations d'AHA sont les plus élevées.

Lorsqu'on ne dispose pas de données historiques, un programme de surveillance devrait être mis en place pour surveiller les concentrations d'AHA au milieu et aux extrémités du réseau de distribution. Des programmes de surveillance devraient cibler les zones où les temps de séjour sont longs, car les résidus de désinfectants y sont généralement beaucoup moins abondants que dans la moyenne du réseau; les zones où les concentrations de résidus de désinfectants sont extrêmement faibles ou nulles devraient être évitées. Dans les réseaux équipés de stations de chloration d'appoint et de réservoirs d'eau, on s'attend à ce que les concentrations d'AHA soient plus élevées en aval de ces équipements. Dans les réseaux de distribution très petits où le temps de séjour est court, des concentrations plus élevées d'AHA devraient être observées aux extrémités ou dans des portions isolées du réseau.

On pourra réduire la fréquence de la surveillance et de la production de rapports si la surveillance de l'eau potable ne révèle pas la présence de concentrations élevées de sousproduits de désinfection dans le réseau de distribution.

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