John Chinnery : L’homme qui n’a jamais cessé d’être là pour les autres

Pendant plus de 3 décennies, des milliers d’hommes au sein des établissements du SCC dans la région du Pacifique ont connu le même rituel calme : le visage familier, le sourire amical et la présence soutenue d’un bénévole qui les a d’abord traités comme des personnes.

Le dossier de service de John Chinnery en est un qui semble presque impossible dans un monde éphémère; 34 ans de bénévolat, des centaines de kilomètres consignés chaque mois et d’innombrables sorties à titre d’agent accompagnateur qui ont offert aux détenus des moments précieux de normalité, de dignité et de contact humain.

Des décennies après avoir été honoré pour la première fois par le SCC en tant que bénévole de l’année en 2000, il a continué à donner à son prochain. Mais son histoire ne commence pas aux portes de la prison, mais bien avec 2 000 moutons.

John, qui vit maintenant à Abbotsford, en Colombie-Britannique, a grandi dans une région rurale de la Nouvelle-Zélande. À cet endroit, il occupait ses journées à effectuer la tonte et la fenaison, à faire pousser des panais pour le fourrage d’hiver et à monter son cheval, Jimmy, dans l’ensemble des vastes enclos battus par les vents.

« Le travail était difficile », se souvient-il, « mais j’avais mon cheval pour galoper dans les enclos, j’avais hâte de patiner l’hiver et de jouer au tennis sur gazon l’été ».

Ce mélange de discipline, de détermination et de joie a jeté les bases d’un parcours de vie parsemé de détours qui l’amènerait sur plusieurs continents. La photographie est devenue sa prochaine frontière et, avide d’aventures, il a d’abord déménagé en Angleterre avant d’immigrer au Canada en 1966.

un couple âgé assis à l’extérieur sur une grosse roche avec un paysage montagneux en arrière-plan
John Chinnery et sa femme, Josie, ont fait du bénévolat au sein du SCC pendant plus de 3 décennies.

Après avoir suivi une formation en apprentissage dans un atelier de photographie en Nouvelle-Zélande, John a trouvé du travail dans le domaine des services d’impression sur commande en Angleterre. Il a acheté sa première caméra et il l’a apportée avec lui alors qu’il a bâti une carrière par la suite à Toronto et à Vancouver. Ultérieurement, il a réalisé un rêve de longue date : il a acheté son propre atelier de photographie à Tsawwassen, en Colombie-Britannique.

John a rapidement découvert que le fil conducteur entre l’agriculture et la photographie était le même : la patience, l’observation et un talent indéniable pour voir les gens tels qu’ils sont. Toutes ces qualités l’ont ultérieurement amené vers le ministère au sein des prisons par l’entremise de l’église Clearbrook Community après que sa femme, Josie, et lui ont déménagé à Abbotsford. Un pasteur les a exhortés de visiter l’Établissement de Mission (sécurité minimale), anciennement l’Établissement Ferndale. John s’y est présenté à contrecœur et il en est ressorti transformé.

« À cet endroit, j’ai rencontré des hommes qui avaient simplement besoin de soutien et qu’on leur donne une deuxième chance », affirme-t-il. Josie et lui ont rapidement commencé à diriger les services religieux du dimanche destinés à des groupes pouvant compter jusqu’à 20 personnes. Les hommes ont chanté, parlé et trouvé de rares moments de fraternité. « Être impartial, accepter les personnes là où elles sont; c’est ce que j’ai transmis », indique-t-il.

En tant qu’agent accompagnateur bénévole du SCC, il accompagnait des détenus à des activités sociales et partageait un repas avec eux durant ses après-midis. « À cette époque, notre famille était à l’aise que des hommes viennent dîner ou souper après une permission de sortir à l’église », se souvient-il. Il s’acquittait en moyenne de 5 permissions de sortir par semaine. Parfois, il conduisait les hommes jusqu’à Kelowna pour visiter des maisons de transition ou rétablir des liens avec leur famille.

La confiance et le respect sont devenus ses atouts. « J’écoute, je raconte des parties de mon histoire, je les encourage et je suis la règle d’or », affirme-t-il. Il a rapidement appris que ce ne sont pas toutes les histoires qui ont été présentées telles qu’elles s’étaient déroulées, mais distinguer la vérité de la peur n’était seulement qu’une partie du travail.

trois hommes souriants se tiennent debout ensemble et chacun tient une plaque
John Chinnery a récemment été honoré pour ses décennies de service lors d’une cérémonie spéciale du SCC.

Sa femme, Josie, a également fait partie intégrante de son travail de bénévole : en jouant de la guitare durant le culte, en préparant des sacs-cadeaux de Noël et même en se joignant à lui lors de ses formations. Durant la pandémie de COVID-19, elle a rédigé des lettres d’encouragement à des hommes qui ne pouvaient pas voir leur famille. En 2000, lorsque John a été nommé bénévole de l’année par le SCC, ils se sont rendus ensemble à Ottawa pour être honorés.

Mais pour John, les récompenses n’ont jamais pris la forme de prix. C’étaient des conversations autour de repas ethniques durant des permissions de sortir pour visiter la famille, regarder les hommes rétablir des liens avec leurs enfants ou les entendre parler de reconstruire leur vie après leur mise en liberté. « Plusieurs hommes ont de la difficulté à se pardonner », affirme-t-il, « Je leur disais qu’ils n’étaient pas définis par leur passé ».

« Quelques hommes sont restés en contact pendant un certain temps après leur mise en liberté, puis, ils ont voulu s’éloigner de quiconque associé à la prison. Je comprends cela. Nous avons invité d’autres hommes à prendre un café ou à dîner, nous les avons aidés avec leurs téléphones cellulaires, invités dans notre maison et nous avons même aidé un couple avec ses préparatifs de mariage ».

Même maintenant, il continue de faire du bénévolat, mais il effectue très peu de longs trajets en voiture, en se concentrant principalement sur des permissions de sortir pour visiter des églises ou des jardins. Ses journées sont remplies par les allées et venues de sa grande famille, y compris 12 petits-enfants. Mais l’aigle sculpté qu’il a reçu de la part des détenus durant une cérémonie de reconnaissance spéciale l’été dernier (un symbole signifiant qu’il veille sur eux) est placé dans sa maison en guise de rappel de la communauté qu’il a aidé à bâtir.

« Il y a toujours un besoin », dit-il simplement. C’est pourquoi il est toujours là.

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2025-12-05