État de santé, limitations d’activité, restrictions professionnelles et degré d’invalidité chez les Canadiens atteints d’un trouble de l’humeur ou d'anxiété - PSPMC: Volume 36-12, décembre 2016

Volume 36 · numéro 12 · décembre 2016

État de santé, limitations d’activité, restrictions professionnelles et degré d’invalidité chez les Canadiens atteints d’un trouble de l’humeur ou d'anxiété

L. Loukine, M. Sc. Reference 1; S. O’Donnell, M. Sc. Reference 1; E. M. Goldner, M.D. Reference 2,Reference 3; L. McRae, B. Sc. Reference 1; H. Allen, M.P.A. Reference 1

https://doi.org/10.24095/hpcdp.36.12.03f

Cet article a fait l’objet d’une évaluation par les pairs.

Rattachement des auteurs :

 

 

 

 

Correspondance : Louise McRae, Division de la surveillance et de l’épidémiologie, Centre de prévention des maladies chroniques, Direction générale de la promotion de la santé et de la prévention des maladies chroniques, Agence de la santé publique du Canada, 785, avenue Carling, I.A. 6806A, Ottawa (Ontario)  K1A 0K9; tél. : 613-853-7222; téléc. : 613-941-2057; courriel : Louise.McRae@phac-aspc.gc.ca

Résumé

Introduction : Cette étude fournit, au moyen d’un échantillon de ménages fondé sur la population, le premier aperçu, chez des Canadiens adultes atteints de troubles de l’humeur ou d'anxiété, de leur état de santé globale et de santé mentale perçu, de leurs limitations fonctionnelles, de leurs restrictions professionnelles et de leur degré d’invalidité, ainsi que des facteurs associés à une invalidité grave.

Méthodologie : Nous avons utilisé les données de l’Enquête sur les personnes ayant une maladie chronique au Canada – Composante des troubles de l’humeur et d'anxiété. L’échantillon est composé de Canadiens âgés de 18 ans et plus, atteints d’un trouble de l’humeur ou d’anxiété autodéclaré et habitant l'une des 10 provinces (n = 3 361; taux de réponse 68,9 %). Nous avons mené des analyses de régression logistiques multidimensionnelles multinomiales et descriptives.

Résultats : Parmi les Canadiens adultes atteints d’un trouble de l’humeur ou d’anxiété, plus d’un quart ont rapporté un état de santé globale (25,3 %) et de santé mentale (26,1 %) « passable ou médiocre », plus du tiers (36,4 %) ont mentionné avoir une ou plusieurs limitations fonctionnelles, la moitié (50,3 %) ont déclaré qu’une modification de leur emploi a été nécessaire pour continuer à travailler et plus du tiers (36,5 %) souffrait d'une invalidité grave. Les personnes avec troubles de l’humeur et d'anxiété concomitants ont mentionné de moins bons résultats : 56,4 % avaient une ou plusieurs limitations fonctionnelles, 65,8 % ont mentionné qu’une modification de leur emploi a été nécessaire et 49,6 % souffraient d'une invalidité grave. Après ajustement pour les caractéristiques individuelles, les personnes atteintes d’un trouble de l’humeur ou d’anxiété qui étaient plus âgées, dont le revenu familial était situé dans le quintile du plus faible revenu ou du revenu faible à moyen ou qui avaient des troubles concomitants étaient plus susceptibles d’avoir une invalidité grave.

Conclusion : Les résultats de cette étude confirment que les troubles de l’humeur ou d’anxiété, surtout dans le cas de troubles concomitants, sont associés à des résultats en santé physique et mentale négatifs. Ces constats soutiennent les actions en politique et programmes de santé publique qui visent à améliorer la vie des personnes atteintes de ces troubles, surtout celles qui sont atteintes de troubles concomitants.

Mots-clés : Troubles de l’humeur, troubles d'anxiété, état de santé, limitations fonctionnelles, restrictions liées au travail, invalidité, Health Utilities Index, enquête sur la santé, enquête démographique

Points saillants

  • Les Canadiens adultes atteints d’un trouble de l’humeur ou d'anxiété étaient plus susceptibles que la population générale de rapporter un état de santé globale et de santé mentale « passable ou médiocre » et d’avoir une invalidité grave.
  • Les personnes atteintes à la fois d'un trouble de l’humeur et d'un trouble d'anxiété étaient plus susceptibles que celles atteintes de l'un des deux seulement d'avoir déclaré un état de santé globale et de santé mentale perçu « passable ou médiocre », davantage de limitations fonctionnelles et de restrictions professionnelles et une invalidité grave.
  • La majorité des personnes atteintes des deux troubles ont mentionné que des modifications ont dû être apportées à leur emploi pour qu’elles puissent continuer à travailler, et près de la moitié ont dû cesser de travailler en raison de leurs troubles.
  • L’invalidité grave était la catégorie d’invalidité la plus prévalente chez les personnes atteintes des deux troubles.
  • Après ajustement pour les caractéristiques individuelles, les personnes atteintes d’un trouble de l’humeur ou d'anxiété qui étaient plus âgées, dont le revenu familial était situé dans le quintile du plus faible revenu ou du revenu faible à moyen ou qui avaient les deux troubles étaient plus susceptibles d’avoir une invalidité grave.

Introduction

Les troubles de l’humeur et d'anxiété peuvent avoir une incidence importante sur la santé physique et mentale, le degré d’invalidité et la qualité de vie globaleNote de bas de page 1,Note de bas de page 2. Ces troubles sont également associés à d’importants coûts liés à l’utilisation des ressources médicales et aux pertes de productivitéNote de bas de page 3. Les troubles de l’humeur englobent la dépression et les troubles de bipolarité, et les troubles d'anxiété regroupent une variété de problèmes de santé parmi lesquels le trouble d'anxiété généralisée est le plus commun. En 2012, environ 3,5 millions (12,6 %) de Canadiens âgés de 15 ans ou plus ont rapporté avoir eu des symptômes correspondant à ceux d’un trouble de l’humeur et 2,4 millions (8,7 %) ont rapporté avoir eu des symptômes correspondant à ceux d’un trouble d'anxiété généralisée à un moment de leur vieNote de bas de page 4,Note de bas de page *. Étant donné leur prévalence élevée et leur vaste incidence, les troubles de l’humeur et d'anxiété sont un défi de santé publique important au Canada.

À l’échelle mondiale, la dépression unipolaire et les troubles d'anxiété ont été classés respectivement premier et sixième contributeurs principaux des années de vie perdues en raison de l’invalidité dans l'étude La charge mondiale de morbidité 2012Note de bas de page 5. Au Canada, environ 4 millions d’années-personnes ont été perdues en raison d'une invalidité en général, dont 12 % ont été attribués à la dépression et au trouble bipolaire et environ 3 % aux troubles d'anxiété. De plus, l’Enquête canadienne sur l’incapacité a permis d’estimer qu’en 2012, 3,8 millions (13,7 %) des Canadiens âgés de 15 ans ou plus étaient atteints d’un type d’invalidité et 1,1 million (3,9 %) ont rapporté avoir une invalidité liée à la santé mentale, avec comme conditions sous-jacentes le plus souvent mentionnées la dépression et les troubles bipolaires et d'anxiétéNote de bas de page 6.

L’invalidité est une notion multidimensionnelle complexe. La Convention relative aux droits des personnes handicapées des Nations unies définit les personnes ayant une invalidité comme « celles qui ont une déficience physique, mentale, intellectuelle ou sensorielle durable qui, en interaction avec différents obstacles, pourrait empêcher leur participation complète et efficace dans la société sur la base d’une égalité avec les autres »Note de bas de page 7.

De nombreuses études ont utilisé des mesures des activités de la vie quotidienne (AVQ)Note de bas de page et des activités instrumentales de la vie quotidienne (AIVQ)Note de bas de page pour définir l’invalidité en fonction des activités fonctionnelles nécessaires qui permettent à une personne de mener une vie indépendanteNote de bas de page 8,Note de bas de page 9,Note de bas de page 10. Ces mesures sont habituellement dérivées de la cueillette de données autodéclarées et d’enquêtes de santé. Même si les activités évaluées varient d’une enquête à l’autre, ce qui rend difficile la comparaison des résultats entre études, les études utilisant ces mesures ont rapporté de fortes corrélations entre la dépression et les limitations d’activitésNote de bas de page 8,Note de bas de page 9,Note de bas de page 11. Une autre mesure de l’invalidité est le Health Utilities Index Mark 3 (HUI)Note de bas de page 12,Note de bas de page 13. Les catégories d’invalidité fondées sur cet outil permettent la mesure systématique et la comparaison des divers degrés d’invalidité entre populations.

Un corpus important de travaux de recherche a révélé une corrélation constante entre la dépression et des limitations des AVQ et des AIVQ ainsi que l’invaliditéNote de bas de page 8,Note de bas de page 9,Note de bas de page 10,Note de bas de page 14. De plus, les troubles de l’humeur et d'anxiété se sont avérés être associés à une perte de productivité au travailNote de bas de page 15,Note de bas de page 16,Note de bas de page 17. Cependant, à notre connaissance, seules quelques études canadiennes ont abordé le lien entre dépression et limitations fonctionnellesNote de bas de page 14 et aucune n’a abordé le lien entre les troubles de l’humeur ou d’anxiété, les restrictions professionnelles et le degré d’invalidité. Il est donc nécessaire d’obtenir de l’information relative à ces relations à l’échelle de la population canadienne afin de contribuer aux initiatives politiques et pratiques, de faciliter l’élaboration d’interventions susceptibles de diminuer l’invalidité liée aux troubles de l’humeur et d'anxiété et d’aider au suivi des améliorations éventuelles au fil du temps.

À l’aide de données provenant d’un échantillon de ménages fondé sur la population d’adultes canadiens vivant avec un trouble de l’humeur ou d’anxiété, nous avons établi les objectifs suivants : (1) décrire l’état de santé mentale et de santé globale, les limitations fonctionnelles, les restrictions professionnelles et l’invalidité, et (2) cerner les caractéristiques sociodémographiques associées à des degrés d’invalidité graves.

Méthodologie

Source des données et échantillon

Nous avons utilisé des données provenant de l’Enquête sur les personnes ayant une maladie chronique au Canada – Composante des troubles de l’humeur et d'anxiété (EPMCC-THA) de 2014. Dans le cadre de l’EPMCC-THA de 2014, des Canadiens âgés de 18 ans et plus et vivant dans un logement privé dans les 10 provinces, ont répondu « oui » à la question de l’Enquête sur la santé des collectivités canadiennes (ESCC) – composante annuelle de 2013 leur demandant s’ils avaient reçu par un professionnel de la santé un diagnostic de trouble de l’humeur ou d’anxiété ayant persisté ou dont on s'attend à ce qu'il persiste au moins 6 mois. L’échantillon définitif comportait 3 361 répondants (taux de réponse de 68,9 %), soit 508 de la région de l’Atlantique, 593 du Québec, 1 162 de l’Ontario, 690 de la région des Prairies et 408 de la Colombie-Britannique. La méthodologie de l’EPMCC-THA de 2014 et les caractéristiques sociodémographiques de l’échantillon définitif ont été décrites ailleursNote de bas de page 18. Les termes « troubles de l’humeur ou d’anxiété » utilisés dans cet article renvoient aux personnes qui ont déclaré avoir reçu un diagnostic posé par un professionnel soit de trouble de l’humeur, soit de trouble d'anxiété soit de troubles de l’humeur et d'anxiété concomitants.

Mesures

L’état de santé a été évalué au moyen d’indicateurs de la santé globale et de la santé mentale perçues. Les deux ont été mesurés à partir des réponses à la question : « En général, diriez-vous que votre santé [ou santé mentale] est excellente, très bonne, bonne, passable ou médiocre? »Note de bas de page 19.

Les limitations d’activités ont été mesurées en demandant aux répondants à quel point (« beaucoup », « un peu », ou « pas du tout ») leur trouble de l’humeur ou d’anxiété les avait limités dans sept domaines d'activités au cours des 12 derniers mois : loisirs et passe-temps; exercices ou sports; activités sociales en famille ou entre amis; tâches ménagères; magasinage et courses; voyages et vacances et enfin hygiène personnelle ou habillement. Ces questions étaient fondées sur le module État de santé général (SF-36) de l’ESCC – composante annuelle de 2013 conçues pour mesurer les limitations fonctionnelles attribuables à un trouble de l’humeur ou d’anxiétéNote de bas de page 19.

Les restrictions professionnelles ont été évaluées en demandant aux répondants si, dans leur environnement de travail actuel ou passé, des modifications dans leur emploi ont été nécessaires – notamment des changements dans le nombre d’heures de travail (« oui » ou « non »), dans le type de travail (« oui » ou « non ») et dans leur façon de réaliser leurs tâches au travail (« oui » ou « non ») – ou s’ils ont dû cesser de travailler (« oui » ou « non ») en raison de leur trouble de l’humeur ou d’anxiété. Ces questions étaient fondées sur la National Health Interview Survey (NHIS) des États‑Unis et conçues pour saisir les restrictions liées au travail attribuables à un trouble de l’humeur ou d’anxiétéNote de bas de page 20.

Le degré d’invalidité était fondé sur le HUI, qui décrit la santé fonctionnelle selon huit domaines : la vision, l’ouïe, la parole, la déambulation, la dextérité, l’émotion, la cognition et la douleurNote de bas de page 21. Chaque domaine possède cinq à six degrés de fonctionnement, allant du degré le plus faible à la capacité complète. Les scores de chaque domaine sont combinés en un score d’état de santé global allant de 1 (santé parfaite) à 0 (décès), jusqu’à -0,36 (un état considéré comme pire que le décès). Les valeurs négatives du HUI représentent un état de santé auquel la mort serait préférable. Les quatre catégories d’invalidité proposées par Feeny et FurlongNote de bas de page 12,Note de bas de page 13 et validées par Feng et coll.Note de bas de page 22 au moyen de données canadiennes (« aucune invalidité », « invalidité légère », « invalidité modérée » et « invalidité grave ») ont été définies en fonction des scores d’état de santé global. On considérait que les participants n’avaient « aucune invalidité » si tous les domaines obtenaient le degré fonctionnel le plus élevé (HUI = 1), une « invalidité légère » si au moins un des domaines obtenait un degré fonctionnel réduit susceptible d'être corrigé et n’empêchant aucune activité (0,89 ≤ HUI ≤ 0,99), une « invalidité modérée » si au moins un des domaines obtenait un degré fonctionnel réduit ne pouvant être corrigé et empêchant certaines activités (0,70 ≤ HUI ≤ 0,88) et une « invalidité grave » si au moins un des domaines obtenait un degré fonctionnel réduit ne pouvant être corrigé et empêchant plusieurs activités (HUI < 0,70).

Analyse statistique

Pour décrire l’état de santé, les limitations fonctionnelles, les restrictions professionnelles et le degré d’invalidité par caractéristiques sociodémographiques des répondants, nous avons réalisé une analyse descriptive de données par tableaux croisés. Nous avons stratifié les données par type de trouble, c’est-à-dire trouble de l’humeur uniquement, trouble anxieux uniquement et troubles concomitants. Les caractéristiques sociodémographiques étaient le sexe (homme, femme), les groupes d’âge (18 à 34 ans, 35 à 49 ans, 50 à 64 ans et 65 ans et plus), l’état matrimonial (célibataire/jamais marié(e), veuf(ve)/divorcé(e)/séparé(e), marié(e)/conjoint(e) de fait); le niveau de scolarité (aucun diplôme d’études secondaires, diplôme d’études secondaires, études postsecondaires partielles, diplôme d’études postsecondaires), le quintile de suffisance du revenu corrigé, la région (région de l’Atlantique, Québec, Ontario, Prairies, Colombie-Britannique), le milieu de résidence (urbain, rural), le fait d'être autochtone (oui, non) ou immigrant (oui, non). Nous avons divisé les répondants par quintile de suffisance du revenu corrigé d’après la répartition des revenus des ménages de Statistique Canada en déciles, c’est-à-dire le ratio du revenu total du ménage du répondant ajusté au seuil de faible revenu correspondant à la taille de son ménage et de sa collectivitéNote de bas de page 23. Nous avons utilisé des tests du chi carré pour déterminer s’il y a un lien entre les caractéristiques sociodémographiques des répondants et le degré d’invalidité. Une valeur de p ≤ 0,05 a été considérée comme statistiquement significative.

Pour étudier le lien entre le degré d’invalidité et les caractéristiques du répondant, nous avons mené une analyse de régression logistique multidimensionnelle multinomiale et descriptive. Nous avons ajusté le modèle pour toutes les caractéristiques sociodémographiques et tous les types de troubles. Les résultats des tests de qualité de l'ajustement ont démontré que le modèle était significatif et bien ajusté aux données. Le score du quotient de vraisemblance et les tests de Wald ont confirmé que le modèle avec covariables choisies était supérieur au modèle avec interception uniquement. Les rapports de cotes (RC) avec une valeur de p ≤ 0,05 ont été considérés comme statistiquement significatifs.

Pour tenir compte de la répartition de l’échantillon et de la conception de l’enquête, et pour généraliser à la population adulte canadienne totale atteinte d’un trouble de l’humeur ou d’anxiété, toutes les estimations ont été pondéréesNote de bas de page § pour représenter la population à l'étude et la méthode bootstrap a été utilisée pour les estimations de varianceNote de bas de page 24. Seuls les résultats ayant un coefficient de variation inférieur à 33,3 % sont mentionnés, conformément aux lignes directrices de Statistique CanadaNote de bas de page 25. Nous avons réalisé toutes les analyses statistiques à l’aide du logiciel SAS, version 9.3 (SAS Institute Inc., Cary, Caroline du Nord, États-Unis).

Résultats

État de santé, limitations fonctionnelles, restrictions professionnelles et degré d’invalidité par type de trouble

Dans l’ensemble, un Canadien sur quatre âgé de 18 ans ou plus ayant mentionné avoir reçu un diagnostic de trouble de l’humeur ou un diagnostic de trouble d'anxiété posé par un professionnel a rapporté avoir un état de santé globale « passable ou médiocre » (25,3 % pour la santé mentale et 26,1 % pour la santé globale) (tableau 1). Ces résultats variaient par type de trouble. Les personnes ayant des troubles concomitants avaient de moins bons résultats : un état de santé « passable ou médiocre » a été rapporté par 37,9 % d'entre eux pour la santé globale et par 44,8 % pour la santé mentale.

Tableau 1
État de santé, limitations fonctionnelles, restrictions professionnellesTableau 1 - Note a et degré d’invalidité chez les Canadiens de 18 ans et plus atteints d’un trouble de l’humeur ou d’anxiété, stratifié par type de trouble (n = 3361), EPMCC-THA de 2014
  Type de troubles Global
Troubles de l’humeur uniquement
(n = 1531)
%Tableau 1 - Note a (IC à 95 %)
Troubles d’anxiété uniquement
(n = 770)
%Tableau 1 - Note a (IC à 95 %)
Troubles d’anxiété et de l’humeur concomitants
(n = 1060)
%Tableau 1 - Note a (IC à 95 %)
Troubles de l’humeur ou d’anxiété
(n = 3361)
%Tableau 1 - Note a (IC à 95 %)

Abréviations : EPMCC-THA, Enquête sur les personnes ayant une maladie chronique au Canada – Composante des troubles de l’humeur et d'anxiété; IC, intervalle de confiance.

aLes pourcentages sont basés sur les effectifs pondérés afin de représenter la population canadienne de 18 ans et plus avec un trouble de l'humeur ou d'anxiété et vivant dans les 10 provinces.
bParmi les personnes qui ont déjà travaillé ou qui continuent de travailler (n = 2 528).
Santé globale perçue (« passable ou médiocre ») 21,6 (18,2 à 25,0) 16,2 (12,4 à 20,0) 37,9 (32,7 à 43,1) 25,3 (22,9 à 27,7)
Santé mentale perçue (« passable ou médiocre ») 21,0 (17,7 à 24,3) 11,5 (8,5 à 14,5) 44,8 (39,2 à 50,5) 26,1 (23,4 à 28,8)
Nombre de limitations fonctionnelles
Une ou plus 27,8 (24,2 à 31,5) 27,0 (21,3 à 32,7) 56,4 (50,8 à 62,1) 36,4 (33,6 à 39,2)
Trois ou plus 13,2 (10,4 à 16,1) 9,3 (5,8 à 12,8) 31,2 (25,7 à 36,8) 17,8 (15,5 à 20,1)
Restrictions professionnellesTableau 1 - Note b
Des modifications ont dû être apportées à l’emploi pour continuer à travailler 43,6 (38,4 à 48,8) 44,2 (36,9 à 51,6) 65,8 (59,7 à 71,9) 50,3 (46,7 à 54,0)
A déjà cessé complètement de travailler 32,1 (27,2 à 37,1) 24,3 (18,0 à 30,7) 47,9 (41,3 à 54,6) 34,9 (31,7 à 38,8)
Degré d’invalidité
Grave 31,5 (27,6 à 35,4) 29,2 (23,8 à 34,6) 49,6 (44,0 à 55,1) 36,5 (33,6 à 39,4)
Modéré 24,7 (20,4 à 29,0) 19,4 (14,7 à 24,2) 22,9 (18,3 à 27,5) 22,9 (20,2 à 25,5)
Léger 30,9 (26,7 à 35,0) 38,9 (32,9 à 45,0) 18,9 (14,7 à 23,1) 29,1 (26,3 à 31,9)
Aucune 12,9 (9,5 à 16,3) 12,5 (8,8 à 16,2) 8,6 (5,7 à 11,6) 11,5 (9,6 à 13,4)

Parmi les personnes atteintes d’un seul type de trouble (de l’humeur ou d'anxiété), moins de 30 % ont rapporté avoir eu « beaucoup » de limitations dans au moins une des sept catégories d'activités décrites précédemment, et entre 9 % et 13 % ont rapporté avoir eu « beaucoup » de limitations dans au moins trois de ces activités. Parmi les personnes atteintes de troubles concomitants (trouble de l’humeur et trouble d'anxiété), plus de la moitié ont rapporté des limitations dans au moins une activité et un tiers (31,2 %) ont rapporté des limitations dans au moins trois activités. Quel que soit le type de trouble, les loisirs et passe-temps et les activités sociales en famille ou entre amis faisaient partie des trois principales activités pour lesquelles les répondants ont mentionné avoir eu « beaucoup » de limitations, la troisième activité en importance variant, elle, selon le type de trouble.

En matière de restrictions professionnelles, pour la moitié (50,3 %) des personnes atteintes d’un trouble de l’humeur ou d’anxiété qui ont déjà travaillé ou qui travaillaient, des modifications ont dû être apportées à leur emploi pour qu’elles puissent continuer à travailler. Plus d’un tiers des répondants (34,9 %) ont cessé de travailler en raison de leur trouble. L’impact le plus important sur le travail a été observé chez les personnes atteintes de troubles concomitants : pour deux tiers (65,8 %), des modifications ont dû être apportées à leur emploi pour qu’elles puissent continuer à travailler et près de la moitié (47,9 %) ont rapporté avoir cessé de travailler en raison de leurs troubles.

Dans l'ensemble, les personnes atteintes de trouble de l’humeur ou d’anxiété avaient plus souvent une invalidité grave que les autres degrés d’invalidité (36,5 %). Moins du tiers des personnes atteintes d’un type de trouble uniquement et près de la moitié (49,6 %) de celles atteintes des deux troubles avaient une invalidité grave. Seule une personne atteinte d’un trouble de l’humeur ou d’anxiété sur 10 (11,5 %) n’avait aucune invalidité.

En résumé, les personnes atteintes de troubles concomitants étaient plus susceptibles que celles atteintes d’un seul type de trouble de rapporter un état de santé globale et de santé mentale « passable ou médiocre », un nombre plus élevé de limitations fonctionnelles et de restrictions professionnelles et elles étaient également plus susceptibles d'avoir une invalidité grave (figures 1 et 2).

Figure 1
État de santé et invalidité, par type de trouble chez les Canadiens de 18 ans et plus atteints d’un trouble de l’humeur ou d'anxiété (n = 3361), EPMCC-THA de 2014

Figure 1

Abréviation : EPMCC-THA, Enquête sur les personnes ayant une maladie chronique au Canada – Composante des troubles de l’humeur et d'anxiété.

aLes pourcentages sont basés sur les effectifs pondérés afin de représenter la population canadienne de 18 ans et plus avec un trouble de l'humeur ou d'anxiété et vivant dans les 10 provinces.
Équivalent textuel - Figure 1

Figure 1 : État de santé et invalidité, par type de trouble chez les Canadiens de 18 ans et plus atteints d’un trouble de l’humeur ou d'anxiété (n = 3361), EPMCC-THA de 2014

Cette figure démontre que, dans l'ensemble, les personnes atteintes de trouble de l’humeur ou d’anxiété avaient plus souvent une invalidité grave que les autres degrés d’invalidité (36,5 %). Moins du tiers des personnes atteintes d’un type de trouble uniquement et près de la moitié (49,6 %) de celles atteintes des deux troubles avaient une invalidité grave. Seule une personne atteinte d’un trouble de l’humeur ou d’anxiété sur 10 (11,5 %) n’avait aucune invalidité.

En résumé, les personnes atteintes de troubles concomitants étaient plus susceptibles que celles atteintes d’un seul type de trouble de rapporter un état de santé globale et de santé mentale « passable ou médiocre », un nombre plus élevé de limitations fonctionnelles et de restrictions professionnelles et elles étaient également plus susceptibles d'avoir une invalidité grave (figures 1 et 2).

Figure 2
Limitations fonctionnelles (n = 3361) et restrictions professionnellesFigure 2 - Note a (n = 2528) par type de trouble chez les Canadiens de 18 ans et plus atteints d’un trouble de l’humeur ou d'anxiété, EPMCC-THA de 2014

Figure 2

Abréviation : EPMCC-THA, Enquête sur les personnes ayant une maladie chronique au Canada – Composante des troubles de l’humeur et d'anxiété

aLes pourcentages sont basés sur les effectifs pondérés afin de représenter la population canadienne de 18 ans et plus avec un trouble de l'humeur ou d'anxiété et vivant dans les 10 provinces.
Équivalent textuel - Figure 2

Figure 2 : Limitations fonctionnelles (n = 3361) et restrictions professionnelles (n = 2528) par type de trouble chez les Canadiens de 18 ans et plus atteints d’un trouble de l’humeur ou d'anxiété, EPMCC-THA de 2014

La figure 2 présente les limitations liées aux activités et les restrictions professionnelles rapportées par les individus avec des troubles de l’humeur et d’anxiété.

Parmi les personnes atteintes d’un seul type de trouble (de l’humeur ou d'anxiété), moins de 30 % ont rapporté avoir eu « beaucoup » de limitations dans au moins une des sept catégories d'activités décrites précédemment, et entre 9 % et 13 % ont rapporté avoir eu « beaucoup » de limitations dans au moins trois de ces activités. Parmi les personnes atteintes de troubles concomitants (trouble de l’humeur et trouble d'anxiété), plus de la moitié ont rapporté des limitations dans au moins une activité et un tiers (31,2 %) ont rapporté des limitations dans au moins trois activités. Quel que soit le type de trouble, les loisirs et passe-temps et les activités sociales en famille ou entre amis faisaient partie des trois principales activités pour lesquelles les répondants ont mentionné avoir eu « beaucoup » de limitations, la troisième activité en importance variant, elle, selon le type de trouble.

En matière de restrictions professionnelles, pour la moitié (50,3 %) des personnes atteintes d’un trouble de l’humeur ou d’anxiété qui ont déjà travaillé ou qui travaillaient, des modifications ont dû être apportées à leur emploi pour qu’elles puissent continuer à travailler. Plus d’un tiers des répondants (34,9 %) ont cessé de travailler en raison de leur trouble. L’impact le plus important sur le travail a été observé chez les personnes atteintes de troubles concomitants : pour deux tiers (65,8 %), des modifications ont dû être apportées à leur emploi pour qu’elles puissent continuer à travailler et près de la moitié (47,9 %) ont rapporté avoir cessé de travailler en raison de leurs troubles.

Caractéristiques sociodémographiques par type de trouble et degré d’invaliditéNote de bas de page **

Parmi les personnes atteintes d’un trouble de l’humeur uniquement, des relations importantes ont été établies entre le degré d’invalidité et l’âge, le niveau de scolarité et le quintile de suffisance du revenu du ménage (tableau 2). Les personnes âgées de 50 ans et plus étaient plus susceptibles d'avoir une invalidité grave comparativement aux personnes du groupe d’âge le plus jeune. De plus, les personnes qui n’avaient pas obtenu de diplôme d’études secondaires et celles dont le revenu se situait dans le quintile de suffisance du revenu le plus faible étaient plus susceptibles d’avoir une invalidité grave, comparativement aux personnes qui possédaient un diplôme d’études secondaires et dont le revenu se situait dans les deux quintiles de suffisance du revenu les plus élevés.

Tableau 2
Caractéristiques sociodémographiques des Canadiens de 18 ans et plus atteints d’un trouble de l’humeur ou d’anxiété, stratifiées par type de trouble et degré d’invalidité (n = 3361), EPMCC-THA de 2014
  Type de troubles
Troubles de l’humeur uniquement
%Tableau 2 - Note a (IC à 95 %)
Troubles anxieux uniquement
%Tableau 2 - Note a (IC à 95 %)
Troubles anxieux et de l’humeur concomitants
%Tableau 2 - Note a (IC à 95 %)
Catégorie d’invalidité Catégorie d’invalidité Catégorie d’invalidité
Grave Modérée Légère Aucune
invalidité
Test du chi carré, valeur p Grave Modérée Légère Aucune
invalidité
Test du chi carré,
valeur p
Grave Modérée Légère Aucune
invalidité
Test du chi carré,
valeur p

Abréviations : EPMCC-THA, Enquête sur les personnes ayant une maladie chronique au Canada – Composante des troubles de l’humeur et d'anxiété; IC, intervalle de confiance; RD, rien à déclarer.

aLes pourcentages sont basés sur les effectifs pondérés afin de représenter la population canadienne de 18 ans et plus avec un trouble de l'humeur ou d'anxiété et vivant dans les 10 provinces.
bCoefficient de variation supérieur à 33,3.
cSignificatif d’un point de vue statistique à p < 0,05.
Sexe
Femmes 33,7
(28,7 à 38,6)
23,5
(18,7 à 28,4)
30,7
(25,8 à 35,6)
12,1
(7,6 à 16,6)
0,656 29,9
(23,0 à 36,9)
20,2
(14,5 à 25,9)
39,8
(32,2 à 47,5)
10,0
(6,2 à 13,8)
 0,239 47,8
(42,1 à 53,6)
24,1
 (18,9 à 29,3)
19,9
(15,5 à 24,3)
8,1
(5,2 à 11,1)
 0,789
Hommes 28,2
(22,1 à 34,4)
26,4
(18,9 à 34,0)
31,1
(23,5 à 38,8)
14,2
(8,8 à 19,5)
27,4
(17,5 à 37,2)
17,4
(10,0 à 24,8)
36,7
(26,7 à 46,6)
18,6
(10,6 à 26,5)
52,5
(41,8 à 63,2)
20,8
 (12,6 à 29,0)
17,2
(9,1 à 25,4)
RDTableau 2 - Note b
Groupe d’âge (ans)
18 à 34 19,7
(12,5 à 26,9)
28,4
(19,0 à 37,7)
31,3
(21,1 à 41,5)
20,6
(11,5 à 29,8)
0,016Tableau 2 - Note c 24,4
(13,7 à 35,1)
18,6
(9,0 à 28,2)
38,4
(27,9 à 48,9)
18,5
(10,3 à 26,7)
0,404 44,8
(32,8 à 56,8)
28,0
(17,6 à 38,4)
18,6
(9,0 à 28,2)
8,6
(3,5 à 13,7)
0,260
35 à 49 31,3
(23,3 à 39,3)
20,6
(12,8 à 28,5)
38,1
(29,5 à 46,7)
9,9
(5,0 à 14,9)
28,4
(15,8 à 41,0)
18,4
(8,4 à 28,4)
39,9
(25,2 à 54,6)
13,3
(5,8 à 20,7)
42,2
(30,3 à 54,2)
26,7
(15,6 à 37,7)
21,2
(11,9 à 30,5)
RDTableau 2 - Note b
50 à 64 38,1
(31,1 à 45,1)
25,6
(17,7 à 33,5)
25,6
(19,4 à 31,9)
10,7
(4,3 à 17,1)
32,6
(22,8 à 42,4)
19,3
(11,1 à 27,5)
42,9
(30,7 à 55,2)
5,2
(1,9 à 8,5)
59,6
(51,9 à 67,3)
14,9
(9,1 à 20,6)
18,8
 (13,0 à 24,7)
6,7
(2,9 à 10,5)
65 et plus 36,0
(28,3 à 43,7)
23,4
(17,0 à 29,8)
30,0
(23,0 à 37,1)
10,5
(4,8 à 16,3)
35,2
(24,9 à 45,4)
23,5
(15,3 à 31,7)
30,4
(21,1 à 39,8)
10,8
(3,9 à 17,8)
51,8
(41,7 à 62,0)
23,6
(15,1 à 32,2)
14,1
(8,2 à 20,1)
10,4
(4,1 à 16,6)
État matrimonial
Célibataire ou jamais marié(e) 29,7
(21,8 à 37,5)
26,8
(18,1 à 35,4)
30,9
(21,5 à 40,3)
12,7
(6,1 à 19,2)
0,171 26,3
(16,1 à 36,5)
24,2
(14,0 à 34,5)
29,8
(20,2 à 39,5)
19,6
(10,7 à 28,6)
<0,001Tableau 2 - Note c 50,9
(40,8 à 61,1)
24,9
(15,7 à 34,1)
16,7
(8,2 à 25,2)
7,5
(3,4 à 11,6)
0,452
Veuf(ve)/divorcé(e)/ séparé(e) 39,6
(31,6 à 47,7)
29,9
(22,0 à 37,8)
20,1
(14,1 à 26,0)
10,4
(4,0 à 16,9)
59,0
(40,7 à 77,3)
15,0
(6,9 à 23,1)
20,9
(9,0 à 32,8)
RDTableau 2 - Note b 57,5
(47,2 à 67,8)
14,2
(8,1 à 20,2)
18,6
(10,5 à 26,8)
9,7
(4,0 à 15,4)
Marié(e)/conjoint(e) de fait 29,9
(24,9 à 34,8)
22,2
(16,5 à 27,9)
34,2
(28,3 à 40,0)
13,8
(9,0 à 18,6)
23,9
(17,7 à 30,1)
18,1
(12,2 à 24,1)
47,2
(38,5 à 55,8)
10,8
(6,7 à 14,9)
45,5
(37,0 à 54,0)
25,5
(18,5 à 32,5)
20,2
(14,1 à 26,3)
8,8
(4,1 à 13,5)
Niveau de scolarité
Études secondaires non terminées 47,0
(35,0 à 59,0)
23,5
(14,4 à 32,7)
24,8
(14,5 à 35,1)
RDTableau 2 - Note b 0,019Tableau 2 - Note c 36,6
(25,0 à 48,1)
19,5
(10,8 à 28,2)
32,2
(20,7 à 43,7)
RDTableau 2 - Note b 0,281 64,2
(51,9 à 76,4)
17,3
(8,2 à 26,4)
RDTableau 2 - Note b RDTableau 2 - Note b 0,230
Diplôme d’études secondaires 36,4
(28,0 à 44,9)
21,4
(14,3 à 28,5)
27,4
(20,1 à 34,6)
RDTableau 2 - Note b 33,7
(21,7 à 45,8)
15,1
(6,4 à 23,7)
36,8
(25,3 à 48,2)
14,4
(5,3 à 23,6)
50,3
(39,7 à 60,8)
23,7
(13,9 à 33,5)
18,7
(10,7 à 26,7)
RDTableau 2 - Note b
Études postsecondaires partielles 29,9
(16,2 à 43,6)
27,8
(12,6 à 43,0)
19,7
(8,2 à 31,3)
RDTableau 2 - Note b RDTableau 2 - Note b RDTableau 2 - Note b RDTableau 2 - Note b RDTableau 2 - Note b 63,4
(47,2 à 79,5)
RDTableau 2 - Note b RDTableau 2 - Note b RDTableau 2 - Note b
Diplôme d’études postsecondaires 26,7
(22,1 à 31,3)
25,8
(20,0 à 31,6)
34,7
(28,8 à 40,6)
12,8
(8,8 à 16,8)
25,6
(18,2 à 33,0)
18,9
 (12,8 à 24,9)
43,2
(34,8 à 51,5)
12,4
(7,7 à 17,0)
45,4
(37,4 à 53,4)
24,6
(18,2 à 31,0)
21,4
(15,2 à 27,7)
8,6
(4,6 à 12,6)
Suffisance du revenu du ménage
Quintile 1 (faible) 41,3
(32,9 à 49,6)
23,4
(15,5 à 31,4)
24,3
(16,1 à 32,5)
11,0
(4,7 à 17,4)
 0,032Tableau 2 - Note c 51,5
(37,0 à 66,0)
12,5
(6,4 à 18,6)
25,8
(14,4 à 37,2)
RDTableau 2 - Note b <0,001Tableau 2 - Note c 66,7
(57,7 à 75,7)
15,4
(8,5 à 22,4)
11,4
(5,2 à 17,6)
6,5
(3,0 à 10,0)
 <0,001Tableau 2 - Note c
Quintile 2 (faible-moyen) 38,3
(28,0 à 48,6)
28,7
(17,6 à 39,7)
21,7
(14,6 à 28,7)
11,4
(0,8 à 21,9)
20,4
(10,9 à 29,8)
32,2
(18,4 à 46,0)
38,2
(26,2 à 50,1)
RDTableau 2 - Note b 52,1
(40,6 à 63,6)
16,5
(8,8 à 24,2)
18,0
(10,2 à 25,7)
RDTableau 2 - Note b
Quintile 3 (moyen) 31,0
(22,3 à 39,7)
22,7
(12,4 à 33,0)
27,0
(16,9 à 37,2)
19,2
(10,2 à 28,3)
39,4
(25,8 à 53,0)
21,0
(9,8 à 32,2)
29,4
(16,2 à 42,7)
RDTableau 2 - Note b 31,0
(21,2 à 40,9)
42,9
(30,9 à 54,9)
21,0
(11,9 à 30,0)
5,1
(2,0 à 8,2)
Quintile 4 (moyen supérieur) 22,9
(15,5 à 30,4)
24,7
(17,6 à 31,8)
42,2
(33,2 à 51,3)
10,2
(4,3 à 16,0)
14,9
(6,8 à 23,0)
11,7
(5,7 à 17,7)
59,8
(45,6 à 73,9)
13,6
(5,7 à 21,5)
40,2
(26,7 à 53,7)
25,4
(14,1 à 36,7)
27,1
(16,6 à 37,5)
7,3
(2,1 à 12,6)
Quintile 5 (supérieur) 22,9
(14,7 à 31,1)
24,4
 (15,1 à 33,8)
40,8
(31,5 à 50,1)
11,8
(5,2 à 18,4)
20,5
(8,6 à 32,4)
21,6
(11,3 à 31,9)
37,9
(25,3 à 50,5)
20,0
(10,0 à 29,9)
45,9
(28,9 à 62,9)
17,4
 (6,9 à 27,9)
23,5
(8,0 à 39,1)
RDTableau 2 - Note b
Région
Région de l’Atlantique 28,7
(20,2 à 37,1)
24,6
(15,5 à 33,7)
34,7
(23,9 à 45,5)
12,0
(5,0 à 19,0)
0,074 32,2
(20,7 à 43,8)
14,5
(6,6 à 22,3)
43,5
(30,8 à 56,2)
9,8
(3,6 à 16,0)
0,608 (46,8)
(35,7 à 57,9)
23,4
(13,8 à 33,0)
23,8
(12,3 à 35,3)
RDTableau 2 - Note b 0,770
Québec 22,1
(14,3 à 29,9)
29,9
(20,1 à 39,7)
36,0
(25,6 à 46,5)
12,0
(5,0 à 19,1)
33,3
(22,5 à 44,0)
24,2
(14,3 à 34,0)
34,2, (23,3 à 45,1) RDTableau 2 - Note b 42,6
(31,3 à 53,9)
21,3
(11,9 à 30,8)
27,4
(17,6 à 37,1)
RDTableau 2 - Note b
Ontario 33,7
(27,1 à 40,3)
24,3
(16,9 à 31,8)
26,8
(20,8 à 32,8)
15,2
(8,5 à 21,8)
24,4
(15,4 à 33,3)
16,1
(9,6 à 22,6)
43,3
(30,8 à 55,9)
16,2
(8,4 à 24,0)
52,9
(44,0 à 61,7)
22,7
(14,6 à 30,7)
16,8
(9,4 à 24,1)
7,7
(3,1 à 12,3)
Prairies 43,7
(34,8 à 52,5)
20,0
(14,2 à 25,8)
26,3
(19,0 à 33,7)
10,0
(4,2 à 15,8)
30,7
(13,9 à 47,4)
RDTableau 2 - Note b 38,8
(24,3 à 53,3)
16,2
(6,3 à 26,0)
48,6
(34,0 à 63,2)
25,1
(13,7 à 36,4)
13,7
(7,7 à 19,7)
RDTableau 2 - Note b
Colombie-Britannique 22,8
(14,8 à 30,9)
25,9
(15,1 à 36,6)
39,6
(26,8 à 52,4)
11,7
(3,9 à 19,5)
26,4
(5,5 à 47,4)
RDTableau 2 - Note b 33,6
(14,3 à 53,0)
RDTableau 2 - Note b 51,6
(38,1 à 65,0)
22,1
(11,9 à 32,3)
18,9
(9,3 à 28,5)
RDTableau 2 - Note b
Milieu de résidence
Rural 34,2
(26,6 à 41,7)
23,5
(17,3 à 29,6)
35,5
(28,0 à 43,0)
6,9
(3,5 à 10,3)
0,076 25,6
(17,7 à 33,4)
15,7
(9,6 à 21,9)
46,1
(36,1 à 56,2)
12,6
(5,9 à 19,2)
0,434 53,7
(42,9 à 64,4)
27,6
(17,8 à 37,4)
12,2
(6,5 à 17,9)
RDTableau 2 - Note b 0,242
Urbain 30,9
(26,6 à 35,2)
25,0
(20,0 à 29,9)
29,9
(25,1 à 34,6)
14,2
(10,1 à 18,4)
30,2
(23,5 à 36,8)
20,4
(14,6 à 26,2)
37,0
(29,7 à 44,3)
12,5
(8,1 à 16,8)
48,9
(42,6 à 55,1)
22,1
(17,0 à 27,2)
20,1
(15,2 à 24,9)
9,0
(5,7 à 12,3)

Parmi les personnes atteintes d’un trouble d'anxiété uniquement, nous avons observé des relations importantes entre le degré d’invalidité et l’état matrimonial, et le degré d’invalidité et la suffisance du revenu du ménage. Les personnes veuves/divorcées/séparées étaient plus susceptibles d’avoir une invalidité grave comparativement aux personnes célibataires/jamais mariées ou mariées/conjointes de fait. De plus, les personnes dont le revenu se situait dans le quintile de suffisance du revenu le plus faible étaient plus susceptibles d’avoir une invalidité grave que les personnes dont le revenu se situait dans les deux quintiles de suffisance du revenu les plus élevés.

Parmi les personnes atteintes de troubles concomitants, nous avons observé une relation importante entre le degré d’invalidité et la suffisance du revenu du ménage uniquement : les personnes dont le revenu se situait dans le quintile de suffisance du revenu le plus faible étaient plus susceptibles d’avoir une invalidité grave comparativement aux personnes qui possédaient un diplôme d’études secondaires et dont le revenu se situait dans les deux quintiles de suffisance du revenu les plus élevés.

Nous n’avons observé aucune relation significative entre les degrés d’invalidité et le sexe, la région ou le milieu de résidence. En raison de la petite taille des échantillons, il n’était pas possible de réaliser une analyse de données par tableaux croisés pour les populations immigrantes et autochtones.

En résumé, nous avons observé qu’une proportion plus élevée des personnes atteintes d’invalidité grave se trouvait dans le quintile de suffisance du revenu le plus faible (trouble de l’humeur ou d’anxiété), était âgée de 50 ans ou plus ou n’avait pas obtenu de diplôme d’études secondaires (trouble de l’humeur uniquement) ou était veuve, divorcée ou séparée (trouble d'anxiété uniquement).

Facteurs associés à des degrés variables d’invalidité

Après ajustement pour toutes les caractéristiques sociodémographiques et les types de troubles, les résultats de l’analyse de régression logistique multidimensionnelle multinomiale ont montré que les personnes de 50 à 64 ans étaient 4,5 fois plus susceptibles d'avoir une invalidité grave que celles âgées de 18 à 34 ans (tableau 3). Dans une moindre mesure, les personnes de 35 à 49 ans et de 65 ans et plus étaient plus susceptibles d'avoir une invalidité grave que celles du groupe d’âge le plus jeune (RC = 2,7 et 2,2, respectivement). De plus, les personnes dont le revenu se situait dans le quintile de suffisance du revenu le plus faible et intermédiaire étaient plus susceptibles de se trouver dans la catégorie d’invalidité grave que celles dont le revenu se situait dans le quintile de suffisance du revenu du ménage le plus élevé (RC = 2,7 et 2,9, respectivement). Finalement, les personnes atteintes de troubles concomitants étaient 1,9 fois plus susceptibles d'avoir une invalidité grave que les personnes atteintes d’un trouble d'anxiété uniquement.

Tableau 3
Rapport de cotes corrigé lié à la possibilité de se trouver dans les catégories d’invalidité « grave », « modérée » ou « légère » comparativement à la catégorie « aucune invalidité », par caractéristiques sociodémographiques et type de trouble chez des Canadiens de 18 ans et plus atteints d’un trouble de l’humeur ou d’anxiété (n = 3361), EPMCC-THA de 2014
Caractéristiques sociodémographiques Degré d’invalidité RC (IC à 95 %) Valeur p

Abréviations : EPMCC-THA, Enquête sur les personnes ayant une maladie chronique au Canada – Composante des troubles de l’humeur et d'anxiété; IC, intervalle de confiance; RC, rapport de cotes.

aDifférence significative par rapport à la catégorie de référence ( p < 0,05).
Sexe
Femmes comparativement aux hommes Grave 1,1 (0,7 à 1,8) 0,633
Modéré 1,2 (0,7 à 2,0) 0,434
Léger 1,4 (0,9 à 2,3) 0,167
Aucun référence
Groupe d’âge (ans)
35 à 49 comparativement à 18 à 34 Grave 2,7Tableau 3 - Note a (1,4 à 5,3) 0,004Tableau 3 - Note a
Modéré 1,5, (0,8 à 2,8) 0,220
Léger 1,9Tableau 3 - Note a (1,0 à 3,6) 0,048Tableau 3 - Note a
Aucun référence
50 à 64 comparativement à 18 à 34 Grave 4,5Tableau 3 - Note a (2,3 à 8,9) < 0,001Tableau 3 - Note a
Modéré 2,1Tableau 3 - Note a (1,1 à 4,0) 0,035Tableau 3 - Note a
Léger 2,2Tableau 3 - Note a (1,1 à 4,3) 0,028Tableau 3 - Note a
Aucun référence
65+ comparativement à 18 à 34 Grave 2,2Tableau 3 - Note a (1,0 à 4,6) 0,042Tableau 3 - Note a
Modéré 1,4 (0,6 à 2,8) 0,421
Léger 1,4 (0,7 à 2,9) 0,368
Aucun référence
État matrimonial
Célibataire, jamais marié(e) comparativement à marié(e)/conjoint(e) de fait Grave 1,4 (0,7 à 2,5) 0,348
Modéré 1,4 (0,7 à 2,7) 0,326
Léger 1,1 (0,5 à 2,1) 0,869
Aucun référence
Veuf(ve)/divorcé(e)/séparé(e) comparativement à marié(e)/conjoint(e) de fait Grave 1,2 (0,7 à 2,1) 0,606
Modéré 0,9 (0,5 à 1,8) 0,828
Léger 0,7 (0,4 à 1,2) 0,192
Aucun référence
Niveau de scolarité
Aucun diplôme d’études secondaires comparativement à un diplôme d’études postsecondaires Grave 1,5 (0,8 à 2,7) 0,174
Modéré 1,0 (0,5 à 1,8) 0,911
Léger 0,9 (0,4 à 1,6) 0,631
Aucun référence
Diplôme d’études secondaires comparativement à un diplôme d’études postsecondaires Grave 1,2, (0,7 à 2,1) 0,572
Modéré 1,0, (0,5 à 1,8) 0,985
Léger 0,9 (0,5 à 1,5) 0,668
Aucun référence
Études postsecondaires partielles comparativement à un diplôme d’études postsecondaires Grave 0,9 (0,3 à 2,6) 0,904
Modéré 0,9 (0,3 à 2,6) 0,803
Léger 0,4 (0,1 à 1,2) 0,092
Aucun référence
Quintiles de la suffisance du revenu du ménage
Quintile 1 (faible) comparativement au quintile 5 (supérieur) Grave 2,7Tableau 3 - Note a (1,3 à 5,9) 0,01Tableau 3 - Note a
Modéré 1,4 (0,6 à 3,0) 0,405
Léger 1,0 (0,5 à 2,2) 0,951
Aucun référence
Quintile 2 (faible à moyen) comparativement au quintile 5 (supérieur) Grave 2,9Tableau 3 - Note a (1,3 à 6,3) 0,008Tableau 3 - Note a
Modéré 2,7Tableau 3 - Note a (1,1 à 6,3) 0,024Tableau 3 - Note a
Léger 1,4 (0,6 à 3,1) 0,398
Aucun référence
Quintile 3 (moyen) comparativement à quintile 5 (supérieur) Grave 1,6 (0,7 à 3,3) 0,235
Modéré 1,5 (0,7 à 3,0) 0,319
Léger 0,9 (0,4 à 1,9) 0,812
Aucun référence
Quintile 4 (moyen supérieur) comparativement à quintile 5 (supérieur) Grave 1,4 (0,6 à 3,2) 0,437
Modéré 1,6 (0,8 à 3,3) 0,217
Léger 2,0 (0,9 à 4,1) 0,080
Aucun référence
Régions
La Région de l’Atlantique comparativement à l’Ontario Grave 1,0 (0,5 à 1,8) 0,960
Modéré 1,2 (0,6 à 2,3) 0,662
Léger 1,6 (0,8 à 3,0) 0,154
Aucun référence
Le Québec comparativement à l’Ontario Grave 0,9 (0,5 à 1,6) 0,766
Modéré 1,5 (0,8 à 2,9) 0,216
Léger 1,5 (0,8 à 2,9) 0,172
Aucun référence
La Colombie-Britannique comparativement à l’Ontario Grave 0,9 (0,4 à 1,9) 0,777
Modéré 1,4 (0,6 à 3,2) 0,389
Léger 1,7 (0,8 à 3,7) 0,185
Aucun référence
Les Prairies comparativement à l’Ontario Grave 1,7 (0,9 à 3,2) 0,132
Modéré 1,3 (0,6 à 2,6) 0,466
Léger 1,2 (0,6 à 2,2) 0,663
Aucun référence
Milieu de résidence
Population urbaine comparativement à rurale Grave 0,6 (0,4 à 1,0) 0,071
Modéré 0,6 (0,4 à 1,1) 0,076
Léger 0,7 (0,4 à 1,1) 0,119
Aucun référence
Statut vis-à-vis de l'immigration
Non immigrant comparativement à immigrant Grave 1,2 (0,4 à 3,7) 0,699
Modéré 1,8 (0,2 à 14,9) 0,565
Léger 1,5 (0,2 à 9,4) 0,667
Aucun référence
Statut d’Autochtone
Non Autochtone comparativement à Autochtone Grave 1,9 (0,7 à 5,4) 0,202
Modéré 2,0 (0,6 à 6,6) 0,240
Léger 1,8 (0,6 à 5,1) 0,290
Aucun référence
Type de troubles
Troubles de l’humeur et d'anxiété concomitants comparativement à troubles d’anxiété uniquement Grave 1,9Tableau 3 - Note a (1,1 à 3,4) 0,021Tableau 3 - Note a
Modéré 1,8 (1,0 à 3,2) 0,070
Léger 0,8 (0,5 à 1,3) 0,362
Aucun référence
Troubles de l’humeur uniquement comparativement à troubles d'anxiété uniquement Grave 0,9 (0,5 à 1,5) 0,666
Modéré 1,2 (0,7 à 2,2) 0,583
Léger 0,9 (0,5 à 1,6) 0,7665
Aucun référence

Il n’y avait aucun RC significatif entre le degré d’invalidité de la personne et le sexe, l’état matrimonial, le niveau de scolarité, le statut vis-à-vis de l'immigration, le fait d'autre autochtone, le milieu de résidence ou la région, sauf dans les Prairies. Comparativement à leurs homologues vivant en Ontario, les personnes atteintes d’un trouble de l’humeur ou d’anxiété dans les Prairies étaient 1,7 fois plus susceptibles d’avoir une invalidité grave. Cependant, le RC n'avait qu'une signification statistique relative.

Bref, les personnes les plus à risque d'avoir une invalidité grave étaient plus âgées, plus particulièrement âgées de 50 à 64 ans, se trouvaient dans les quintiles de suffisance du revenu du ménage le plus faible et intermédiaire et avaient des troubles concomitants.

Analyse

Les résultats de notre étude démontrent que les troubles de l’humeur et d'anxiété jouent un rôle important dans l’état de santé globale et de santé mentale perçu par une personne. Comparativement à la population canadienne générale questionnée dans le cadre de l’ESCC – Composante annuelle de 2013 (soit l’enquête source pour l'EPMCC-THA de 2014), une proportion significativement plus importante (de 2 à 4 fois) de la population affectée par un trouble de l’humeur ou d’anxiété a rapporté un état de santé globale et de santé mentale « passable ou médiocre » (données non présentées). De la même façon, le degré d’invalidité observé parmi les personnes atteintes d’un trouble de l’humeur ou d’anxiété dans cette étude était considérablement plus élevé que celui observé dans la population canadienne générale. Les personnes atteintes d’un trouble de l’humeur ou d’anxiété avaient plus souvent une invalidité « grave » que d’autres degrés d’invalidité, alors que la population générale de ménages canadiens était plus susceptible d’avoir une invalidité « légère »Note de bas de page 22. De plus, les résultats de cette étude sont cohérents avec les résultats d’études précédentes qui révèlent que les troubles de l’humeur et d'anxiété sont associés à des limitations d’activités importantesNote de bas de page 8,Note de bas de page 9,Note de bas de page 14 et à l’invaliditéNote de bas de page 10,Note de bas de page 26,Note de bas de page 27,Note de bas de page 28.

Le lien de cause à effet entre les troubles de l’humeur et d'anxiété et les limitations fonctionnelles et l’invalidité est complexe et serait bidirectionnel. La maladie chronique, les limitations fonctionnelles et l’invalidité peuvent mener à des fluctuations d’humeur, à la dépressionNote de bas de page 8,Note de bas de page 26 et à l’anxiété.Note de bas de page 29 Inversement, des études longitudinales et de cohortes ont révélé que les troubles de l’humeur mènent à des déficiences dans une vaste gamme d'activités, même lorsqu’un contrôle est effectué pour les facteurs contributifsNote de bas de page 14. Cette relation pourrait être attribuable aux principaux symptômes du trouble de l’humeur, à savoir un sentiment de désespoir, une perte d’intérêt et de motivation, l’indécision, des perturbations du sommeil et des difficultés de concentration. De la même façon, le trouble d'anxiété peut entraver l’activité en raison d’inquiétudes ou de peurs dérangeantes et incontrôlables qui interfèrent avec la capacité de réaliser des tâches et la capacité de quitter la maison. Notre étude a révélé que les troubles de l’humeur d'anxiété et sont positivement associés à une augmentation du nombre des limitations fonctionnelles et du degré d’invalidité.

Les troubles de l’humeur et les troubles de l’humeur et d'anxiété concomitants étaient associés à des taux particulièrement élevés d’invalidité modérée à grave. Nos résultats sont cohérents avec ceux d’études précédentes, qui ont révélé que les troubles de l’humeur et d'anxiété concomitants augmentent le degré d’invalidité chez les personnes qui en sont atteintes et augmentent la consommation de ressources et les coûts associés aux soins de santé à un niveau supérieur à celui d’une personne atteinte d’un seul de ces deux troublesNote de bas de page 30,Note de bas de page 31. Puisque les études épidémiologiques ont révélé que les troubles de l’humeur et d'anxiété sont prévalents avec des taux élevés de comorbiditésNote de bas de page 32,Note de bas de page 33,Note de bas de page 34,Note de bas de page 35, nous supposons que les troubles de l’humeur et d'anxiété sont responsables d’une invalidité importante à l’échelle de la population.

Une distribution semblable de l’invalidité a été observée chez les hommes et les femmes, même si la prévalence des troubles de l’humeur et d'anxiété est habituellement plus élevée chez les femmes que chez les hommesNote de bas de page 36. Il n’y a aucun consensus dans la littérature relativement à l’influence du sexe en ce qui concerne l’association entre invalidité et troubles de l’humeur ou d'anxiété, ou entre invalidité et troubles mentaux globaux. Bien que certaines études suggèrent que les femmes atteintes de dépression sont plus susceptibles d’avoir une invalidité sociale et physique que leurs homologues masculinsNote de bas de page 27, d’autres études démontrent le contraireNote de bas de page 8,Note de bas de page 10,Note de bas de page 14. Les variations entre études pourraient être attribuables aux différences dans les définitions de l’invalidité et dans la composition des populations étudiées.

Nous avons observé que l’âge était associé au degré d’invalidité, c'est-à-dire que les personnes plus âgées, surtout celles de 50 à 64 ans, avaient des degrés d’invalidité supérieurs à celles du groupe le plus jeune. Ces résultats sont cohérents avec les résultats relatifs à l’âge concernant l’utilisation des services de santé pour les troubles de l’humeur et d'anxiétéNote de bas de page 37 et pourraient avoir un lien avec les défis spécifiques auxquels cette sous-population est confrontée, notamment des taux plus élevés de problèmes physiques et de troubles de santé mentaleNote de bas de page 7 concomitants. Il a été démontré que les personnes atteintes de problèmes physiques et mentaux sont plus susceptibles de souffrir d'invalidité, après contrôle pour les caractéristiques sociodémographiques, l’emploi et la régionNote de bas de page 38.

De plus, une étude traitant de l’association entre le stress en milieu de travail et les troubles mentaux a révélé que les personnes en âge de travailler ayant rapporté un déséquilibre entre le travail et la vie personnelle ou familiale avaient un risque plus élevé d’être atteintes d’un trouble mental, quel que soit le sexeNote de bas de page 39. Les personnes qui ont plusieurs rôles, comme travailler en plus de prendre soin de leurs parents ou beaux-parents et de leurs enfants, sont habituellement âgés de 45 à 65 ansNote de bas de page 40. Cette population de personnes, celles de la « génération sandwich », devrait s’accroître, car d'une part les gens ont maintenant des enfants plus tard et d'autre part le gouvernement recommande une transition des soins officiels aux soins non officiels pour les aînésNote de bas de page 41.

Lorsque les données étaient stratifiées par statut socioéconomique, la suffisance du revenu du ménage et le niveau de scolarité étaient associés négativement au degré d’invalidité chez les personnes atteintes de trouble de l’humeur ou d’anxiété. Les personnes qui avaient la plus faible suffisance du revenu du ménage et qui n’avaient pas obtenu leur diplôme d’études secondaires avaient des degrés d’invalidité plus élevés que les personnes qui avaient une suffisance du revenu du ménage et un niveau de scolarité supérieurs. L’association entre les degrés d’invalidité et la scolarité, cependant, pourrait être influencée par le revenu du ménage, puisque le RC lié au fait de se trouver dans les catégories d’invalidité grave, modérée ou légère comparativement à la catégorie aucune invalidité pour les personnes n’ayant pas obtenu de diplôme d’études secondaires n’était pas significatif d’un point de vue statistique lorsqu’il était ajusté pour d’autres facteurs comme la suffisance du revenu du ménage. En général, les résultats liés au statut socioéconomique de cette étude sont cohérents avec ceux d’autres recherches, qui ont révélé qu’un revenu et un niveau de scolarité inférieurs sont associés à des résultats négatifs sur la santéNote de bas de page 42,Note de bas de page 43.

Un autre résultat important découlant de cette étude est le grand impact des troubles de l’humeur et d'anxiété sur les fonctions professionnelles, surtout chez les personnes atteintes de troubles concomitants. Même si les troubles de l’humeur et d'anxiété varient en durée et en gravité, les personnes ayant des symptômes chroniques ou récurrents et celles qui ont des symptômes plus graves sont particulièrement susceptibles de devenir inaptes au travail. Même si les données de l’enquête n’ont pas permis d’étudier l'absentéisme et le présentéisme au travail, la littérature suggère que les personnes atteintes de troubles anxieux et de l’humeur ont un risque plus élevé de s’absenter du travail et d’avoir un moins bon rendement au travailNote de bas de page 44,Note de bas de page 45,Note de bas de page 46. De plus, on a estimé à environ 500 000 le nombre de Canadiens absents du travail tous les jours en raison d’une dépressionNote de bas de page 47. Il n’a pas été possible de tenir compte des impacts potentiels du sous-emploi (c.-à-d. les personnes avec des compétences qui leur permettraient d’obtenir une meilleure carrière si elles ne souffraient pas d’un trouble mental) car ces données n’ont pas été recueillies dans l’EPMCC-THA de 2014.

Les taux élevés de restrictions professionnelles et d’invalidité observés dans cette étude chez les personnes atteintes de troubles de l’humeur et d'anxiété montrent l’importance d'initiatives comme la norme nationale du Canada sur la santé et la sécurité psychologiques en milieu de travail de 2013Note de bas de page 48. Cette norme, soutenue par la Commission de la santé mentale du Canada, est constituée d'un ensemble de directives, d’outils et de ressources dont l'application demeure volontaire et visant à promouvoir la santé psychologique globale des employés et à prévenir les dommages psychologiques causés par des facteurs liés au milieu de travail. Elle s’applique à tous les employés, quel que soit leur état de santé mentale. Cette norme respecte les priorités en matière de santé mentale du Canada décrites dans le document Changer les orientations, changer des vies : Stratégie en matière de santé mentale pour le CanadaNote de bas de page 49, qui recommande l’adoption à grande échelle de normes en matière de santé et sécurité psychologiques dans les  milieux de travail canadiensNote de bas de page 50.

Points forts et limites

Un des nombreux points forts de cette étude est le fait que nous avons été en mesure de stratifier les analyses par type de trouble, ce qui a permis une comparaison des effets séparés et combinés des troubles de l’humeur et d'anxiété sur l’état de santé, les limitations fonctionnelles, les restrictions professionnelles et le degré d’invalidité. Une autre force de cette étude est qu’elle utilise pour définir les catégories d’invalidité le HUI, qui est l'un des principaux instruments pour mesurer la santé fonctionnelle. Les catégories d’invalidité fondées sur le HUI ont été validées pour l’évaluation de l’invalidité et de la qualité de vie liée à la santéNote de bas de page 22. Il permet la mesure systématique et la comparaison des degrés d’invalidité entre des populations ayant des caractéristiques spécifiques.

L'interprétation des résultats doit cependant tenir compte de plusieurs limitations. Par exemple, l’identification des personnes atteintes de troubles de l’humeur ou d’anxiété et de leur activité de santé, leur travail et leur état d’invalidité s'est faite sur la base de l’autodéclaration, sans corroboration ou vérification par un tiers. Bien qu’il s’agisse de la méthode la plus pratique pour évaluer ce type de problèmes de santé dans de larges effectifs de population, l’autodéclaration est sujette aux erreurs en raison du biais de désirabilité sociale, du biais lié à la mémoire ou de la non-déclaration consciente, ce qui conduit à une sous-estimation ou une surestimation possible des fardeaux individuels et sociétaux associés au trouble. De plus, puisque les personnes atteintes d’un trouble de l’humeur ou d’anxiété (surtout les personnes ayant des symptômes graves) sont sans doute moins portées à participer à ce genre d’enquête, les estimations présentées sont probablement conservatricesNote de bas de page 51.

Parmi les répondants choisis pour l’EPMCC-THA de 2014, 17 % ont été exclus de l’étude pour une des raisons suivantes : ils n'étaient pas classés correctement comme étant atteints du trouble dans l’ESCC de 2013, ils ont fourni volontairement des réponses les éliminant de l’enquête, ils ont émigré ou sont décédés. Puisque les données n’ont pas été ajustées pour ces cas, aucune comparaison des résultats de santé n'a été effectuée dans le cadre de cette étude entre la population adulte non atteinte de troubles de l’humeur ou d'anxiété selon l’ESCC de 2013 et la population adulte atteinte de trouble de l’humeur ou d’anxiété selon l’EPMCC-THA de 2014. Même si les résultats de l’étude suggèrent que les troubles de l’humeur et d'anxiété ont une incidence importante sur la santé et le bien-être des personnes qui en sont atteintes, nous ne pouvons pas évaluer la différence entre ces deux populations.

Une autre limitation de l’étude est liée à la possibilité de généraliser ces résultats à l'ensemble de la population canadienne. Les personnes qui vivent dans les trois territoires et certaines populations connues comme étant à risque de troubles mentaux comme les personnes autochtones vivant dans des réserves ou les terres publiquesNote de bas de page 52,Note de bas de page 53, les sans-abriNote de bas de page 54, les résidents institutionnalisésNote de bas de page 55,Note de bas de page 56, et les membres à temps plein des forces armées canadiennesNote de bas de page 57 n’ont pas été inclus. Il est bien connu que la prévalence de la dépression majeure chez les Canadiens âgés vivant dans des établissements de soins de longue durée est plus élevée (de 3 à 4 fois) que chez les personnes vivant en domicile privéNote de bas de page 55,Note de bas de page 58, et que le degré d’invalidité des personnes vivant dans des établissements correctionnels est beaucoup plus élevé que celui des personnes vivant dans la collectivitéNote de bas de page 56,Note de bas de page 59. En tenant compte de ces éléments, les résultats de l’étude ont probablement sous-estimé l’incidence des troubles de l’humeur et d'anxiété sur les Canadiens qui en sont atteints.

Conclusion

Il s’agit de la première étude canadienne fondée sur la population qui offre un aperçu complet de l’état de santé globale et de santé mentale, des activités professionnelles et quotidiennes et du degré d’invalidité des personnes atteintes d’un trouble de l’humeur ou d’anxiété.

Les résultats soulignent l’importance de la détection précoce des symptômes et d’un accès rapide au traitement afin d’atténuer l’impact négatif de ces troubles sur la santé des personnes et, finalement, d’améliorer leur bien-être et leur participation au travail et dans leur vie quotidienne. De plus, ces résultats vont contribuer aux politiques et aux programmes qui visent à promouvoir un état de santé positif et le bien-être en milieu de travail, notamment les mesures d’adaptation en milieu de travail. Garder les personnes ayant le risque le plus élevé d’invalidité grave plus longtemps en milieu de travail pourrait atténuer certains problèmes qui minent la santé mentale des adultes plus âgés (comme le stress financier et l’isolation sociale).

Les degrés d’invalidité importants associés aux troubles de l’humeur et d'anxiété soulignent également l’importance d'adapter les traitements afin de résorber les limitations fonctionnelles et professionnelles plutôt que de se concentrer trop étroitement sur la diminution des symptômes. De plus, les résultats soulignent l’importance de promouvoir la santé mentale des Canadiens tout au long de leur vie et dans différents milieux de vie (c.-à-d. à l’école, au travail, dans la collectivité, dans les résidences pour personnes âgées, etc.) par l’intermédiaire de stratégies contre la stigmatisation, de la sensibilisation du public, de l’éducation et de la formation.

Conflits d’intérêts

Les auteurs n’ont aucun conflit d’intérêts à déclarer.

Soutien financier et matériel

La recherche n’a pas été financée par une subvention d’une agence de financement, du secteur commercial ou sans but lucratif.

Contribution des auteurs

L. Loukine a contribué au concept de l’article, a mené les analyses statistiques et a contribué à la rédaction du manuscrit. S. O’Donnell et E. Goldner ont contribué à la rédaction du manuscrit et aux révisions. L. McRae et H. Allen ont révisé et examiné de façon critique le manuscrit. Tous les auteurs ont parcouru et approuvé le manuscrit final.

Références

Notes

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