Travailler ensemble : le rôle de l’aumônerie dans le soutien offert au personnel et aux délinquantes et délinquants en matière de réhabilitation
Dans les établissements partout au pays, les aumônières et aumôniers aident à répondre aux besoins religieux et spirituels des délinquantes et délinquants.
Richard Rene, aumônier régional du Pacifique, joue un rôle essentiel dans la supervision de l’administration des services d’aumônerie dans la région.
Richard explique que les aumônières et aumôniers ont deux responsabilités principales. La première est de nature législative et vise à s’assurer que les personnes incarcérées peuvent exercer les libertés de religion garanties par la Charte canadienne des droits et libertés, dans la mesure de la capacité du Service correctionnel du Canada (SCC), sans compromettre la sécurité publique.
La deuxième responsabilité, précise-t-il, passe souvent inaperçue.
« Elle est un peu moins tangible, mais il s’agit de la manière dont l’aumônerie contribue à la réhabilitation ou à la réinsertion sociale des délinquantes et délinquants », dit-il.
Pour Richard, le fait de jouer un rôle actif au sein d’une équipe interdisciplinaire est un élément essentiel du travail des aumônières et aumôniers. Souvent, explique-t-il, tant au sein des établissements que du public, on croit à tort que le rôle des aumônières et aumôniers consiste à défendre les intérêts des délinquantes et délinquants, alors qu’en réalité, ils travaillent en collaboration avec le personnel correctionnel, des programmes et des soins de santé, ainsi que d’autres intervenants. Ils offrent également, dans le cadre de leur travail, du soutien spirituel au personnel en période de deuil ou de détresse morale ou spirituelle.
« Nous voulons que les aumônières et aumôniers travaillent étroitement avec le reste de l’équipe, dit-il. Nous voulons nous assurer que, peu importe ce que nous faisons pour les personnes incarcérées, cela ne va pas à l’encontre des exigences en matière de sécurité. »
En se fondant sur son expérience, Richard affirme que les services d’aumônerie peuvent favoriser la stabilité et un sentiment d’importance, en plus d’offrir une orientation aux délinquantes et délinquants. Combiné à d’autres éléments d’un plan correctionnel, ce soutien peut accroître considérablement les chances de réussite de la réinsertion sociale et réduire le risque de récidive après la mise en liberté en aidant à rétablir le sentiment de dignité personnelle, l’identité, la raison d’être, l’espoir et la guérison. À l’extérieur des établissements, les projets de réinsertion sociale avec des groupes confessionnels des Services d’aumônerie aident les délinquantes et délinquants à maintenir leurs acquis lors de leur retour dans la collectivité, y compris au sein des lieux de culte qu’ils auront choisis.
Depuis qu’il a commencé à travailler comme aumônier à l’Établissement de Kent en 2014, Richard a remarqué un changement dans la manière dont la religion et la spiritualité sont abordées, tant au sein des établissements que dans le monde en général.
« Dans le passé, on voyait surtout des personnes affiliées à des traditions religieuses précises et bien définies, qui ne s’intéressaient pas à d’autres traditions, explique‑t‑il. Depuis quelques années, nous voyons des délinquantes et des délinquants qui pratiquent leur foi et qui ont de plus en plus tendance à puiser dans diverses traditions afin de trouver un sens et de répondre à leurs besoins personnels. Ces personnes peuvent être chrétiennes, mais s’intéresser à certains enseignements juifs, ou encore des personnes musulmanes, qui apprécient la méditation bouddhiste. Il existe donc aujourd’hui une plus grande fluidité et beaucoup moins de rigidité par rapport à l’adhésion à des traditions strictement définies. »
Ces changements dans la spiritualité des délinquantes et délinquants et le besoin de collaboration interdisciplinaire font partie du quotidien des aumônières et aumôniers de première ligne.
Kate Hansen, aumônière sous contrat à l’Établissement de la vallée du Fraser, affirme qu’il est essentiel, dans le cadre de son rôle, de bien connaître diverses traditions religieuses et spirituelles pour répondre de façon appropriée aux besoins des délinquantes. On fait souvent appel à des bénévoles pour offrir des services qui dépassent la capacité des aumônières et aumôniers sur place, ce qui a permis à Kate de faire ses débuts au SCC.
Depuis plus d’une décennie, Richard Rene travaille auprès du personnel et des délinquants pour soutenir les besoins spirituels et de guérison.
Kate n’avait pas prévu devenir aumônière. Issue d’une tradition spirituelle wiccane, elle a commencé à faire du bénévolat aux côtés de l’aumônier wiccan dans la région du Pacifique en 2005. En 2006, lorsque celui‑ci a décidé de retourner aux études, Kate est devenue aumônière à temps plein.
« Ça s’est fait un peu par hasard », raconte-t-elle.
Étant la seule aumônière wiccane dans la région, elle se rendait dans la plupart des établissements une ou deux fois par mois, où elle animait des cercles d’enseignement de groupe et des rencontres individuelles. En plus de partager sa propre tradition spirituelle, Kate aidait les délinquantes et délinquants auprès desquels elle travaillait à pratiquer leur foi et à en approfondir leur compréhension.
« Je pratique le wiccanisme, qui s’inscrit dans le courant plus large du paganisme. En raison de mon propre cheminement de vie, j’ai donc une solide connaissance de diverses traditions païennes, explique‑t‑elle. Cela me permet d’aider les personnes à trouver les ressources dont elles ont besoin ou de les soutenir dans leur propre cheminement. »
Ce rôle de facilitatrice se poursuit aujourd’hui, puisque Kate est aumônière à l’Établissement de la vallée du Fraser pour femmes depuis 2018. Dans le cadre de ses fonctions, elle travaille auprès de délinquantes issues de divers milieux spirituels.
Elle travaille également en étroite collaboration avec le reste du personnel. Chaque semaine, elle participe à une réunion d’équipe interdisciplinaire au cours de laquelle elle échange avec le personnel de l’ensemble de l’établissement sur les programmes correctionnels et sur toute question ayant pu surgir au cours de la semaine.
Pour Richard et Kate, l’aumônerie ne consiste pas à fournir toutes les réponses, mais s’inscrit plutôt dans la mission plus vaste du SCC en matière de sécurité publique et de réhabilitation.
« L’aumônerie vise avant tout les personnes; il s’agit d’aller à leur rencontre là où elles en sont, explique Kate. Il est question de transformer des vies, et de soutenir des changements positifs grâce à une perspective spirituelle. »