Aperçu – La maltraitance envers les enfants au Canada : prévalence et différences entre les genres chez les jeunes

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Britt McKinnon, Ph. D.Note de rattachement des auteurs 1; Harriet L. MacMillan, M.D.Note de rattachement des auteurs 2; Ashley Vandermorris, M.D.Note de rattachement des auteurs 3Note de rattachement des auteurs 4; Katholiki Georgiades, Ph. D.Note de rattachement des auteurs 2Note de rattachement des auteurs 5; Emma Nolan, Ph. D.Note de rattachement des auteurs 6; Christina Catley, Ph. D.Note de rattachement des auteurs 7; Isabelle Lévesque, Ph. D.Note de rattachement des auteurs 7; Lil Tonmyr, Ph. D.Note de rattachement des auteurs 1

https://doi.org/10.24095/hpcdp.46.2.02f

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Attribution suggérée

Aperçu par McKinnon B et al. dans la Revue PSPMC mis à disposition selon les termes de la licence internationale Creative Commons Attribution 4.0

Rattachement des auteurs
Correspondance

Lil Tonmyr, Section de l’épidémiologie de la violence familiale, Centre de surveillance et de recherche appliquée, Direction générale de la promotion de la santé et de la prévention des maladies chroniques, Agence de la santé publique du Canada, 785, avenue Carling, Ottawa (Ontario)  K1A 0K9; tél. : 613-240-6334; courriel : lil.tonmyr@phac-aspc.gc.ca 

Citation proposée

McKinnon B, MacMillan HL, Vandermorris A, Georgiades K, Nolan E, Catley C, Lévesque I, Tonmyr L. La maltraitance envers les enfants au Canada : prévalence et différences entre les genres chez les jeunes. Promotion de la santé et prévention des maladies chroniques au Canada. 2026;46(2):69-74. https://doi.org/10.24095/hpcdp.46.2.02f

Résumé

Cette étude présente les premières estimations canadiennes de la maltraitance envers les enfants autodéclarée par les jeunes, en utilisant les données de 5 256 participants de 15 à 17 ans à l’Enquête canadienne sur la santé des enfants et des jeunes (ECSEJ) de 2023. La prévalence de la maltraitance envers les enfants s’est révélée élevée, en particulier pour la violence psychologique (44,9 %) et pour l’exposition à de la violence émotionnelle entre partenaires intimes chez leurs parents/tuteurs (39,4 %). Les filles ont signalé une prévalence plus élevée de violence sexuelle (8,1 % contre 1,5 %) et de violence psychologique (52,2 % contre 35,4 %) que les garçons. Les jeunes s’identifiant comme non binaires ou comme ayant un genre différent du sexe qui leur a été assigné à la naissance sont ceux qui ont fait état de la prévalence la plus élevée pour tous les types de maltraitance envers les enfants, en particulier 22,4 % pour la violence sexuelle et 83,7 % pour la violence émotionnelle. Ces résultats soulignent la nécessité d’une recherche et de politiques ciblées qui s’attaquent aux déterminants structurels des disparités fondées sur le genre.

Mots-clés : maltraitance envers les enfants, violence familiale, jeunes, surveillance, épidémiologie, enquêtes, Canada

Points saillants

  • Cette étude utilise les données de l’Enquête canadienne sur la santé des enfants et des jeunes (ECSEJ) de 2023 pour quantifier la maltraitance envers les enfants parmi les jeunes de 15 à 17 ans au Canada.
  • Près de la moitié des jeunes ont fait état de violence psychologique; plus d’un tiers ont été exposés à de la violence émotionnelle entre partenaires intimes chez leurs parents/tuteurs.
  • Les filles cisgenres ont signalé une prévalence plus élevée de violence sexuelle et de violence émotionnelle que les garçons cisgenres.
  • Les jeunes relevant de la diversité de genre sont ceux qui ont mentionné la prévalence la plus élevée pour tous les types de maltraitance.

Introduction

La maltraitance envers les enfants, qu’il s’agisse de négligence, d’exposition à la violence entre partenaires intimes impliquant les parents/tuteurs ou de violences physiques, sexuelles et émotionnelles pendant l’enfance, a des conséquences immédiates et à long terme. À court terme, elle peut entraîner des blessures physiques, des troubles émotionnels et comportementaux et des difficultés scolairesNote de bas de page 1Note de bas de page 2. Au fil du temps, elle augmente le risque de troubles de santé mentale, de consommation de substances, de maladies chroniques et de résultats socioéconomiques médiocresNote de bas de page 3Note de bas de page 4. Ces troubles entraînent des coûts sociétaux et économiques importantsNote de bas de page 5.

Au Canada, les estimations de prévalence de la maltraitance envers les enfants reposent souvent sur des rapports rétrospectifs d’adultes, qui sont sujets à des biais de rappel et ne reflètent pas nécessairement les tendances récentesNote de bas de page 6Note de bas de page 7. Bien que les déclarations fournies par des jeunes ont les limites des études rétrospectives et transversales, elles offrent une amélioration significative en fournissant des informations plus directes et plus à jour sur les expériences de maltraitance envers les enfantsNote de bas de page 8. Cette étude présente des estimations nationales de la maltraitance envers les enfants basées sur les déclarations des jeunes, stratifiées par genre et incluant les jeunes relevant de la diversité de genre, afin d’offrir une image plus à jour et plus complète. La ventilation en fonction de la diversité de genre révèle des disparités ignorées dans les analyses binaires et met en lumière les expériences spécifiques des jeunes de la diversité de genre.

Méthodologie

Nous avons analysé les données de la composante transversale de l’Enquête canadienne sur la santé des enfants et des jeunes (ECSEJ) de 2023, qui a échantillonné des enfants et des jeunes de 1 à 17 ans au 31 janvier 2023Note de bas de page 9. L’échantillon a été extrait du fichier de l’Allocation canadienne pour enfants, qui couvre 98 % de ce groupe d’âge vivant dans les provinces; l’enquête a exclu les personnes vivant dans les territoires, dans les réserves des Premières Nations et autres établissements autochtones des provinces, dans des familles d’accueil et en institution. Le taux de réponse des jeunes de 12 à 17 ans a été de 38,1 %.

Cette étude descriptive a porté sur 5 256 jeunes de 15 à 17 ans ayant répondu à l’enquête par questionnaire électronique ou par entretien téléphonique assisté par ordinateur et ayant accepté de partager leurs données avec les autorités de santé fédérales, provinciales et territorialesNote de bas de page 9. Il s’agit de la seule tranche d’âge à avoir fourni des données autodéclarées sur la maltraitance envers les enfants. Les jeunes ont été interrogés sur cinq types de maltraitance : violence physique (3 questions), violence sexuelle (2 questions), violence psychologique (1 question), négligence (1 question) et exposition à la violence entre partenaires intimes (2 questions, évaluant séparément l’exposition à la violence physique et l’exposition à la violence psychologique) sur la base de mesures validées de la maltraitance envers les enfants (tableau 1). Les options de réponse allaient de « jamais » à « plus de 10 fois » et ont été dichotomisées entre les réponses indiquant une expérience de maltraitance et les réponses indiquant aucune maltraitance. Les dénominations concernant les personnes de référence (« tout adulte » pour les violences physiques/sexuelles; « parent/tuteur » pour les autres) tiennent compte des mesures standardisées et distinguent la maltraitance venant des personnes s’occupant des enfants des autres formes de maltraitance.

Tableau 1. Questions sur la maltraitance envers les enfants pour les jeunes de 15 à 17 ans, Enquête canadienne sur la santé des enfants et des jeunes, Canada, 2023
Type de maltraitance envers les enfants Question de l’enquête
(Réponses possibles : jamais, 1 ou 2 fois, 3 à 5 fois, 6 à 10 fois, plus de 10 fois)
s.o. Les questions suivantes portent sur des choses qui ont pu t’arriver à n’importe quel moment de ton enfance et auxquelles il te sera peut-être difficile de répondre. Tes réponses sont importantes, que tu aies ou non vécu l’une de ces expériences. N’oublie pas que toutes les informations fournies sont strictement confidentielles.
Violence
physiqueNote de bas de page a
Combien de fois un adulte t’a-t-il giflé au visage, à la tête ou aux oreilles, ou t’a-t-il frappé ou donné une fessée avec quelque chose de dur pour te faire mal?
Combien de fois un adulte t’a-t-il poussé, serré, bousculé ou t’a-t-il lancé quelque chose pour te blesser?
Combien de fois un adulte t’a-t-il donné des coups de pied, mordu, donné des coups de poing, étranglé, brûlé ou agressé physiquement d’une manière ou d’une autre?
Violence
sexuelleNote de bas de page a
Combien de fois un adulte t’a-t-il forcé ou a-t-il tenté de te forcer à avoir une activité sexuelle non désirée, en te menaçant, en te maintenant ou en te blessant d’une manière ou d’une autre?
Combien de fois un adulte t’a-t-il touché contre ton gré d’une manière sexuelle, qu’il s’agisse de contacts ou de saisies non désirés, de baisers ou de caresses?
Exposition à la VPI physiqueNote de bas de page a Combien de fois as-tu vu ou entendu tes parents, beaux-parents ou tuteurs se frapper l’un l’autre ou frapper un autre adulte dans ton foyer?
Exposition à la VPI émotionnelleNote de bas de page b Combien de fois as-tu vu ou entendu tes parents ou tuteurs se dire des choses blessantes ou méchantes l’un envers l’autre ou envers un autre adulte dans votre foyer?
Violence psychologiqueNote de bas de page b Combien de fois l’un de tes parents, beaux-parents ou tuteurs a-t-il dit des choses qui t’ont vraiment blessé(e) ou qui t’ont donné l’impression que tu n’étais pas désiré(e) ou aimé(e)?
Négligence physiqueNote de bas de page b Combien de fois tes parents, beaux-parents ou tuteurs n’ont-ils pas répondu à tes besoins fondamentaux tels que la propreté, la nourriture ou l’habillement?

Le genre à la naissance et le genre actuel ont été évalués à partir de questions distinctes, conformément aux approches en deux étapes recommandées pour mesurer l’identité de genre dans les enquêtesNote de bas de page 12. Les réponses en texte libre relatives au genre ont été recodées par Statistique Canada en « garçon », « fille » et « genre non binaire ». Bien que l’approche en deux étapes améliore l’inclusivité, le recodage des réponses en texte libre demeure susceptible d’entraîner des erreurs de classification. Nous avons défini le genre en utilisant les catégories « garçon », « fille » et « autre identité de genre ». Nous sommes conscientes que « garçon » et « fille » sont des catégories typiquement liées au sexeNote de bas de page 13; cependant, étant donné la manière dont les données de l’enquête ont été collectées, dans ce contexte, elles tiennent compte du genre autodéclaré. Les jeunes dont le genre actuel diffère du sexe qui leur a été assigné à la naissance, ou qui ont été codés comme non binaires, ont été regroupés dans la catégorie « relevant de la diversité de genre », tandis que les termes « garçon » et « fille » se réfèrent aux jeunes cisgenres.

Les rapports de prévalence (RP) ont été calculés en divisant les proportions pondérées par l’enquête, et les intervalles de confiance à 95 % (IC) ont été calculés en utilisant 1 000 poids de réplique bootstrap. Les garçons ont constitué le groupe de référence en raison de la prévalence toujours plus faible de maltraitance envers les enfants qui leur est associéeNote de bas de page 14. Nous présentons les RP bruts parce que notre objectif était descriptif et que la standardisation selon l’âge a produit des estimations pratiquement identiques.

Les données manquantes sur les questions relevant de la maltraitance envers les enfants étaient comprises entre 4,1 % et 5,3 % et ont été traitées à l’aide d’une analyse de cas complète. Toutes les analyses ont été effectuées avec Stata, version 17 (StataCorp LLC., College Station, Texas, États-Unis).

Résultats

Parmi les jeunes de 15 à 17 ans, 49,3 % se sont identifiés comme filles, 46,8 % comme garçons et 3,9 % comme ayant une autre identité de genre. La prévalence de la maltraitance envers les enfants s’est révélée élevée, la violence psychologique (44,9 %; IC 95 % : 42,9 à 46,9) et l’exposition à la violence émotionnelle entre partenaires intimes (39,4 %; IC 95 % : 37,4 à 41,4) étant les plus courantes. La violence physique (22,3 %; IC 95 % : 20,6 à 24,0) a également été fréquemment mentionnée, tandis que la violence sexuelle (5,3 %; IC 95 % : 4,5 à 6,1), la négligence physique (5,2 %; IC 95 % : 4,5 à 6,0) et l’exposition à la violence physique entre partenaires intimes (7,6 %; 6,5 à 8,7) ont été moins souvent mentionnées. La prévalence varie en fonction de l’identité de genre (tableau 2), et les estimations concernant les jeunes relevant de la diversité de genre présentent des intervalles de confiance plus larges en raison de la faiblesse des effectifs.

Tableau 2. Estimations et ratios de prévalence de la maltraitance envers les enfants selon le genre, fondés sur les déclarations des jeunes de 15 à 17 ans, Enquête sur la santé des enfants et des jeunes au Canada, Canada, 2023
Type de maltraitance envers les enfants Genre Prévalence
(IC à 95 %)
Ratio de prévalence
(IC à 95 %)
Violence physique Garçon cisgenre 20,3 (17,8 à 22,7) 1,0 (réf.)
Fille cisgenre 23,3 (20,9 à 25,7) 1,15 (0,98 à 1,35)
Autre identité de genre 37,5 (28,3 à 46,6) 1,85 (1,41 à 2,43)
Violence sexuelle Garçon cisgenre 1,5 (1,0 à 2,1) 1,0 (réf.)
Fille cisgenre 8,1 (6,7 à 9,5) 5,24 (3,47 à 7,89)
Autre identité de genre 22,4 (14,6 à 30,1) 14,49 (8,72 à 24,07)
Exposition à la VPI physique Garçon cisgenre 6,6 (5,1 à 8,1) 1,0 (réf.)
Fille cisgenre 8,2 (6,6 à 9,7) 1,24 (0,92 à 1,66)
Autre identité de genre 14,9 (8,4 à 21,4) 2,26 (1,38 à 3,69)
Négligence physique Garçon cisgenre 3,9 (3,0 à 4,7) 1,0 (réf.)
Fille cisgenre 5,8 (4,5 à 7,0) 1,49 (1,09 à 2,02)
Autre identité de genre 17,9 (10,6 à 25,2) 4,60 (2,89 à 7,31)
Violence psychologique Garçon cisgenre 35,4 (32,6 à 38,3) 1,0 (réf.)
Fille cisgenre 52,2 (49,4 à 55,1) 1,47 (1,34 à 1,62)
Autre identité de genre 83,7 (78,3 à 89,1) 2,36 (2,13 à 2,62)
Exposition à la VPI émotionnelle Garçon cisgenre 33,5 (30,7 à 36,3) 1,0 (réf.)
Fille cisgenre 44,1 (41,4 à 46,8) 1,32 (1,19 à 1,46)
Autre identité de genre 60,7 (50,5 à 71,0) 1,82 (1,50 à 2,19)

Les jeunes relevant de la diversité de genre ont fait état de la prévalence la plus élevée pour tous les types de maltraitance envers les enfants. Des violences sexuelles ont été signalées par 22,4 % des jeunes relevant de la diversité de genre (IC à 95 % : 14,6 à 30,1), contre 8,1 % chez les filles et 1,5 % chez les garçons. Les jeunes relevant de la diversité de genre étaient 14,5 fois plus susceptibles que les garçons (RP = 14,5; IC à 95 % : 8,7 à 24,1) et les filles plus de cinq fois plus susceptibles que les garçons (RP = 5,2; IC à 95 % : 3,5 à 7,9) de faire état de violences sexuelles.

La violence psychologique a été mentionnée par 83,7 % des jeunes relevant de la diversité de genre, 52,2 % des filles et 35,4 % des garçons. Par rapport aux garçons, la violence psychologique s’est révélée plus de deux fois plus fréquente chez les jeunes relevant de la diversité de genre (PR = 2,4; IC à 95 % : 2,1 à 2,6) et était également plus fréquente chez les filles (PR = 1,5; IC 95 % : 1,3 à 1,6). L’exposition à la violence émotionnelle entre partenaires intimes a suivi une tendance similaire, avec 60,7 % des jeunes relevant de la diversité de genre ayant mentionné cette expérience, contre 44,1 % des filles et 33,5 % des garçons (PR pour la diversité de genre par rapport aux garçons = 1,8; IC à 95 % : 1,5 à 2,2; PR pour les filles par rapport aux garçons = 1,3; IC à 95 % : 1,2 à 1,5).

La négligence physique a été mentionnée par 17,9 % des jeunes relevant de la diversité de genre, contre 5,8 % des filles et 3,9 % des garçons. Les jeunes relevant de la diversité de genre étaient 4,6 fois plus susceptibles que les garçons de faire état de négligence physique (PR = 4,6; IC à 95 % : 2,9 à 7,3). La violence physique a été mentionnée par 37,5 % des jeunes relevant de la diversité de genre, 23,3 % des filles et 20,3 % des garçons (PR pour la diversité de genre par rapport aux garçons = 1,8; IC à 95 % : 1,4 à 2,4; PR pour les filles par rapport aux garçons = 1,2; IC à 95 % : 1,0 à 1,4). L’exposition à la violence physique entre partenaires intimes présente un gradient similaire mais plus faible : 14,9 % chez les jeunes relevant de la diversité de genre, 8,2 % chez les filles et 6,6 % chez les garçons (PR pour les jeunes relevant de la diversité de genre par rapport aux garçons = 2,3; IC à 95 % : 1,4 à 3,7; PR pour les filles par rapport aux garçons = 1,2; IC à 95 % : 0,9 à 1,7).

Analyse

Les résultats montrent une forte prévalence de la maltraitance envers les enfants chez les jeunes Canadiens de 15 à 17 ans, avec des différences notables entre les genres. Les jeunes relevant de la diversité de genre ont fait état d’une prévalence plus élevée pour tous les types de maltraitance, tandis que les filles ont signalé plus de violence sexuelle et émotionnelle que les garçons.

Par rapport aux résultats de l’ECSEJ, l’enquête Youth Risk Behavior Survey (YRBS) de 2023, une enquête nationale américaine sur les étudiants (moins de 18 ans), a montré une prévalence plus élevée de violence physique (31,8 % contre 22,3 %), de violence sexuelle (7,1 % contre 5,3 %), de violence psychologique (61,5 % contre 44,9 %), de négligence physique (9,3 % contre 5,2 %) et d’exposition à la violence physique entre partenaires intimes (18,6 % contre 7,6 %)Note de bas de page 15. Malgré ces différences, les tendances en matière de genre sont similaires dans les deux enquêtes : les filles ont fait état d’une prévalence de maltraitance envers les enfants plus élevée que les garçons, l’écart entre les genres le plus important ayant trait à la violence sexuelle (É.-U. : 11,8 % contre 2,7 %; Canada : 8,1 % contre 1,5 %)Note de bas de page 15. La seule exception est la négligence physique, qui est plus fréquente chez les garçons américains, une tendance qui n’a pas été observée au Canada.

Bien que l’étude YRBS n’ait pas fourni de prévalence de la maltraitance envers les enfants chez les étudiants relevant de la diversité de genre, notre analyse secondaire de l’ensemble des donnéesNote de bas de page 16 (de 15 à 17 ans, en utilisant les mesures de Swedo et al.Note de bas de page 15) a montré que les jeunes transgenres et ceux qui se posent des questions sur leur genre ont rapporté une prévalence de maltraitance envers les enfants significativement plus élevée que leurs pairs cisgenres (voir tableau 3). Les jeunes relevant de la diversité de genre aux États-Unis et au Canada ont fait état d’une prévalence similaire de violence sexuelles (21,0 % contre 22,4 %) et de violence émotionnelle (89,1 % contre 83,7 %), tandis que la violence physique s’est révélée plus élevée aux États-Unis (54,2 % contre 37,5 %).

Tableau 3. Estimations de la prévalence de la maltraitance envers les enfants, basées sur les déclarations des jeunes de 15 à 17 ans, National Youth Risk Behaviour Survey, États-Unis, 2023
Type de maltraitance envers les enfants Genre Prévalence
(IC à 95 %)
Violence physique Garçon cisgenre 29,1 (26,1 à 32,1)
Fille cisgenre 32,4 (29,8 à 35,0)
Autre identité de genre 54,2 (49,3 à 59,1)
Violence sexuelle Garçon cisgenre 2,3 (1,4 à 3,2)
Fille cisgenre 10,7 (9,2 à 12,3)
Autre identité de genre 21,0 (15,7 à 26,3)
Exposition à la VPI physique Garçon cisgenre 14,2 (12,1 à 16,3)
Fille cisgenre 22,8 (20,3 à 25,3)
Autre identité de genre 30,1 (23,8 à 36,4)
Négligence physique Garçon cisgenre 9,7 (7,6 à 11,7)
Fille cisgenre 8,6 (6,3 à 10,9)
Autre identité de genre 8,4 (4,5 à 12,3)
Violence psychologique Garçon cisgenre 53,2 (50,3 à 56,2)
Fille cisgenre 67,2 (64,1 à 70,4)
Autre identité de genre 89,1 (85,0 à 93,3)

Les différences de prévalence de la maltraitance envers les enfants entre les États-Unis et le Canada peuvent relever à la fois de variations réelles dans les expériences des jeunes (conditions sociales et économiques, systèmes de prévention et de signalement, normes culturelles en matière de divulgation, etc.) et de différences méthodologiques (approches d’échantillonnage et conception d’enquête)Note de bas de page 17. Bien que l’ECSEJ et l’enquête YRBS utilisent des mesures de maltraitance envers les enfants largement similaires, l’ECSEJ comporte des questions supplémentaires qui permettent de distinguer les expériences de violence sexuelle et de violence physique, alors que l’enquête YRBS regroupe ces expériences en une seule questionNote de bas de page 15.

Les estimations nationales représentatives de la maltraitance envers les enfants chez les jeunes relevant de la diversité de genre sont très rares, en particulier hors des États-Unis, l’étude australienne sur la maltraitance envers les enfants en constituant l’une des rares exceptionsNote de bas de page 18. Bien que ses résultats indiquent également une prévalence élevée chez les jeunes relevant de minorités de genre, les différences au niveau de la tranche d’âge (16 à 24 ans) et de l’approche dans les mesures limitent les comparaisons avec l’ECSEJNote de bas de page 18. Cela souligne la nécessité de mener des recherches supplémentaires à l’échelle de la population, ainsi que des travaux sur les facteurs de protection, les stratégies d’intervention et les politiques adaptées aux jeunes relevant de la diversité de genreNote de bas de page 19Note de bas de page 20.

Points forts et limites

L’un des points forts de cette étude est son vaste échantillon national et l’utilisation de mesures validées de la maltraitance envers les enfants. L’utilisation de données autodéclarées par les jeunes permet de saisir des expériences de maltraitance plus récentes que les déclarations rétrospectives des adultes. Toutefois, malgré ces points forts, la sous-déclaration reste un sujet de préoccupation, en particulier pour des expériences telles que la violence sexuelle, en raison de la stigmatisation ou de la peur de la divulgationNote de bas de page 21. Bien que les déclarations des adolescents réduisent les problèmes de mémoire à long terme, les données autodéclarées risquent d’être influencées par la santé mentale actuelle (comme des symptômes dépressifs), et ce, même si les données disponibles laissent penser que ces effets sont généralement modestesNote de bas de page 22. Malgré une pondération visant à la représentativité de la population à l’échelle nationale, le faible taux de réponse de l’ECSEJ est susceptible d’avoir introduit un biais de non-réponse dans la mesure où la maltraitance envers les enfants est liée à la participation à l’enquête : certaines études indiquent que les enquêtes sur la santé peuvent surreprésenter les participants ayant des problèmes de santé mentale et sous-représenter les groupes plus difficiles à atteindre, bien que ces résultats soient mitigés et que la pondération ne permette pas de corriger totalement ce phénomèneNote de bas de page 23Note de bas de page 24. Enfin, l’exclusion de certaines populations, telles que les jeunes placés en famille d’accueil et les communautés autochtones, contribue probablement à une sous-estimation de la prévalence nationale de la maltraitance envers les enfantsNote de bas de page 25. La faiblesse des effectifs n’a pas permis d’établir d’estimations spécifiques pour les jeunes transgenres et non binaires, ni d’analyser les recoupements entre identité de genre et identité sexuelle (lesbienne, gay, bisexuelle ou autre).

Conclusion

Nos estimations nationales, basées sur des données autodéclarées par les jeunes, ont montré que près de la moitié des Canadiens de 15 à 17 ans ont été victimes de violence psychologique et que les jeunes relevant de la diversité de genre ont subi de manière disproportionnée de la maltraitance, et ce, pour chaque type de maltraitance. Pour remédier à ces disparités, le renforcement de la surveillance en santé publique afin de saisir explicitement l’identité de genre contribuerait à constituer la base de données probantes nécessaire pour orienter les interventions en faveur des jeunes de la communauté 2SLGBTQ+Note de bas de page 26. Les efforts de surveillance devraient également envisager l’élargissement de la base d’échantillonnage des ménages afin d’inclure les populations actuellement exclues (en particulier les jeunes en foyer d’accueil et de nombreuses communautés autochtones). Les recherches futures devraient explorer les recoupements entre les identités de genre et les identités sexuelles et opérer des distinctions au sein des groupes relevant de la diversité de genre afin de mieux saisir l’hétérogénéité des expériences et des besoins. En intégrant ces stratégies fondées sur les données et axées sur l’équité, le Canada pourra mieux faire face aux coûts à long terme en matière de santé mentale et physique associés à la maltraitance envers les enfants.

Remerciements

Nous remercions Aimée Campeau, Tracie Afifi et Andrea Gonzalez pour leur rôle déterminant dans l’intégration des mesures de la maltraitance envers les enfants dans l’Enquête canadienne sur la santé des enfants et des jeunes, ainsi que pour leurs précieuses connaissances sur l’épidémiologie de la maltraitance envers les enfants au Canada. Nous remercions également Carlos Tolentino de Statistique Canada pour son aide à la validation analytique. Cette recherche n’a bénéficié d’aucune subvention de la part d’organismes de financement des secteurs public, privé ou à but non lucratif.

Conflits d’intérêts

Les auteures déclarent n’avoir aucun conflit d’intérêts.

Contributions des auteures et avis

Conception : LT, HM, BM. Collecte et validation des données : IL, CC. Analyse des données : BM. Méthodologie : LT, HM, BM, KG. Rédaction – première version du manuscrit : BM. Rédaction – relectures et corrections : LT, HM, KG, EN, AV, IL, CC, BM.

Le contenu de cet article et les points de vue qui y sont exprimés n’engagent que les auteures; ces points de vue ne correspondent pas nécessairement à ceux du gouvernement du Canada.

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2026-02-11