De bonnes décisions et de secondes chances : Comment Ian Brewster bâtit des collectivités plus sûres en Nouvelle-Écosse

Si bon nombre d’entre nous ont tendance à croire qu’il existe une démarcation claire entre le bien et le mal, l’expérience d’Ian Brewster lui a montré que la vérité est beaucoup plus nébuleuse. « Il n’y a pas de bonnes et de méchantes personnes. Il n’y a que de bonnes personnes et de mauvaises décisions, » affirme-t-il.

Il s’agit d’une perspective forgée après des années en première ligne du système correctionnel du Canada – une perspective qui nous rappelle à quel point n’importe qui parmi nous pourrait se retrouver du mauvais côté du bureau d’un agent de libération conditionnelle.

À titre de responsable des agents de libération conditionnelle en Nouvelle-Écosse, Ian a consacré sa carrière à aider les gens à faire de meilleurs choix la prochaine fois.

Ian Brewster
Ian Brewster, responsable des agents de libération conditionnelle, travaille au Service correctionnel du Canada depuis presque deux décennies.

Il passe ses journées à tenter d’instaurer un équilibre fragile que la plupart d’entre nous trouveraient impossible à maintenir :  d’une part, un mandat visant à assurer la sécurité publique; d’autre part, les vies fragiles et chaotiques des personnes qui essaient de construire quelque chose de mieux après l’incarcération. Bien qu’il sache que les enjeux sont énormes, il sait aussi une chose que beaucoup de gens oublient : que la vie des personnes ne se résume pas simplement à leurs erreurs et que la dignité et la compassion peuvent coexister, au même titre que la responsabilisation.

Le parcours d’Ian vers le travail d’agent de libération conditionnelle n’a pas été linéaire. Durant son enfance à Kentville, en Nouvelle-Écosse, il s’imaginait parfois faire carrière à titre de policier. Après avoir obtenu son baccalauréat en criminologie de l’Université Saint Mary’s, il a postulé à la Gendarmerie royale du Canada et on l’a avisé de postuler à nouveau plus tard. Entre-temps, il s’est tourné vers d’autres possibilités, ayant même envisagé à une époque de tenter sa chance dans le secteur pétrolier en Alberta, avant de postuler au Service correctionnel du Canada presque sur un coup de tête. En 2007, il est devenu agent de libération conditionnelle à Calgary, entamant une carrière qui le mènerait d’un bout à l’autre du pays et, enfin, de retour en Nouvelle-Écosse.

Au cours de ses neuf années en tant que responsable des agents de libération conditionnelle, Ian a vu presque tous les aspects de ce travail : surveillance en établissement et dans la collectivité, engagement des victimes, programmes communautaires pour les jeunes, et formation de la prochaine génération d’agents et d’agentes de libération conditionnelle. Mais il hésite à décrire ces expériences comme des jalons dans sa carrière. Selon lui, il s’agit de faits saillants dans une histoire beaucoup plus vaste au sujet du service. Qu’il soit question du mentorat d’un nouvel agent dans un bureau rural ou de faire le long trajet en voiture sur des chemins de terre en prenant plusieurs traversiers simplement pour rendre visite à un délinquant, son travail consiste à établir des relations et des liens de confiance qui, combinés avec les petites réussites, permettent d’assurer la sécurité des collectivités.

Certaines réussites sont plus discrètes, mais sont aussi profondes. L’un de ses agents de libération conditionnelle a récemment pris des marches avec un délinquant qui souhaitait perdre du poids. Ils ont donc parcouru le circuit ensemble tout en établissant par le fait même un lien de confiance. Dans un autre cas, un délinquant a communiqué avec Ian au sujet d’un membre de la collectivité qui s’était faufilé devant les autres dans un Tim Hortons local et qui avait proféré des remarques blessantes et racistes. Ian a rappelé au délinquant les progrès qu’il avait réalisés, en reconnaissant la façon dont il avait géré cette situation mieux que par le passé, et en le félicitant d’avoir fait un choix positif, ce qui aurait pu facilement passer inaperçu.

Ces moments, si petits soient-ils, sont au cœur de son travail : aider les gens à reconnaître et à prendre les meilleures décisions au sein d’eux-mêmes.

Ian Brewster tenant la plaque des lauréats du Prix commémoratif John Dunlop.
Ian tenant la plaque des lauréats du Prix commémoratif John Dunlop, en reconnaissance du prix qui lui a été décerné.

Son engagement ne se termine pas à la fin d’une journée de travail. Depuis 2021, Ian a consacré son énergie à la direction du scoutisme dans la région de Wolfville, où il a organisé des aventures allant de l’observation de baleines à la péninsule de Digby au camping dans le parc national du Canada Kejimkujik. Il a emmené des enfants faire de l’escalade et des promenades en bateau, et même voyager à l’étranger, où il a dirigé une troupe de Wolfville dans un jamboree international dans l’Essex, en Angleterre. Pour les jeunes auxquels il sert de mentor, il ne fait pas qu’enseigner des habiletés en plein air, mais il renforce aussi leur caractère, leur résilience et le travail d’équipe.

Il s’agit du même principe qui le guide dans son travail auprès des délinquants : que le fait d’investir dans le potentiel des gens peut transformer des vies.

« Si certaines périodes de ma vie s’étaient déroulé différemment, dit-il, j’aurais pu être de l’autre côté du bureau d’un agent de libération conditionnelle. J’ai eu accès à du soutien et à des occasions que les autres n’ont pas eus. Par le biais de ce travail, je redonne à mon prochain. »

Son humilité n’est pas passée inaperçue. En 2025, Ian a reçu le Prix commémoratif John Dunlop de l’Association de justice pénale de la Nouvelle-Écosse, le prix en matière de justice le plus ancien au Canada, et le prix le plus prestigieux en matière de justice intersectorielle en Nouvelle-Écosse. Celui-ci vise à souligner les personnes dont les contributions à la justice pénale et aux collectivités signalent un dévouement exceptionnel. Ian considère cette récompense comme ne symbolisant pas tant sa propre réussite, mais plutôt une validation du fait que le travail quotidien et discret des agents et agentes de libération conditionnelle compte.

Même s’il n’emprunterait jamais le nom de héros, ceux et celles qui travaillent avec lui sont plus avisés. Il est le type de dirigeant qui reconnaît le potentiel d’une situation alors que d’autres pourraient y voir des problèmes, le type de mentor qui prend le temps d’avoir une conversation franche et le type de papa qui enseigne à ses enfants que dans la vie, nous avons des choix à faire et que nous avons toujours la chance d’en faire de meilleurs.

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2026-01-16