Recherche qualitative originale – Modélisation narrative pour étudier l’engagement à l’égard de la lutte contre les changements climatiques chez de jeunes dirigeants communautaires

Rachel Malena-Chan, B.A.

https://doi.org/10.24095/hpcdp.39.4.07f

Cet article a fait l’objet d’une évaluation par les pairs.

Rattachement de l’auteure :

Université de la Saskatchewan, Saskatoon (Saskatchewan), Canada

Correspondance :

Rachel Malena‑Chan, a/s de Rachel Engler‑Stringer, Département de santé communautaire et d’épidémiologie, salle 3247, aile E – Sciences de la santé, 104 Clinic Place, Saskatoon (Saskatchewan)  S7N 2Z4; tél. : 306-966-7839; courriel : ram322@usask.ca

Résumé

Introduction. Plusieurs décennies de diffusion des connaissances sur les changements climatiques n’ont pas mené à des actions adéquates pour contrer les effets de ces derniers sur la santé des populations et l’équité en santé au Canada. Il a été prouvé que ce sont les perceptions et les interprétations basées sur le contexte qui conduisent à l’engagement. L’étude de l’engagement à l’égard de la lutte contre les changements climatiques nécessite donc une analyse de l’expérience contextuelle.

Méthodologie. Cette étude qualitative, qui repose sur l’approche narrative, visait à interpréter la signification des changements climatiques auprès de dix dirigeants communautaires à Saskatoon (Saskatchewan, Canada), dont l’âge variait entre 20 et 40 ans. Nous avons étudié leur discours sur les changements climatiques à la fois sur le plan structurel et sur le plan thématique.

Résultats. Nous avons élaboré un modèle pour organiser les résultats et décrire les concepts de fidélité et de dissonance dans le discours des participants. D’après nos résultats, la connaissance des changements climatiques et la motivation personnelle à agir n’empêchent pas la dissonance narrative, ce qui entrave l’émergence de réponse personnelle significative. Cette dissonance est susceptible d’apparaître là où des obstacles internes et externes gênent la mobilisation, et ce, à divers moments de la narration, à savoir lors du passage (1) de la connaissance du défi à un sentiment d’agentivité à cet égard, (2) de cette agentivité à un sentiment de responsabilité dans le choix d’agir, (3) de cette responsabilité au sentiment d’être en mesure de produire des résultats positifs malgré les défis contextuels et enfin (4) de cette capacité à l’émergence d’un sens moral en faveur de l’action en contexte. Sans cette fidélité narrative, il y a risque d’entrave à une mobilisation significative.

Conclusion. La modélisation du discours est utile pour étudier l’engagement à l’égard de la lutte contre les changements climatiques et éclaire, pour l’approche axée sur la santé des populations, les possibilités de surmonter les entraves à une mobilisation significative. Cette approche, formulée en utilisant une logique émotionnelle et morale pour parler des changements climatiques, pourrait aider les jeunes dirigeants à surmonter les obstacles internes et externes à leur engagement.

Mots-clés : changements climatiques, engagement, méthodes narratives, éducation du public

Points saillants

  • L’action climatique exige des modèles d’engagement qui tiennent compte des obstacles contextuels et culturels auxquels font face les personnes motivées et informées.
  • Cette étude qualitative a examiné la structure de la construction de sens au sujet des changements climatiques dans les discours de dix dirigeants communautaires ayant entre 20 et 40 ans.
  • La dissonance narrative peut aider à expliquer l’inaction, surtout de la part de ceux qui possèdent suffisamment de connaissances à propos des changements climatiques.
  • La modélisation de la dissonance narrative met en évidence la possibilité de formuler les défis, les choix et les résultats relatifs aux changements climatiques de manière à mobiliser les intervenants en santé des populations.
  • En remédiant à la dissonance dans le discours public sur les changements climatiques au Canada, les professionnels en santé des populations peuvent générer les conditions propices à une mobilisation significative.

Introduction

Les changements climatiques constituent une menace grave pour la santé des populations et offrent à la fois des défis et des opportunités pour les praticiens et les chercheursNote de bas de page 1Note de bas de page 2Note de bas de page 3Note de bas de page 4. Leurs effets ne se font pas sentir uniformément, et les inégalités actuelles en santé vont s’aggraver si des mesures urgentes ne sont pas prises pour réduire les émissions de gaz à effet de serre et augmenter la résilience des collectivitésNote de bas de page 1Note de bas de page 2Note de bas de page 3Note de bas de page 4Note de bas de page 5Note de bas de page 6Note de bas de page 7. À l’heure actuelle, le Canada ne se dirige pas vers le respect de ses engagements dans le cadre de l’Accord de ParisNote de bas de page 8Note de bas de page 9 et un désaccord subsiste parmi les intervenants sur l’avenir des politiques climatiques du CanadaNote de bas de page 10. Une action à l’échelle des systèmes est nécessaire pour contrer efficacement les risques associés aux changements climatiques, mais les professionnels en santé des populations semblent manquer de cadres et de modèles pour surmonter les obstacles à l’engagementNote de bas de page 3Note de bas de page 7.

Les professionnels utilisant une perspective écosocialeNote de bas de page 11Note de bas de page 12 pour analyser les problèmes de santé ont un rôle majeur à jouer dans l’action en faveur du climat, que ce soit dans le soutien ou dans le leadership, et ce, à différents niveauxNote de bas de page 3Note de bas de page 7, mais on manque de données sur les contextes – complexes – qui façonnent l’engagementNote de bas de page 13Note de bas de page 14Note de bas de page 15. Les problèmes de santé écosociaux, présents à différentes échelles et possédant de nombreuses dimensions, comme le sont les changements climatiques, sont vécus par les populations au sein des réalités structurelles et sociales de leur vie quotidienne et, comme Golden et ses collaborateursNote de bas de page 16 l’affirment, il n’est pas facile de savoir comment une personne peut créer sa réponse personnelle en l’absence de modèles l’aidant à s’orienter dans un domaine échappant justement à son emprise en tant qu’individu.

Combler le fossé entre les connaissances et l’action implique d’éliminer les obstacles contextuels et culturels à l’actionNote de bas de page 17. Le but de notre étude était de mieux comprendre les expériences en réponse aux changements climatiques dans leur contexte, en particulier chez les personnes motivées par des valeurs de justice sociale et environnementale. Les objectifs étaient (1) d’utiliser les théories de GanzNote de bas de page 18 sur le discours public, le pouvoir et l’action collective pour interpréter les perceptions à l’égard des changements climatiques chez des dirigeants communautaires à Saskatoon (Saskatchewan, Canada), motivés et informés et ayant entre 20 et 40 ans, et (2) d’élaborer un modèle utilisant l’approche narrative pour conceptualiser l’engagement et pour étudier l’importance prise par les problèmes écosociaux comme les changements climatiques dans le contexte de la vie quotidienne.

Cet article est fondé sur le mémoire de maîtrise de l’auteure, soumis pour répondre à l’une des exigences pour l’obtention du diplôme M. Sc. du Département de santé communautaire et d’épidémiologie de l’Université de la SaskatchewanNote de bas de page 19.

Littérature

Plutôt que d’attribuer l’immobilisme en matière de changements climatiques à un manque de compréhension par le public des données scientifiques concernant le climat, les chercheurs insistent de plus en plus, depuis 10 ans, sur l’importance de l’engagement public pour expliquer l’écart évident entre les connaissances et l’actionNote de bas de page 14. Contrairement aux modèles fondés sur le déficit d’information, qui ont mis l’accent sur la nécessité d’une meilleure compréhension, les approches axées sur l’engagement incluent à la fois les processus mentaux (cognition), les processus émotionnels et d’évaluation (affect) et les processus de réalisation (comportement)Note de bas de page 14. Outre les limites révélées par le modèle de déficit d’information, les professionnels en santé des populations peuvent manquer d’approches alternatives de l’engagement en matière de changements climatiques. Par exemple, le Lancet Countdown soutenait en 2017 qu’« une compréhension insuffisante des changements climatiques [était] l’un des plus grands obstacles perçus à l’engagement individuelNote de bas de page 20 », alors que la littérature sur l’engagement en matière de changements climatiques indique plutôt que la connaissance des faits sur le sujet peut dresser des obstacles à l’engagementNote de bas de page 13Note de bas de page 14Note de bas de page 15Note de bas de page 21Note de bas de page 22Note de bas de page 23. Disposer d’un cadre de référence en santé publique peut s’avérer utile pour transmettre l’information sur les risques des changements climatiques d’une manière claireNote de bas de page 24, mais cela ne résout pas les questions sur la manière dont cette compréhension se manifeste dans le contexte de la vie quotidienne.

Les revues systématiques de la littérature sur l’engagement en matière de changements climatiquesNote de bas de page 14Note de bas de page 15 ont révélé que des facteurs culturels et contextuels interviennent dans la manière d’interpréter les changements. Divers travaux de recherche récents ont fait état d’une grande variété d’attitudes à cet égard, malgré un fondement moral et factuel solide en faveur de l’action climatiqueNote de bas de page 13Note de bas de page 21Note de bas de page 22Note de bas de page 23. Les limites du modèle de déficit d’information sont donc largement reconnues dans ce domaine, et on recommande plutôt de s’intéresser aux émotions, aux valeurs culturelles et à des formulations adaptées à chaque publicNote de bas de page 13Note de bas de page 14Note de bas de page 15Note de bas de page 21Note de bas de page 22Note de bas de page 23. Les changements climatiques peuvent aussi représenter une menace existentielle à l’identité personnelleNote de bas de page 15Note de bas de page 25Note de bas de page 26Note de bas de page 27, ce qui provoquerait des bouleversements sur les plans émotionnel et social et entraverait l’engagement significatifNote de bas de page 18.

Certains spécialistes en recherche qualitative ont étudié les contextes psychologiques et sociologiques associés à l’interprétation des faits sur les changements climatiques, ont approfondi la compréhension des conditions préalables à l’action et ont présenté des théories à ce sujet. Par exemple, dans une perspective psychologique, LertzmanNote de bas de page 27 a soutenu que la construction de sens à propos des changements climatiques est ponctuée de conflits intérieurs et il présente une théorie sur la manière dont la « mélancolie environnementale » influence l’engagement. Il a fait valoir que les récits personnels sur les changements climatiques sont complexes et qu’une personne peut comprendre que ce qui est important dans la vie est menacé tout en adoptant une attitude de distanciation par rapport à cette menace pour pouvoir y faire faceNote de bas de page 27. Dans une perspective sociologique, NorgaardNote de bas de page 25 a constaté des signes de dilemme interne chez des groupes de personnes ayant une bonne compréhension des changements climatiques et a étudié comment les émotions déplaisantes sont refoulées pour préserver les normes sociales. Il a analysé le « déni implicite » et a conclu que les personnes et les groupes comptent sur le discours public pour apprendre à gérer les émotions indésirables associées aux changements climatiquesNote de bas de page 25. Ainsi, même ceux qui sont persuadés que les changements climatiques sont réels et s’en inquiètent pourraient ne pas se mobiliser en raison de l’absence de structures sociales et de soutien collectif leur permettant d’accepter les répercussions émotionnelles et morales de ces changements.

Des questions demeurent au sujet des relations complexes entre les connaissances, les valeurs, les émotions et l’action en ce qui concerne les changements climatiques, en particulier chez les personnes bien informées sur ces changements et ayant adopté des valeurs écologiquesNote de bas de page 28Note de bas de page 29. Comme les professionnels en santé des populations visent à provoquer des changements à l’échelle des systèmes, ils ont besoin de modèles de l’engagement qui, en plus d’affiner leur compréhension générale des effets des changements climatiques sur la santé, concourent à préparer les collectivités à se mobiliser d’une manière significative. Cette étude a pour objet de contribuer à la recherche sur les obstacles à l’engagement en matière de changements climatiques en examinant les expériences de jeunes dirigeants communautaires à ce sujet.

Méthodologie

Depuis quelques années, les approches narratives occupent une place de plus en plus importante dans la littérature sur l’engagement en matière de changements climatiques, en raison de leur capacité à saisir les expériences dans leur contexteNote de bas de page 17Note de bas de page 30Note de bas de page 31Note de bas de page 32Note de bas de page 33Note de bas de page 34. Comme Paschen et IsonNote de bas de page 30 l’ont soutenu, les perspectives tenant compte du contexte ont gagné en popularité dans la littérature sur l’adaptation aux changements climatiques, et les approches narratives pourraient jouer un rôle crucial pour combler les lacunes dans les connaissances sur le développement de la mobilisation à l’échelle locale. Bushell et ses collaborateursNote de bas de page 17 ont décrit comment utiliser les discours stratégiques pour donner du sens à des événements par ailleurs isolés afin de susciter l’adhésion et le soutien. Moezzi et ses collaborateurs ont soutenu que raconter une histoire peut influencer et mobiliser un auditoire, et ont décrit les récits comme « des artéfacts pouvant faire l’objet d’une analyse quant au contenu, aux acteurs, aux relations, au pouvoir et à la structure […] servant à recueillir de l’information, à fournir des précisions et à reformuler les données probantes d’une manière qui peut faire défaut aux formats plus scientifiques. »Note de bas de page 33, p. 1. Dans cette étude, nous avons employé une approche narrative pour recueillir et analyser les donnéesNote de bas de page 35Note de bas de page 36.

Les humains font appel aux valeurs culturelles quand ils racontent leurs expériences individuelles et collectives, et diverses hypothèses ont été formulées sur l’acte de construction des récits personnels et collectifs afin d’en révéler les buts, les motivations, les cheminements et les conceptions jugées rationnelles en fonction du contexteNote de bas de page 37Note de bas de page 38. Ganz a affirmé que les récits personnels, ou « histoires de soi », sont imbriqués aux récits collectifs basés sur les relations et sur le contexte culturel, ou « histoires à notre sujet et maintenantNote de bas de page 18 ». Dans les « histoires à notre sujet », les tiraillements entre le contexte et la liberté des personnages sont négociés par le narrateur dans son discours en puisant dans des valeurs, des expériences et des cadres de référence communs pour communiquer le sens de l’histoireNote de bas de page 18. En étudiant les perceptions individuelles au moyen de la théorie de Ganz sur les discours publicsNote de bas de page 39, les chercheurs peuvent mieux comprendre comment les obstacles à l’engagement se font sentir dans un contexte donné.

Déroulement de l’étude

Les études interprétatives reposent sur les réponses d’un échantillon homogène de personnes pour rendre compte de l’expérience d’un groupe particulierNote de bas de page 35. Nous avons recruté dix personnes à Saskatoon, Saskatchewan pour notre étude, chacune ayant entre 20 et 40 ans. Au moment de leur participation, elles menaient des existences variées : certaines venaient de fonder une famille ou une entreprise, d’autres étudiaient, d’autres travaillaient dans divers domaines (santé, arts, éducation, gouvernance et politique). Tous les participants se considéraient comme des dirigeants communautaires faisant preuve d’un engagement en faveur des valeurs de justice sociale et environnementale. De manière à augmenter la transférabilité des résultats, le recrutement s’est poursuivi jusqu’à ce que l’échantillon comprenne une combinaison d’hommes et de femmes (7 sur les 10 étaient des femmes) et 3 individus sur les 10 se définissant comme membres d’une Première Nation. En examinant cette « histoire à notre sujet » en particulierNote de bas de page 18, il a été possible de mieux comprendre les perspectives de ces personnes bien informées et motivées à agir pour remédier aux changements climatiques, mais qui vivent dans des contextes où beaucoup de gens n’admettent pas la gravité ou la cause du problème.

Cette étude a été approuvée par le Comité d’éthique en recherche sur le comportement de l’Université de Saskatchewan (Beh no 17-19). Étant donné que l’étude faisait appel à la narration sur des thèmes pouvant se situer hors du champ de l’attention publiqueNote de bas de page 25 et susciter des émotions désagréablesNote de bas de page 26 et des dilemmesNote de bas de page 27, nous avons expliqué aux participants les motivations de notre étude et nous leur avons fourni les questions ouvertes avant l’entrevue pour qu’ils puissent réfléchir à leurs perceptions à propos des changements climatiques. Nous avons mené des entrevues semi-structurées de 60 min en moyenne, dans le lieu choisi par eux. À la fin de l’entrevue, nous avons distribué aux participants un journal contenant les cinq questions de l’étude et nous les avons invités à y écrire dans les semaines suivantes leurs pensées au sujet de leur expérience et de leur histoire. Nous n’avons pas demandé aux participants de nous divulguer le contenu de leur journal, mais nous les avons invités à ajouter, lors des communications de suivi, diverses pensées ou réflexions à leur narration. Cette méthode a permis d’établir un dialogue avec les participants afin qu’ils se sentent à l’aise, au moment de l’interprétation des résultats, de faire des ajouts et des changements aptes à mieux refléter leur expérienceNote de bas de page 35.

Interprétation structurale

La structure est inhérente à la fonction de construction de sens des récits. Comme Polkinghorne le soutient, « la question “qu’est-ce que cela signifie?” interroge sur la manière dont une chose est liée à une autre. […] Ce sont les liens et les relations entre les événements qui leur donnent un sens. »Note de bas de page 38, p. 6. Par exemple, le début d’une histoire a un rapport avec son milieu, comme son milieu a un rapport avec sa finNote de bas de page 40. L’intrigue selon Ganz (figure 1) comprend quatre parties séquentielles : défi, choix, résultat et moraleNote de bas de page 18. Ganz affirme qu’en structurant l’information en récit, les humains « partagent leurs expériences, se conseillent, se réconfortent et s’incitent mutuellement à passer à l’action. »Note de bas de page 18, p. 282. Les récits des participants ont été codés conformément à ces quatre séquences avec le logiciel NVivo, afin de permettre la comparaison et l’analyse des thèmes et des schémas principaux. En interprétant la façon dont les participants ont structuré les défis, les choix, les résultats et la morale de leur histoire sur les changements climatiques, nous avons pu examiner les points de connexion entre les différentes parties de ce tout.

Figure 1. Modèle interprétatif

Source : Extrait de Malena-Chan R. Making climate change meaningful: narrative dissonance and the gap between knowledge and action [mémoire de maîtrise]. Saskatoon (Sask.): University of Saskatchewan; 2019. En ligne à : http://hdl.handle.net/10388/11948

Description textuel

La figure 1 présente le modèle interprétatif utilisé pour cette étude. L’intrigue selon Ganz comprend quatre parties séquentielles : défi, choix, résultat et morale.

Est illustré ici un schéma interprétatif où les récits des participants ont été codés conformément à ces quatre séquences avec le logiciel NVivo, afin de permettre la comparaison et l’analyse des thèmes et des schémas principaux. Cette structure commence avec les questions d'entrevue suivantes :

  1. Que savez-vous sur les changements climatiques?
  2. Que ressentez-vous par rapport aux changements climatiques?
  3. Quels sont les effets des changements climatiques sur votre vie?
  4. Comment imaginez-vous l'avenir?
  5. Que faites-vous en réponse aux changements climatiques?
Suit ensuite la mise en narration des données :
  1. Cadre narratif
  2. Défis perçus
  3. Choix perçus
  4. Résultats perçus
  5. Morale perçue

À partir de cette mise en narration des données, on se retrouve avec une interprétation structurale et une interprétation thématique. Plus précisément, l’interprétation structurale implique :

  1. Des connaissances suffisantes menant à l’agentivité;
  2. L’agentivité menant à la responsabilité;
  3. La responsabilité permettant la capacité;
  4. La capacité donnant accès au passage à l'action;
  5. L’action résultant en une mobilisation significative.

L’interprétation thématique, quant à elle, se compose de :

  1. Dissonance narrative;
  2. Moments mobilisateurs; et
  3. Fidélité narrative.

Après avoir codé chaque partie de l’intrigue, nous avons attribué des codes additionnels aux thèmes qui facilitent ou entravent l’engagement et qui fournissent des indications sur les liens structurels entre les connaissances et l’action. Nous présentons sur la figure 2 le modèle narratif de l’engagement qui a été développé par induction au cours de notre étude. Ce modèle a été utilisé pour organiser les données thématiques et pour explorer les changements climatiques en fonction des perceptions des participants. Nous avons dégagé divers « moments mobilisateurs » dans le récit, là où les thèmes pouvaient contribuer à la dissonance narrative et influencer les points de transition entre (1) une connaissance suffisante du défi que présentent les changements climatiques et un sentiment d’agentivité à cet égard, (2) cette agentivité et un sentiment de responsabilité dans le choix d’agir, (3) cette responsabilité et le sentiment d’être en mesure de bâtir un avenir désiré, (4) cette capacité et l’émergence d’actions dans le contexte de la vie quotidienne. En structurant l’analyse des points de connexion au sein des récits des participants et entre les différents récits, ce modèle peut contribuer à expliquer pourquoi des personnes bien informées et motivées se sentent impuissantes face aux changements climatiques.

Figure 2. Modèle narratif de l’engagement

Source : Extrait de Malena-Chan R. Making climate change meaningful: narrative dissonance and the gap between knowledge and action [mémoire de maîtrise]. Saskatoon (Sask.): University of Saskatchewan; 2019. En ligne à : http://hdl.handle.net/10388/11948

Description textuel

La figure 2 présente un modèle narratif de l’engagement. Chaque moment mobilisateur de l’intrigue de Ganz peut donner lieu à une dissonance narrative ou une fidélité narrative. La dissonance narrative présente une déstructuration d’un récit donné en raison des contradictions qu’il présente sur le plan des émotions, de la morale, du contenu ou de la conception. La fidélité narrative, par contraste, permet de produire une histoire plus significative sur le plan émotionnel, plus mobilisatrice et susceptible de provoquer un sentiment d’urgence.

Le modèle prend comme point de départ les connaissances suffisantes, qui peuvent mener à l’agentivité, qui mène à son tour à la responsabilité, puis à la capacité, ensuite au passage à l’action, qui peut avoir comme résultat une mobilisation significative, dans le cas où il y a fidélité narrative.

Interprétation thématique

Pour l’analyse thématique qui a suivi, nous avons porté notre attention sur les schémas narratifs et les relations entre les thèmes centraux dans les intrigues des participants, notamment les thèmes qui relient les parties du tout. Les récits des participants ont été examinés ensemble et séparément jusqu’à ce que les interprétations de leurs perceptions deviennent claires. L’utilisation du modèle pour étudier les récits des participants a fait émerger de la dissonance narrative, soit la déstructuration d’un récit donné en raison des contradictions qu’il présente sur le plan des émotions, de la morale, du contenu ou de la conception. Selon Ganz, les personnes qui ne disposent pas de récits collectifs significatifs sont appelées à vivre des émotions paralysantes, en particulier des sentiments d’inertie ou d’isolement, de l’apathie, de la peur et du doute envers elles-mêmesNote de bas de page 18. Le terme fidélité narrative a permis de conceptualiser une interprétation alternative, où la dissonance est surmontée ou reformulée. Cette interprétation peut produire une histoire plus significative sur le plan émotionnel, plus mobilisatrice et susceptible de provoquer un sentiment d’urgence, d’indignation, de solidarité, d’espoir et un passage à l’action efficaceNote de bas de page 18. Fisher soutient que les personnes ressentent une fidélité narrative quand une histoire « leur apparaît plausible par rapport aux histoires dont elles savent qu’elles sont vraies dans leur vie »Note de bas de page 41, p. 8. En appliquant le concept de fidélité narrative aux récits sur les changements climatiques, MarshallNote de bas de page 42 a affirmé qu’il s’agit d’un élément clé de la mobilisation en matière de changements climatiques, car seule la proposition d’une histoire plus convaincante peut écarter les interprétations fausses dans ce domaine. Menées conjointement, nos analyses thématiques et structurales offrent un outil heuristique permettant d’explorer les perspectives dans un contexte donné et de comprendre comment le discours facilite ou entrave l’engagement et, ultimement, l’action.

Résultats

Sur notre modèle narratif de l’engagement (figure 2), nous avons identifié des moments mobilisateurs à certains points de transition dans le processus d’interprétation, moments qui offrent des thèmes clés reliant ou englobant les dimensions de dissonance et de fidélité. Ces moments peuvent constituer des occasions de transformer les connaissances en émotions qui déclenchent une action collectiveNote de bas de page 18. Quand le discours collectif sur les problèmes écosociaux comme les changements climatiques manque de fidélité ou n’est pas clair, ce sont les problèmes eux-mêmes qui sont susceptibles d’être perçus comme sans signification dans le contexte, même par ceux qui acceptent les faits. Les manifestations de dissonance narrative et de fidélité narrative dans les récits des participants sont décrites ci-dessous et organisées en suivant le fil de narration d’une histoire. Notre modèle narratif de l’engagement a ainsi permis d’éclairer le passage de la connaissance à l’action, en indiquant les obstacles susceptibles de surgir en cours de route et les stratégies pour les surmonter.

Expériences liées à l’agentivité

En se positionnant personnellement vis-à-vis des changements climatiques, les participants ont fait preuve d’un sentiment d’agentivité, c’est-à-dire qu’ils ne se contentent pas « d’être au courant » du problème, mais le perçoivent comme étant culturellement et personnellement pertinent dans leur vie :

[…] vous savez, ce n’est pas une chose qui me touche au cœur; ce sont plutôt les effets des changements climatiques, pas les données scientifiques concernant les changements climatiques. Celles-ci n’ont pas le même effet sur moi, personnellement. Mais dès que vous commencez à parler des effets des changements climatiques et de ce que nous devrons peut-être faire pour nous y adapter, c’est à ce moment que les gens peuvent vraiment comprendre et se dire : « Bon, on devrait peut-être changer nos modes de transport, notre alimentation » […].

Les expériences relatives à l’agentivité des participants ont aidé à illustrer pourquoi une connaissance suffisante des changements climatiques n’est pas directement corrélée à une mobilisation : le processus d’interprétation des risques liés aux changements climatiques a été associé par les participants à un sentiment d’épuisement physique et d’accablement émotionnel : « J’essaie de faire ce que je peux, et je me coupe émotionnellement de tout le reste, en quelque sorte. Mais je reste toujours conscient, pas vrai? »

Le tableau 1 fournit d’autres exemples de dissonance pouvant surgir du fait de connaître l’existence des changements climatiques. Certains participants ont dit qu’ils réduisaient le plus possible les émotions accablantes en diminuant activement le flux d’information. Ils ont parlé des limites de l’attention à accorder aux changements climatiques si l’on veut préserver sa santé mentale et physique. Plutôt que de révéler un manque d’accès à l’information, les récits des participants font état d’une abondance d’informationNote de bas de page 43. Les participants avaient le sentiment de vivre dans une histoire où les changements climatiques étaient une réalité. Cependant, alors qu’ils exprimaient constamment le sentiment de faire partie de l’histoire sur les changements climatiques, le type d’histoire qui était racontée et le rôle qu’ils y jouaient n’étaient pas toujours clairs.

Tableau 1. Extraits de récits des participants sur les changements climatiques
Élément de l’engagement Dissonance narrative Moment mobilisateur Fidélité narrative

Agentivité

... c’est devenu vraiment épuisant, et parfois cela m’amenait à me dire : « Oh! J’ai seulement besoin de ne pas vraiment y penser maintenant. »  J’essayais simplement de ne pas m’en soucier.

Mais c’est loin d’une certaine manière… C’est certainement très évident, mais ça ne semble pas…, ce n’est pas comme quelque chose qui me touche de près, je suppose.

Je sais que les humains auront de gros problèmes si rien n’est fait et si nous continuons sur cette voie… C’est probablement le problème le plus pressant dans le monde en ce moment. Et je n’aime pas ça.

J’ai remarqué que, parfois, si je vois une manchette ou un entrefilet sur une nouvelle déprimante au sujet du climat et que j’ai une mauvaise journée, je vais me dire consciemment : « Je ne suis pas capable de regarder ça en ce moment » et je vais ignorer la nouvelle… Je crois que mon évitement est dû en partie à un souci de prendre soin de moi‑même, mais aussi à une ignorance délibérée malsaine…

Genre, on parle de quelque chose et on dit : « Ah oui, et les changements climatiques en plus de ça » ou « Pendant ce temps, on est tous en train de brûler ». Alors, c’est un peu comme ça que je décrirais mon point de vue sur les changements climatiques, je crois. C’est toujours en arrière‑plan de tout le reste que, pendant ce temps, tout est en train de brûler.

Je crois que j’ai besoin de remettre en question ces émotions et, peut-être, d’essayer d’être plus constructif au lieu de toujours être dans l’émotion, je ne sais pas. Être plus rationnel, je suppose. Comme me demander ce que je dois faire, comment attirer l’attention des gens et mobiliser les personnes chez nous?

Responsabilité

Ça serait une chose si les gens se plaignaient de ne pas pouvoir trouver un emploi dans le secteur pétrolier quand ils ont six autres emplois… mais personne ne le fait.

... quand j’intériorise ces sentiments à propos des changements climatiques, d’une certaine façon, ça me motive à continuer à ne pas avoir de voiture, et à faire attention à mes moyens de transport. Je me sens coupable, c’est sûr…

Ça se situe à une plus grande échelle que moi, ça concerne une communauté… Je nous vois comme des réseaux, pas vraiment comme des individus. Alors, encore une fois, ce n'est pas à propos de moi.

Je pense qu’une des raisons pour lesquelles on peut se sentir si paralysés, c’est qu’il va falloir que tellement de personnes travaillent ensemble sur le problème. Et les gens ne sont pas vraiment bons pour s’unir, à moins d’une crise qui les oblige, mais avant qu’on arrive à ce point, peut-être, probablement, qu’il sera trop tard.

Je sais que nous pouvons, individuellement, faire tout ce que nous voulons pour essayer de faire une différence, mais si les entreprises et les gouvernements ne font pas preuve de la même motivation, nous pouvons seulement progresser jusqu’à un certain point, et ça me frustre beaucoup.

En tant que peuples autochtones, nous avons toujours cette manière de penser… nous pensons constamment à ces générations plus qu’à la nôtre. Beaucoup des choses sur lesquelles s’appuient nos choix et nos décisions reflètent généralement notre lien avec nos ancêtres et aussi notre relation à l’avenir. 

Capacité

Je ne sais pas. Je sens que la situation pourrait évoluer de tellement de façons différentes. Je ne savais pas vraiment… je ne sais pas si je peux prédire.

Mais je pense que pendant ma vie, et sûrement pendant la vie de mes enfants, les choses auront une apparence radicalement différente.

Nous devrons faire face à des choses que nous ne sommes pas prêts à affronter, c’est sûr, mais je suppose que quand j’ai plus d’espoir, je me dis qu’on peut y arriver ensemble, vous savez, on peut apporter ces changements. Mais je ne suis pas certain. On verra.

C’est très difficile pour moi de penser que j’aurai un enfant, et qu’il ou elle aura des enfants. Genre, penser aux générations suivantes.... je n’y pense juste pas. Ça va être tellement différent, qui sait?   Je crois que ça doit être un mécanisme de défense, genre, je ne peux pas imaginer –  on ne peut pas imaginer l’apocalypse, vraiment. 

Je suppose que la meilleure manière de l’exprimer, c’est que c’est presque comme une catastrophe imminente, parce que, même si je peux vivre certains aspects des changements climatiques moi‑même, ils ne m’ont pas touché d’une façon très intense ou grave, alors que le problème, c’est que je sais que c’est le cas de beaucoup de communautés et que ça les atteindra encore plus dans l’avenir.

Et si on se réveillait et qu’on donnait réellement le pouvoir aux gens qui protègent la terre et l’eau? Ça pourrait être un très bel avenir. Alors, oui, on fait des progrès dans cette direction, mais le but a l’air si loin d’où on se trouve, ici.

Passage à l’action

D’accord, j’ai évité moi-même des émissions de gaz à effet de serre, mais ça reste une toute petite, minuscule goutte dans le seau mondial, et quand je pense à des choses comme Trump, c’est juste comme si rien de ce que je fais n’est important… Alors il y a aussi un sentiment immense d’être petit et insignifiant, et c’est en quelque sorte une cause sans espoir, mais vous ne pouvez pas vivre ainsi jour après jour, sinon vous vous effondrez complètement, pas vrai? Vous ne pouvez pas rester motivé. 

... parfois je sens que je ne pose pas des gestes très efficaces, simplement parce que je ne suis pas en position de le faire. Je ne suis pas le seul à signer un papier ou à prendre une décision à propos de quelque chose, mais dans une certaine mesure, j’ai plutôt le sentiment que c’est une mauvaise excuse… Alors, je ne sais pas, je pourrais être plus efficace, c’est sûr.    

J’essaie d’en faire le plus possible dans ma vie quotidienne… vous savez, choisir un parcours de carrière où tout ce que je fais dans ma vie de 8 h à 5 h fait avancer l’action contre les changements climatiques, et j’ai beaucoup d’intérêt pour cela… d’accord, disons que les politiciens décident de faire quelque chose, comment pouvez-vous vraiment faire quelque chose à partir de là?

Sans doute, on avance à petits pas, et ce sont les petits pas qui permettent de gravir les montagnes, mais c’est impossible pour une personne de faire face, sur le plan émotif, à une réaction hostile à sa tentative de changer un mode de vie qui n’est pas viable.

Je sais que pour avoir un effet plus important, il faut que je travaille avec d’autres personnes qui agissent, et que nous devons aussi faire ce travail ensemble. Parce que, oui, je ne pense pas qu’il y aura un mouvement contre les changements climatiques sans une énorme pression publique, par nos élus, ou ce genre de mouvement. Alors, oui, à moins qu’on travaille ensemble, ça ne va pas se produire.

Comment pouvons‑nous traiter ce problème d’une manière qui ne devienne pas non plus un style de vie, mais qui tente vraiment de changer les conditions…? Essentiellement, le point fondamental, c’est comment nous engager dans ces luttes pour pouvoir vraiment contrôler la production, pour que les conditions elles‑mêmes soient contrôlées.

Source : Extrait de Malena-Chan R. Making climate change meaningful: narrative dissonance and the gap between knowledge and action [mémoire de maîtrise]. Saskatoon (Sask.): University of Saskatchewan; 2019. En ligne à : http://hdl.handle.net/10388/11948

Expériences liées à la responsabilité

L’étape suivante du modèle portait sur le passage de l’agentivité dans la lutte contre les changements climatiques à un sentiment de responsabilité à l’égard des choix que cela suppose. Les récits des participants indiquaient qu’ils comprenaient comment les actions et décisions humaines avaient un impact sur les changements climatiques. Cependant, si l’un des rôles significatifs à jouer dans le récit sur les changements climatiques était jugé intenable ou irréel, la narration devenait dissonante. Les exemples du tableau 1 illustrent comment la dissonance peut résulter d’un sentiment d’impuissance à intervenir de manière significative en jouant un rôle individuel, et non du déni de la réalité ou de l’importance du problème des changements climatiques.

Un des participants a fait remarquer que la responsabilité de faire des sacrifices personnels face aux changements climatiques est souvent présentée de manière moralisatrice, comme étant le choix « bon » ou « juste » :

[…] comment pouvons-nous traiter ce problème d’une manière qui ne devienne pas non plus un style de vie, mais qui tente vraiment de changer les conditions? Parce qu’on ne peut pas partir d’une situation où nous ne sommes pas tous pleinement informés sur l’élimination des gaz à effet de serre, ou d’une situation où nous avons besoin d’utiliser des combustibles fossiles à différents moments, puis nous attendre à ce que chacun puisse trouver la solution tout seul et qu’on s’en sorte.

Les contextes personnels, politiques et économiques peuvent limiter les choix écologiques disponibles. Si les leçons de morale échouent, les individus peuvent rejeter complètement leur responsabilité personnelle ou revenir à une position dissonante et insister sur les limites de l’influence personnelle sur les changements climatiques. Dans cette perspective, les conditions économiques et les calendriers de transition peuvent avoir un impact sur la manière dont le sentiment de responsabilité est vécu et interprété.

Comme l’illustre le tableau 1, plusieurs participants ont fait état des choix qu’ils avaient déjà réalisés pour lutter contre les changements climatiques en réduisant leurs émissions personnelles, notamment en ce qui concerne le transport, l’alimentation, leur choix de carrière, la gestion des déchets et la consommation d’énergie dans leur foyer. Cependant, ils avaient du mal à trouver un sens à leurs actions, étant donné l’ampleur et la portée du défi des changements climatiques. La fidélité narrative relative à ce stade de décision dans le récit a émergé quand l’individu plaçait ses choix significatifs au cœur d’une réflexion sur ses rôles, ses valeurs, son identité personnelle et culturelle ainsi que d’une réflexion sur la chronologie au sein de laquelle son histoire prenait place.

Par exemple, les participants des Premières Nations ont fait état d’un sentiment de responsabilité dans la lutte contre les changements climatiques intrinsèquement lié à une pensée multigénérationnelle relevant de la culture, et qui témoigne d’un lien étroit avec les ancêtres et l’avenir, modifiant les enjeux du récit :

« […] nous pensons constamment à ces générations plus qu’à la nôtre. Beaucoup parmi les éléments sur lesquels s’appuient nos choix et nos décisions reflètent en général notre lien non seulement avec nos ancêtres, mais aussi avec l’avenir. »

Ils envisageaient leur responsabilité d’un point de vue multigénérationnel, pas seulement politique mais également personnel, et qui englobait des choix entre la vie et l’absence de vie pour eux-mêmes et pour leurs communautés. Pour cette raison, ils sentaient qu’ils devaient se relier à un programme de changement social, afin que leurs enfants et leur communauté puissent prospérer sur une planète où la vie demeure possible.

Expériences liées à la capacité

Dans cette étape du modèle, un participant faisait l’expérience de la fidélité narrative quand le sentiment de responsabilité était corrélé à un sentiment de capacité à construire un avenir désirable. Comme l’illustre le tableau 1, malgré une connaissance et une motivation adéquates, les participants peinaient à trouver du sens aux résultats dans leur récit et à leur capacité à bâtir un avenir positif. Bien que de nombreux participants aient vécu un mélange d’optimisme et de pessimisme, ils avaient l’impression que la capacité à remédier aux changements climatiques allait en décroissant au fil des générations, ce qui s’oppose paradoxalement à la responsabilité d’agir pour limiter les changements climatiques qui, elle, ne peut qu’augmenter avec le temps :

Je suppose que la meilleure manière de l’exprimer, c’est que c’est presque comme une catastrophe imminente, parce que, même si je peux vivre certains aspects des changements climatiques moi‑même, ils ne m’ont pas touché d’une façon très intense ou grave, alors que le problème, c’est que je sais que c’est le cas de beaucoup de communautés et que ça les atteindra encore plus dans l’avenir. Alors, oui, mon sentiment général, c’est celui d’une catastrophe imminente.

La dissonance est donc enracinée ici entre la responsabilité et la capacité : parce que le défi des changements climatiques est d’une ampleur et d’une urgence trop grandes, le rôle de cette génération est considéré comme ne pouvant s’aligner sur sa capacité à construire un avenir où la vie demeure possible. Ce stade de décision perd alors son sens : l’action semble inutile parce que les visions d’un avenir positif sont bloquées.

Accepter la réalité des changements climatiques et intérioriser leur signification a été présenté dans les récits des jeunes dirigeants comme un acte de courage de leur part, car cela a exigé d’interpréter la rupture à vivre au cours de leur vie. Le tableau 1 fournit d’autres exemples de moments mobilisateurs en lien avec la capacité d’agir et ses résultats, où les participants sont restés aux prises avec des visions divergentes de l’avenir. Ils ont parlé de l’acceptation des changements à venir pour leur famille et pour les familles à l’échelle de la planète. Des sentiments de désespoir et de tristesse sont apparus dans leur récit lorsqu’ils ont décrit les dénouements possibles à leur histoire. Ils ont toutefois reconnu qu’il était aussi possible d’améliorer les conditions :

[…] nous devons dresser un meilleur portrait de l’avenir, d’un monde à faible émission de carbone. Alors, quand j’y pense, je crois que je pourrais mieux imaginer cela. Je ne sais tout simplement pas ce qui va arriver. Parce qu’il semble que, vous savez, beaucoup de très bonnes choses pourraient se produire.

Ce stade de décision a émergé dans les récits entre la planification de discontinuités systémiques et une capacité centrée sur la préparation de changements à grande échelle fondés sur des décisions collectives. Les résultats dépendent donc de la résistance collective au statu quo, ce qui souligne le rôle des personnes au pouvoir bloquant le chemin afin d’éviter une crise.

Expériences liées au passage à l’action

La partie finale du modèle porte sur la morale du récit, conceptualisée comme lesens du passage à l’action, à savoir une capacité à discerner et à rationaliser comment agir dans un contexte donné, d’une manière logique sur les plans moral et émotionnel. Alors que de nombreux participants avaient fait état d’une fidélité narrative en ce qui concerne leur capacité à affronter les changements climatiques dans l’avenir, des obstacles entravaient toujours leur passage à l’action et son sens, c’est-à-dire leur sentiment de pouvoir concrétiser leurs plans étant donné les contextes hostiles dans lesquels leur récit se situait. Malgré une grande motivation et une volonté de créer une société plus juste, la dissonance liée au sens de l’action demeurait fréquente, les participants doutant du degré de contribution réelle de leurs actions incarnées (leurs stratégies) à la réalisation de leurs buts. Comme l’a souligné un des participants, « parfois, je sens que je ne pose pas des gestes très efficaces, simplement parce que je ne suis pas en position de le faire. » Par leur engagement au sein d’organismes gouvernementaux, par la représentation de leur collectivité, par l’éducation de leurs enfants, par l’enseignement, par l’écriture, par l’organisation et par la performance, les participants tentaient d’élargir leur sphère d’influence, mais ils continuaient à ressentir le manque d’efficacité de leurs interventions vis-à-vis des changements climatiques.

Le tableau 1 fournit des exemples de la manière dont les obstacles au passage à l’action et à son sens ont entravé l’émergence d’une morale significative dans les récits. Les participants se percevaient comme « une toute petite, minuscule goutte dans le seau mondial », ce qui faisait obstacle au sens de leur action personnelle. Plutôt que de rejoindre des leaders institutionnels et des forces organisées, des participants qui se sentaient responsables d’agir face aux changements climatiques subissaient l’impact négatif émanant de certaines forces politiques, économiques et culturelles ou connaissaient des tensions au sein de leur famille et dans leurs relations sociales. Comme l’explique un participant :

[…] on avance à petits pas, et ce sont les petits pas qui permettent de gravir des montagnes, mais c’est impossible pour une personne de faire face, sur le plan émotif, à une réaction hostile à sa tentative de changer un mode de vie qui n’est pas viable.

Ces thèmes ont contribué à une dissonance liée au sens de leur action et ils ont laissé le récit sans morale claire, bloquant la voie à une mobilisation significative.

Certains participants ont fait des liens entre les conditions hostiles à une action significative et le contexte colonial et capitaliste dans lequel ces actions ont lieu. Comme un participant l’a soutenu :

Le discours selon lequel “des impôts faibles sont ce qu’il y a de mieux, un petit gouvernement est ce qu’il y a de mieux” nuit énormément à la capacité de faire quoi que ce soit pour l’environnement. Selon moi, c’est le plus grand obstacle.

Un autre participant a expliqué :

Je crois que la décolonisation aidera au moins à faire des choix mieux informés et à agir, par exemple mettre fin aux activités des compagnies minières et interdire la création d’oléoducs. Ne pas avoir peur des […] conséquences de s’enchaîner à des oléoducs et de bloquer des routes, vous comprenez ce que je veux dire? Nous avons tellement peur et je crois que ce serait très différent si nous étions décolonisés, enfin je suppose.

Les participants ont souvent défini l’efficacité en termes de capacité à contribuer à des mouvements sociaux qui les préparent à affronter avec succès les structures de pouvoir qui perpétuent les changements climatiques :

J’ai de l’espoir quand je lis que des gens se mobilisent et agissent pour changer les choses et s’emploient à lutter contre les changements climatiques, parce que, quand je lis sur les changements climatiques par moi-même, je me sens vraiment paralysé, je dirais. Parce que c’est un problème tellement énorme avec tant… il n’y a pas, il n’y aura jamais une seule et unique chose à faire pour contrer les changements climatiques. Le problème touche tellement de domaines différents et à tellement de niveaux différents.

Les participants ont reconnu sans difficulté qu’ils étaient plus forts lorsqu’ils collaboraient, et ils ont tenté de se concentrer sur les aspects du problème sur lesquels ils pouvaient agir. Un des participants a affirmé :

Il y a aussi un sentiment immense d’être petit et insignifiant, et c’est en quelque sorte une cause sans espoir, mais vous ne pouvez pas vivre ainsi jour après jour, sinon vous vous effondrez complètement, pas vrai? Vous ne pouvez pas rester motivé.

Même s’ils convenaient que les changements climatiques constituent un problème écosocial complexe, les participants qui vivaient une expérience de fidélité narrative en ce qui concerne l’ampleur et la portée de ces changements étaient capables de surmonter la dissonance narrative et de se mobiliser de manière significative vis-à-vis de ces changements.

Analyse

Cette étude a permis de rendre visibles les obstacles internes et externes dans les récits de personnes convaincues par les données scientifiques concernant le climat et motivées à rendre le monde meilleur. D’après nos résultats, sensibiliser simplement le public aux changements climatiques n’est sans doute pas une stratégie adéquate pour augmenter les forces collectives. Les dirigeants locaux peuvent être aux prises avec une dissonance narrative et, malgré leurs connaissances et leur motivation, faire face à des obstacles les empêchant de se mobiliser de manière significative. Partager leurs récits pourrait constituer un moyen d’exprimer leurs émotions difficiles en lien avec les changements climatiques et créer un sentiment de solidarité, ce qui aide, selon Ganz, à surmonter le sentiment d’isolementNote de bas de page 18.

La dissonance narrative telle que nous l’avons conceptualisée ici est reliée à d’autres concepts similaires dans la littérature sur l’engagement en matière de changements climatiques, en particulier le déni impliciteNote de bas de page 25, la mélancolie environnementaleNote de bas de page 27 et la perte inexpriméeNote de bas de page 26. De ce fait, notre modèle peut servir d’outil dans les recherches sur l’engagement pour explorer l’alignement (ou la concordance). Les participants ont aussi permis de confirmer que les récits sur les changements climatiques moralisent, à travers un point de vue orienté sur la justice, la résistance au statu quo, et ce, en termes politiques, économiques, sociaux et culturels. Ces enchevêtrements étaient indissociables des expériences des participants en ce qui concerne les changements climatiques et, de ce fait, ils indiquent une concordance entre la mobilisation significative et les obstacles contextuels, par exemple un avenir colonialNote de bas de page 44, le déni socialement organiséNote de bas de page 25 et le retardement prédateurNote de bas de page 45. Les récits des participants ont aidé à fournir un contexte à ces théories sur les expériences personnelles et sociales complexes liées aux changements climatiques.

Modélisation narrative d’une réponse aux changements climatiques en matière de santé des populations

Dans le contexte canadien, où des politiques inadéquates pour réduire les émissions de gaz à effet de serreNote de bas de page 8 menacent les gains en santé publique réalisés au cours des 50 dernières annéesNote de bas de page 1, il semble clair que les professionnels en santé des populations ont la responsabilité de s’attaquer aux facteurs qui contribuent à la dissonance narrative chez des intervenants bien informés et motivés comme ceux qui ont participé à notre étude. Ces personnes perçoivent le manque d’intérêt collectif à l’égard des changements climatiques et pourraient bénéficier de stratégies aptes à gérer la dissonance et à générer des moments mobilisateurs. Comme l’illustre le tableau 2, il est possible, en utilisant le modèle élaboré dans cette étude, d’analyser les réponses des professionnels en santé des populations aux changements climatiques afin d’y repérer les dissonances narratives. Réfléchir aux moments mobilisateurs en lien avec les défis, les choix, les résultats et la morale relatifs aux changements climatiques pourrait contribuer à faire émerger une « histoire » au sujet du sens des changements climatiques pour le public canadien et le système de santé en général. Loin d’être une formule de mobilisation, un modèle narratif de l’engagement en matière de changements climatiques peut servir de référence pour formuler le problème de manière à mobiliser la population, en révélant à quels moments des différents récits les obstacles à l’action peuvent s’enraciner, même chez ceux qui sont conscients des changements climatiques et motivés à agir.

Tableau 2. Questions de réflexion pour les professionnels en santé des populations
Agentivité Responsabilité Capacité Passage à l’action
Les mesures et les cadres de référence en santé des populations témoignent-ils de l’importance d’atténuer les changements climatiques et de s’y adapter? Les professionnels en santé des populations possèdent-ils les compétences et les aptitudes nécessaires pour jouer leur rôle dans la réponse aux changements climatiques? Les plans et les modèles pour l’avenir en santé des populations tiennent-ils compte de la discontinuité sociale et écologique du passé et du présent? Les professionnels en santé des populations peuvent-ils contribuer de manière significative aux changements par des actions concrètes dans le contexte de la vie quotidienne?
Comment les intervenants en santé des populations et les collectivités savent-ils que les changements climatiques sont importants pour les professionnels en santé des populations? Comment les intervenants en santé des populations et les collectivités savent-ils que s’attaquer sérieusement aux changements climatiques fait partie des rôles et des responsabilités en santé des populations? Comment les intervenants en santé des populations et les collectivités savent-ils que le secteur de la santé des populations atténue stratégiquement la catastrophe et prépare l’avenir? Comment les intervenants en santé des populations et les collectivités savent-ils que les professionnels en santé des populations avancent de manière significative vers des buts partagés?

Source : Extrait de Malena-Chan R. Making climate change meaningful: narrative dissonance and the gap between knowledge and action [mémoire de maîtrise]. Saskatoon (Sask.): University of Saskatchewan; 2019. En ligne à : http://hdl.handle.net/10388/11948

Ce modèle pourrait servir d’outil d’exploration pour vérifier dans quelle mesure la manière de réagir aux changements climatiques est en concordance avec les cadres de référence en santé des populations, par exemple les appels à l’action de la Commission Vérité et RéconciliationNote de bas de page 46. Plusieurs participants à cette étude ont mentionné dans leur récit leur désir que les Premières Nations, les Métis et les Inuits exercent un plus grand contrôle sur les terres et sur la prise de décisions. Par exemple, inspirés par des cadres de justice environnementale comme celui décrit par Tuck, McKenzie et McCoyNote de bas de page 44, les récits des participants ont laissé entrevoir « un refus d’un avenir colonial », parce que des rapports durables entre les peuples et la terre sont impossibles « quand les activités s’inscrivent dans un avenir où les colonisateurs continuent de dominer et d’occuper les terres autochtones volées »Note de bas de page 44, p. 17. En présentant les changements climatiques comme une question de justice environnementaleNote de bas de page 7, les professionnels en santé des populations peuvent resituer leur action dans le contexte de la réconciliation et de l’histoire de la colonisationNote de bas de page 44. Parmi les autres concordances potentielles entre cadres de santé des populations et changements climatiques, citons les droits relatifs au genre et à la reproductionNote de bas de page 47, la santé mentaleNote de bas de page 26 et l’approche une santéNote de bas de page 48.

Enfin, d’après nos résultats, le maintien dans l’approche sur l’engagement en matière de changements climatiques d’un modèle basé sur le déficit d’information ne se traduira sans doute pas par des plans stratégiques dotés de ressources suffisantes en cas de changements urgents et de perturbations des systèmes en place. Comme SteffenNote de bas de page 45 l’exhorte : « Nous sommes sur le point d’entrer dans la dernière décennie. Il est temps de devenir les personnes qui ré-imaginent le monde puis qui, dans le temps qu’il reste, le reconstruisent ». Malgré la conscience qu’il faut agir rapidement pour modifier de façon significative la trajectoire de la santé de la population mondiale compte tenu du peu de temps dont on dispose, les dirigeants communautaires peuvent avoir du mal à résoudre la dissonance narrative en matière de changements climatiques. De nouveaux modèles pour surmonter les obstacles contextuels et culturels à l’action pourraient donc se révéler utiles même à ceux qui sont bien informés et motivés à agir.

Forces et limites

Notre étude montre que l’approche narrative est pertinente pour examiner les obstacles à l’engagement en matière de changements climatiques dans un contexte donné. Les modèles narratifs de l’engagement sont utiles pour décrire, évaluer et mettre en place les conditions d’une mobilisation significative. Les outils d’engagement et de communication en matière de changements climatiques n’étant pas réductibles à une simple formule en faveur du changement social, les modèles narratifs contribuent à éclairer les dimensions contextuelles et culturelles de l’engagement.

Il est important de préciser que notre étude et ses résultats sont à replacer dans leur contexte. Nos résultats théoriques concernant l’engagement en matière de changements climatiques, quoique spécifiques à l’étude, sont cependant applicables à d’autres contextes. Il faut noter que la conception de notre recherche repose sur un petit échantillon formé de quelques personnes disposant de suffisamment de temps et ayant manifesté un intérêt pour cette étude. Ces résultats conceptuels demeurent exploratoires, d’autres chercheurs pouvant s’appuyer sur les structures et les thèmes présentés ici pour approfondir la compréhension des récits sur les changements climatiques, sur les cadres de référence en santé des populations et sur les obstacles à l’engagement.

Conclusion

Grâce à un cadre de référence narratif, nous avons conçu un outil visuel permettant d’explorer l’interaction entre dissonance et fidélité ainsi que les moments mobilisateurs aptes à servir de source aux interprétations sur les changements climatiques. Puisque la plupart des personnes au Canada sont convaincues que les changements climatiques sont réelsNote de bas de page 49, il est pertinent d’étudier les obstacles à l’engagement auxquels se heurtent les personnes bien informées et motivées. Une perspective narrative aide à saisir les complexités des dimensions individuelles et collectives, les nuances des logiques émotionnelles et morales ainsi que les situations imprévues susceptibles de surgir dans les contextes où la mobilisation a lieu. Bien que le modèle présenté dans cet article soit exploratoire, il confirme les résultats de la littérature sur les dimensions contextuelles de l’interprétationNote de bas de page 13Note de bas de page 14Note de bas de page 15Note de bas de page 21Note de bas de page 22Note de bas de page 23Note de bas de page 24Note de bas de page 25Note de bas de page 26Note de bas de page 27Note de bas de page 28Note de bas de page 29Note de bas de page 30Note de bas de page 31Note de bas de page 32Note de bas de page 33Note de bas de page 34. En l’absence d’efforts stratégiques pour favoriser la fidélité narrative, les professionnels en santé des populations ne réussiront sans doute pas à transformer les connaissances sur les changements climatiques en action significative.

Remerciements

Cette étude a été financée par un prix décerné par la faculté de médecine de l’Université de la Saskatchewan à des étudiants des cycles supérieurs, et elle a été rendue possible par la direction de ma superviseure, la Dre Rachel Engler‑Stringer, et les membres de mon comité, les Dres Sylvia Abonyi, Lori Hanson et Marcia McKenzie. Je tiens également à remercier les participants à mon étude et ma collègue Lise Kossick‑Kouri pour leurs idées et leur soutien dans la collecte et l’analyse des données.

Conflits d'intérêts

Aucun à déclarer.

Avis

Le contenu de l’article et les points de vue qui y sont exprimés n’engagent que l’auteure; ils ne correspondent pas nécessairement à ceux du gouvernement du Canada.

Références

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Note de bas de page 29

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Note de bas de page 30

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Note de bas de page 31

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Note de bas de page 32

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Note de bas de page 33

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Note de bas de page 34

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Note de bas de page 35

Crist JD, Tanner CA. Interpretation/analysis methods in hermeneutic interpretive phenomenology. Nurs Res. 2003;52(3):202-205.

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Note de bas de page 36

Riessman CK. Narrative methods for the human sciences. Thousand Oaks (CA) : SAGE Publications; 2008.

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Note de bas de page 37

Connelly FM, Clandinin DJ. Stories of experience and narrative inquiry. Educ Res. 1990;19(5):2-14.

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Note de bas de page 38

Polkinghorne D. Narrative knowing and the human sciences. Albany (NY): State University of New York Press; 1988.

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Note de bas de page 39

Kouri L, Guertin T, Shingoose A. Engaging student mothers creatively: animated stories of navigating university, inner city, and home worlds. Engaged Scholar Journal: Community-Engaged Research, Teaching, and Learning. 2016;2(2):103-114. doi: 10.15402/esj.v2i2.172.

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Note de bas de page 40

Mishler E. Models of narrative analysis: a typology. J Narrat Life Hist. 1995;5(2):87-123.

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Note de bas de page 41

Fisher WR. Narration as a human communication paradigm: the case of public moral argument. Commun Monogr. 1984;51:1-22.

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Note de bas de page 42

Marshall G. Don’t even think about it: why our brains are wired to ignore climate change. New York (NY) : Bloomsbury USA; 2014.

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Note de bas de page 43

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Note de bas de page 44

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Note de bas de page 45

Steffen A. The last decade and you [Internet]. 2017 [consultation le 16 déc. 2018]. En ligne à : https://thenearlynow.com/the-last-decade-and-you-489a5375fbe8

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Note de bas de page 46

Commission de vérité et réconciliation du Canada. Commission de vérité et réconciliation du Canada : appels à l’action [Internet]. 2015. En ligne à : http://nctr.ca/fr/assets/reports/Final%20Reports/Calls_to_Action_French.pdf

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Note de bas de page 47

Gaard G. Ecofeminism and climate change. Womens Stud Int Forum. 2015;49:20-33.

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Note de bas de page 48

Zinsstag J, Crump L, Schelling E, et al. Climate change and One Health. FEMS Microbiol Lett. 2018;365(11):1-9.

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Note de bas de page 49

Mildenberger M, Howe P, Lachapelle E, Stokes L, Marlon J, Gravelle T. The distribution of climate change public opinion in Canada. PLOS One. 2016;11(8):e0159774. doi: 10.1371/journal.pone.0159774.

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