La tisseuse de liens : Comment Kim Ezzard a transformé une carrière dans le domaine des services correctionnels en un tremplin vers le changement
Kim Ezzard a bâti une carrière autour d’une idée : si l’on fournit aux gens des outils pratiques, ils trouveront la voie à suivre. Au cours de trois décennies, cela s’est traduit par la mise au point de programmes qui inculquent toutes sortes de compétences comme faire pousser des aliments et gérer des projets communs, ou encore renforcer la discipline grâce à des activités de groupe structurées.
En tant qu’agente de programmes sociaux de longue date au Service correctionnel du Canada, elle a constaté à quel point le travail pratique, la routine et la responsabilisation peuvent modifier les parcours, souvent de manières qui ne sont pas immédiatement évidentes, mais dont les effets se font sentir bien après qu’une personne quitte l’établissement.
Kim n’avait jamais prévu de consacrer sa vie au travail d’agente correctionnelle, ou de devenir l’une des conceptrices de programmes les plus inventives du système correctionnel. Elle a grandi à East Selkirk, au Manitoba, et a obtenu une bourse pour jouer au volley-ball et étudier la justice criminelle au Collège Lethbridge. À l’époque, elle travaillait dans les ressources naturelles où les mises à pied saisonnières donnaient lieu à une incertitude constante. « Je me suis lassée d’attendre ce qui se produirait chaque automne », se souvient-elle. Elle a donc postulé au Service, et l’occasion s’est présentée plus rapidement qu’elle ne s’y attendait.
Après plus de trois décennies au Service correctionnel du Canada, Kim Ezzard a appris que les changements importants commencent souvent par quelque chose de simple.
En novembre 1995, elle a franchi les portes de l’Établissement de Stony Mountain, entamant une carrière qui lui permettrait de s’épanouir bien au-delà du rôle qu’elle imaginait au départ. Au fil des ans, elle a travaillé pendant un certain temps à l’Établissement de Grande Cache, à l’Établissement de Bowden et à l’ancien Établissement de Rockwood, désormais connu sous le nom d’unité à sécurité minimale de l’Établissement de Stony Mountain. Elle a acquis une connaissance directe du système et des personnes qui s’y trouvent, mais ce fut durant son passage à l’Établissement de Rockwood qu’elle a découvert le rôle qui définirait sa carrière.
Son instinct pour la mise au point de programmes pratiques et concrets se reflète dans tous les aspects de son travail. Il y a environ une décennie, elle a lancé le projet de jardin de l’unité à sécurité minimale – un lopin de terre d’un acre (4 047 m2) où les délinquants font pousser des légumes, acquièrent des compétences et font don des aliments excédentaires à des organismes communautaires comme la Siloam Mission, la maison Quixote et le Pavillon de ressourcement Eagle Women. Avec les fonds recueillis, elle a plus tard acheté deux serres qui permettent aux participants de faire pousser des aliments diversifiés comme le bok choy et l’aubergine chinoise.
Le projet s’inspire de sa propre éducation. « J’ai grandi dans une famille de producteurs d’aliments, affirme-t-elle. Chaque été, nous avions un jardin maraîcher et nous vendions des légumes, alors ce travail acharné m’est revenu. J’aime beaucoup enseigner aux délinquants comment faire pousser des aliments. »
« J’ai grandi dans une famille de producteurs d’aliments, affirme-t-elle. Chaque été, nous avions un jardin maraîcher et nous vendions des légumes, alors ce travail acharné m’est revenu. J’aime beaucoup enseigner aux délinquants comment faire pousser des aliments. »
Et puis il y a les niches. Après avoir remarqué la construction de petites structures d’entraînement dans le cadre de la formation professionnelle donnée dans un atelier de menuiserie, Kim a suggéré de réorienter les activités de l’atelier pour construire quelque chose ayant une incidence directe sur les collectivités. Son idée a porté fruit : des niches robustes construites par des délinquants ont été données à des collectivités du Nord par l’intermédiaire de la Manitoba Animal Alliance, l’organisme de sauvetage des animaux le plus important de la province. De nombreuses niches sont emballées à plat et expédiées vers les collectivités du Nord, puis elles sont assemblées pour être remises à des familles qui amènent leurs animaux de compagnie à des cliniques de castration et de stérilisation.
Le travail permet aux participants d’acquérir des compétences pratiques tout en nouant des liens avec des collectivités au-delà de l’établissement. « C’est quelque chose de concret, dit-elle. On peut voir la fierté dans leurs visages. »
Le sport et les activités récréatives constituent une autre pierre angulaire de son travail. Kim a organisé d’innombrables tournois de hockey, de baseball, de badminton et de volley-ball, avec des patinoires construites à la main. Des bénévoles de la collectivité prennent également part à ces activités, partageant des repas, participant aux conversations et, parfois, récitant des prières.
Pour les détenus, les loisirs offrent un sentiment de normalité exceptionnel : une conversation, une activité commune et la chance d’avoir une rare échappée mentale de l’intensité de la vie carcérale.
« Pendant quelques heures, ils peuvent être eux-mêmes, affirme-t-elle. Ils ne sont que des coéquipiers. »
Cet esprit de rapprochement s’étend aussi aux programmes d’entraide. Kim a coordonné la participation de conférenciers invités de l’ensemble du Canada et du monde entier pour s’adresser aux délinquants dans le cadre de groupes des Alcooliques Anonymes et des Narcotiques Anonymes, créant souvent une atmosphère accueillante dans un cadre informel qui attire les participants qui n’y auraient peut-être normalement pas assisté. Elle a vu de nombreux détenus maintenir leur sobriété après leur mise en liberté – ce sont des moments qu’elle qualifie parmi les plus valorisants dans sa carrière.
Lorsqu’on lui demande ce qui ressort après 30 ans, elle n’évoque pas un programme ou un jalon particulier. Elle parle plutôt des relations : les bénévoles qui se présentent toutes les semaines, les anciens délinquants qui restent en contact et des percées discrètes qui surviennent dans des moments ordinaires. « Je suis la tisseuse de liens, dit-elle simplement. On ne sait jamais quelle simple conversation peut changer le cours d’une vie. »
En dehors du travail, cette même énergie s’étend dans sa vie personnelle. En tant qu’athlète de compétition, Kim a représenté les services correctionnels lors de deux événements aux Jeux mondiaux des policiers et pompiers et a remporté une médaille d’or au pickleball. Elle continue de s’entraîner tout en planifiant sa retraite au cours des prochaines années. La prochaine étape pour elle pourrait être d’enseigner le sport, mais peu importe ce que lui réserve l’avenir, elle s’attend à rester occupée.
Même après plus de 30 ans, Kim se rend au travail animée du même état d’esprit : construire quelque chose, rassembler les gens et laisser la porte ouverte au changement. Avec le recul, elle voit une carrière définie davantage par les possibilités que par la routine. « On ne sait jamais quel sera le prochain projet, dit-elle. Si une initiative peut aider les gens à grandir, nous sommes prêts à l’essayer. »