Balado de santé environnementale

Ce balado offre une tribune aux experts de la santé et de la recherche pour discuter de la pollution et ses impacts sur notre santé, et sur les solutions possibles en réponse à cet enjeu.

Épisodes

Épisode 1: La pollution de l'air

Transcription : Épisode 1

Moderator: Rien de plus naturel que la respiration, n'est-ce pas? Et pourtant, à chaque jour, à chaque respiration, la pollution de l'air affecte notre santé. Nous offrons une tribune aux experts de la santé et de la recherche sur la pollution de l'air et ses impacts sur notre santé, et sur les solutions possibles en réponse à cet enjeu. Bonne écoute.

(musique)

Éric Lavigne: Mon nom est Éric Lavigne. Je suis épidémiologiste à Santé Canada, puis professeur d'épidémiologie à la Faculté de médecine de l'Université d'Ottawa.

François Reeves: Je m'appelle François Reeves. Je suis cardiologue d'intervention au CHUM et à la Cité de la santé de Laval. Et puis, je suis professeur agrégé de médecine à la Faculté de médecine de l'Université de Montréal, avec une affiliation depuis plus de 10 ans maintenant à l'École de Santé publique de l'Université de Montréal. Voilà.

Mélody Porlier: Moi, c'est Mélody Porlier. Je suis étudiante en deuxième année du préclinique en médecine à l'Université de Montréal.

François Reeves: En fait, le déclic où je me suis consacré à la cardiologie environnementale, ça vient à la rédaction d'un premier livre pour lequel j'ai lu des choses qu'un cardiologue d'intervention normalement ne lit pas, c'est-à-dire de la littérature de santé publique. Vous savez, je me suis rendu compte qu'il y avait des différences absolument ahurissantes de mortalité cardiovasculaire d'une région à l'autre, d'une ville à l'autre. C'est là que j'ai commencé à m'intéresser aux déterminants environnementaux de la maladie cardiovasculaire.

Éric Lavigne: Je m'intéresse à la qualité de l'air entre autres parce que je suis asthmatique. J'essaie de comprendre entre autres: "Est-ce qu'il y a des liens environnementaux au développement de l'asthme?" On voit de plus en plus de preuves scientifiques que l'exposition à la pollution de l'air durant la grossesse ou durant la jeune enfance pourrait justement être un facteur de risque qui augmente le risque pour l'enfant de développer l'asthme.

Une autre raison, c'est la passion contribuer à un effort de réduction des impacts des changements climatiques sur la santé. On sait que la pollution de l'air représente une partie du puzzle qui est important(sic) dans les changements climatiques. Donc, il y a vraiment des défis importants qu'on doit adresser dans ce contexte-là.

Mélody Porlier: Alors, moi, j'ai un parcours un peu particulier. Donc, avant d'entrer en médecine, j'ai fait des études en biologie, plus particulièrement, en écologie. Donc, j'ai fait toute la patente: bac, maîtrise, doctorat en écologie. Puis, ensuite, j'ai décidé de me réorienter vers la médecine. Donc, dès que je suis arrivée en médecine, j'ai cherché à combiner les 2 parcours, donc l'écologie et la médecine.

J'ai un peu cherché toutes les façons possibles de m'impliquer. Et c'est de cette façon-là que j'ai été mise en contact avec 3 étudiantes de l'université qui avaient déjà entamé des démarches. Puis, ensemble, là, nous quatre, on a travaillé à mettre de l'avant une bonification du curriculum des changements climatiques en médecine à l'Université de Montréal.

(musique)

Éric Lavigne: La pollution de l'air a diverses formes. Il y a les particules dans l'air qui sont formées de métaux ou, par exemple, du bois de chauffage, il y a plusieurs processus industriels aussi qui sont associés, là, au, à la libération de particules dans l'air. Puis, il y a aussi des polluants gazeux qui sont surtout libérés par les tuyaux d'échappement des véhicules à essence, des processus industriels.

Et au Canada, les différentes sources de polluants atmosphériques sont principalement liées au transport des véhicules à moteur, mais également à une source très importante liée aux feux de forêt. Et il y a également des sources qui sont associées, là, à des sources industrielles comme les raffineries, par exemple.

François Reeves: Oui, de façon globale, quand on regarde l'environnement puis la santé cardiovasculaire, moi, je vous dirais, les 4 grands déterminants, c'est: premièrement la pollution aérienne, deuxièmement, c'est l'hyperindustrialisation alimentaire, troisièmement, le taux de verdissement du milieu dans lequel vous vivez, et quatrièmement, si votre urbanité prédispose ou pas à des activités physiques et extérieures.

En fait, bien, la pollution atmosphérique, c'est le premier déterminant, c'est-à-dire la qualité de l'air. Donc, quand vous brûlez des combustibles fossiles, ça envoie dans l'air toutes sortes de toxiques, NO2, SO2, dioxyde d'azote. Ça cause des maladies cardiaques, au même titre que les autres agents agresseurs comme le diabète ou l'hypertension ou le tabac.

Éric Lavigne: Il y a plusieurs impacts répertoriés dans la littérature scientifique sur le lien entre la pollution atmosphérique et la santé. Les impacts qui sont avérés sont surtout liés aux maladies cardiovasculaires, maladies respiratoires: que ce soit l'exposition à court terme, c'est-à-dire des fluctuations quotidiennes dans la pollution qui peuvent augmenter le risque des gens de décéder ou même de recourir à des soins hospitaliers, mais également l'exposition long terme, c'est-à-dire l'exposition sur plusieurs années qui fait en sorte que des gens peuvent développer des maladies chroniques.

De plus en plus d'études démontrent des effets liés au, l'exposition à la pollution durant la grossesse, durant la jeune enfance, qui potentiellement pourrait apporter des problèmes, comme par exemple le faible poids à la naissance chez le nouveau-né ou le risque de naissance prématurée, dû à la pollution atmosphérique; également des problèmes neuro-développementaux comme le développement de l'autisme, des problèmes de troubles d'apprentissage ou même le développement de l'asthme chez l'enfant.

Et dans le cas des gens qui ont des maladies chroniques, bien, on le sait que les gens qui sont asthmatiques ont déjà des processus inflammatoires au niveau pulmonaire qui peuvent être contrôlés avec de la médication, mais le fait que la pollution apporte également son lot de processus inflammatoires, bien, à ce moment-là, on voit que ces gens-là qui ont des conditions chroniques, comme les maladies respiratoires, vont être plus susceptibles à avoir des réponses excè-- d'exacerbation de symptômes respiratoires quand les niveaux de pollution augmentent.

François Reeves: La pollution de l'air, on se rappelle, c'est considéré comme le tueur numéro 1 de la planète avec de 8 à 9 millions de décès excédentaires tous les ans. Puis, l'impact sanitaire au Canada est énorme. On parle d'environ 15 000 décès excédentaires tous les ans dus à la pollution atmosphérique, mais surtout de 114 milliards de dollars en soins de santé et invalidité. C'est un coût social énorme.

(musique)

Éric Lavigne: On sait aussi que les facteurs sociodémographiques représentent un facteur de vulnérabilité, par exemple les populations qui sont dans des classes sociodémographiques plus faibles sont en général plus exposées aux impacts de la pollution de l'air étant donné qu'ils peuvent, par exemple, vivre à proximité de sources où il y a des niveaux élevés de pollution. On peut penser, par exemple, aux gens qui habitent dans des logements qui se trouvent tout près d'autoroutes achalandées, là où on sait que les niveaux de pollution peuvent être plus élevés.

François Reeves: On trouve plus d'Alzheimer, plus de démence dans les milieux pollués. On trouve plus de problèmes d'apprentissage chez les enfants dans les milieux plus pollués. On trouve plus de crises épileptiques chez les adolescents dans les milieux plus pollués, etcetera, etcetera. On sait que 60 à 80% des 8 à 9 millions de morts excédentaires, c'est des morts, c'est des mortalités cardiovasculaires. Mais ça a pris du temps parce qu'on savait pas mesurer quelle était la teneur en pollution.

Puis, d'ailleurs, ça, c'est quelque chose qui vous est toxique toute votre vie. On voit que partout où il y a des hausses de pollution, on voit plus de mortalité cardiovasculaire. Maintenant, chez des individus, faire le lien de cause à effet, c'est pas si clair.

Au même titre que si par exemple, quelqu'un fait un infarctus puis on sait que cette personne-là est diabétique, hypertendue et tabagique, ce sont tous des facteurs de risque, mais moi, comme médecin, quand je répare ses artères, je suis incapable de dire: "Est-ce que c'est plus le tabac ou le diabétique qui a bouché ses artères?"

Donc, en termes de pollution, on n'a pas de vecteur direct qui le mesure. Ce qu'on voit, c'est dans des milieux qui sont très exposés. Puis là, c'est plus des maladies du travail, des maladies industrielles parce qu'ils sont exposés à des hauts taux. Alors, c'est assez facile de déterminer qu'un soudeur qui a plein de calcification artérielle, bien, c'est que dans son atelier, il était mal protégé, il y avait plein de particules fines, notamment émises par la soudure, puis qui ont littéralement intoxiqué ses artères.

J'ai vu la même chose aussi chez un travailleur de la construction, que le type, c'est un homme en début de quarantaine, depuis l'âge de 20 ans, il était toujours sur des chantiers routiers, et avec des autos, toujours entre 2 cônes orange, puis ces gens-là respirent à la fois la poussière de leur chantier puis toutes les émissions d'automobiles. Il y a un gros autobus au diesel qui roule à 5 kilomètres/heure à côté de lui.

Bien, c'est ce à quoi il est exposé toutes ses journées de travail depuis 20 ans. Puis, de fait, il avait des calcifications dans toutes les artères de son cœur de façon vraiment extraordinaire, démesurée. D'ailleurs, on me l'avait(ph) fait voir pour dire: "Pourquoi est-ce que il y a autant de calcification?" Puis, je comprenais pas en regardant son dossier médical, jusqu'à temps que je lui demande: "Qu'est-ce que tu fais dans la vie?", puis "Où est-ce que tu travailles?" Puis, c'est comme ça que là, j'ai cliqué: ah, ça devenait limpide.

Éric Lavigne: Quand on fait des études épidémiologiques, puis on s'intéresse à des populations entières, souvent, on observe des augmentations de risques qui sont de l'ordre de quelques points de pourcentage.

Puis, quelques points de pourcentage, on pourrait penser que c'est faible. Mais quand on pense que il y a des centaines de milliers, des millions de personnes qui sont affectées par la pollution atmosphérique, on le sait que des augmentations de quelques points de pourcentage dans le risque de mortalité ou dans le risque d'hospitalisation, ça représente beaucoup de gens qui peuvent être affectés par la pollution atmosphérique. Donc, d'un point de vue individuel, c'est parfois difficile à conceptualiser les impacts. Mais d'un point de vue populationnel, on observe ces impacts-là.

En résumé, il y a 2 types de personnes plus vulnérables aux effets de la pollution de l'air. Premièrement, il y a des gens plus susceptibles aux effets de la pollution de l'air en raison de leur âge, de leur génétique ou de maladies chroniques préexistantes comme la maladie pulmonaire obstructive chronique, l'asthme ou les maladies cardiovasculaires. Deuxièmement, il y a des gens qui le sont en raison de leur exposition quotidienne ou à long terme à la pollution.

Mélody Porlier: En médecine, on a aussi des compétences de leadership et de promotion de la santé qui sont essentielles à développer. Ça peut se manifester de différentes façons, incluant par exemple de l'implication sociale. Mais l'idée, c'est d'amplifier la voix de la santé dans les discours publics et dans la sphère sociale parce que quand on parle d'environnement, souvent, on essaye d'opposer croissance économique à environnement. Mais la voix de la santé, elle, elle est encore peu entendue dans le débat. Puis, c'est ce que j'aimerais pouvoir apporter tout au long de ma carrière.

François Reeves: Je pense que la place du médecin, elle est là pour prévenir d'un facteur de risque, au même titre qu'un médecin va s'intéresser à la sédentarité, à l'obésité, etcetera. Bien, que les médecins s'intéressent à la question environnementale, dans la perspective où la pollution atmosphérique fait directement des maladies et des morts, et que les changements climatiques vont aussi entraîner des grands désordres et des maladies et des morts, je pense que les médecins sont au premier plan pour sensibiliser à la fois des décideurs et une population.

Éric Lavigne: Donc, les professionnels de la santé ont un rôle important à jouer dans la prévention à l'exposition à la pollution de l'air. Par exemple, il y a des indices de qualité d'air qui peuvent être recommandés par les professionnels de la santé aux patients. On pense par exemple à la cote R santé qui est un indice de qualité d'air qui est utilisé par Santé Canada et Environnement et Changements climatiques Canada.

Et la cote R santé, par exemple, à un niveau de 7, pour des gens qui ont des problèmes respiratoires, bien, on pourrait penser que ces gens-là devraient réorganiser leurs activités dans une journée. Et donc, si les professionnels de la santé ne font que mentionner aux patients de surveiller ces indices-là, c'est déjà un début pour que ces gens-là puissent éviter d'être exposés à la pollution de l'air et conséquemment, éviter d'avoir des impacts sur la santé.

La réglementation dans les dernières décennies au Canada, on est vus de l'extérieur comme étant un pays qui est très avant-gardiste en termes de recherche scientifique qui est fait(sic) sur la pollution de l'air et également de la révision de la réglementation.

Souvent, l'Organisation mondiale de la Santé, ou même d'autres instances gouvernementales vont se tourner vers notre groupe de recherche, ou même des groupes de recherche au Canada. Donc, il y a beaucoup d'optimisme, mais il y a quand même beaucoup de travail à faire pour justement mieux comprendre les impacts de la pollution de l'air.

(musique)

Mélody Porlier: Une autre des façons par lesquelles les étudiants en médecine actuellement vont pouvoir contribuer à l'amélioration de la santé planétaire et des individus, là, également, c'est d'être conscientisés à l'impact du réseau de la santé lui-même. Donc, en fait, les réseaux de la santé, là, représentent autour de 5% des émissions de gaz à effet de serre, là, globalement à travers le monde.

Et en tant que médecins, en fait, on a un serment, hein, qui dit premièrement ne pas nuire. Et donc, il devient très important de ne pas contribuer à l'émission de gaz à effet de serre, aux changements climatiques, à la pollution de l'air, de par nos actes médicaux. Et ça, c'est quelque chose dont on est de plus en plus sensibilisés, et que les étudiants en médecine actuellement comprennent et ont une volonté, là, d'avoir un réseau de santé plus vert à l'avenir.

Éric Lavigne: Une solution qu'on voit de plus en plus dans la littérature scientifique, c'est le verdissement des villes. Donc, le fait d'augmenter la forêt urbaine pourrait être une avenue afin de réduire l'exposition ou atténuer l'exposition à la pollution de l'air.

Mélody Porlier: Si j'avais à résumer en un seul mot la situation actuelle concernant la pollution de l'air au Canada, je crois que je dirais: opportunité. Dans le sens où on est un peu à un point tournant, où si on laisse aller les choses, on est conscients, là, des effets délétères sur la santé des écosystèmes, des populations, etcetera.

Mais c'est aussi une occasion de changer les choses pour le mieux, puis de saisir cette opportunité justement qui nous est aussi, là, offerte par la bande à cause du COVID qui va nécessiter une relance économique, et qu'on pourrait, qu'on pourrait amorcer d'une nouvelle façon, plus verte, plus respectueuse de l'environnement, plus respectueuse de la santé. Et donc, ça nous offre une opportunité de faire les choses mieux qu'elles étaient avant.

(musique)

Moderator: Vous avez écouté un balado réalisé en collaboration avec Santé Canada, l'Université de la Rue, et l'IFMSA Québec qui forme la division des affaires internationales et communautaires de la Fédération médicale étudiante du Québec. La qualité de l'air et ses impacts sur la santé vous préoccupent?

Vous avez en tête une piste de solution? Nous vous invitons à prendre la parole pour nous partager vos témoignages ou votre opinion sur le sujet. Écrivez-nous sur la page Facebook de l'Université de la Rue avec le mot-clic environnement et santé. Si vous désirez en apprendre davantage, faites une recherche sur le site de Santé Canada à l'aide des mots-clés air et santé.

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