ARCHIVÉ - Maladies chroniques et blessures au Canada

 

Volume 32, no. 4, septembre 2012

Mortalité par maladie cardiovasculaire chez les Premières nations au Canada, 1991-2001

M. Tjepkema, M.S.P. (1); R. Wilkins, M. Urb. (1,2); N. Goedhuis, B. Sc. (3); J. Pennock, M. Sc. (3)

Cet article a fait l'objet d'une évaluation par les pairs.

Rattachement des auteurs

  1. Division de l'analyse de la santé, Statistique Canada, Ottawa (Ontario), Canada
  2. Département d'épidémiologie et de médecine sociale, Université d'Ottawa, Ottawa (Ontario), Canada
  3. Direction générale de la santé des Premières nations et des Inuits, Santé Canada, Ottawa (Ontario), Canada

Correspondance : Michael Tjepkema, Division de l'analyse de la santé, Statistique Canada, RHC-24Q, 100, promenade Tunney's Pasture, Ottawa (Ontario) K1A 0T6; tél. : 613-951-3896; téléc. : 613 951-3959; courriel : michael.tjepkema@statcan.gc.ca

Résumé

Objectifs : Comparer les tendances en matière de mortalité par maladie cardiovasculaire chez les adultes appartenant aux Premières nations et chez les adultes non autochtones, par sexe, par quintile de suffisance du revenu et par niveau de scolarité.

Méthodologie : Un échantillon de 15 % des répondants au recensement du Canada de 1991 âgés de 25 ans et plus avait été couplé précédemment avec 11 années de données sur la mortalité. Dans cette étude, on a considéré comme membres des Premières nations les personnes ayant déclaré une ascendance d'Indien d'Amérique du Nord, un statut d'Indien inscrit en vertu de la Loi sur les Indiens ou l'appartenance à bande indienne ou à une Première nation. La cohorte comprenait 62 400 membres des Premières nations et 2 624 300 non-Autochtones.

Résultats : Le taux de mortalité normalisé selon l’âge par maladie cardiovasculaire était de 30 % plus élevé chez les hommes des Premières nations et de 76 % plus élevé chez les femmes des Premières nations que chez les personnes de même sexe de la cohorte non autochtone. Ces proportions représentent des excès de respectivement 58 et 71 décès pour 100 000 personnes-années à risque chez les hommes et les femmes des Premières nations. Pour chaque quintile de suffisance du revenu (ajusté en fonction de la taille de la famille et de la région de résidence) et chaque niveau de scolarité, le risque de décéder d'une maladie cardiovasculaire était plus élevé chez les membres des Premières nations que chez les non-Autochtones.

Conclusion : Les membres des Premières nations ont présenté des taux plus élevés de mortalité par maladie cardiovasculaire que les Canadiens non autochtones dans chaque quintile de revenu et pour chaque niveau de scolarité. Le revenu et le niveau de scolarité ont expliqué 67 % de la surmortalité chez les hommes des Premières nations et 25 % chez les femmes.

Mots-clés : indigène, Indien inscrit, Indien non inscrit, Autochtone, revenu, niveau de scolarité

Introduction

Partout dans le monde, le fardeau de la maladie est disproportionné chez les peuples indigènes1,2. Historiquement, les maladies infectieuses étaient la principale cause du mauvais état de santé des peuples autochtones3. Cependant, depuis les années 1960, on a observé chez les peuples autochtones une transition épidémiologique marquée par la hausse de la prévalence des maladies non transmissibles, telles que le diabète et les maladies cardiovasculaires, et par la baisse des maladies infectieuses4,5.

Les maladies cardiovasculaires sont une cause importante de décès prématurés, d'hospitalisations et d'invalidités6, et elles représentent un lourd fardeau pour le système de santé7. Des données d'enquête ont montré que la prévalence des maladies cardiovasculaires autodéclarées était plus élevée chez les membres des Premières nations vivant dans une réserve8, de même que chez les Autochtones (c'est-à-dire les membres des Premières nations, les Métis et les Inuits) vivant hors réserve, que chez les non-Autochtones9. Cela dit, les résultats fondés sur l'autodéclaration ne traduisent pas nécessairement l'écart véritable entre les membres des Premières nations et les autres Canadiens10. Un indicateur du fardeau de la maladie fondé sur les taux de mortalité serait plus fondamental et plus fiable pour suivre l'évolution des tendances. Au Canada, les enregistrements de décès ne contiennent généralement aucun identificateur des Premières nations, ce qui rend nécessaire un couplage de dossiers ou une approche fondée sur les régions. Les études dans lesquelles on a couplé des listes d'Indiens inscrits (membres des Premières nations inscrits en vertu de la Loi sur les Indiens du Canada) à des enregistrements de décès dans les statistiques de l'état civil ont montré que les taux de mortalité par maladie cardiovasculaire étaient plus élevés chez les Indiens inscrits que chez les autres Canadiens5,11,12. Toutefois, ces études ne prenaient pas en compte les personnes qui s'identifiaient comme membres des Premières nations mais qui n'étaient pas inscrites en vertu de la Loi sur les Indiens (« Indiens non inscrits »), pas plus qu'elles ne fournissaient d'information sur le rôle éventuel du statut socioéconomique dans les écarts observés.

On estime que 80 % des maladies cardiovasculaires prématurées peuvent être prévenues7. Il devrait donc être possible de réduire de façon marquée le fardeau des maladies cardiovasculaires. Objectif « ambitieux, mais réaliste » pour 2020, la Stratégie canadienne de santé cardiovasculaire et Plan d'action (SCSC-PA)7 vise à diminuer le fardeau des maladies cardiovasculaires au sein des populations autochtones jusqu'à atteindre le même niveau que dans le reste de la population canadienne. Pour surveiller l'avancement vers cet objectif, il sera nécessaire de suivre les décès par maladie cardiovasculaire chez l'ensemble des Autochtones, à savoir les membres des Premières nations, les Métis et les Inuits. Cette étude vise à évaluer le fardeau de la mortalité par maladie cardiovasculaire chez les membres des Premières nations (Indiens inscrits ou non inscrits) et à comparer les taux à ceux observés chez les adultes non autochtones par sexe, par quintile de suffisance du revenu et par niveau de scolarité.

Méthodologie

Sources des données

Notre étude repose sur une analyse secondaire des données issues de l'Étude canadienne de suivi de la mortalité selon le recensement, 1991-200113. Pour être admissibles à la cohorte de départ, les personnes devaient être âgés de 25 ans ou plus et avoir rempli le questionnaire long du recensement de 1991, ce qui excluait celles vivant en établissement. Pour faire l'objet d'un suivi de la mortalité, les répondants au recensement visés par l'étude devaient d'abord être couplés à un fichier de noms crypté extrait à partir des données non financières des déclarations de revenu. Environ 80 % des enregistrements du recensement visés par l'étude (n = 2 860 244) ont été appariés avec le fichier de noms. Un échantillon aléatoire de répondants (n = 125 093) a ensuite été retiré pour réduire la taille de la cohorte finale (n = 2 735 152) à 15 % de la population canadienne, comme le recommande le protocole relatif au couplage des enregistrements. Cette cohorte a été couplée à la Base canadienne de données sur la mortalité (du 4 juin 1991 au 31 décembre 2001) à l'aide de méthodes de couplage probabiliste fondées principalement sur les noms et les dates de naissance14,15. On a estimé que la détermination des décès était légèrement inférieure (95-96 %) chez les membres de la cohorte des Premières nations que dans la cohorte prise dans son ensemble (97 %). D'autres détails sur la création et sur le contenu du fichier précédemment couplé sont donnés ailleurs13. L'étude a visé à comparer les tendances en matière de mortalité par maladie cardiovasculaire chez les adultes appartenant aux Premières nations et chez les adultes non autochtones, par sexe, par quintile de suffisance du revenu et par niveau de scolarité.

L'Étude canadienne de suivi de la mortalité selon le recensement a été approuvée par le Comité des politiques de Statistique Canada après la tenue de consultations avec le Comité de la confidentialité et des mesures législatives de Statistique Canada, la Division des services d'accès et de contrôle des données et le Commissaire à la protection de la vie privée du Canada.

Définitions

Pour l'étude, on a défini les membres des Premières nations comme les répondants au recensement ayant déclaré une ascendance d'Indien d'Amérique du Nord, un statut d'Indien inscrit en vertu de la Loi sur les Indiens du Canada ou l'appartenance à une bande indienne ou à une Première nation. Environ les trois quarts des membres de la cohorte des Premières nations satisfaisaient aux trois critères. Environ 9 % des membres de la cohorte des Premières nations n'ont pas indiqué être Indiens inscrits.

La cohorte non autochtone était constituée de tous les répondants au recensement hormis ceux ayant indiqué une ascendance d'Indien d'Amérique du Nord, de Métis ou d'Inuit, un statut d'Indien inscrit ou l'appartenance à une bande indienne de l'Amérique du Nord ou à une Première nation. Les membres de la cohorte non définis comme membres des Premières nations ou comme non-Autochtones ont été exclus de l'analyse.

Une collectivité des Premières nations (ou réserve indienne) renvoie à un territoire mis de côté par le gouvernement fédéral pour l'utilisation et l'occupation par un groupe ou une bande d'Indiens.

Le niveau de scolarité a été classé en deux catégories : pas de diplôme d'études secondaires ou au moins un diplôme d'études secondaires (ou un certificat d'une école de métiers).

Les quintiles de population selon la suffisance du revenu ont été calculés comme suit. Tout d'abord, pour chaque famille économique ou personne seule, le revenu total avant impôt et après transferts de toutes provenances a été regroupé pour tous les membres de la famille, et le ratio entre le revenu total et le seuil de faible revenu de Statistique Canada pour la taille de la famille et le groupe de taille de la collectivité applicable a été calculé16. Ainsi, tous les membres d'une même famille se sont vu attribuer le même ratio, qui a été calculé pour toutes les personnes sauf celles vivant en établissement (donc pour toute la population à l'étude), y compris les personnes vivant dans des réserves indiennes. La population a ensuite été classée en fonction de ce ratio, et les quintiles de population ont été calculés pour chaque région métropolitaine de recensement, agglomération de recensement, ou pour l’ensemble de la population vivant en région rurale et petite ville dans une province ou un territoire donné. Le calcul des quintiles dans chaque région permet de tenir compte des différences régionales des coûts de logement, qui ne sont pas intégréees aux seuils de faible revenu. Pour les besoins de l'analyse, on a regroupé les quintiles 4 et 5 en raison du faible nombre de répondants des Premières nations appartenant à ces catégories.

Techniques d'analyse

On a calculé pour chaque membre de la cohorte les personnes-jours de suivi du début de l'étude (4 juin 1991) jusqu'à la date de décès, la date d'émigration (connue pour 1991 seulement) ou la fin de l'étude (31 décembre 2001). Pour chaque catégorie de maladie cardiovasculaire, on a établi des taux de mortalité selon l'âge et le sexe par tranche d'âge de 5 ans (à la date de référence), puis, en utilisant la structure démographique de la cohorte de l'ensemble des Autochtones (personnes-années à risque) comme population type (méthode de pondération interne), on a calculé des taux de mortalité normalisés selon l'âge (TMNA), selon le sexe et la sous-population. On a aussi calculé des rapports de taux (RT) et des différences de taux (DT) en comparant les TMNA des cohortes des Premières nations et ceux des non-Autochtones. Les différences de taux ont servi à mesurer la surmortalité. Des intervalles de confiance (IC) à 95 % ont été établis pour les TMNA, les RT et les DT selon une distribution de Poisson.

Des rapports de risques proportionnels de Cox ont été utilisés pour calculer le risque de mortalité par maladie cardiovasculaire chez les membres des cohortes des Premières nations et des non-Autochtones selon le sexe, après des ajustements successifs en fonction de l'âge (en années), puis de l'âge et du niveau de scolarité (pas de diplôme d'études secondaires ou au moins un diplôme d'études secondaires) et enfin de l'âge et de la suffisance du revenu (quintiles 1, 2 et 3 par rapport aux quintiles 4 et 5 regroupés). Le modèle final était pleinement ajusté en fonction de l'âge, du niveau de scolarité et de la suffisance du revenu (de façon simultanée). Les différences dans les rapports de risques entre le modèle ajusté en fonction de l'âge et le modèle pleinement ajusté ont été interprétées comme des estimations de l'effet du niveau de scolarité et du revenu sur l'ampleur des écarts entre les adultes membres des Premières nations et les adultes non autochtones. La part de la surmortalité attribuable aux différences relevant du niveau de scolarité et du revenu a été calculée de la manière suivante : différence entre les rapports ajustés en fonction de l'âge et les rapports pleinement ajustés pour les Autochtones, divisée par le rapport ajusté en fonction de l'âge moins 1.

La cause de décès avait préalablement été codée selon la Classification internationale des maladies, neuvième révision (CIM-9) de l'Organisation mondiale de la Santé dans le cas des décès survenus entre 1991 et 1999 et selon la Dixième révision (CIM-10) dans le cas des décès survenus en 2000 et en 2001. Les codes de la CIM ont été regroupés comme suit : toutes les maladies cardiovasculaires (CIM-9 : 390-459; CIM-10 : I00-I99), cardiopathie ischémique (CIM-9 : 410-414; CIM-10 : I20-I25), infarctus aigu du myocarde (CIM-9 : 410; CIM-10 : I21-I22), maladie vasculaire cérébrale (CIM-9 : 430-438; CIM-10 : I60-I69), accident vasculaire cérébral (CIM-9 : 430, 431, 434, 436; CIM-10 : I60, I61, I63, I64), insuffisance cardiaque congestive (CIM-9 : 428.0; CIM-10 : I50.0), cardiopathie inflammatoire (CIM-9 : 420-422, 425; CIM-10 : I30-I33, I38, I40, I42), cardite rhumatismale (CIM-9 : 390-398; CIM-10 : I01-I09) et cardiopathie hypertensive (CIM-9 : 401-405; CIM-10 : I10-I13).

Résultats

Au total, on a effectué un suivi de la mortalité chez 27 300 hommes des Premières nations, 1 307 800 hommes non autochtones, 35 100 femmes des Premières nations et 1 316 500 femmes non autochtones. Comparativement aux membres de la cohorte non autochtone, les membres de la cohorte des Premières nations étaient plus jeunes, avaient un niveau de scolarité moins élevé, avaient un revenu moindre et étaient plus nombreux à vivre dans l'Ouest canadien et dans le Nord (tableau 1).

Tableau 1. Caractéristiques des hommes et des femmes des Premières nations et des hommes et des femmes non autochtones, sujets ne vivant pas en établissement âgés de 25 ans ou plus à la date de référence, Canada, 1991
  Membres des Premières nations Non-Autochtones
Hommes Femmes Hommes Femmes

Source : Étude canadienne de suivi de la mortalité selon le recensement, 1991 à 2001.

Remarque : Les dénombrements ont été arrondis à la centaine près.

a Nouveau-Brunswick, Île-du-Prince-Édouard, Nouvelle-Écosse et Terre-Neuve-et-Labrador

bYukon, Territoires du Nord-Ouest et Nunavut

Nombre 27 300 35 100 1 307 800 1 316 500
Pourcentage 100 100 100 100
Tranche d'âge, ans (%)
25–34 41 44 27 28
35–44 28 28 26 26
45–54 16 15 18 17
55–64 9 8 14 12
65–74 5 4 10 10
75–84 2 2 4 5
85 et plus < 1 < 1 1 1
Province, région ou territoire de résidence (%)
Canada atlantiquea 5 5 8 8
Québec 12 13 26 26
Ontario 18 17 37 37
Manitoba 18 16 4 4
Saskatchewan 12 13 4 3
Alberta 9 11 9 9
Colombie-Britannique 20 19 12 12
Territoiresb 6 5 1 0
Résidence dans une collectivité des Premières nations (%)
Oui 67 63 0 0
Non 33 37 100 100
Niveau de scolarité (%)
Pas de diplôme d'études secondaires 59 55 34 34
Diplôme d'études secondaires 33 29 38 35
Diplôme d'études post-secondaires 7 13 13 19
Diplôme universitaire 2 3 15 12
Quintile de suffisance du revenu (%)
Quintile 1 - le moins élevé 38 42 14 19
Quintile 2 26 25 19 19
Quintile 3 18 17 21 20
Quintile 4 12 11 23 20
Quintile 5 - le plus élevé 6 6 23 21

Les décès par maladie cardiovasculaire représentaient 29 % de tous les décès chez les hommes des Premières nations et 27 % chez les femmes. La principale cause de mortalité par maladie cardiovasculaire était les cardiopathies ischémiques (62 % de tous les décès par maladie cardiovasculaire chez les hommes des Premières nations; 45 % chez les femmes des Premières nations), suivies des maladies cardiovasculaires (14 % chez les hommes des Premières nations; 25 % chez les femmes des Premières nations). Les hommes des Premières nations présentaient un risque de décès par maladie cardiovasculaire de 30 % plus élevé et les femmes de 76 % plus élevé que les membres de la cohorte non autochtone. Cela équivaut à 58 décès supplémentaires pour 100 000 personnes-années à risque chez les hommes des Premières nations et à 71 décès supplémentaires pour 100 000 personnes-années à risque chez les femmes des Premières nations (tableau 2).

Tableau 2. Ensemble des décès par maladie cardiovasculaire par sous-type, taux de mortalité normalisés selon l'âge pour 100 000 personnes-années à risque, rapports des taux et différences des taux pour 100 000 personnes-années à risque chez les hommes et les femmes des Premières nations comparativement aux hommes et aux femmes non autochtones, par tranche d'âge, sujets ne vivant pas en établissement âgés de 25 ans ou plus à la date de référence, Canada, 1991-2001
  Membres des Premières nations Non-Autochtones Membres des Premières nations par rapport aux non-Autochtones
Décès % des décès par MCV TMNA IC à 95 % Décès % des décès par MCV TMNA IC à 95 % Rt IC à 95 % Dt IC à 95 %

Source : Étude canadienne de suivi de la mortalité selon le recensement, 1991 à 2001.

Abréviations : DT, différence des taux; IC, intervalle de confiance; MCV, maladie cardiovasculaire; RT, rapport des taux; TMNA, taux de mortalité normalisés selon l'âge.

Remarque : La population type (personnes-années à risque) pour la normalisation selon l'âge est extraite de la répartition des Autochtones selon l'âge (tranches d'âge de 5 ans).

Hommes
Toutes causes confondues 2 633 885,7 852,4 920,3 149 335 566,7 563,4 569,9 1,56 1,50 1,62 319,0 284,9 353,1
Toutes les maladies cardiovasculaires 763 100,0 250,2 233,0 268,6 55 514 100,0 192,5 190,8 194,3 1,30 1,21 1,40 57,7 39,8 75,6
Cardiopathie ischémique 476 62,4 156,7 143,2 171,5 34 383 61,9 121,4 120,0 122,8 1,29 1,18 1,41 35,3 21,2 49,5
Infarctus aigu du myocarde 250 32,8 82,2 72,6 93,1 18 270 32,9 65,9 64,9 67,0 1,25 1,10 1,41 16,3 6,0 26,6
Maladie vasculaire cérébrale 109 14,3 35,3 29,3 42,7 8 638 15,6 28,2 27,5 28,8 1,25 1,04 1,52 7,2 0,5 13,9
Accident vasculaire cérébral 95 12,5 30,7 25,1 37,6 7 209 13,0 23,7 23,1 24,3 1,30 1,06 1,59 7,1 0,8 13,3
Autres maladies cardiovasculaires 178 23,3 58,1 50,2 67,4 12 493 22,5 43,0 42,1 43,8 1,35 1,17 1,57 15,2 6,6 23,8
Insuffisance cardiaque congestive 34 4,5 10,8 7,7 15,1 1 670 3,0 5,0 4,7 5,2 2,18 1,55 3,06 5,8 2,2 9,5
Cardiopathie inflammatoire 23 3,0 7,6 5,0 11,4 1 033 1,9 4,5 4,2 4,8 1,68 1,11 2,55 3,1 0,0 6,2
Cardite rhumatismale 9 1,2 3,1 1,6 5,9 216 0,4 0,8 0,7 0,9 3,83 1,96 7,49 2,3 0,3 4,3
Cardiopathie hypertensive 8 1,0 2,5 1,3 5,1 731 1,3 2,5 2,3 2,7 1,04 0,52 2,08 0,1 -1,7 1,9
Femmes
Toutes causes confondues 2 317 622,3 597,4 648,2 103 890 318,9 316,5 321,2 1,95 1,87 2,03 303,4 277,9 328,9
Toutes les maladies cardiovasculaires 628 100,0 164,9 152,5 178,4 39 066 100,0 94,0 92,9 95,1 1,76 1,62 1,90 71,0 58,0 84,0
Cardiopathie ischémique 280 44,6 73,5 65,3 82,6 20 098 51,4 48,1 47,3 48,8 1,53 1,36 1,72 25,4 16,7 34,1
Infarctus aigu du myocarde 147 23,4 38,8 33,0 45,6 10 009 25,6 25,1 24,6 25,7 1,54 1,31 1,82 13,6 7,3 19,9
Maladie vasculaire cérébrale 157 25,0 41,7 35,6 48,7 8 835 22,6 21,4 20,9 21,9 1,95 1,66 2,28 20,3 13,7 26,8
Accident vasculaire cérébral 139 22,1 37,0 31,3 43,7 7 611 19,5 18,7 18,2 19,2 1,98 1,67 2,34 18,3 12,1 24,4
Autres maladies cardiovasculaires 81 12,9 49,8 43,2 57,4 10 133 25,9 24,5 23,9 25,1 2,03 1,76 2,35 25,3 18,2 32,4
Insuffisance cardiaque congestive 41 6,5 10,3 7,6 14,0 1 714 4,4 3,2 3,0 3,4 3,23 2,36 4,40 7,1 3,9 10,3
Cardiopathie inflammatoire 13 2,1 3,5 2,1 6,1 439 1,1 1,6 1,4 1,7 2,27 1,30 3,96 2,0 0,0 3,9
Cardite rhumatismale 12 1,9 3,2 1,8 5,7 389 1,0 1,1 1,0 1,3 2,88 1,62 5,14 2,1 0,3 4,0
Cardiopathie hypertensive 15 2,4 4,0 2,4 6,7 862 2,2 1,9 1,8 2,1 2,07 1,24 3,46 2,1 0,0 4,1

Le risque relatif de décès était particulièrement élevé chez les hommes et les femmes des Premières nations comparativement aux membres de la cohorte non autochtone en ce qui concerne les cardites rhumatismales (RT = 3,8 et 2,9 respectivement), les insuffisances cardiaques congestives (RT = 2,2 et 3,2 respectivement), les cardiopathies inflammatoires (RT = 1,7 et 2,3 respectivement), les accidents vasculaires cérébraux (RT = 1,3 et 2,0 respectivement) et les cardiopathies hypertensives (RT = 2,1 chez les femmes des Premières nations) (tableau 2).

Les DT, une mesure du fardeau absolu, indiquent que les cardiopathies ischémiques étaient responsables de la majorité de la surmortalité par maladie cardiovasculaire (61 % de la DT) chez les hommes des Premières nations, tandis que les cardiopathies ischémiques (36 % de la DT) et les maladies vasculaires cérébrales (29 % de la DT) étaient les principales causes de cette surmortalité chez les femmes des Premières nations (tableau 2).

Les TMNA concernant la mortalité par maladie cardiovasculaire étaient à leur plus haut chez les membres des Premières nations vivant dans la région de l'Atlantique (Nouveau-Brunswick, Île-du-Prince-Édouard, Nouvelle-Écosse, Terre-Neuve-et-Labrador) et au Manitoba et à leur plus bas chez ceux vivant au Québec et dans les territoires (Yukon, Territoires du Nord-Ouest, Nunavut) (tableau 3). Les TMNA relatifs aux maladies vasculaires cérébrales étaient semblables pour l'ensemble des membres des Premières nations, qu'ils vivent dans une réserve ou hors réserve (tableau 3).

Tableau 3. Ensemble des décès par maladie cardiovasculaire par sous-type, taux de mortalité normalisés selon l'âge pour 100 000 personnes-années à risque, rapports des taux et différences des taux pour 100 000 personnes-années à risque chez les hommes et les femmes des Premières nations comparativement aux hommes et aux femmes non autochtones, par région géographique, sujets ne vivant pas en établissement âgés de 25 ans ou plus à la date de référence, Canada, 1991-2001
Lieu de résidence en juin 1991 Membres des Premières nations Non-Autochtones Membres des Premières nations par rapport aux non-Autochtones
Décès TMNA IC à 95 % Décès TMNA IC à 95 % Rt IC à 95 % Dt IC à 95 %

Source : Étude canadienne de suivi de la mortalité selon le recensement, 1991 à 2001.

Abréviations : DT, différence des taux; IC, intervalle de confiance; MCV, maladie cardiovasculaire; RT, rapport des taux; TMNA, taux de mortalité normalisés selon l'âge.

Remarque : La population type (personnes-années à risque) pour la normalisation selon l'âge est extraite de la répartition des Autochtones selon l'âge (tranches d'âge de 5 ans).

aNouveau-Brunswick, Île-du-Prince-Édouard, Nouvelle-Écosse et Terre-Neuve-et-Labrador

bYukon, Territoires du Nord-Ouest et Nunavut

Hommes
Canada 763 250,2 233,0 268,6 55 514 192,5 190,8 194,3 1,30 1,21 1,40 57,7 39,8 75,6
Canada atlantiquea 39 396,4 270,0 581,8 4 956 214,1 207,7 220,7 1,85 1,26 2,72 182,3 30,0 334,5
Québec 57 164,4 126,5 213,5 13 527 200,0 196,4 203,6 0,82 0,63 1,07 -35,6 -78,8 7,6
Ontario 146 264,8 224,9 311,8 20 854 192,5 189,6 195,4 1,38 1,17 1,62 72,3 29,0 115,7
Manitoba 195 337,1 292,5 388,4 2 681 201,6 193,1 210,6 1,67 1,44 1,94 135,4 86,8 184,0
Saskatchewan 87 252,1 204,1 311,5 2 437 188,2 179,6 197,3 1,34 1,08 1,66 63,9 9,9 117,9
Alberta 67 277,9 217,2 355,7 4 090 181,7 175,9 187,7 1,53 1,19 1,96 96,2 27,4 165,1
Colombie-Britannique 152 233,2 198,7 273,6 6 877 169,4 165,0 173,9 1,38 1,17 1,62 63,8 26,2 101,3
Territoiresb 20 98,8 63,3 154,2 92 167,8 133,0 211,7 0,59 0,36 0,97 -69,0 -127,9 -10,2
Résidence dans une collectivité des Premières nations
Oui 550 257,6 236,9 280,2 1,34 1,23 1,46 65,2 43,4 86,9
Non 213 232,9 203,4 266,6 55 393 192,5 190,7 194,2 1,21 1,06 1,39 40,4 8,9 71,9
Femmes
Canada 628 164,9 152,5 178,4 39 066 94,0 92,9 95,1 1,76 1,62 1,90 71,0 58,0 84,0
Canada atlantiquea 36 244,5 174,0 343,6 3 521 108,8 104,6 113,2 2,25 1,60 3,16 135,7 52,4 219,0
Québec 57 117,4 90,4 152,4 9 064 83,7 81,7 85,8 1,40 1,08 1,82 33,6 2,9 64,4
Ontario 121 182,6 152,7 218,5 15 100 98,6 96,8 100,4 1,85 1,55 2,22 84,1 51,3 116,8
Manitoba 132 212,7 178,9 252,8 2 073 102,4 96,9 108,3 2,08 1,73 2,49 110,2 73,1 147,4
Saskatchewan 71 143,6 113,7 181,4 1 619 94,0 88,3 100,1 1,53 1,20 1,95 49,6 15,5 83,7
Alberta 57 141,3 108,9 183,4 2 762 94,7 90,9 98,7 1,49 1,15 1,94 46,6 9,6 83,7
Colombie-Britannique 138 183,7 155,0 217,8 4 905 90,4 87,5 93,4 2,03 1,71 2,42 93,3 61,9 124,7
Territoiresb 16 73,7 43,6 124,8 22 147,2 48,1 450,6 0,50 0,15 1,72 -73,5 -242,6 95,7
Résidence dans une collectivité des Premières nations
Oui 424 167,3 152,0 184,2 1,78 1,62 1,96 73,4 57,3 89,5
Non 204 162,9 142,0 186,9 39 013 93,9 92,8 95,0 1,73 1,51 1,99 69,0 46,5 91,4

Le risque relatif de décès par maladie cardiovasculaire dans la cohorte des Premières nations (comparativement aux membres de la cohorte non autochtone) était à son maximum dans les groupes d'âge les plus jeunes et diminuait avec l'âge (figure 1). Chez les membres des Premières nations âgés de 25 à 34 ans à la date de référence, le risque de décès par maladie cardiovasculaire était 62 % plus élevé chez les hommes et 217 % plus élevé chez les femmes comparativement aux non-Autochtones du même sexe, alors que le risque relatif de décès par maladie cardiovasculaire était légèrement plus faible chez les hommes des Premières nations âgés de 75 ans et plus et semblable chez les femmes des Premières nations âgées de 85 ans et plus.

Figure 1: Rapports des taux de mortalité par maladie cardiovasculaire chez les membres de la cohorte des Premières nations comparativFement aux membres de la cohorte non autochtone

Figure 1: Rapports des taux de mortalité par maladie cardiovasculaire chez les membres de la cohorte des Premières nations comparativement aux membres de la cohorte non autochtone

[Figure 1, texte équivalent]

Figure 1: Rapports des taux de mortalité par maladie cardiovasculaire chez les membres de la cohorte des Premières nations comparativement aux membres de la cohorte non autochtone

Figure 1: Rapports des taux de mortalité par maladie cardiovasculaire chez les membres de la cohorte des Premières nations comparativement aux membres de la cohorte non autochtone

Le risque relatif de décès par maladie cardiovasculaire dans la cohorte des Premières nations (comparativement aux membres de la cohorte non autochtone) était à son maximum dans les groupes d’âge les plus jeunes et diminuait avec l’âge. Chez les membres des Premières nations âgés de 25 à 34 ans à la date de référence, le risque de décès par maladie cardiovasculaire était 62 % plus élevé chez les hommes et 217 % plus élevé chez les femmes comparativement aux non-Autochtones du même sexe, alors que le risque relatif de décès par maladie cardiovasculaire était légèrement plus faible chez les hommes des Premières nations âgés de 75 ans et plus et semblable chez les femmes des Premières nations âgées de 85 ans et plus.

Les TMNA relatifs aux maladies cardiovasculaires étaient plus élevés chez les répondants n'ayant pas de diplôme d'études secondaires que chez ceux ayant au moins un diplôme d'études secondaires, tant dans la cohorte des Premières nations que dans la cohorte non autochtone (tableau 4). Des risques relatifs plus élevés (chez les membres des Premières nations comparativement aux non-Autochtones) étaient observables dans les deux catégories de niveau de scolarité et pour les deux sexes. En ce qui concerne les hommes des Premières nations comparativement aux hommes non autochtones, les RT et les DT étaient relativement plus élevés chez les détenteurs d'au moins un diplôme d'études secondaires. Quant aux femmes des Premières nations comparativement aux femmes non autochtones, les RT et les DT étaient plus élevés, quel que soit le niveau du scolarité (tableau 4).

Tableau 4. Ensemble des décès par maladie cardiovasculaire, taux de mortalité normalisés selon l'âge pour 100 000 personnes-années à risque, rapports des taux et différences des taux pour 100 000 personnes-années à risque chez les hommes et les femmes des Premières nations comparativement aux hommes et aux femmes non autochtones, par indicateur socioéconomique, sujets ne vivant pas en établissement âgés de 25 ans ou plus à la date de référence, Canada, 1991-2001
Caractéristique évaluée en 1991 Membres des Premières nations Non-Autochtones Membres des Premières nations par rapport aux non-Autochtones
Décès TMNA IC à 95 % Décès TMNA IC à 95 % Rt IC à 95 % Dt IC à 95 %

Source : Étude canadienne de suivi de la mortalité selon le recensement, 1991 à 2001.

Abréviations : TMNA, taux de mortalité normalisés selon l'âge; IC, intervalle de confiance; MCV, maladie cardiovasculaire; DT, différence des taux; RT, rapport des taux.

Remarque : La population type (personnes-années à risque) pour la normalisation selon l'âge est extraite de la répartition des Autochtones selon l'âge (tranches d'âge de 5 ans).

Niveau de scolarité
Hommes
Pas de diplôme d'études secondaires 606 256,7 236,3 278,8 33 776 227,8 224,5 231,1 1,13 1,04 1,23 28,9 7,4 50,4
Diplôme d'études secondaires ou plus 157 231,4 190,6 281,0 21 738 166,4 164,2 168,7 1,39 1,14 1,69 65,0 20,0 110,0
Femmes
Pas de diplôme d'études secondaires 530 176,3 161,3 192,6 25 307 110,6 108,6 112,7 1,59 1,46 1,74 65,7 49,9 81,4
Diplôme d'études secondaires ou plus 98 141,8 108,5 185,4 13 759 79,7 78,3 81,1 1,78 1,36 2,33 62,1 24,1 100,2
Quintile de suffisance du revenu
Hommes
Quintile 1 - le moins élevé 309 298,4 266,4 334,3 13 053 273,1 267,3 279,1 1,09 0,97 1,23 25,3 -9,1 59,7
Quintile 2 239 257,3 225,0 294,4 15 476 213,4 209,1 217,8 1,21 1,05 1,38 44,0 9,1 78,9
Quintile 3 116 222,4 185,2 267,2 10 088 185,0 181,2 189,0 1,20 1,00 1,45 37,4 -3,5 78,3
Quintiles 4,5 - les plus élevés 99 208,0 169,0 256,0 16 897 161,1 158,6 163,6 1,29 1,05 1,59 46,9 3,7 90,2
Femmes
Quintile 1 - le moins élevé 275 185,5 164,7 209,0 15 918 127,7 124,5 131,0 1,45 1,29 1,64 57,8 35,5 80,2
Quintile 2 211 172,6 149,8 198,8 9 346 98,6 96,0 101,3 1,75 1,51 2,02 74,0 49,4 98,6
Quintile 3 81 142,2 113,6 178,1 5 559 88,9 86,4 91,5 1,60 1,28 2,01 53,3 21,2 85,4
Quintiles 4,5 - les plus élevés 61 146,7 112,1 192,0 8 243 76,7 75,1 78,5 1,91 1,46 2,50 70,0 30,5 109,4

Selon les quintiles de suffisance du revenu, les taux de mortalité par maladie cardiovasculaire se présentaient sous la forme d'un gradient en escalier (le quintile le plus faible ayant le taux de mortalité le plus élevé) tant dans la cohorte des Premières nations que dans la cohorte non autochtone (tableau 4). Le gradient de mortalité était plus prononcé chez les membres de la cohorte non autochtone que chez les membres de la cohorte des Premières nations. Des risques relatifs plus élevés (chez les membres des Premières nations comparativement aux non-Autochtones) étaient observables dans chaque tranche de revenu, les ratios les plus hauts ayant été observés dans le quintile de revenu le plus élevé (RT = 1,29 chez les hommes des Premières nations; RT = 1,91 chez les femmes des Premières nations).

Après ajustement en fonction du niveau de scolarité et de la suffisance du revenu, le risque de décès par maladie cardiovasculaire était plus élevé de 8 % chez les hommes des Premières nations et de 50 % chez les femmes des Premières nations (comparativement aux personnes du même sexe de la cohorte non autochtone) (tableau 5). Sur le plan des rapports de risques ajustés selon l'âge, le risque relatif de décès par maladie cardiovasculaire (après ajustement en fonction du niveau de scolarité et du revenu) était réduit de 67 % (de 1,24 à 1,08) chez les hommes des Premières nations et de 25 % (de 1,67 à 1,50) chez les femmes des Premières nations.

Tableau 5. Rapports de risques de décès par maladie cardiovasculaire dans la cohorte des membres des Premières nations comparativement à la cohorte non autochtone, ajustés en fonction de certains indicateurs socioéconomiques, sujets ne vivant pas en établissement âgés de 25 ans ou plus à la date de référence, Canada, 1991-2001
Ajusté en fonction de : Hommes Femmes
Rapport de risques IC à 95 % Rapport de risques IC à 95 %

Source : Étude canadienne de suivi de la mortalité selon le recensement, 1991 à 2001.

Abréviation : IC, intervalle de confiance.

Remarque : Modèles ajustés en fonction de l'âge en années (en continu), du niveau de scolarité (détention d'au moins un diplôme d'études secondaires ou non) et du quintile de suffisance du revenu (1, 2 ou 3 vs 4 + 5 regroupés).

l'âge 1,24 1,16 1,34 1,67 1,54 1,80
l'âge + le niveau de scolarité 1,15 1,07 1,24 1,55 1,44 1,68
l'âge + la suffisance du revenu 1,13 1,05 1,21 1,58 1,46 1,71
l'âge + le niveau de scolarité + la suffisance du revenu 1,08 1,00 1,16 1,50 1,39 1,63

Analyse

Cette étude a été la première au Canada à évaluer les taux de mortalité par maladie cardiovasculaire chez les Premières nations en fonction du niveau de scolarité et de la suffisance du revenu. Les résultats montrent que les adultes des Premières nations présentaient un risque accru de décès par maladie cardiovasculaire comparativement aux adultes non autochtones, tant dans l'ensemble que dans des sous-populations regroupées par niveau de scolarité et par revenu. L'étude incluait les membres des Premières nations qui n'étaient pas des Indiens inscrits en vertu de la Loi sur les Indiens du Canada (Indiens non inscrits) et incluait des données de toutes les provinces et tous les territoires du Canada.

Le fardeau des maladies cardiovasculaires augmente chez les Autochtones du Canada depuis plusieurs décennies5,7,17. Cependant, selon des données de la Colombie-Britannique, les TMNA relatifs aux maladies cardiovasculaires chez les Indiens inscrits ont diminué entre 1993 et 2006, quoiqu'ils soient demeurés plus élevés de 25 % par rapport à ceux des autres habitants de la Colombie-Britannique12.

Des études ont révélé que les facteurs de risque classiques des maladies cardiovasculaires sont plus fréquents chez les membres des Premières nations que chez les non-Autochtones. Ils comprennent notamment un taux élevé de tabagisme8,9,18,19, l'hypertension artérielle8,9, l'obésité8,20, le diabète21,22 et une mauvaise alimentation22-24.

Certains ont avancé que, en plus de ces facteurs de risque de maladie cardiovasculaire reconnus, des facteurs sociaux tels que le niveau de scolarité et le revenu étaient déterminants dans la survenue des maladies25. Le niveau de scolarité et le revenu des membres des Premières nations sont inférieurs à ceux du reste de la population canadienne8,26. On a examiné la relation entre, d'une part, le niveau de scolarité et la suffisance du revenu et, d'autre part, les écarts sur le plan de la mortalité par maladie cardiovasculaire en comparant une cohorte de membres des Premières nations et une cohorte de non-Autochtones. Les écarts étaient toujours présents après le calcul des taux de mortalité dans chaque catégorie de niveau de scolarité et de revenu, ce qui veut dire qu'ils ne peuvent pas être expliqués uniquement par ces facteurs. Dans des modèles de Cox ajustés en fonction à la fois du revenu et du niveau de scolarité, les rapports de risques étaient réduits de 67 % chez les hommes et de 25 % chez les femmes, indiquant que ces facteurs jouent un rôle important dans les écarts, mais qu'ils n'en sont pas entièrement responsables. Une étude portant sur l'impact du statut socioéconomique sur les inégalités dans l'état de santé auto-évalué et dans les maladies chroniques – recherche où étaient comparés des membres des Premières nations vivant hors réserve et d'autres Canadiens – a montré que la prise en compte de facteurs tels que le revenu et le niveau de scolarité diminuaient, mais n'éliminaient pas, ces écarts de santé27. Cette même étude a aussi montré que certains facteurs classiquement associés à la santé dans la population générale n'ont pas cet effet chez les Premières nations27. Par exemple, chez les adultes non autochtones, les hommes sont moins nombreux que les femmes à se déclarer en très bonne ou en excellente santé, tandis que chez les adultes des Premières nations, les hommes et les femmes sont aussi susceptibles les uns que les autres de se dire en très bonne ou en excellente santé. Bien que les résultats de notre étude aient montré que la mortalité par maladie cardiovasculaire est plus élevée chez les hommes que chez les femmes tant dans la cohorte des Premières nations que dans la cohorte non autochtone, la différence des taux entre les deux sexes était moins élevée dans la cohorte des Premières nations que dans la cohorte non autochtone. En termes de différences entre les sexes sur le plan de la mortalité par maladie cardiovasculaire, les femmes des Premières nations sont moins avantagées que ne le sont les femmes non autochtones par rapport aux hommes. D'autres études devraient être menées pour déterminer les causes de cette observation.

Limites

Les données de cette étude excluaient les personnes n'ayant pas rempli le questionnaire long du recensement de 1991, c'est-à-dire les résidents en établissement de soins de longue durée ou en centre pour personnes âgées, les détenus et les personnes non dénombrées par le recensement (environ 3,4 % des résidents canadiens de tous âges). Les personnes non recensées sont susceptibles d'être des personnes jeunes, mobiles, à faible revenu, d'origine autochtone28, sans domicile fixe ou vivant dans une réserve indienne29. Par ailleurs, comme il était nécessaire d'obtenir des noms cryptés à partir des données des déclarations de revenu, seules les personnes déclarant un revenu ont pu faire l'objet d'un suivi de mortalité. Les taux de couplage avec le fichier de noms extrait à partir des données des déclarations de revenu étaient plus faibles pour les répondants au recensement appartenant aux Premières nations (54 %) que pour les répondants non autochtones (77 %). Le profil socioéconomique des membres de la cohorte des Premières nations était néanmoins semblable à celui de l'ensemble des membres des Premières nations ayant rempli le questionnaire long du recensement, ce qui milite en faveur de l'absence de biais important pendant le premier couplage (données non présentées).

Dans cette étude, on a défini les membres des Premières nations comme les répondants au recensement ayant déclaré une ascendance d'Indien d'Amérique du Nord, un statut d'Indien inscrit en vertu de la Loi sur les Indiens ou l'appartenance à une bande indienne ou à une Première nation, car le recensement de 1991 ne comportait pas de questions sur l'auto-identification à un groupe autochtone. Cette définition du membre des Premières nations excluait de nombreuses personnes d'origine mixte (autochtone et non autochtone) dont les caractéristiques au recensement (données non présentées) se rapprochaient davantage de celles des non-Autochtones que de celle des membres des Premières nations tels qu'ils ont été définis dans l'étude.

Notre étude portait sur la mortalité par maladie cardiovasculaire et non sur la morbidité. Quoique la mortalité représente l'aboutissement de l'évolution d'une maladie, l'étude ne constitue donc pas une évaluation du fardeau complet des maladies cardiovasculaires.

Le lieu de résidence, le niveau de scolarité et le revenu ont été évalués seulement à la date de référence (4 juin 1991) et ils ne correspondent donc pas nécessairement à la situation plus tard dans la période de suivi.

Conclusion

Le fardeau accru des maladies cardiovasculaires chez les peuples autochtones est de plus en plus reconnu au Canada4,7. Les résultats de cette étude montrent que la mortalité par maladie cardiovasculaire est plus élevée chez les membres des Premières nations en général et qu'elle est liée au niveau de scolarité et à la suffisance du revenu. Comme jusqu'à 80 % des maladies cardiovasculaires prématurées sont considérées comme évitables, on devrait pouvoir réduire de façon marquée le fardeau des maladies cardiovasculaires chez les peuples autochtones du Canada7. Les présents résultats montrent que la suffisance du revenu et le niveau de scolarité sont des facteurs qui jouent tous deux un rôle important dans les différences observées sur le plan des taux de mortalité par maladie cardiovasculaire entre les membres des Premières nations et les Canadiens non autochtones.

Remerciements

Cette étude a été financée par la Direction générale de la santé des Premières nations et des Inuits de Santé Canada. La création de la cohorte a été financée par l'Initiative sur la santé de la population canadienne, qui fait partie de l'Institut canadien d'information sur la santé. Les auteurs souhaitent également remercier Eric Guimond, d'Affaires autochtones et Développement du Nord Canada, pour avoir préalablement mis au point des définitions opérationnelles relatives aux Premières nations pour le recensement de 1991.

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