Page 6 : Parce que la vie continue…aider les enfants et les adolescents à vivre la séparation et le divorce

Section 4 - Protéger les enfants des conflits

Rien ne vaut mieux et n’est aussi difficile sans doute que de calmer le jeu avec son ex-conjoint pour protéger les enfants de la séparation et les aider à s’épanouir. (Voir l’encadré Comprendre les conflits.)

L’impact des conflits parentaux sur les enfants

Les enfants sont très vulnérables à la colère de leurs parents, qu’ils en soient la cible ou non. Ils souffrent de voir leurs parents se faire ouvertement la guerre. Rien n’est plus bouleversant pour eux qu’être pris entre deux feux.

Très souvent, les querelles incessantes se traduisent pour les enfants par des problèmes susceptibles de les suivre toute leur vie. Une multitude d’études révèlent qu’ils se ressentent, dans la vie comme dans les relations avec leurs parents, de la façon dont ceux-ci gèrent les conflits. Les aspects du conflit qui affectent le plus les enfants sont :

  • voir ou entendre leurs parents s’injurier ou s’agresser physiquement;
  • se sentir coupables et responsables des problèmes ou du bien-être de leurs parents parce qu’ils ont maille à partir avec un parent;
  • entendre un parent dire du mal de l’autre, le dénigrer ou critiquer ses erreurs
  • vivre un conflit de loyauté les obligeant à prendre directement ou indirectement pour l’un ou l’autre parent;
  • servir de messager pour l’hostilité ou la colère d’un parent; et
  • se faire interdire de mentionner un parent en présence de l’autre ou d’avoir des photos ou des souvenirs de lui.

Les enfants apprennent ce qu’ils vivent. Ils se disent en voyant leurs parents se maltraiter ou se crier après qu’il s’agit là de comportements acceptables qu’ils seront plus enclins à répéter.

Vivre une rupture amère, être à bout ou furieux ou avoir simplement envie de couper carrément les ponts avec votre ex-conjoint, cela se comprend, mais le fait est que vos enfants ont besoin de vous deux dans leur vie.

Évitez à tout prix de pester contre vos problèmes d’adultes devant vos enfants. Un ami, un conseiller, un thérapeute, voire un animal de compagnie vous prêtera volontiers l’oreille si vous devez vous vider le cœur.

Comprendre les conflits
Qu’est-ce qu’un conflit? Questions à se poser.
Le conflit? Plus qu’un simple désaccord. Le conflit est une situation opposant deux parties durant laquelle au moins l’une d’elles perçoit une menace (réelle ou non).
  • Quels étaient les principaux sujets de discorde dans votre relation?
  • Les problèmes sont-ils les mêmes après la séparation?  
Les conflits continuent de s’envenimer lorsqu’on n’en fait pas de cas ou qu’on les passe sous silence. Parce que nous y percevons une menace à notre bien-être ou à notre survie, les conflits nous suivent jusqu’à ce que nous les abordions de front pour les régler.
  • Craignez-vous les conflits ou les évitez-vous à tout prix?
  • Avez-vous des conflits toujours sans issue entre vous et votre ex-conjoint ou quelqu’un d’autre?
Nos réactions aux conflits dépendent de notre interprétation des circonstances. Nous ne réagissons pas toujours après avoir examiné objectivement les faits, que nous interprétons à la lumière de notre vécu, de notre culture, de nos valeurs et de nos croyances.
  • Comment vous expliquez-vous ou expliquez-vous aux autres la fin de votre relation?
  • Quelle est la version de votre ex-conjoint?
  • Y a-t-il un fond de vérité dans ce que vous dites tous les deux?
Les conflits déclenchent de fortes émotions.

Mal vivre ses émotions ou être incapable de les gérer en période de stress nous empêchera de bien résoudre les conflits.

À désespérer d’un jour régler un conflit, votre prophétie pourrait se réaliser d’elle-même.

  • Voyez-vous le conflit qui vous oppose à votre ex-conjoint comme quelque chose de démoralisant, d’humiliant ou à craindre?
  • Vous attendez-vous à ce que les discussions tournent au vinaigre avec votre ex-conjoint?
Les conflits favorisent la croissance. Savoir régler les conflits dans une relation rend sûr et confiant.
  • Vous pensez-vous capable, pour le bien des enfants, de renoncer un peu à la rancune et à la colère que vous nourrissez pour votre ex-conjoint?

Il est naturel de se sentir blessé et en colère, mais pourquoi vos sentiments dicteraient-ils votre comportement? (Voir « Apprendre à se défaire de la colère » à la section 2.) Heureusement, il y a des techniques éprouvées pour apaiser sa colère et améliorer son bien-être mental, qu’il suffit d’apprendre et de mettre en pratique.

Quelques conseils pour vous aider à calmer le jeu avec votre ex-conjoint

  • Gardez le cap sur l’objectif : les enfants. Prenez quelques instants pour oublier le passé et vous concentrer sur ce dont vos enfants ont besoin à présent. Réfléchissez à ce que vous souhaitez accomplir et en quoi cela aidera vos enfants. Posez le problème, sans blâmer, décrivez en quoi, à votre avis, cela nuit à vos enfants et dites oui à la recherche d’une solution mutuellement satisfaisante. (Voir l’encadré Différences entre aborder sur un ton froid ou cordial.)
  • Donnez-vous un bref répit. Prévoyez du temps pour vous détendre à un moment stressant de la journée ou lors d’une situation qui vous stresse.
  • Tenez compte du moment. Si votre ex-conjoint et vous avez tendance à vous disputer à un certain moment de la journée, essayez de discuter des enfants à une autre heure.
  • Évitez ce que vous pouvez. C’est plus fort que vous? Vous êtes sans cesse à couteaux tirés avec votre ex-conjoint? Sachez qu’il existe des moyens d’élever ses enfants à deux en ayant un minimum de contacts. (Voir « Devant l’apparente impossibilité de la coparentalité coopérative, la coparentalité en parallèle » à la section 6.)
  • Soulevez « doucement » la source du conflit ou du désaccord. Aborder un désaccord en douceur au début pourrait vous aider à bien le régler. Les études révèlent qu’en général, les discussions commencent et se terminent sur le même tonNote de bas de page 3. En d’autres mots, si vous abordez durement ce qui vous agace avec votre ex-conjoint, c’est-à-dire en lui lançant des bêtises ou en l’accusant, votre discussion risque d’être aussi tendue sinon plus à la fin qu’au début. Si, au contraire, vous commencez les choses en douceur, c’est-à-dire en soulevant le problème sans critiquer, vous aurez de bien meilleures chances de vous entendre.

Voici quelques exemples de la différence entre aborder doucement ou durement les choses :

Différences entre aborder sur un ton froid ou cordial
Froid Cordial
Soulevez le problème sans faire de reproches. « C’est de ta faute si Alice a remis ses devoirs en retard la semaine passée. »
« Alice a remis ses devoirs en retard la semaine passée. Ça me fâche parce qu’on doit tous les deux l’aider à réussir à l’école. »
Commencez en disant « Je », pas « Tu ». « Tu ne m’écoutes pas. » « Je pense que ça vaudrait la peine d’essayer de s’écouter un peu plus pour les enfants. »
Décrivez ce qui se passe sans juger.

« Tu ne prépares jamais de déjeuner santé pour les enfants. »

« Olivier est toujours occupé quand je dois l’appeler. »

« Je pense que les enfants réussissent mieux à l’école quand ils commencent la journée par un déjeuner santé. »

« Je trouve ça vraiment utile de rester en contact avec Olivier quand il est chez toi. Qu’est-ce qu’on peut faire pour que je puisse l’appeler quand il est libre? »

Soyez clair. « Tu dois t’occuper davantage des enfants le soir avant qu’ils aillent se coucher. » « Les enfants réagissent bien à la routine avant d’aller se coucher. Julien s’endort mieux quand je lui lis deux histoires avant l’heure du coucher. Suzie a besoin d’un bain, même si elle ne veut pas toujours en prendre un. Elle aime son savon spécial et ses jouets pour le bain. »
Soyez reconnaissant. « Bon, ça a l’air que les enfants ont aimé leur visite au zoo. » « Merci de les avoir emmenés au zoo pour la journée. Je sais qu’ils ont eu beaucoup de plaisir. »

Comprendre la colère

Qui n’a pas un jour été en colère? Cela fait partie de l’expérience humaine. La colère n’est pas destructrice en soi, mais la façon d’y faire face peut l’être. Par exemple, à mal gérer et exprimer notre colère, cela peut finir par nous nuire et nuire aux autres.

La colère est l’émotion qui s’empare de nous lorsque nous percevons une menace, une violation ou une injustice. Tout le monde la vit différemment, par exemple en pleurant, en criant, en se repliant sur soi, etc.

C’est habituellement en grandissant que nous apprenons à vivre la colère et à y faire face. Certaines familles, par exemple, tolèrent les accès de colère, alors que d’autres évitent d’exprimer tout sentiment, positif ou négatif. D’autres, encore, encouragent les enfants à exprimer leurs sentiments et leur montrent à gérer sainement leur colère et à se défendre respectueusement.

Lorsque nous éprouvons de la colère, il faut se demander ce qui la cause. Voici ce qui la caractérise en général :

Nous trouvons ce qui se passe injuste.

  • Dans l’instant présent, nous nous sentons impuissants ou bien :
    • menacés et craintifs
    • vulnérables
    • exposés, humiliés ou profondément blessés
    • incapables de répondre à nos besoins.
  • Nous personnalisons l’expérience :
    • « On m’a fait ça. »
    • « Cela m’arrive à moi. »

Les gens réagissent fondamentalement de quatre façons à la colère :

  • agressive : en y donnant libre cours
  • passive : en la refoulant
  • passive-agressive : en ne l’affichant pas, mais en la canalisant indirectement
  • constructive : en la gérant correctement et en la communiquant si nécessaire.

Gérer la colère avec doigté

À première vue, on se dira qu’il vaut mieux enfouir sa colère que d’y donner libre cours. Mais la nier peut être très nocif. Parce qu’à ne pas régler la colère qui nous ronge, celle-ci peut nous plonger dans un état d’alerte perpétuel ou nous faire sentir chroniquement impuissants et notre corps, nos relations et notre propre bien-être mental en souffrent.

Si vous avez tendance à réprimer votre colère, reconnaissez d’abord que c’est votre moyen d’y faire face. Ensuite, tentez de l’évacuer en écrivant ce que vous pensez et ressentez sur du papier ou à l’ordinateur. Puis essayez d’en parler avec un ami proche ou un conseiller. Il y a toujours moyen d’exprimer sainement et respectueusement ce qui nous travaille. Permettez-vous la colère. Si vous éprouvez le besoin d’affronter quelqu’un, défendez-vous d’un ton ferme mais respectueux.

Attendez d’être calme et faites-le en évitant de heurter ses sentiments. Répondez au lieu de réagir. (Voir l’encadré « Éviter les décisions ou les actions impulsives : la “règle des 24 heures” ».)

Éviter les décisions ou les actions impulsives : la « règle des 24 heures »

Nos réactions ne sont pas toujours à l’image de qui nous voudrions être ou de ce que nous voulons vraiment. Pensez, par exemple, à ce que vous regrettez avoir décidé ou fait sans réfléchir. En rétrospective, comme bien des gens, vous souhaiteriez probablement pouvoir tout effacer. À moins de se calmer et de mettre les choses en perspective, la colère rend plus susceptible de prendre de mauvaises décisions et d’agir impulsivement. D’où la « règle des 24 heures ».

La règle des 24 heures est un outil de prise de décisions simple et efficace qui nous empêche de dramatiser ou de prendre sur le coup des décisions regrettables. Elle ne vous demande au fond qu’une seule chose : attendre 24 heures avant de réagir à un incident fâchant (avec votre ex-conjoint ou votre adolescent peut-être), question d’appliquer les freins et de reprendre votre calme. Vous pourriez même vous dire, par exemple, « Je suis en colère contre toi, mais je vais attendre une journée avant de décider ce que je dirai ou ce que je ferai ». L’écoulement de 24 petites heures nous permet de voir les choses d’un nouvel œil plutôt que sous l’empire immédiat de puissantes émotions. Avec un peu de recul, la raison l’emporte.

Vous pouvez appliquer la règle des 24 heures lors de situations difficiles avec quiconque : ex-conjoint, enfants, etc.

Il est tout aussi néfaste de réprimer que de hurler sa colère et de tout casser. À court terme, cela peut sembler faire du bien, mais les coups de tête ne font en général qu’empirer les choses. Si nous prenons l’habitude de céder à la colère, nous en devenons l’esclave, la laissant nous manipuler et exacerber nos peurs, nos sentiments de vulnérabilité et notre culpabilité. (Voir Apprendre à se défaire de la colère à la section 2.)

Sachez ce qui vous met en colère

Les schèmes courants de pensée négative peuvent aussi déclencher et alimenter la colère. La clé est d’en prendre conscience. À moins de leur serrer la bride, ces schèmes vous compliqueront sans doute la vie et celle de vos enfants :

  • Trop généraliser. Dire, par exemple,« Tu m’interromps tout le temps », « Tu te fous toujours de mes besoins », « Tu ramènes toujours les enfants en retard », etc.
  • Obséder sur les « devraient » et les « doivent ». Avoir une vision rigide de la façon dont les choses devraient ou doivent être et s’emporter quand elles vont de travers.
  • Lire dans les pensées et sauter aux conclusions. Présumer « savoir » ce que pense votre ex-conjoint ou avoir l’impression, par exemple, qu’il a fait exprès pour vous mettre en colère, ne pas accéder à vos demandes ou vous manquer de respect.
  • Chercher la petite bête. Chercher des raisons d’être en colère en faisant habituellement fi du positif. Ou laisser les petits irritants s’accumuler et s’accumuler jusqu’à la proverbiale « goutte qui fait déborder le vase » et éclater, souvent pour des choses sans grande importance.
  • Blâmer. Dès qu’un problème survient ou quelque chose ne va pas, c’est de la faute de votre ex-conjoint.
  • Perdre les choses de vue. Exagérer la gravité de la situation ou du problème au vu du reste.

La plupart d’entre nous sommes un jour en proie à de tels schèmes de pensée négative. Mais si cela entache l’ensemble des rapports que vous entretenez avec votre ex-conjoint, jusqu’à ses réactions, votre relation coparentale et, forcément, vos enfants en souffriront. Cela vous dit-il quelque chose? Le fait de prendre conscience de ces schèmes de pensée négative permet de corriger le tir.

En un mot et pour l’amour de vos enfants, faites l’impossible pour réussir. Qui sait si vous ne vous en sentirez pas mieux vous aussi?

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