Le parcours de Wayne Buller vers le Nord

Après avoir passé 26 ans au Service correctionnel du Canada (SCC), en Ontario, Wayne Buller était prêt à entamer un nouveau chapitre. Il a pris la direction du Nord pour occuper le poste de directeur d’établissement à Iqaluit, au Nunavut, où il a appuyé le Centre de guérison en milieu correctionnel Aaqqigiarvik récemment rénové qui a ouvert ses portes en 2021.

Peu après son arrivée à Iqaluit, Wayne a rapidement pris conscience de l’anxiété que certains Inuits purgeant une peine de ressort fédéral ressentaient à l’idée de purger leur peine dans le Sud.

« Je voyais la peur dans leurs yeux. Ils n’étaient jamais sortis du Nord, mentionne-t-il. Peut‑être une ou deux fois pour aller à Ottawa afin de recevoir des soins de santé – peut-être même jamais pour certains. Pour d’autres, Iqaluit représentait la plus grande ville qu’ils aient jamais visitée. »

En voyant cette réalité de près, Wayne a compris qu’il devait continuer à travailler pour aider davantage d’Inuits purgeant une peine de ressort fédéral à l’effectuer dans le Nord, s’ils le souhaitaient.

Au Canada, les délinquants qui purgent une peine de moins de deux ans sont sous la responsabilité de la province ou du territoire. Dans le Nord, toutefois, le SCC peut travailler directement avec les gouvernements territoriaux afin d’assurer la surveillance et la réhabilitation de certains délinquants purgeant une peine de ressort fédéral – soit ceux qui purgent une peine de plus de deux ans – tout en assumant la responsabilité à leur égard.

Une motoneige vide dans une vaste étendue enneigée.

Dans le cadre de son travail dans le Nord, Wayne s’est familiarisé avec bon nombre des défis quotidiens auxquels les gens sont confrontés dans les régions éloignées.

Wayne et d’autres collègues du SCC ont examiné les dossiers de tous les délinquants inuits purgeant une peine de ressort fédéral de moins de quatre ans dans des établissements fédéraux du sud de l’Ontario. En collaboration avec le ministère de la Justice du Nunavut, ils ont déterminé lesquels seraient de bons candidats pour purger leur peine à Iqaluit, s’ils étaient intéressés.

Une grande sculpture en bois représentant une chouette, tenue sur les genoux d’un homme.

Le séjour de Wayne dans le Nord a donné lieu à des rapprochements inattendus, notamment lorsqu’il a remis une chouette en pierre au fils de son défunt sculpteur. 

En collaboration avec Kevin Snedden, alors sous-commissaire régional de l’Ontario, Wayne et son équipe ont élaboré une présentation et une trousse d’information à l’intention du personnel et des délinquants afin de faire connaître le projet dans le Sud.

Selon Wayne, donner aux Inuits purgeant une peine de ressort fédéral la possibilité de retourner à Iqaluit plus tôt au cours de leur peine peut favoriser leur réhabilitation, puisqu’ils n’ont pas à s’intégrer à une culture avec laquelle, pour bon nombre d’entre eux, ils ne prévoient pas continuer d’interagir après leur mise en liberté et leur retour dans le Nord.

Les différences, selon Wayne, sont frappantes. La nourriture, l’environnement, la langue et bien d’autres éléments diffèrent énormément entre le Nunavut et l’Ontario, ce qui ajoute des défis à une situation déjà difficile.

« Ce serait comme si une personne était arrêtée et déclarée coupable en Ontario, puis envoyée au Japon pour y purger sa peine », dit-il.

Pendant son séjour au Nunavut, Wayne était un employé du ministère de la Justice du territoire. Toutefois, il recevait le soutien du SCC et demeurait en contact étroit avec le Service, ce qui permettait aux deux organisations de mettre en commun des pratiques exemplaires et d’apprendre l’une de l’autre.

Après avoir travaillé pendant près de trois décennies au SCC, Wayne était conscient de la surreprésentation persistante des Autochtones dans les prisons canadiennes. Toutefois, son expérience dans un territoire où plus de 85 % de la population s’identifie comme autochtone a approfondi sa compréhension. Là-bas, il est devenu encore plus clair pour lui à quel point les Aînés sont importants, alors qu’il a constaté le travail essentiel qu’ils accomplissent chaque jour auprès des délinquants.

Wayne a aussi tissé des liens dans la collectivité, ce qui l’a aidé à mieux comprendre les réalités de la vie dans le Nord. L’un de ces liens s’est révélé particulièrement marquant pour lui et sa famille.

Dans les années 1970, le beau-père de Wayne exploitait une entreprise à Frobisher Bay, aujourd’hui connue sous le nom d’Iqaluit. Il acceptait souvent des sculptures de résidents locaux en guise de paiement et en a rapporté plusieurs à la maison. Des années plus tard, alors que Wayne travaillait à Iqaluit, sa belle-mère a emménagé dans une maison de soins infirmiers et la famille a envoyé à Wayne des photos des sculptures pour voir s’il pouvait en identifier certaines.

“At first, I thought (the community) was not going to be very receptive and be very cold because another white man is coming up and telling them or showing them what to do,” he says. “But I got the total reverse from that. If you’re willing to be up there and go up there to help, they’ll welcome you with open arms.”

Malgré la nécessité de s’adapter à de nombreux nouveaux défis, Wayne affirme que travailler dans le Nord peut être une expérience incroyablement enrichissante — à condition de ne pas craindre le froid.

Wayne a alors montré les photos à un ami qu’il s’était fait à Iqaluit et a découvert que le père de cet ami avait sculpté un hibou qu’il avait donné au beau-père de Wayne.

« J’ai senti mon cœur exploser et nous sommes tous les deux devenus émotifs », se souvient Wayne.

Wayne et sa famille ont ensuite pu apporter la sculpture de 18 pouces à Iqaluit pour la remettre à son ami, lui offrant ainsi un souvenir de son père, décédé 20 ans plus tôt.

« Je ne sais pas comment appeler ça, ni si c’était le destin. Une amitié s’est développée, puis nous avons découvert un lien remontant à une cinquantaine d’années entre deux générations », dit Wayne.

« Cela a été l’expérience la plus marquante de ma vie. »

Même si Wayne garde un excellent souvenir de son séjour dans le Nord, il reconnaît que cette expérience n’est pas pour tout le monde. Tout comme quitter le Nord peut être déstabilisant, s’y rendre peut aussi constituer un choc. Il affirme néanmoins que ce fut une expérience extraordinaire pour lui-même et pour toutes les personnes concernées

« Au début, je pensais que la collectivité n’allait pas être très réceptive et qu’elle serait plutôt froide, parce qu’un autre homme blanc arrivait pour leur dire ou leur montrer quoi faire, raconte-t-il. Mais j’ai vécu tout le contraire. Si vous êtes prêt à être là-bas et à y aller pour aider, les gens vous accueilleront à bras ouverts. »

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2026-07-07