Mike Morin : le gars des cartes d’identité au cœur immense
À l’administration centrale du SCC, il y a une personne que presque tout le monde croise un jour ou l’autre pendant sa carrière : Mike Morin, le gars qui remet les cartes d’identité du SCC avec un sourire chaleureux et une bonne poignée de main. Les échanges sont brefs – le temps de prendre rapidement une photo et de glisser la carte de l’autre côté du comptoir – mais pour Mike, c’est l’occasion de saluer les gens par leur nom et de leur demander comment ils vont. Et il le fait avec sincérité.
Avant de se joindre au SCC, il y a six ans, Mike a été camionneur pendant des décennies et a travaillé au privé dans le domaine de la sécurité. Aujourd’hui, à l’interne, on le connaît comme « le gars des cartes », mais à l’extérieur du bureau, il est connu pour toute autre chose.
Chaque année, pendant la période des Fêtes, Mike et sa conjointe Cathy transforment leur maison en véritable atelier. Ils fabriquent des décorations en bois – ours, bonshommes de neige, panneaux de Noël – qu’ils apportent ensuite au bureau pour les vendre selon le principe « payez ce que vous pouvez ». Chaque dollar recueilli sert à la préparation de trousses de soins pour les personnes en situation d’itinérance : gants, mitaines, chauffe‑mains, noix, aliments non périssables et couvertures de laine.
Mike prend sa voiture et va lui-même les distribuer. Il connaît chaque personne par son nom et prend le temps de lui demander de quoi elle a besoin.
« Tout a commencé une veille de Noël, pendant la pandémie, se souvient Mike. J’avais préparé assez de nourriture pour une vingtaine de personnes, et ma femme m’a gentiment dit : “Personne ne viendra.” Alors nous avons tout emballé et nous sommes allés distribuer la nourriture aux personnes que nous avons croisées dans les rues. »
Mike Morin prend régulièrement le temps de renouer avec ses racines autochtones.
Ce qui a commencé comme un simple geste de générosité pendant la période des Fêtes a tranquillement pris de l’ampleur pour devenir une initiative continue, soutenue tout au long de l’année par des collègues, des amis et des membres de la famille. « Je ne pourrais rien faire de tout cela sans l’aide des autres personnes qui sont prêtes à aider, explique Mike. Les gens donnent de l’argent et me disent : “Vérifie ton compte, je t’ai transféré un peu d’argent pour contribuer.” Tout cela ne vient pas seulement de moi. »
Au fil du temps, Mike a tissé des liens avec des personnes que la plupart des gens croisent sans regarder. Parmi elles, un étudiant de l’Université d’Ottawa qui vivait sous une bâche et poursuivait ses études en branchant son ordinateur portable à des points d’accès Wi‑Fi publics. C’était tout ce qu’il lui restait après le départ de ses colocataires, qui sont déménagés les uns après les autres, et l’épuisement de ses économies.
Il y a eu un pompier qui vivait avec un trouble de stress post‑traumatique invalidant. Et puis il y a eu Marcus, un homme qui vivait avec la schizophrénie, avec qui Mike pouvait discuter pendant des heures et à qui il apportait régulièrement des sacs de graines pour oiseaux afin qu’il puisse passer le temps à nourrir les pigeons. Mike l’a recroisé des mois plus tard, l’air soigné, souriant, faisant la file dans un Tim Hortons. Il venait tout juste d’être approuvé pour un logement social. Ces moments de progrès, Mike les garde précieusement en mémoire.
Justice Dallaire, une collègue travaillant au sein de la Division des droits de la personne du SCC, explique que ce qui rend Mike unique, c’est son intention. « Il ne fait pas ça pour la reconnaissance. Il veut simplement aider », dit‑elle. Lorsque Justice a mentionné qu’elle fabriquait des chandelles dans ses temps libres, Mike lui a offert de les vendre dans son bureau, en consacrant une partie des recettes aux trousses de soins. Il se renseigne même sur la fabrication de chandelles de survie – de petits contenants compacts pouvant fournir de la chaleur, de la lumière ou un moyen de cuisson à l’extérieur en toute sécurité – afin qu’ils puissent les fabriquer et les donner ensemble.
La générosité de Mike se manifeste aussi dans les petits gestes au quotidien. Au Bramasole Diner, où il s’arrête souvent le matin, il lui arrive de commander des repas chauds ou un sandwich‑déjeuner et un café qu’il apporte ensuite à des personnes dans la rue. Au dépanneur situé au rez-de-chaussée au 340, avenue Laurier, il lui est déjà arrivé de payer pour les 20 prochains cafés de collègues en toute discrétion. Pendant le temps des Fêtes, il aide à organiser des repas de Noël et du jour de l’An pour des personnes qui, autrement, passeraient cette période seules.
Tracy Millar, une collègue, dit avoir été témoin pour la première fois de cette générosité lors de l’une des collectes de fonds des Fêtes organisées par Mike. Plus tard, elle lui a demandé de fabriquer un ensemble personnalisé d’ours d’hiver en bois – un pour chacun des six membres de sa famille – qui sont depuis devenus un élément précieux de leurs décorations de Noël.
« Ce qui ressort le plus chez Mike, c’est de voir à quel point il est investi dans la cause – et honnêtement, dans tout ce qu’il entreprend », explique Tracy, gestionnaire au Bureau de service national de la TI. « Chaque fois qu’il en avait l’occasion, il nous donnait des nouvelles sur les fonds amassés ou nous parlait de l’importance d’avoir pu remettre les articles aux personnes qui en avaient besoin. On voyait à quel point il était fier de faire ce qu’il faisait – non pas pour la reconnaissance, mais pour l’impact positif que ça avait. »
Ce même engagement se reflète dans son travail au quotidien au SCC. On lui a d’ailleurs officiellement rendu hommage l’an dernier en lui remettant la Prime « Extra » de la Dre Linda Panaro, qui vise à reconnaître les membres du personnel qui se surpassent dans leur rôle. Grâce à son souci du détail, explique Tracy, Mike anticipe souvent les problèmes avant qu’ils ne surviennent.
« Il s’assure que les membres de mon équipe disposent des accès dont ils ont besoin, et lorsqu’il y a un problème, il m’en informe immédiatement pour que nous puissions régler la situation ensemble, explique‑t‑elle. Avec Mike, on se sent toujours valorisé et écouté. »
Son désir de prendre soin des autres remonte à son enfance. Mike a grandi dans le quartier Hintonburg à Ottawa, dans une maison où la porte n’était jamais verrouillée, et la table, jamais vide.
Son père peignait des enseignes pour la Ville d’Ottawa. Sa mère, elle, s’occupait de la maison, et la porte était toujours ouverte. « Si vous passiez faire un tour, vous mangiez », dit-il. À l’âge de 11 ans, Mike a commencé à livrer l’Ottawa Citizen et le Journal tous les après-midis, après l’école. La fin de semaine, il pouvait livrer les journaux à plus de 500 adresses. Ce travail était exigeant, mais il lui a appris la discipline – et l’a exposé à la dignité tranquille des gens ordinaires.
L’histoire de la famille de Mike est toutefois ancrée dans des racines plus profondes : sa grand‑mère était Mohawk, tandis que son grand‑père était issu d’une famille aisée des Laurentides qui l’a renié à la suite de son mariage avec elle. Mike est fier de l’histoire de sa famille – elle lui a probablement permis de mieux comprendre ce que signifie être exclu.
Aujourd’hui, il a trois enfants et cinq petits‑enfants, et il prend régulièrement le temps de renouer avec ses racines autochtones, notamment par la purification par la fumée et en assistant à des pow‑wow. La fin de semaine, il se retire à sa ferme d’agrément à l’extérieur de la ville où il passe du temps avec ses enfants et ses petits‑enfants. Là‑bas, il n’y a pas de jeux vidéo; il leur apprend plutôt à allumer un feu, à travailler le bois et à apprécier la nature.
Dans un monde où l’on passe trop souvent sans s’arrêter devant la souffrance, Mike Morin fait le contraire. Il ralentit. Il écoute. Il est présent. Il se souvient du nom des gens. Qu’il vous remette une carte d’identité ou une paire de gants chauds lors d’une nuit glaciale à Ottawa, il le fait toujours en portant le même message discret, mais puissant : quelqu’un vous voit, et quelqu’un se soucie de vous.