Fiche Technique Santé-Sécurité : Agents Pathogènes – Chikungunya virus

FICHE TECHNIQUE SANTÉ-SÉCURITÉ: AGENTS PATHOGÈNES

SECTION I – AGENT INFECTIEUX

NOM: Virus Chikungunya

SYNONYME OU RENVOI : VCHIKNote de bas de page 1-6, CHIKNote de bas de page 2 Note de bas de page 7-9 et fièvre de ChikungunyaNote de bas de page 2 Note de bas de page 10.

CARACTÉRISTIQUES: Membre de la famille des TogaviridaeNote de bas de page 4 Note de bas de page 10 Note de bas de page 11 et du genre Alphavirus Note de bas de page 10 Note de bas de page 11 appartenant au complexe sérologique de Semliki ForestNote de bas de page 1 Note de bas de page 11. Le VCHIK est un virion enveloppé de forme sphérique à génome d’ARN monocaténaire de polarité positive, qui mesure 60 à 70 nm de diamètreNote de bas de page 1 Note de bas de page 11.

SECTION II – DÉTERMINATION DU RISQUE

PATHOGÉNICITÉ ET TOXICITÉ: Tiré d’un dialecte africain parlé par les Swahili ou les Makonde, le mot « chikungunya » signifie « qui se courbe »Note de bas de page 1 Note de bas de page 2 Note de bas de page 12, « qui courbe »Note de bas de page 10 ou « qui marche courbé »Note de bas de page 12, et fait référence à l’arthralgie invalidante dont sont atteints les patients qui ont contracté la fièvre due au VCHIKNote de bas de page 1. L’infection causée par le VCHIK survient brutalement et est caractérisée par de la fièvre et une grave arthralgieNote de bas de page 2 Note de bas de page 12 que l’on observe dans 70 % des casNote de bas de page 1. La fièvre monte rapidement atteignant souvent 39 ou 40 °C et est accompagnée de grands frissons intermittentsNote de bas de page 2. L’arthralgie cause des douleurs articulaires migratrices et touche plusieurs articulations, principalement les petites articulations des mains, des poignets, des chevilles et des piedsNote de bas de page 2. Les manifestations cutanées sont typiques, bon nombre de patients présentant une rougeur du visage et du tronc. Ce signe est habituellement suivi d’une éruption maculopapulaire touchant le plus souvent le tronc et les membres, mais le visage, les paumes et la plante des pieds peuvent également présenter des lésionsNote de bas de page 2. Les autres symptômes de l’infection causée par le VCHIK comprennent les suivants : myalgie, nausées, vomissements, maux de tête, écoulement nasal, conjonctivite, douleur rétro-oculaire, photophobie et adénopathieNote de bas de page 10. On a observé des manifestations hémorragiques (pétéchies, purpura, saignement des gencives, épistaxis, hématémèse et méléna)Note de bas de page 1, mais seulement en AsieNote de bas de page 10. Le taux de mortalité moyen est de 0,4 % (2,8 % chez les enfants et 1,6 % chez les personnes âgées)Note de bas de page 10.

ÉPIDÉMIOLOGIE: Le VCHIK a été découvert pour la première fois en Tanzanie (anciennement Tanganyika), en 1953, durant une épidémie d’une maladie semblable à la dengueNote de bas de page 13. Durant les années 1960 à 1990, le virus a été isolé à plusieurs reprises dans de nombreux pays de l’Afrique centrale et australe, dont le Soudan, l’Ouganda, la République démocratique du Congo, la République centrafricaine, le Malawi, le Zimbabwe, le Kenya et l’Afrique du SudNote de bas de page 3). Le VCHIK a aussi été isolé dans des pays de l’Afrique occidentale, notamment le Sénégal, le Bénin, la République de Guinée, la Côte d’Ivoire et le NigériaNote de bas de page 3.

De fréquentes éclosions ont été signalées entre 1960 et 2003 en Asie du Sud-Est, plus précisément en Inde, en Malaisie, en Indonésie, au Cambodge, au Vietnam, au Myanmar, au Pakistan et en ThaïlandeNote de bas de page 3). En fait, de nombreuses villes, y compris Bangkok et Calcutta, ont été identifiées comme étant des foyers particulièrement actifs de transmission et d’infectionNote de bas de page 3).

Depuis 1986, on a noté une résurgence des cas d’infections par le VCHIK, les principales grappes d’infections ayant été documentées au Sénégal (1986, 1996 et 1997); en Côte d’Ivoire (1996 et 1997); en République démocratique du Congo (1998-2000); en Indonésie (2003); au Kenya (2004); aux Comores (2005); aux Seychelles, à Maurice, à Madagascar et à la Réunion (2005-2006); et en Inde (2006 et 2007)Note de bas de page 3 ).

Des cas ont aussi été signalés en Europe (Royaume-Uni, Belgique, Allemagne, République tchèque, Norvège, Italie, Espagne et France), à Hong Kong, au Canada, à Taïwan, au Sri Lanka et aux États-Unis. Cependant, ces cas étaient attribuables au retour de touristes en provenance de l’Inde et des îles de l’océan Indien où sévissait l’infectionNote de bas de page 3 Note de bas de page 12.

À l’heure actuelle, le VCHIK est endémique dans 23 pays, et une analyse phylogénétique des séquences virales a permis d’identifier trois clades distincts en Afrique occidentale, en Afrique centrale et orientale et en AsieNote de bas de page 3 Note de bas de page 7.

Il existe deux cycles de transmission épidémiologique de la fièvre de CHIK : le cycle sylvatique, que l’on observe principalement en Afrique entre les primates sauvages et les moustiques arboricoles Aedes Note de bas de page 2 Note de bas de page 3 et où les humains servent d’hôtes accidentels, de même que le cycle de transmission de personne à personne, par l’intermédiaire d’un moustique que l’on observe généralement dans les villes d’AsieNote de bas de page 2.

GAMME D’HÔTES: Humains Note de bas de page 1-3 Note de bas de page 6 Note de bas de page 7 Note de bas de page 10-12, primates, rongeurs et oiseauxNote de bas de page 11 Note de bas de page 12.

DOSE INFECTIEUSE: Inconnue.

MODE DE TRANSMISSION: Le VCHIK est transmis à l’humain par contact avec des primates infectés et par la piqûre de moustiques Aedes infectésNote de bas de page 1. Il existe des données montrant que le VCHIK peut également être transmis par une mère infectée au fœtus en développementNote de bas de page 2 Note de bas de page 12. De plus, l’inhalation du VCHIK sous forme d’aérosol dans un laboratoire peut provoquer une infection par le VCHIKNote de bas de page 14.

PÉRIODE D’INCUBATION: Habituellement 2 ou 3 joursNote de bas de page 1 Note de bas de page 2, mais l’intervalle varie de 1 à 10 joursNote de bas de page 2 Note de bas de page 10 Note de bas de page 13.

TRANSMISSIBILITÉ: On croit que la transmission de personne à personne est possible seulement in utero entre une mère et son fœtusNote de bas de page 2.

SECTION III - DISSÉMINATION

RÉSERVOIR: Les humains agissent comme réservoir du VCHIK durant les périodes épidémiquesNote de bas de page 2 Note de bas de page 11 Note de bas de page 12. En dehors de ces périodes, les principaux réservoirs sont les singesNote de bas de page 10 Note de bas de page 12, les rongeursNote de bas de page 10 Note de bas de page 12, les chauves-sourisNote de bas de page 10 et les oiseauxNote de bas de page 10 Note de bas de page 12.

ZOONOSE: Oui, indirectement par les moustiques infectés par des hôtes non humains agissant comme réservoirs (cycle sylvatique de transmission)Note de bas de page 2 Note de bas de page 3.

VECTEURS: Les moustiquesNote de bas de page 1-3 Note de bas de page 7 Note de bas de page 10-12, primates, rongeurs et oiseauxNote de bas de page 11 Note de bas de page 12. En Asie et dans la région de l’océan Indien, les principaux vecteurs sont Aedes aegypti et Aedes albopictus Note de bas de page 2 Note de bas de page 11. Un plus grand nombre d’espèces du genre Aedes transmettent le VCHIK en Afrique, notamment Aedes furcifer Note de bas de page 2 Note de bas de page 10 Note de bas de page 11, Aedes taylorNote de bas de page 2, Aedes vittatus, Aedes fulgens Note de bas de page 11, Aedes luteocephalus Note de bas de page 2 Note de bas de page 11, Aedes dalzieli, Aedes vigilax, Aedes camptorhynchites Note de bas de page 11, Aedes africanus Note de bas de page 2 Note de bas de page 10 et Aedes neoafricanus Note de bas de page 2.

SECTION IV - VIABILITÉ ET STABILITÉ

SENSIBILITÉ AUX MÉDICAMENTS: Aucun traitement antiviral n’est actuellement offert. Dans des conditions expérimentales, l’interféron-α2b, la glycyrrhizine, la 6-azauridine et la ribavirine se sont tous révélés efficaces in vitro pour réduire le titre viral du VCHIK de manière proportionnelle à la concentrationNote de bas de page 4. On a aussi observé, dans des conditions in vitro, que l’interféron-α et la ribavirine présentent une efficacité synergique contre le VCHIKNote de bas de page 4.

SENSIBILITÉ AUX DÉSINFECTANTS: Il n’y a aucune information particulière concernant le VCHIK. Cependant, la plupart des virus à enveloppe lipidique sont sensibles à l’éthanol à 70 % (v/v), à l’hypochlorite de sodium, au formaldéhyde, au glutaraldéhyde, aux phénoliques, aux iodophores et aux composés d’ammonium quaternaireNote de bas de page 15.

INACTIVATION PHYSIQUE: Inactivé par la dessiccation et des températures supérieures à 58 °CNote de bas de page 11.

SURVIE À L'EXTÉRIEUR DE L'HÔTE: Inconnue.

SECTION V - PREMIERS SOINS ET ASPECTS MÉDICAUX

SURVEILLANCE: Rechercher les symptômesNote de bas de page 2. Confirmer l’infection par la détection du VCHIK dans des échantillons sanguins au moyen du test ELISANote de bas de page 6, de la RT-PCRNote de bas de page 16, de la RT‑PCR en temps réelNote de bas de page 5, de l’immunofluorescence indirecteNote de bas de page 6, de la culture viraleNote de bas de page 2 Note de bas de page 11, des épreuves de neutralisationNote de bas de page 2 Note de bas de page 17 ou des épreuves d’inhibition de l’hémagglutinationNote de bas de page 2.

Remarque : Les méthodes de diagnostic ne sont pas nécessairement toutes disponibles dans tous les pays.

PREMIERS SOINS ET TRAITEMENT: Les traitements disponibles, qui ne visent qu’à soulager les symptômes, comprennent les médicaments antipyrétiquesNote de bas de page 1 et anti-inflammatoiresNote de bas de page 1 Note de bas de page 11 comme le diclofénacNote de bas de page 10. L’utilisation des stéroïdes et de l’aspirine doit être évitéeNote de bas de page 10 Note de bas de page 11. Les mouvements et les exercices légers améliorent généralement la raideur des articulationsNote de bas de page 2.

IMMUNISATION: Il n’existe aucun vaccin sur le marchéNote de bas de page 2 Note de bas de page 10, bien que certains vaccins candidats aient fait l’objet d’essais cliniques menés chez le singeNote de bas de page 8et l’humain (phase II)Note de bas de page 9. Un essai clinique de phase III portant sur un vaccin candidat est en cours d’élaborationNote de bas de page 11.

PROPHYLAXIE: La seule forme de prophylaxie possible consiste à réduire au minimum le risque de piqûre par des moustiques infectés en utilisant des moustiquaires et des insectifugesNote de bas de page 1 Note de bas de page 10.

SECTION VI - DANGERS POUR LE PERSONNEL DE LABORATOIRE

INFECTIONS CONTRACTÉES AU LABORATOIRE: On a recensé, jusqu’en 1980, 41 cas d’infection au totalNote de bas de page 14. Deux autres cas ont été déclarés en 1981Note de bas de page 17.

SOURCES ET ÉCHANTILLONS: SangNote de bas de page 1 Note de bas de page 2.

DANGERS PRIMAIRES: Inhalation d’aérosols contenant le VCHIKNote de bas de page 14.

DANGERS PARTICULIERS: Exposition à des insectes infectés lors de manipulations visant à isoler le VCHIK dans des régions endémiquesNote de bas de page 17.

SECTION VII - CONTRÔLE DE L’EXPOSITION ET PROTECTION PERSONNELLE

CLASSIFICATION PAR GROUPE DE RISQUE: Groupe de risque 3Note de bas de page 18.

EXIGENCES DE CONFINEMENT: Installations, équipement et pratiques opérationnelles de niveau de confinement 3 pour le travail avec des matières, cultures ou animaux infectieux ou potentiellement infectieux.

VÊTEMENTS DE PROTECTION: Avant d’entrer dans le laboratoire, le personnel doit enlever sa tenue de ville et ses bijoux pour ensuite mettre des vêtements et des chaussures réservés aux travaux en laboratoire, ou mettre un vêtement protecteur complet (c’est‑à‑dire qui couvre entièrement la tenue de ville). Une protection supplémentaire peut être portée par‑dessus les vêtements de laboratoire lors de la manipulation directe de matériel infectieux, comme une blouse ne s'ouvrant pas à l'avant avec poignets serrés, des gants et une protection respiratoire. Une protection pour les yeux doit être utilisée lorsqu’il y a un risque connu ou potentiel d’éclaboussureNote de bas de page 19.

AUTRES PRÉCAUTIONS: Toutes les activités avec du matériel infectieux doivent s’effectuer dans une enceinte de sécurité biologique (ESB) ou dans un autre dispositif de confinement primaire adéquat, avec un équipement de protection individuelle. La centrifugation des matières infectées doit s’effectuer dans des enceintes scellées placées dans des réservoirs hermétiques ou des rotors qui sont remplis et vidés dans une ESB. L’utilisation d’aiguilles, de seringues et d’autres objets tranchants doit être strictement restreinte. Les plaies ouvertes, les coupures et les éraflures doivent être couvertes avec des pansements imperméables. Des précautions supplémentaires doivent être envisagées pour les activités avec des animaux ou à grande échelleNote de bas de page 19.

SECTION VIII - MANUTENTION ET ENTREPOSAGE

DÉVERSEMENTS : Laisser les aérosols se poser et, tout en portant des vêtements de protection, couvrir délicatement le déversement avec des essuie‑tout et appliquer un désinfectant approprié, en commençant par le périmètre et en se rapprochant du centre. Laisser agir suffisamment longtemps avant de nettoyerNote de bas de page 19.

ÉLIMINATION: Décontaminer tout le matériel qui doit être éliminé par stérilisation à la vapeur, désinfection chimique ou incinérationNote de bas de page 19.

ENTREPOSAGE: Dans des contenants étanches et scellés étiquetés de manière appropriée et placés dans un endroit verrouillé dans un laboratoire de niveau de sécurité 3Note de bas de page 19.

SECTION IX – RENSEIGNEMENTS SUR LA RÉGLEMENTATION ET AUTRES

INFORMATION SUR LA RÉGLEMENTATION : L’importation, le transport et l’utilisation de pathogènes au Canada sont régis par de nombreux organismes de réglementation, dont l’Agence de la santé publique du Canada, Santé Canada, l’Agence canadienne d’inspection des aliments, Environnement Canada et Transports Canada. Il incombe aux utilisateurs de veiller à respecter tous les règlements et toutes les lois, directives et normes applicables.

DERNIÈRE MISE À JOUR: Août 2010

PRÉPARÉE PAR: Direction de la règlementation des agents pathogènes, agence de la santé publique du Canada.

Bien que les renseignements, opinions et recommandations présentés dans cette Fiche de renseignements proviennent de sources que nous jugeons fiables, nous ne nous rendons pas responsables de leur justesse, de leur caractère exhaustif ou de leur fiabilité, ni des pertes ou blessures pouvant résulter de l’utilisation de ces renseignements. Comme on découvre fréquemment de nouveaux dangers, il est possible que ces renseignements ne soient pas tout à fait à jour.

Tous droits réservés

© Agence de la santé publique du Canada, 2010

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