Prévenir les méfaits liés aux substances chez les jeunes Canadiens en prenant des mesures dans les communautés scolaires : Document d'orientation

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Organization : Agence de la santé publique du Canada

Date publiée : 2021-08-13

Cat. : HP10-38/2021F-PDF

ISBN : 978-0-660-40123-2

Pub. : 210272

Août 2021

Sur cette page

Introduction

Depuis quelques années, la consommation de substances chez les jeunes a fait l'objet d'une attention politique et publique sans précédentNote de bas de page 1. Au Canada, la légalisation de la consommation non médicale de cannabis, la hausse du nombre de décès liés aux opioïdes et l'augmentation de la consommation de produits vaporisés chez les jeunes sont quelques‑uns des facteurs qui ont fait de la consommation de substances une préoccupation prioritaire.

L'administratrice en chef de la santé publique (ACSP) du Canada a mis l'accent sur la consommation de substances chez les jeunes dans son rapport de 2018 intitulé Prévenir la consommation problématique de substances chez les jeunes. Le rapport explique pourquoi les jeunes constituent une population prioritaire pour les efforts de prévention, et représente un appel à l'action pour trouver de nouvelles et meilleures façons de traiter la consommation de substances chez les jeunes, notamment en tirant parti des atouts et de la portée des communautés scolaires.

A qui s'adresse ce document

Le public visé par le document d'orientation est le milieu scolaire canadien. Cela inclut :

  • tous ceux qui travaillent au sein du système d'éducation (par exemple, administrateurs, enseignants, conseillers en orientation, professionnels de la santé qui travaillent dans les écoles, entre autres)
  • les organisations communautaires qui soutiennent les jeunes
  • tous ceux qui jouent un rôle dans la planification et la prise de décision dans le secteur de l'éducation (par exemple, conseils et districts scolaires, organisations de santé scolaire, organisations gouvernementales)

Pourquoi et comment ce rapport a-t-il été conçu

Le présent document d'orientation décrit les questions liées aux substances chez les jeunes dans une perspective de santé publique et vise à éclairer les mesures de prévention des méfaits liés aux substances dans les communautés scolaires.

Le besoin de clarté sur les sujets liés aux substances chez les jeunes a été soulevé dans le cadre du forum national L'importance de l'école : Établissement d'un plan d'action pour les communautés scolaires afin d'aider à prévenir les méfaits liés à la consommation de substances, qui a eu lieu en février 2020. Pour obtenir de plus amples renseignements sur ce processus, consulter l'Encadré 1.

Encadré 1. Pleins feux sur le forum « L'importance de l'école »

Le forum intitulé L'importance de l'école a été organisé par l'Agence de la santé publique du Canada (ASPC) en partenariat avec le Centre canadien sur les dépendances et l'usage de substances, le Canadian Students for Sensible Drug Policy et le Consortium conjoint pour les écoles en santé. Ce forum a réuni plus de 50 intervenants d'un peu partout au Canada pour éclairer l'élaboration d'une ressource fondée sur des données probantes intitulée Plan d'action: Prévenir les méfaits liés à l'usage de substances chez les jeunes par une approche globale de la santé en milieu scolaire. Lors de ce forum, les étudiants et les jeunes, les enseignants, les administrateurs, les organismes de santé publique, les personnes ayant vécu et fait l'expérience de la consommation de substances, les organisations de santé en milieu scolaire, les chercheurs, les organisations communautaires, les organisations autochtones, les parents, les familles et les organismes gouvernementaux étaient représentés.

Le forum portait surtout sur le contexte des écoles secondaires, bien que de nombreux participants au forum aient souligné la nécessité d'interventions complémentairesNote de bas de page 2 à d'autres niveaux scolaires. Les participants ont également indiqué que les objectifs et les principes cernés dans ce document sont probablement pertinents pour d'autres publics et secteurs hors du milieu de l'éducation.

Les participants ont décrit des initiatives innovantes en cours dans les communautés scolaires du pays qui ont été conçues pour promouvoir la santé et le bien-être des élèves et prévenir les méfaits liés aux substances. Toutefois, ils ont signalé le besoin d'un changement à plus grande échelle dans la manière dont le système d'éducation aborde la consommation de substances chez les jeunes. Les participants ont souligné que pour avancer efficacement vers cette réforme, il est indispensable d'avoir une compréhension commune des buts et des objectifs liés aux substances chez les jeunes.

Il existe plusieurs points de vue sur la consommation de substances chez les jeunes, une pluralité qui influence la manière dont on aborde la question. Certaines personnes et institutions s'opposent à toute consommation de substances chez les jeunes, tandis que d'autres adoptent des approches qui visent à réduire les méfaits liés aux substances. Le fait d'observer et de mesurer la consommation de substances chez les jeunes et de qualifier ces comportements de bons ou mauvais ne permet pas de mesurer pleinement la complexité des méfaits liés aux substances. Comme l'a exprimé un participant au forum, « nous savons que la pensée simpliste et binaire est dommageable et inexacte dans de nombreux domaines; il en va de même pour la consommation de substances chez les jeunes ».

Le présent document met en lumière certains de ces points de vue plus nuancés et propose une voie à suivre pour le secteur de l'éducation. Il fournit également un contexte pour éclairer la recherche et les interventions, et soutenir une meilleure harmonisation avec les objectifs de santé publique.

Bien que ce document d'orientation découle des discussions du forum L'importance de l'école, il reflète également le travail de l'ASPC lié aux substances chez les jeunes et les principaux thèmes du rapport 2018 de l'ACSP. Les participants au forum et d'autres intervenants clés ont été invités à faire part de leurs commentaires sur les versions préliminaires du document. Bien que le forum ait eu lieu avant l'arrivée de la COVID-19 au Canada, les consultations avec les participants du forum se sont tenues de façon virtuelle au début de l'été 2020, en pleine pandémie. De nombreux participants ont indiqué que les répercussions importantes de la pandémie sur le système d'éducation ainsi que sur la santé et le bien-être des élèves et des familles contribuent à renforcer le caractère opportun et la pertinence de ce document. Nous sommes reconnaissants aux participants au forum pour leur contribution à ce travail.

Définition du problème

La consommation de substances est associée à une série de méfaits possibles. Leur gravité varie et comprend :

  • les problèmes de santé mentale
  • la violence familiale et interpersonnelle
  • les surdoses mortelles et non mortelles ou les empoisonnements par la drogue
  • les troubles de la mémoire et de l'apprentissage
  • les troubles liés à la consommation de substances
  • d'autres problèmes de santé (par exemple les maladies cardiaques, les accidents vasculaires cérébraux, les infections transmissibles sexuellement et par le sang, les maladies du foie, les lésions cérébrales, le cancer)
  •  les accidents de la route
  •  l'automutilation délibérée ou non et le suicide

Les méfaits liés aux substances engendrent des coûts sociaux et économiques importants au Canada, ainsi que des coûts personnels pour les jeunes et leurs familles qui ne bénéficient pas du soutien nécessaire pour prévenir ou atténuer ces méfaits.

Comparativement aux adultes, les jeunes sont plus vulnérables aux méfaits liés aux substances pour diverses raisons. Par exemple, les jeunes sont généralement plus petits physiquement que les adultes, ce qui peut avoir une incidence sur la quantité de substances que leur corps est capable de traiter. En outre, la consommation de substances avant ou pendant les périodes critiques du développement du cerveau peut affecter la structure et le volume de ce dernier, et avoir des conséquences négatives pour les fonctions exécutives et le contrôle des impulsions. C'est en partie pour cette raison que l'adolescence est une période à risque déterminante pour les troubles liés à la consommation de substances. De plus, l'adolescence et le début de l'âge adulte sont d'importantes périodes de développement social et émotionnel et la consommation régulière de substances pendant ces années peut compromettre cet apprentissage. Plus l'exposition aux substances est précoce et fréquente, plus le risque de voir ces méfaits se concrétiser est élevé.

En constatant les méfaits liés aux substances, on tend souvent à désigner la consommation de substances elle-même comme étant le problème central. C'est particulièrement le cas lorsque ces méfaits touchent les jeunes. Cependant, comme les participants l'ont souligné tout au long du forum L'importance de l'école, le fait de caractériser la consommation de substances comme étant le problème central soulève un certain nombre de questions.

Comment les risques liés à la consommation de substances varient

La consommation de substances chez les jeunes est souvent considérée comme une source inhérente de problèmes. Bien que les adolescents soient exposés à un risque accru de troubles du développement s'ils consomment des substances régulièrement et de façon continue, de nombreux jeunes en consomment sans dommages importants ou durables à leur santé ou à leur bien-être ou à ceux des autres. Même si la seule façon de prévenir complètement les risques sociaux et sanitaires possibles liés à la consommation de substances est de s'abstenir complètement d'en consommer, il est prouvé que les méfaits liés aux substances varient.

Les experts en matière de prévention des méfaits liés à la consommation de substances soutiennent que la consommation de substances existe sur un spectre, allant de l'utilisation bénéfique à l'utilisation qui peut causer des méfaits importants. Les participants au forum L'importance de l'école ont souligné l'importance de reconnaître les avantages que certains jeunes attribuent à leur consommation de substances (par exemple les avantages thérapeutiques et sociaux). Bien que cette dernière partie du spectre de la consommation de substances mérite une attention et des mesures particulières, il est possible de prendre des mesures pour aider à prévenir les méfaits liés aux substances à tous les niveaux du spectre.

Des facteurs sociaux et structurels influencent les méfaits liés aux substances, par exemple, le « paradoxe des méfaits causés par l'alcool » démontre que les personnes ayant les revenus les plus faibles déclarent moins de consommation excessive d'alcool, mais risquent deux fois plus d'être hospitalisées pour des problèmes entièrement causés par l'alcool comparativement à ceux qui ont les revenus les plus élevés. Les chercheurs attribuent ces différences à un plus grand stress, à un soutien social limité et à un état de santé générale moins bon chez les personnes vivant dans la pauvreté. Ce paradoxe illustre le fait que des comportements comparables de consommation de substances peuvent produire des degrés variables de méfaits d'une personne à l'autre. En plus des éléments sociaux et des facteurs protection plus généreux, la probabilité qu'une personne subisse des méfaits liés aux substances est modérée par son accès et son utilisation des soutiens et des stratégies de réduction des méfaits.

Une partie du discours sur la consommation de substances chez les jeunes est centrée sur les lacunes individuelles, en présentant les jeunes comme imprudents, non motivés et, dans certains cas, criminels. Ce cadre étroit peut alimenter la stigmatisation des jeunes qui consomment des substances.

Ces perspectives ne tiennent pas compte du fait que la consommation de substances et les méfaits qui en découlent sont façonnés par plusieurs déterminants biologiques, sociaux, structurels et environnementaux qui échappent en grande partie au contrôle de la personne. Ces déterminants comprennent les expériences de traumatisme, de violence ou de mauvais traitements, l'état de santé physique et mentale, le revenu et le logement, les liens sociaux et communautaires, ainsi que la stigmatisation et la discrimination (y compris le racisme envers les Noirs et les Autochtones). En outre, il y a des preuves solides que les expériences négatives vécues pendant l'enfance peuvent avoir des effets durables sur le cerveau humain et augmenter la probabilité de maladie mentale et de méfaits liés à la consommation de substances à l'âge adulte.

Les participants au forum L'importance de l'école ont décrit la grande portée de ces déterminants. Ils ont également relevé d'autres facteurs pertinents, tels que l'âgisme dont les adultes font preuve à l'égard des jeunes et l'incapacité de la société à comprendre et à valoriser certains aspects du développement des jeunes, comme l'adolescence en tant que stade naturel d'expérimentation et de prise de risques (qui témoigne du sous-développement du cortex préfrontal dans un cerveau adolescent). Les participants au forum ont souligné que les méfaits liés aux substances chez les jeunes sont des symptômes de problèmes sociétaux plus vastes que les problèmes des jeunes eux-mêmes.

Les objectifs de santé publique associés à la consommation de substances chez les jeunes

Cette section décrit deux grands objectifs de santé publique que les personnes et les institutions du secteur de l'éducation peuvent faire progresser grâce à diverses interventions.

Objectif 1 : Prévenir les méfaits liés aux substances chez les jeunes

La consommation de substances diffère énormément d'un jeune à l'autre. Si de nombreux jeunes consomment des substances dans une certaine mesure, certains jeunes s'en abstiennent complètement et d'autres doivent composer avec un trouble lié à la consommation de substances.

En se concentrant sur la prévention des méfaits (plutôt que sur la prévention de la consommation), les communautés scolaires peuvent façonner leurs interventions sur ces réalités nuancées et chercher à soutenir tous les jeunes, y compris ceux qui ne sont pas capables de s'abstenir complètement de consommer ou qui ne sont pas disposés à le faire. Cet objectif soutient des interventions à la fois inclusives et pragmatiques.

En outre, cette optique permet aux communautés scolaires d'axer leurs interventions sur une gamme d'objectifs beaucoup plus vaste. Il peut notamment s'agir de retarder ou de réduire la consommation de substances, d'associer les jeunes à la réduction des méfaits et aux offres de traitement, de faciliter d'autres stratégies ou conditions qui réduisent le potentiel de méfaits.

Un accent sur la prévention des méfaits liés aux substances permet également d'attirer l'attention au-delà du comportement individuel vers les facteurs contextuels plus larges qui créent ou exacerbent les méfaits liés aux substances. En comprenant et en présentant les méfaits liés aux substances comme un problème de société plutôt que comme un reflet de lacunes personnelles, les communautés scolaires peuvent contribuer à contrer les effets néfastes de la stigmatisation envers les Canadiens qui consomment des substances et leurs proches.

Objectif 2 : Promouvoir la santé et le bien-être des jeunes, quelle que soit leur consommation de substances

Dans le cadre du forum L'importance de l'école, les participants ont décrit le besoin de se doter de stratégies en amont pour s'attaquer aux divers déterminants des méfaits liés aux substances chez les jeunes. Ils ont décrit, par exemple, l'importance de favoriser les liens communautaires, de valoriser les voix des jeunes et de leur faire de la place, de cultiver un environnement d'apprentissage qui tient compte des traumatismes et d'offrir des appuis accessibles en santé mentale. Ils ont souligné qu'une participation considérable des jeunes à la planification et à la prise de décision sur les questions qui les concernent, dans leurs écoles et leurs communautés, est essentielle pour soutenir des solutions ancrées dans les réalités quotidiennes.

Les participants ont également souligné l'importance de créer des occasions de développement des compétences (y compris les compétences socioémotionnelles et les compétences pertinentes pour l'emploi), et d'offrir des programmes sportifs, récréatifs et culturels diversifiés (par exemple dans des domaines comme la musique, la cuisine, la photographie, la danse). Bien qu'aucune de ces stratégies ne soit explicitement liée aux substances, elles sont toutes axées sur la création de conditions qui favorisent la santé et le bien-être général des jeunes et protègent leurs droits de la personne. Ces types de mesures protègent contre les méfaits liés aux substances chez les jeunes en réduisant le stress et en renforçant des facteurs comme l'appartenance, la compétence et l'autonomie. Les partisans de l'approche en amont affirment souvent que « les meilleures mesures de prévention n'ont souvent rien à voir avec la consommation de substances ».

En présentant les efforts pour améliorer la santé et le bien-être des jeunes comme un moyen légitime de prévenir les méfaits de la drogue, les communautés scolaires peuvent élargir l'horizon des partenaires qu'elles peuvent mobiliser pour appuyer ce travail.

La série sur les ressources de résilience des jeunes de l'ASPC fournit aux communautés scolaires des conseils et des preuves supplémentaires sur les stratégies de prévention des méfaits liés aux substances axées sur l'amélioration du bien-être.

Principes clés d'action pour contrer la consommation de substances chez les jeunes

Alors que les objectifs énoncés ci-dessus décrivent ce que les communautés scolaires peuvent s'efforcer de faire pour lutter contre la consommation de substances chez les jeunes, les principes d'action ci-dessous décrivent comment ils peuvent effectivement atteindre ces objectifs. Ces principes s'appliquent à toute intervention visant à prévenir les méfaits de la consommation de substances chez les jeunes, y compris dans le contexte des communautés scolaires.

Principe 1 : Équité en santé

De nombreux sous-groupes de jeunes sont particulièrement vulnérables aux méfaits de la consommation de substances, notamment :

  • les jeunes sans-abri
  • les jeunes pris en charge par le système de protection de la jeunesse
  • les personnes autochtones, noires et de couleur (PANDC)
  • les jeunes dont un parent ou un tuteur souffre d'un trouble lié aux substances
  • les jeunes LGBTQ2+ (Lesbiennes, Gais, Bisexuels, Transgenres, allosexuels et Bispirituels)
  • les jeunes ayant des difficultés d'apprentissage

Ces groupes sont généralement enclins à consommer plus tôt ou plus souvent, ou encore à adopter des comportements plus risqués, et subissent souvent des préjudices sociaux et sanitaires plus importants que les autres jeunes en raison de leur consommation de substances. Ces disparités révèlent des formes croisées de stigmatisation, ainsi que des contextes sociaux, économiques et structurels inéquitables liés à l'éducation, à l'emploi, à l'accès aux services de santé et aux services sociaux ainsi qu'à l'inclusion sociale. Par exemple, de nombreux participants au forum L'importance de l'école ont noté que les jeunes du groupe des PANDC sont touchés de manière disproportionnée par les politiques punitives sur la consommation de substances et autres sanctions dans les écoles.

En appliquant le prisme de l'équité en santé à la planification et à la mise en œuvre des interventions, les communautés scolaires peuvent entreprendre de réduire ces disparités. Soutenir l'équité en matière de santé signifie simplement travailler pour donner à chacun une chance égale d'atteindre son plein potentiel de santé. À un niveau élevé, cela entraîne le démantèlement des obstacles structurels et sociaux à la santé et au bien-être, en particulier ceux qui touchent les individus et les groupes victimes d'oppression en raison de leur race, de leur sexe, de leur statut socio-économique, de leurs capacités, de leur identité LGBTQ2+ ou d'autres identités. Cela signifie également qu'il faut centrer le sous-groupe de façon ciblée et concevoir conjointement des interventions inspirées par la compréhension du contexte et des besoins qui leur sont propres.

Principe 2 : Des approches fondées sur la compassion, l'absence de jugement et la force

La consommation de substances chez les jeunes est une grande source de stigmatisation. Comme nous l'avons décrit précédemment, les jeunes qui consomment des substances sont souvent étiquetés négativement et jugés responsables des méfaits qu'ils subissent. En outre, les recherches montrent qu'un bon nombre d'enseignants et de familles évitent de parler aux jeunes de la consommation de substances (par exemple en raison de l'inconfort des adultes, de leur manque de connaissance ou de leur désapprobation de ce comportement). Ces deux cas contribuent à la stigmatisation de la consommation de substances et limitent les possibilités pour les jeunes d'obtenir un soutien de qualité pour la consommation de substances et la probabilité qu'ils puissent accéder aux solutions de soutien disponibles. En même temps, les jeunes ont été largement exclus du processus décisionnel sur les questions qui influencent leur vie, y compris les initiatives liées à la consommation de substances.

Les interventions efficaces visant à prévenir les méfaits liés aux substances chez les jeunes nécessitent un engagement important d'une diversité de jeunes, y compris ceux qui ont vécu et vivent l'expérience de la consommation de substances. Le leadership et la participation active des jeunes sont essentiels au succès des interventions. Les jeunes peuvent aider :

  • à définir les domaines prioritaires
  • à donner des conseils sur la meilleure façon d'atteindre leurs pairs et à être sur la même longueur d'onde qu'eux
  • à attirer l'attention sur les « angles morts » probables des adultes

Lorsqu'elle est efficace, la participation des jeunes peut renforcer les liens avec la communauté, responsabiliser les jeunes et entraîner de nombreux autres résultats positifs sur le plan social et sanitaire.

Les interventions doivent s'efforcer d'exploiter les forces des jeunes et d'améliorer leur résilience, plutôt que de chercher à corriger leurs défauts. Ces interventions doivent également reconnaître l'existence de la stigmatisation de la consommation de substances de façon explicite et chercher à la réduire, notamment en présentant la consommation de substances comme un problème de santé. Les participants au forum L'importance de l'école ont souligné qu'une telle approche favorise les mesures qui appuient les écoliers et favorise le maintien dans des contextes éducatifs, contrairement aux approches axées sur la punition.

Principe 3 : Réduction des méfaits

Comme nous l'avons déjà expliqué, les méfaits liés aux substances ne sont pas figés et nous ne pouvons pas en diminuer la portée par des efforts de réduction des méfaits. La réduction des méfaits est une philosophie qui peut prendre la forme de politiques, de programmes, de pratiques et d'initiatives de sensibilisation qui atteignent et influencent les jeunes. Les initiatives de réduction des méfaits permettent de diminuer les problèmes sociaux, économiques et sanitaires possibles liés à certains comportements de santé, sans pour autant les interdire. L'élément central de la réduction des méfaits consiste à comprendre que l'expérience de la consommation de substances ainsi que le désir et le degré de disposition au changement varie d'une personne à l'autre. Compte tenu de ces réalités, les initiatives de réduction des méfaits cherchent à rencontrer les personnes là où elles se trouvent en tenant compte de leur situation sociale, de leurs intérêts et de leurs priorités et en valorisant chaque pas, aussi petit soit-il, vers une amélioration de la santé et du bien-être.

La réduction des méfaits est reconnue comme une façon pratique, efficace et équitable d'aborder la consommation de substances chez les jeunes. Parmi les exemples d'initiatives de réduction des méfaits axées sur les jeunes, citons :

  • les messages de santé sur les avantages de retarder ou de réduire la consommation de substances, comme les recommandations pour les jeunes dans le cadre des Directives de consommation d'alcool à faible risque du Canada et les Recommandations canadiennes pour l'usage du cannabis à moindre risque
  • les programmes qui donnent accès à une thérapie de substitution de la nicotine aux jeunes qui veulent réduire leur consommation de tabac
  • la création d'espaces sûrs et propices au dialogue ouvert et honnête où les jeunes peuvent discuter de leur consommation de substances sans craindre le jugement ou les reproches

Les participants au forum L'importance de l'école ont également fait remarquer que les efforts visant à prévenir les méfaits liés aux substances chez les jeunes doivent comprendre des interventions ciblant les adultes dans la vie des jeunes (par exemple parents ou tuteurs, enseignants, entraîneurs). Il s'agit, par exemple, de former le personnel scolaire à la prise en charge éclairée des traumatismes et de la violence, et d'enseigner aux parents ou aux tuteurs les compétences nécessaires pour gérer efficacement le stress et l'anxiété au sein de la famille. Comme l'a fait remarquer un participant, « lorsque les jeunes sont entourés d'adultes en bonne santé, ils s'épanouissent ». Cela souligne l'intérêt d'appuyer les adultes afin de favoriser la santé et le bien-être des jeunes.

Principe 4 : Partenariats multisectoriels

Les participants au forum L'importance de l'école ont souligné que pour réduire considérablement les méfaits liés aux substances chez les jeunes, il faut une réponse collective. Il faut donc explorer au-delà de la santé publique et définir des rôles significatifs pour un éventail plus large d'individus et d'organisations. Il peut s'agir de partenaires issus de divers secteurs (par exemple l'éducation, les services sociaux, le logement, l'emploi, le monde universitaire, les soins de santé) et à différents niveaux (par exemple les individus, les familles, les communautés locales et les gouvernements). Les participants au forum L'importance de l'école représentaient un grand nombre de ces divers niveaux et secteurs; ils ont défini de nombreuses mesures spécifiques que les différents intervenants peuvent prendre dans le cadre de leurs rôles et responsabilités respectifs pour aider à prévenir les méfaits liés aux substances chez les jeunes. Cette collaboration est essentielle, car bon nombre des facteurs qui peuvent prévenir ou précipiter les méfaits liés aux substances (et d'autres préoccupations complexes de santé publique) dépassent largement la portée de la santé publique. Par exemple, la santé publique ne dispose pas des leviers nécessaires pour influencer directement les compétences inscrites dans les programmes scolaires, les politiques de logement, l'accessibilité et la diversité des programmes destinés aux jeunes au sein des communautés et la disponibilité des mécanismes d'aide sociale pour les nouveaux parents.

Les partenariats entre les secteurs de la santé et de l'éducation sur les questions liées à la santé des jeunes (y compris la consommation de substances) sont particulièrement importants, car les écoles sont une institution sociale centrale dans la vie de la plupart des jeunes et leurs familles, et les communautés scolaires disposent de nombreux leviers pour influencer la santé des jeunes. Les modèles de santé scolaire, notamment l'approche globale de santé scolaire, soulignent la nécessité d'agir dans divers domaines des communautés scolaires, notamment l'enseignement et l'apprentissage, l'environnement social et bâti, les politiques et les partenariats, et services. Le plan d'action de l'ASPC fournit des détails supplémentaires sur l'application de l'Approche globale de la santé en milieu scolaire pour prévenir les méfaits liés aux substances dans le contexte des communautés scolaires.

Principe 5 : S'appuyer sur des preuves ou déterminer ce qui fonctionne

Des décennies de recherche ont établi que certaines des méthodes traditionnelles de lutte contre la consommation de substances chez les jeunes dans certaines communautés scolaires (par exemple les politiques de tolérance zéro, l'expulsion et la suspension, le recours à la police) sont inefficaces et dans certains cas peuvent même exacerber les méfaits liés aux substances. Cela met en relief l'importance de prendre de nouvelles mesures pour obtenir des résultats différents, et non pas simplement perpétuer le statu quo avec des efforts de prévention. La planification et la mise en œuvre des interventions ainsi que la mesure de leurs résultats doivent être fondées sur les meilleures données disponibles et être régulièrement réévaluées. Une évaluation continue peut également aider à cerner les éventuelles conséquences néfastes et inattendues d'interventions pourtant bien intentionnées.

Conclusion

La consommation de substances chez les jeunes est un problème de santé complexe qui concerne tout particulièrement les communautés scolaires. Les communautés scolaires sont des acteurs clés pour faire progresser les efforts de santé publique visant à prévenir les méfaits liés aux substances. Il est possible d'optimiser la santé et le bien-être des jeunes en créant des environnements qui leur sont favorables, en tirant parti de leurs voix et de leurs points forts et en recherchant l'équité en matière de santé, en fondant les initiatives sur des données probantes et en s'engageant dans des partenariats intersectoriels. Cette approche de santé publique peut permettre au secteur de l'éducation de mettre en œuvre des efforts d'intervention plus efficaces et de plus grande portée pour prévenir les méfaits liés aux substances chez les jeunes à l'échelle du pays.

Notes de bas de page

Note de bas de page 1

Par jeunesse, nous entendons les individus qui se trouvent dans la période de transition entre la dépendance de l'enfance et l'indépendance de l'âge adulte. Étant donné que cette transition peut avoir lieu à différents moments, selon les personnes, il n'y a pas d'âge précis pour établir qui peut être considéré comme un « jeune ».

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Note de bas de page 2

Les interventions sont les programmes, les politiques, les pratiques et autres initiatives visant à traiter d'un problème social ou de santé particulier.

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