Rapport de surveillance sentinelle de la maladie de Lyme au Canada, 2019

RMTC

Volume 46–10, le 1er octobre 2020 : Biosécurité en Laboratoire

Surveillance

Surveillance sentinelle du risque de la maladie de Lyme au Canada, 2019 : résultats de la première année du Réseau sentinelle canadien de surveillance de la maladie de Lyme (ReSCaL)

Camille Guillot1,2, Jackie Badcock3, Katie Clow4, Jennifer Cram5, Shaun Dergousoff6, Antonia Dibernardo7, Michelle Evason6,8, Erin Fraser9,10, Eleni Galanis11, Salima Gasmi12, Greg J German13, Douglas T Howse14, Claire Jardine6, Emily Jenkins13, Jules Koffi13, Manisha Kulkarni16, L Robbin Lindsay8, Genevieve Lumsden6, Roman McKay17, Muhammad Morshed12, Douglas Munn18, Mark Nelder19, Joe Nocera19, Marion Ripoche20, Kateryn Rochon21, Curtis Russell20, Andreea Slatculescu17, Benoit Talbot17, Karine Thivierge22, Maarten Voordouw16, Catherine Bouchard1,23, Patrick Leighton1

Affiliations

1 Département de pathologie et microbiologie, et Groupe de recherche en épidémiologie des zoonoses et santé publique (GREZOSP), Faculté de médecine vétérinaire, Université de Montréal, Montréal, QC

2 Faculté de médecine et des sciences de la santé, Université de Sherbrooke, Sherbrooke, QC

3 Office of the Chief Medical Officer of Health, New Brunswick Department of Health, Fredericton, NB

4 Department of Pathobiology, Ontario Veterinary College, University of Guelph, Guelph, ON

5 Nova Scotia Health Authority, Halifax, NS

6 Agriculture and Agri-Food Canada, Lethbridge Research and Development Centre, Lethbridge, AB

7 Laboratoire national de microbiologie, Agence de la santé publique du Canada, Winnipeg, MB

8 Department of Companion Animals, Atlantic Veterinary College, University of Prince Edward Island, Charlottetown, PEI

9 Communicable Diseases & Immunization Service, British Columbia Centre for Disease Control, Victoria, BC

10 School of Population and Public Health, Faculty of Medicine, University of British Columbia, Vancouver, BC

11 Zoonotic Diseases and Emerging Pathogens, British Columbia Centre for Disease Control, Vancouver, BC

12 Division d’intégration des politiques et des zoonoses, Centre des maladies infectieuses d’origine alimentaire, environnementale et zoonotique, Agence de la santé publique du Canada, Saint-Hyacinthe, QC

13 PEI Provincial Microbiology Laboratory, Health PEI, Charlottetown, PEI

14 Department of Health and Community Services, Public Health Division, St. John’s, NL

15 University of Saskatchewan, Saskatoon, SK

16 School of Epidemiology and Public Health, University of Ottawa, Ottawa, ON

17 KFL&A Public Health, Kingston, ON

18 Faculty of Forestry & Environmental Management, University of New Brunswick, Fredericton, NB

19 Enteric, Zoonotic and Vector-Borne Diseases, Communicable Diseases, Emergency Preparedness and Response, Public Health Ontario, Toronto, ON

20 Surveillance, évaluation de risque et contrôle des maladies infectieuses, Institut national de santé publique du Québec, Montréal, QC

21 Department of Entomology, University of Manitoba, Winnipeg, MB

22 Laboratoire de santé publique du Québec, Saint-Anne-de-Bellevue, QC

23 Division des sciences des risques pour la santé publique, Laboratoire national de microbiologie, Agence de la santé publique du Canada, Saint-Hyacinthe, QC

Correspondance

camille.guillot@umontreal.ca

Citation proposée

Guillot C, Badcock J, Clow K, Cram J, Dergousoff S, Dibernardo A, Evason M, Fraser E, Galanis E, Gasmi S, German GJ, Howse DT, Jardine C, Jenkins E, Koffi J, Kulkarni M, Lindsay LR, Lumsden G, McKay R, Morshed M, Munn D, Nelder M, Nocera J, Ripoche M, Rochon K, Russell C, Slatculescu A, Talbot B, Thivierge K, Voordouw M, Bouchard C, Leighton P. Surveillance sentinelle du risque de la maladie de Lyme au Canada, 2019 : résultats de la première année du Réseau sentinelle canadien de surveillance de la maladie de Lyme (ReSCaL). Relevé des maladies transmissibles au Canada 2020;46(10):399–407. https://doi.org/10.14745/ccdr.v46i10a08f

Mots-clés : maladie de Lyme, surveillance sentinelle, tique Ixodes, Borrelia, Canadian Lyme Disease Research Network (CLyDRN)

Résumé

Contexte : La maladie de Lyme est une zoonose émergente à transmission vectorielle d’importance croissante au Canada en termes de santé publique. Dans le cadre de son mandat, le Canadian Lyme Disease Research Network (CLyDRN) a mis en place en 2019 une initiative de surveillance sentinelle au niveau pancanadien, le Réseau sentinelle canadien de la surveillance de la maladie de Lyme (ReSCaL).

Objectifs : La création d’un réseau de surveillance sentinelle national permettant d’évaluer l’évolution du risque environnemental de la maladie de Lyme en temps réel dans chaque province.

Méthodes : Une approche d’analyse décisionnelle multicritère (ADMC) a été utilisée pour la sélection des régions sentinelles. Dans chaque région sentinelle, un protocole d’échantillonnage systématique par méthode de la flanelle a été réalisé dans des sites d’échantillonnage sélectionnés. Les tiques collectées au cours de ces visites de surveillance active ont été identifiées par espèce, et seulement les tiques Ixodes spp. ont été testées pour détecter des agents pathogènes tels que Borrelia burgdorferi, Borrelia miyamotoi, Anaplasma phagocytophilum, Babesia microti et le virus Powassan.

Résultats : En 2019, un total de 567 tiques Ixodes spp. (I. scapularis [n = 550]; I. pacificus [n = 10]; et I. angustus [n = 7]) ont été collectées dans sept provinces : en Colombie-Britannique, au Manitoba, en Ontario, au Québec, au Nouveau-Brunswick, en Nouvelle-Écosse et à Île-du-Prince-Édouard. Les plus hautes densités moyennes de tiques (nymphes/100 m2) ont été observées dans les régions sentinelles de Lunenburg (0,45), Montréal (0,43) et Granby (0,38). Globalement, la prévalence de la Borrelia burgdorferi chez les tiques était de 25,2 % (entre 0 % et 45,0 %). En Colombie-Britannique, une nymphe I. angustus a testé positive pour Babesia microti, une première dans la province. La lignée du virus Powassan a été détectée chez une I. scapularis adulte en Nouvelle-Écosse.

Conclusion : Le ReSCaL représente la première initiative nationale de surveillance active pour les maladies transmises par les tiques au Canada. Grâce à des collaborations multidisciplinaires entre des experts provinciaux, l’année pilote a permis d’établir une référence de base pour le risque de maladie de Lyme au pays, et permettra l’étude des tendances futures.

Introduction

Au Canada, la maladie de Lyme est une zoonose émergente à transmission vectorielle d’importance croissante en termes de santé publiqueNote de bas de page 1. La maladie de Lyme est causée par la bactérie Borrelia burgdorferi et est principalement transmise aux les humains par la tique à pattes noires (Ixodes scapularis) dans le centre et l’est du Canada et par la tique à pattes noires de l’ouest (Ixodes pacificus) en Colombie-Britannique. Depuis que la maladie de Lyme est devenue une maladie à déclaration obligatoire nationalement en 2009, le nombre de cas confirmés annuellement est passé de 144 à plus de 2 000 en 2017Note de bas de page 2Note de bas de page 3.

En réponse au risque croissant de la maladie de Lyme au sein de la population canadienne et aux lacunes actuelles dans les connaissances, les Instituts de recherche en santé du Canada (IRSC) ont financé la création d’un réseau national de recherche sur la maladie de LymeNote de bas de page 4. Lancé en 2018, le Canadian Lyme Disease Research Network (CLyDRN) est une initiative multidisciplinaire qui rassemble des patients, des médecins, des spécialistes des sciences sociales, des vétérinaires et des chercheurs universitaires et gouvernementaux dans le cadre d’une approche centrée sur le patient et visant à améliorer le diagnostic, la surveillance, la prévention et le traitement de la maladie de Lyme au Canada. L’un des principaux objectifs du réseau est de mieux comprendre le risque de maladie de Lyme dans tout le pays et son évolution. Ainsi, l’une des premières actions du réseau a été de mettre en place une structure de surveillance pancanadienne pour recueillir des données comparables sur les risques environnementaux dans tout le pays.

Une considération importante dans la planification de la surveillance est que le risque de maladie de Lyme n’est pas uniforme dans tout le paysNote de bas de page 5. Cela est dû en grande partie aux différences régionales entre les espèces de tiques et l’environnementNote de bas de page 6Note de bas de page 7Note de bas de page 8Note de bas de page 9 et au schéma irrégulier de l’expansion dans l’espace des populations d’Ixodes scapularis au CanadaNote de bas de page 10. Les différences régionales dans le statut socio-économique des canadiens sont également susceptibles d’influencer la manière dont le risque environnemental affecte l’incidence régionale des cas de maladie de LymeNote de bas de page 11.

Bien que des efforts considérables aient été investis dans l’évaluation du risque de maladie de Lyme pour les canadiens, la surveillance reste hétérogène à travers le pays. La surveillance passive, c’est-à-dire la soumission de tiques collectées sur des humains ou des animaux, fournit des informations importantes à propos de ce risqueNote de bas de page 12Note de bas de page 13, mais ne peut être maintenue de manière uniforme dans tout le pays en raison de ressources limitées. La surveillance active, c’est-à-dire la collecte de tiques dans l’environnement grâce à l’échantillonnage par méthode de la flanelle ou par la capture de rongeurs, est une activité qui nécessite des ressources intensives et est dirigé au niveau provincial, en fonction des objectifs spécifiques de la région, de leurs protocoles d’échantillonnage et des fonds disponibles.

Ce rapport présente les premiers résultats du Réseau sentinelle canadien de surveillance de la maladie de Lyme (ReSCaL), un nouveau réseau pancanadien de surveillance de la maladie de Lyme établi par CLyDRN en 2019. Au cours de cette année pilote, une surveillance active standardisée des tiques dans l’environnement a été effectuée à travers le Canada, en utilisant une approche de surveillance sentinelle. La surveillance sentinelle permet de concentrer les efforts de surveillance dans des régions sentinelles sélectionnées, et de fournir une mesure comparable du risque environnemental de la maladie de Lyme et d’autres maladies transmises par les tiques dans tout le pays, ainsi que de l’information approfondie qui complémentent les activités de surveillance fédérales et provinciales en cours.

Objectifs

Les objectifs du ReSCaL sont de surveiller annuellement les régions sentinelles de chaque province canadienne pour : 1) fournir le premier portrait national normalisé, en temps réel, de l’évolution du risque environnemental de la maladie de Lyme au Canada et 2) soutenir la recherche sur les variations régionales du risque et ses déterminants.

Méthodes

Sélection des régions sentinelles

Les régions sentinelles ont été sélectionnées par le groupe de travail du ReSCaL, un groupe d’experts universitaires et de santé publique en surveillance des maladies transmises par les tiques. Les régions sentinelles ont été définies géographiquement comme les zones situées dans un rayon de 25 km autour du centre géographique des municipalités focales sélectionnées. Le groupe de travail a utilisé une approche d’analyse décisionnelle multicritères (ADMC) pour prioriser entre une et quatre régions sentinelles par province, avec l’objectif d’inclure des régions supplémentaires au fil du tempsNote de bas de page 14.

Les critères de sélection comprenaient l’évidence d’émergence de la maladie de Lyme basées sur les données de surveillance passive existantes (nombre de soumissions de tiques Ixodes spp./100 000 personnes)Note de bas de page 10; la densité de la population humaine couverte par le réseau; et des critères logistiques associés à l’échantillonnage et à la disponibilité d’un environnement propice aux tiques Ixodes spp., tels que la présence de forêts feuillues ou mixtes. Aucune région sentinelle n’a été établie au Yukon, dans les Territoires du Nord-Ouest, au Nunavut ou dans la partie continentale de Terre-Neuve-et-Labrador parce que les conditions environnementales actuelles à ces latitudes ne sont pas propices à l’établissement des tiques Ixodes sppNote de bas de page 15.

Collecte des tiques

Les tiques ont été collectées dans chaque région sentinelle à l’aide d’un protocole d’échantillonnage standardisé par la méthode de la flanelleNote de bas de page 16Note de bas de page 17. Il s’agissait de traîner un morceau de flanelle blanche de 1 m × 1 m sur 2 000 m2 de végétation au sol en transects linéaires, tout en s’arrêtant tous les 25 m pour ramasser les tiques qui s’étaient accrochées à la flanelle. Plusieurs sites d’échantillonnage ont été sélectionnés dans chaque région sentinelle. Les lieux ont été choisis parce qu’ils offraient un habitat approprié pour les tiques. Les efforts de surveillance ont été intensifiées dans les zones endémiques connues de la maladie de Lyme afin d’obtenir des informations à fine échelle sur la répartition du risque dans ces endroits (tableau 1). Chaque site a été échantillonné une fois au cours de l’été (entre mai et août 2019), en ciblant par région le pic d’activité des nymphes Ixodes spp., le stade le plus important en termes de santé publiqueNote de bas de page 18Note de bas de page 19Note de bas de page 20. En plus de la collecte de tiques, nous avons recueilli des données sur la profondeur de la litière, la canopée et l’humidité du sol à chaque site d’échantillonnage et avons noté la température ambiante et les conditions météorologiques pendant la collecte afin de tenir compte des effets possibles de ces variables sur la collecte de tiques.

Tableau 1 : Densité des nymphes Ixodes spp. collectées dans tous les sites d’échantillonnage de chaque région sentinelle du Réseau sentinelle canadien pour la surveillance de la maladie de Lyme, 2019
Région sentinelle Nombre de sites visités (n) Densité (nombre de nymphes/100 m2) Écart-type
Minimum Maximum Moyenne
Vancouver, C.-B. 5 0 0,10 0,04 0,04
Lethbridge, Alb. 3 0 0 0 0
Saskatoon, Sask. 3 0 0 0 0
Winnipeg, Man. 5 0 0 0 0
Hamilton, Ont. 5 0 0,10 0,02 0,04
Kingston, Ont. 15 0,05 1,15 0,27 0,38
Ottawa-Gatineau, Ont./Qc 10 0 0,40 0,06Note a de tableau 1 0,12
Montréal, Qc 10 0 2,90 0,43 0,91
Granby, Qc 5 0 1,15 0,38 0,48
Sherbrooke, Qc 5 0 0 0 0
Saint John, N.-B. 5 0 0,30 0,09 0,13
Charlottetown, Î.-P.-É. 5 0 0,05 0,01 0,02
Lunenburg, N.-É. 10 0 2,45 0,45 0,74
St. John’s, T.-N.-L 5 0 0 0 0

Analyses de laboratoire

Toutes les tiques collectées par la méthode de la flanelle ont été identifiées à l’espèce, mais seules les tiques I. scapularis (n = 550), I. pacificus (n = 10) et I. angustus (n = 7) ont été testées pour la présence d’agents pathogènes, car elles sont des vecteurs connus de B. burgdorferi et d’autres agents pathogènes. La présence d’Anaplasma phagocytophilum, de Babesia microti, de B. burgdorferi, de Borrelia miyamotoi et du virus Powassan a été analysé chez les tiques individuellement par réaction en chaîne de la polymérase (PCR) en temps réel ou par transcriptase inverse-PCR, avec de légères modifications des méthodes décrites précédemmentNote de bas de page 21. En bref, les acides nucléiques ont été extraits des tiques à l’aide des trousses QIAGEN RNeasy 96 (QIAGEN Inc., Mississauga, Ontario, Canada). Les extraits contenaient à la fois de l’ARN et de l’ADN, et ont été soumis à un test de dépistage de tous les agents pathogènes énumérés ci-dessus. Les modifications apportées aux algorithmes de test comprenaient l’utilisation d’un test de dépistage triplex interne ciblant le gène ARNr 18S des espèces de Babesia, suivi du test CCT-éta en temps réel spécifique à la B. microti pour confirmation, ainsi que d’un test duplexNote de bas de page 22 pour confirmer la présence de la B. burgdorferi et/ou la B. miyamotoi.

Analyses statistiques

Les résultats sont présentés sous forme de statistiques descriptives. Nous avons utilisé un test de Wilcoxon apparié pour comparer la prévalence moyenne de la Borrelia chez les tiques adultes et nymphes. Les analyses ont été effectuées à l’aide de R, version 3.6.2Note de bas de page 23.

Résultats

Régions sentinelles et sites d’échantillonnage

Au total, 96 sites dans 14 régions sentinelles (figure 1) ont été échantillonnés du 22 mai 2019 au 20 août 2019, avec entre trois et 15 sites d’échantillonnage par région (tableau 1).

Figure 1 : Localisation des régions sentinelles dans le Réseau sentinelle canadien pour la surveillance de la maladie de Lyme en 2019Figure 1 note aFigure 1 note b

Figure 1 : Localisation des régions sentinelles dans le Réseau sentinelle canadien pour la surveillance de la maladie de Lyme en 2019

Description textuelle : Figure 1

Figure 1 : Localisation des régions sentinelles dans le Réseau sentinelle canadien pour la surveillance de la maladie de Lyme en 2019Figure 1 note aFigure 1 note b

Localisation des régions sentinelles dans le Réseau canadien sentinelle de Lyme en 2019 avec des diagrammes circulaires représentant les différents stades des tiques Ixodes spp. collectés. La taille des diagrammes circulaires est mise à l’échelle pour représenter la densité moyenne des tiques (tiques/100 m2) dans tous les sites de surveillance de la région sentinelle.


Tiques des espèces d’Ixodes

Au total, 567 tiques Ixodes spp. ont été collectées dans 10 régions sentinelles de sept provinces : en Colombie-Britannique, au Manitoba, en Ontario, au Québec, au Nouveau-Brunswick, en Nouvelle-Écosse et à Île-du-Prince-Édouard. Les tiques I. pacificus (n = 10) et I. angustus (n = 7) ont été collectées exclusivement à Vancouver, en Colombie-Britannique. Les tiques I. scapularis (n = 550) ont été collectées au Manitoba, en Ontario, au Québec, au Nouveau-Brunswick, en Nouvelle-Écosse et à l’Île-du-Prince-Édouard.

Des nymphes ont été collectées dans chacune de ces provinces, sauf au Manitoba (Winnipeg) où seul des adultes ont été prélevés (figure 2). La densité moyenne des nymphes (nymphes/100 m2 [ET]), qui présentent le plus grand risque d’infection pour les humains, était la plus élevée dans les régions sentinelles de Lunenburg (0,45 [0,74]), Montréal (0,43 [0,91]), Granby (0,38 [0,48]) et Kingston (0,27 [0,38]) (tableau 1). La région d’Ottawa-Gatineau a été échantillonnée en début de saison, ce qui a donné une densité plus faible de nymphes (0,06 [0,12]), mais une densité élevée d’adultes (0,42 [0,72]), ce qui pose également un risque important pour la santé.

Figure 2 : Densités de tiques Ixodes spp. par stade (larve, nymphe et adulte) pour chaque région sentinelle du Réseau sentinelle canadien pour la surveillance de la maladie de Lyme en 2019

Figure 2 : Densités de tiques Ixodes spp. par stade (larve, nymphe et adulte) pour chaque région sentinelle du Réseau sentinelle canadien pour la surveillance de la maladie de Lyme en 2019

Description textuelle : Figure 2

Figure 2 : Densités de tiques Ixodes spp. par stade (larve, nymphe et adulte) pour chaque région sentinelle du Réseau sentinelle canadien pour la surveillance de la maladie de Lyme en 2019

Le graphique montre la densité moyenne des tiques Ixodes spp. (tiques/100 m2) pour chacune des 14 régions sentinelles du réseau canadien sentinelle de la maladie de Lyme visitées au cours de l’été 2019. Les densités moyennes des tiques sont indiquées pour chaque stade (larve, nymphe et adulte). La densité moyenne des adultes était nettement plus élevée à Ottawa-Gatineau (0,42 adulte/100 m2) et à Lunenburg (0,40 adulte/100 m2). Les densités moyennes des nymphes étaient les plus élevées à Lunenburg (0,51 nymphe/100 m2), Montréal (0,43 nymphe/100 m2), Granby (0,38 nymphe/100 m2) et Kingston (0,27 nymphe/100 m2). Les densités moyennes des larves étaient les plus élevées à Montréal (0,10 larve/100 m2) et à Granby (0,08 larve/100 m2). Aucune tique Ixodes spp. n’a été trouvée à Lethbridge, Saskatoon, Sherbrooke ou St. John’s.


Analyses de laboratoire

La prévalence d’infection à B. burgdorferi chez les tiques Ixodes spp. (nymphes et adultes) variait de 0 % à 45 % (tableau 2). La prévalence moyenne d’infection était plus élevée chez les tiques adultes (36,3 %) que chez les nymphes (22,0 %), mais cette différence n’était pas statistiquement significative (test de Wilcoxon apparié; P = 0,142; V = 3). B. miyamotoi a été trouvé dans deux spécimens, l’un provenant d’Ottawa-Gatineau et l’autre de Montréal. La prévalence d’infection à A. phagocytophilum variait de 0 % à 4,1 % dans les régions sentinelles où des tiques I. scapularis ont été trouvées. B. microti a été détecté dans une tique I. angustus dans la région sentinelle de Vancouver. Une I. scapularis adulte était positive au virus Powassan dans la région sentinelle de Lunenburg.

Tableau 2 : Abondance des tiques Ixodes spp. dans les régions sentinelles du Réseau sentinelle canadien pour la surveillance de la maladie de Lyme en 2019 et prévalence d’infection des pathogènes transmis par les tiques
Région sentinelle Abondance des espèces d’Ixodes (n) Prévalence d’infection (%)Note a de tableau 2Note b de tableau 2
Larve Nymphe Adulte Total BbN BbA BbT Bm Ap Bmi POWV
Vancouver, C.-B. 0 4 13 17 0Note c de tableau 2 0Note c de tableau 2 0Note c de tableau 2 0Note c de tableau 2 0Note c de tableau 2 5,9Note e de tableau 2 0Note c de tableau 2
Lethbridge, Alb. 0 0 0 0 s.o. s.o. s.o. s.o. s.o. s.o. s.o.
Saskatoon, Sask. 0 0 0 0 s.o. s.o. s.o. s.o. s.o. s.o. s.o.
Winnipeg, Man. 0 0 3 3 s.o. 0Note c de tableau 2 0Note c de tableau 2 0Note c de tableau 2 0Note c de tableau 2 0Note c de tableau 2 0Note c de tableau 2
Hamilton, Ont. 0 2 0 2 0Note c de tableau 2 0Note c de tableau 2 0Note c de tableau 2 0Note c de tableau 2 0Note c de tableau 2 0Note c de tableau 2 0Note c de tableau 2
Kingston, Ont. 2 82 11 95 28,0Note f de tableau 2 54,5Note f de tableau 2 31,2Note f de tableau 2 0Note c de tableau 2 1,1Note d de tableau 2 0Note c de tableau 2 0Note c de tableau 2
Ottawa-Gatineau, Ont./Qc 0 12 83 95 33,3Note f de tableau 2 39,8Note f de tableau 2 38,9Note f de tableau 2 1,1Note d de tableau 2 0Note c de tableau 2 0Note c de tableau 2 0Note c de tableau 2
Montréal, Qc 19 85 12 116 14,1Note e de tableau 2 66,7Note f de tableau 2 20,6Note f de tableau 2 1,0Note d de tableau 2 1,0Note d de tableau 2 0Note c de tableau 2 0Note c de tableau 2
Granby, Qc 3 37 5 45 13,5Note e de tableau 2 60Note f de tableau 2 19,0Note e de tableau 2 0Note c de tableau 2 2,4Note d de tableau 2 0Note c de tableau 2 0Note c de tableau 2
Sherbrooke, Qc 0 0 0 0 s.o. s.o. s.o. s.o. s.o. s.o. s.o.
Saint John, N.-B. 0 9 11 20 55,6Note f de tableau 2 36,4Note f de tableau 2 45,0Note f de tableau 2 0Note c de tableau 2 5Note e de tableau 2 0Note c de tableau 2 0Note c de tableau 2
Charlottetown, Î.-P.-É. 0 1 1 2 0Note c de tableau 2 0Note c de tableau 2 0Note c de tableau 2 0Note c de tableau 2 0Note c de tableau 2 0Note c de tableau 2 0Note c de tableau 2
Lunenburg, N.-É. 3 96 73 172 24,0Note f de tableau 2 31,5Note f de tableau 2 26,6Note f de tableau 2 0Note c de tableau 2 4,1Note d de tableau 2 0Note c de tableau 2 0,6Note d de tableau 2
St. John’s, T.-N.-L. 0 0 0 0 s.o. s.o. s.o. s.o. s.o. s.o. s.o.
Nombre total 27 328 212 567 s.o. s.o. s.o. s.o. s.o. s.o. s.o.
Prévalence globale s.o. s.o. s.o. s.o. 22,0 36,3 26,6 < 0,01 0,02 < 0,01 < 0,01

Discussion

Au cours de sa première année, le Réseau sentinelle canadien pour la surveillance de la maladie de Lyme a documenté la présence de tiques Ixodes spp. qui sont vecteurs de B. burgdorferi et de quatre autres agents pathogènes pour les humains dans sept des dix provinces canadiennes, avec une prévalence globale d’infection de 25,2 % (de 0 % à 45,0 %) pour B. burgdorferi. Toutefois, nous avons constaté une grande variabilité entre les régions : alors qu’aucune tique positive à Borrelia n’a été trouvée en Colombie-Britannique, à l’Île-du-Prince-Édouard ou au Manitoba, la prévalence d’infection dans les régions sentinelles de l’Ontario, du Québec, du Nouveau-Brunswick et de la Nouvelle-Écosse se situait entre 19,0 % et 45,0 %. Ces résultats concordent avec les résultats d’études récentes sur la distribution des tiques I. scapularis au CanadaNote de bas de page 24Note de bas de page 25Note de bas de page 26Note de bas de page 27, ce qui suggère que l’approche sentinelle adoptée par le ResCaL permet d’évaluer avec succès les variations régionales du risque de maladie de Lyme.

Les résultats de la surveillance ont mis en évidence une variation régionale notable de la densité d’I. scapularis en Ontario et au Québec. La densité moyenne des nymphes dans les régions de Granby et de Montréal au Québec était respectivement de 0,38 et 0,43 tique par 100 m2, alors qu’aucune tique à pattes noires n’a été trouvée à Sherbrooke. En Ontario, les densités de nymphes étaient élevées à Kingston (0,27 nymphe/100 m2), mais beaucoup plus faibles dans le sud de l’Ontario, avec seulement 0,02 nymphe/100 m2 à Hamilton. Les densités de nymphes en Ottawa doivent être interprétées avec prudence, car l’échantillonnage a été effectué plus tôt en été, avant le pic d’activité des nymphes.

Les efforts de surveillance du ResCaL en 2019 représente les premières initiatives de surveillance active sur l’Île-du-Prince-Édouard et l’île de Terre-Neuve, dans l’optique de détection des populations établis de tiques I. scapularis. Ainsi, la présence d’I. scapularis confirmée par la méthode de la flanelle à l’Île-du-Prince-Édouard a été une découverte inédite. La détection de deux stades différents (nymphe et adulte) dans l’environnement sur deux sites d’échantillonnage distincts est une preuve précoce de la possibilité d’une reproduction locale des tiques. Cependant, il est possible que les deux spécimens soient des tiques adventices transportées sur l’île par des oiseaux migrateurs. Une surveillance active dans le futur sera nécessaire pour confirmer si des tiques sont établies dans la province.

Les analyses en laboratoire des tiques collectées ont permis de détecter deux agents pathogènes remarquables. Tout d’abord, Babesia microti a été détectée dans une nymphe I. angustus, ce qui représente le premier signalement d’une tique infectée par cet agent pathogène en Colombie-Britannique. Deuxièmement, la lignée du virus Powassan a été détectée dans la région sentinelle de Lunenburg, ce qui n’est que la deuxième détection de cet agent pathogène dans la régionNote de bas de page 28.

Forces et faiblesses

L’un des principaux atouts de notre réseau de surveillance est la collaboration établie entre les provinces et entre les autorités de santé publique et les universitaires. Ces liens ont permis le partage des connaissances entre les parties concernées et ont été essentiels lors de la planification du réseau. De plus, ce partenariat a été primordial lors de la sélection des régions sentinelles et de la réalisation du travail sur le terrain. Pour renforcer ces collaborations, le ResCaL continuera à travailler en étroite collaboration avec les autorités sanitaires provinciales afin de s’assurer que les activités du réseau sont complémentaires et répondent aux objectifs de surveillance provinciaux.

Une limite importante à l’interprétation des résultats est le moment variable de l’échantillonnage dans chaque région. Cela peut avoir contribué aux différences dans l’abondance des stades de tiques collectées, car les adultes sont généralement actifs plus tôt au printemps alors que l’abondance des nymphes atteint son maximum un peu plus tard en étéNote de bas de page 29. Les valeurs absolues des densités de tiques rapportées doivent donc être interprétées avec prudence.

L’inclusion de variables telles que la température et les conditions météorologiques durant l’échantillonnage dans des analyses statistiques ultérieures sera également importante pour contrôler la variabilité temporelle de l’échantillonnage des tiques. Enfin, la poursuite de l’échantillonnage annuel dans un délai plus étroitement aligné avec le pic d’activité des nymphes fournira de meilleures données pour documenter l’évolution du risque régional dans le temps.

Conclusion

Le Réseau sentinelle canadien de surveillance de la maladie de Lyme représente la première initiative nationale coordonnée de surveillance active des maladies transmises par les tiques au Canada. À notre connaissance, l’approche de surveillance sentinelle n’a pas été appliquée à la maladie de Lyme à l’échelle nationale ailleurs en Amérique du Nord ou en Europe, ce qui fait du ReSCaL un modèle utile pour les autres pays touchés par la maladie de Lyme et d’autres maladies transmises par les tiques. Après l’établissement de données de base sur les vecteurs de la maladie de Lyme et la prévalence de Borrelia, la prochaine étape importante consistera à établir le lien entre le risque environnemental et l’incidence régionale des cas humains. La poursuite de la collecte de données environnementales, sociales et humaines sur les cas dans les régions sentinelles permettra d’explorer la représentativité plus large des mesures de risque basées sur les régions sentinelles pour la surveillance des maladies transmises par les tiques.

Déclaration des auteurs

  • C. G. — Conceptualisation, méthodologie, analyse, interprétation, rédaction originale, révision et édition
  • P. A. L., C. B. — Conceptualisation, méthodologie, interprétation, révision et édition
  • K. C., S. G., C. J., J. K., M. K., L. R. L., R. M., M. N., M. R., C. R., A. S., B. T. — Méthodologie, interprétation, révision et édition
  • J. B., A. D., S. D., M. E., E. F., E. G., G. G., D. H., E. J., G. L., D. M., M. M., J. N., K. R., K. T., M. V. — Méthodologie

Intérêts concurrents

Aucuns.

Remerciements

Nous remercions les nombreux assistants de terrain et techniciens laboratoire qui ont participé à la collecte et à l’analyse des tiques. Nous remercions les autorités sanitaires régionales et provinciales pour leur soutien dans la sélection des sites, et les parcs régionaux et nationaux pour l’accès aux sites.

Financement

Ces travaux ont été soutenus par le Canadian Lyme Disease Research Network, un réseau financé par les Instituts de recherche en santé du Canada (IRSC). L’Institut national de santé publique du Québec (INSPQ) et le ministère de la Santé et des Services sociaux (MSSS) ont financé la collecte des données dans 12 sites d’échantillonnage des régions sentinelles du Québec dans le cadre des activités de surveillance annuelles. Le Laboratoire national de microbiologie a confirmé les déterminations des espèces et a entrepris de tester les tiques afin de détecter les pathogènes associés aux tiques pour tous les spécimens collectés dans les juridictions en dehors de l’Ontario.

Licence Creative Commons
Cette œuvre est mise à disposition selon les termes de la Licence Creative Commons Attribution 4.0 International

Détails de la page

Date de modification :