Plus que des murs : L’Établissement de Millhaven souligne ses 55 ans et le personnel célèbre les personnes derrière l’un des établissements les plus exigeants du Canada

Dans la nuit du 14 avril 1971, avant même que le ruban d’inauguration soit coupé, l’Établissement de Millhaven était déjà entré dans l’histoire.

L’établissement devait officiellement ouvrir ses portes quelques semaines plus tard. Or, une importante émeute a éclaté au Pénitencier de Kingston, où des détenus ont pris des otages et se sont emparés d’une grande partie de la prison.

Presque du jour au lendemain, Millhaven est passé d’un tout nouvel établissement attendant ses premiers résidents à un établissement à sécurité maximale opérationnel chargé de contribuer à la gestion de l’une des urgences correctionnelles les plus importantes de l’histoire canadienne.

Cinquante-cinq ans plus tard, des membres du personnel se sont rassemblés ce printemps au pied des mâts de drapeau de Millhaven pour commémorer ces débuts remarquables. Une capsule temporelle a été constituée à partir de photographies, d’affiches, de pièces de monnaie et de souvenirs provenant de l’établissement d’aujourd’hui; elle demeurera scellée jusqu’au 75e anniversaire de Millhaven.

À proximité, des plans sont en cours pour construire un mur de pierre à partir de calcaire récupéré au Pénitencier de Kingston, un rappel concret du fait que l’histoire des deux établissements est intimement liée depuis le tout début.

L’anniversaire est bien plus qu’une occasion de se tourner vers le passé. C’est aussi une occasion de reconnaître les générations d’employés qui ont bâti l’héritage de Millhaven dans des circonstances extrêmement exigeantes.

Une capsule temporelle noire ouverte contenant des photographies, des documents et des objets commémoratifs est déposée parmi de gros rochers à l’extérieur.

Une capsule temporelle remplie de souvenirs, de photographies et d’objets commémoratifs a été créée dans le cadre des célébrations du 55e anniversaire de l’Établissement de Millhaven afin de préserver son histoire pour les générations futures.

« Cinquante-cinq ans, c’est beaucoup. C’est un accomplissement », affirme Chris Veech, agent correctionnel et chef de brigade de la garde d’honneur de l’établissement.

« Il y a une histoire vivante portée par les gens qui nous ont précédés. Nous célébrons et reconnaissons le chemin parcouru avant nous, honorons cette histoire, mais reconnaissons aussi que l’avenir reste à bâtir. »

« Nous portons cette histoire avec nous et nous en tirons des leçons, afin qu’un jour, d’autres nous regardent et se reconnaissent en nous. »

Conçu pour un système correctionnel en évolution

Bien que Millhaven ait officiellement ouvert ses portes en 1971, son histoire a commencé près d’une décennie plus tôt.

Au début des années 1960, le système pénitentiaire fédéral du Canada subissait des pressions croissantes. De nombreux établissements avaient été construits des décennies auparavant et n’étaient plus adaptés aux opérations correctionnelles modernes ni à une population carcérale en rapide croissance. Le commissaire des pénitenciers de l’époque, Allen MacLeod, a décrit ce système vieillissant comme un « assemblage hétéroclite » d’établissements qui avaient simplement été agrandis au fil du temps pour répondre à la demande croissante.

Millhaven incarnait une nouvelle vision. Construit sur plus de 600 acres au coût de 13 millions de dollars, il a été conçu comme l’un des établissements correctionnels les plus avancés sur le plan technologique au pays.

Des portes à commande électrique, la télévision en circuit fermé, des systèmes de sécurité centralisés et des unités résidentielles spécialisées traduisaient une philosophie qui plaçait la sécurité, le contrôle et l’efficacité opérationnelle au premier plan.

Ironiquement, ces mêmes plans ont contribué aux débuts spectaculaires de l’établissement.

Les préoccupations entourant les transfèrements imminents vers la nouvelle prison à sécurité maximale ont contribué à alimenter les tensions au Pénitencier de Kingston. Lorsque l’émeute a éclaté en 1971, les autorités correctionnelles n’ont guère eu d’autre choix que d’accélérer l’ouverture de Millhaven. En quelques jours, des détenus ont commencé à arriver avant même que les cérémonies d’ouverture officielles puissent avoir lieu.

« Lorsque le Pénitencier de Kingston a fermé ses portes en 2013, Millhaven a accueilli sa population carcérale. Nous portons aussi l’héritage des agents décédés dans l’exercice de leurs fonctions au Pénitencier de Kingston, et nous représentons le personnel de cet établissement lors de funérailles et d’autres cérémonies », explique Chris.

« Il était donc approprié qu’après que presque toute la pierre du Pénitencier de Kingston destinée au Monument commémoratif national eut été jugée excédentaire, Millhaven l’utilise pour construire un mur de pierre et ainsi emporter avec nous une partie du Pénitencier de Kingston. »

Le mur se dressera éventuellement à côté de la capsule temporelle de l’anniversaire, reliant symboliquement le passé de l’établissement à son avenir.

Un lieu comme nul autre

Peu d’établissements du Service correctionnel du Canada fonctionnent à la même échelle ou présentent le même degré de complexité que Millhaven.

Chaque déplacement dans l’établissement exige une planification et une coordination minutieuses.

Pour Chris, qui a amorcé sa carrière au SCC au Pénitencier de Kingston avant d’être muté à Millhaven en 2013, la différence s’est imposée d’emblée.

« Millhaven a été construit sans réserve en réponse aux défis que nous avions au Pénitencier de Kingston », dit-il.

« Cet endroit est fait de pierre et d’acier. Il a été conçu autour de la sécurité, et il l’a été avec succès. Chaque bloc cellulaire est presque un établissement en soi. »

Cette conception permet au personnel d’isoler, de circonscrire et de gérer plusieurs populations en toute sécurité – une nécessité opérationnelle dans le seul établissement fédéral autonome à sécurité maximale pour hommes en Ontario.

« On pourrait passer une semaine dans une unité ici sans jamais savoir qui travaille dans une autre unité », dit Chris.

Ces réalités font en sorte qu’il n’y a pas deux journées pareilles.

« Il arrive que nous devions gérer trois ou quatre incidents importants dans une même journée, alors qu’un autre établissement pourrait en vivre un seul en une semaine, voire en un mois », dit Chris.

Malgré ce rythme, Chris affirme qu’une caractéristique est demeurée constante tout au long de son passage à Millhaven : la façon dont le personnel réagit lorsqu’on a le plus besoin de lui.

« Quand quelque chose déraille, la machine qui se met en marche est assez impressionnante », dit‑il.

« L’instinct, la formation – chacun sait exactement quoi faire. On se dit : “quelle machine bien rodée.” Quand on en a besoin, elle est là. »

Un grand groupe d’employés de l’Établissement de Millhaven pose pour une photo de groupe à l’extérieur, sous des mâts de drapeau, lors des célébrations du 55e anniversaire de l’établissement.

Les employés de l’Établissement de Millhaven se sont réunis sous le drapeau canadien pour célébrer le 55e anniversaire de l’établissement, rendant hommage au personnel dont le dévouement a façonné son histoire au cours des cinq dernières décennies.

La force de l’entraide

Millhaven a connu son lot de moments difficiles au cours des 55 dernières années.

Les premières couvertures médiatiques mettaient souvent l’accent sur les troubles, les évasions et les incidents de sécurité. Plus récemment, l’attention du public s’est souvent portée sur les incidents critiques survenus dans les établissements correctionnels.

Ces situations font partie de l’histoire de Millhaven, mais elles n’en représentent qu’un chapitre.

« Les défis mêmes auxquels le personnel est confronté chaque jour ont aussi forgé un sens peu commun de la solidarité », affirme Chris.

« Il se passe tellement de choses ici, si souvent, que cela devient presque une réalité en soi. Mais sous le couvert de toutes ces expériences difficiles, nous avons développé une capacité incroyable de prendre soin des nôtres. »

Ce soutien va au-delà de l’intervention opérationnelle : Millhaven compte l’une des plus importantes équipes de gestion du stress à la suite d’un incident critique (GSIC) en Ontario, avec plus de 25 bénévoles parmi les agents correctionnels, le personnel infirmier, les psychologues et les employés autres que ceux en uniforme.

Le programme de soutien par les pairs existe pour une raison simple : aucun employé ne devrait avoir à affronter seul un événement traumatique.

« Nous sommes là pour faire le triage, mettre les gens en contact avec des ressources et nous assurer que chacun sait que quelqu’un est là pour lui », dit Chris.

Cette philosophie s’est intégrée à la culture de l’établissement, reflétant une compréhension plus large du fait que la résilience se bâtit non seulement par la formation et le professionnalisme, mais aussi par des personnes qui veillent les unes sur les autres.

C’est une culture de soutien que Terra Scott, gestionnaire correctionnelle par intérim, dit observer chaque jour.

Terra, qui a commencé sa carrière au Centre psychiatrique régional, en Saskatchewan, avant d’arriver à Millhaven en 2021, agit maintenant comme l’une des trois responsables de l’équipe de GSIC de l’établissement, tout en faisant du bénévolat au sein de la garde d’honneur.

Lorsqu’un incident grave survient, l’équipe de GSIC est mobilisée pour soutenir les employés touchés par des événements traumatiques. Ses membres offrent un soutien immédiat par les pairs, coordonnent les séances de débreffage, mettent le personnel en contact avec des ressources dans la collectivité et demeurent disponibles longtemps après la fin de l’incident.

« Nous ne sommes pas des thérapeutes certifiés, explique Terra. Mais nous offrons du soutien par les pairs au quotidien – par message texte, en personne ou au téléphone. Si quelqu’un tend la main, c’est la première étape pour réduire les blessures traumatiques auxquelles nous sommes exposés et en atténuer les effets à long terme. »

L’équipe reconnaît aussi que le stress cumulatif peut être tout aussi important qu’un événement traumatique isolé.

« Si je vois le même agent impliqué dans deux ou trois incidents, je fais des suivis supplémentaires », dit-elle.

« Parfois, ce n’est pas la nature d’un seul événement. C’est l’accumulation d’événements qui crée la blessure. Nous essayons d’être présents et de faire en sorte que les gens se sentent en sécurité lorsqu’ils communiquent avec nous. »

Cette volonté de veiller les uns sur les autres, souvent en dehors des heures normales de travail, est devenue l’une des caractéristiques déterminantes de Millhaven.

« Je consacre beaucoup de temps en dehors de mes heures de travail prévues à offrir du soutien à mes collègues comme bénévole, dit Terra. Ça vient du fond du cœur. Un jour, j’en aurai peut-être besoin moi aussi. »

Trouver de la fierté dans l’histoire

Dans le cadre des célébrations de l’anniversaire, Terra a consacré des mois à faire des recherches sur l’histoire de l’établissement, à recueillir des photographies, des coupures de presse et des documents historiques afin de créer l’exposition commémorative de cette année.

Ce qui avait commencé comme un projet de recherche est rapidement devenu quelque chose de beaucoup plus personnel.

« Lorsque je cherchais de l’information et des photos, j’ai trouvé l’histoire tout simplement fascinante, dit-elle. Cela a changé ma façon de voir l’établissement lorsque j’arrive au travail. »

Pour Terra, comprendre l’histoire de Millhaven crée un lien plus fort entre les employés d’aujourd’hui et ceux qui les ont précédés.

« Lorsqu’on connaît et comprend l’histoire d’un lieu, on peut s’y rattacher et comprendre où l’on travaille, plutôt que de simplement se présenter au travail, dit-elle. Cela change la façon dont on voit l’endroit et la personne que l’on est. »

En plus de l’exposition historique, Terra a aussi créé des fiches « Le saviez-vous? », des mots croisés et d’autres activités conçues pour amener le personnel à s’intéresser au passé de l’établissement.

« Je voulais transmettre cela aux gens, parce que l’établissement est sous la loupe et perçu négativement, dit-elle. Je voulais raviver un sentiment de fierté et d’honneur pour tout ce que nous accomplissons entre ces murs. »

Au-delà des manchettes

L’histoire de Millhaven compte d’innombrables exemples d’employés qui donnent au suivant, entre eux et dans leur collectivité.

Au fil des décennies, le personnel a organisé des tournois de golf caritatifs, appuyé Centraide, acheté des cadeaux pour des enfants défavorisés dans le cadre du programme de l’Arbre des anges, recueilli des milliers de dollars pour des organismes comme Sans limites, Wounded Warriors, la Société canadienne du cancer et Rêves d’enfants, et participé à de nombreuses initiatives locales de collecte de fonds.

Aujourd’hui, ces traditions se poursuivent grâce aux ligues sportives du personnel, aux comités de mieux-être, aux activités familiales et aux initiatives bénévoles.

Les relations tissées grâce à ces programmes, affirme Terra, aident à expliquer pourquoi tant d’employés passent des décennies à l’établissement malgré son environnement opérationnel exigeant.

« On développe des amitiés et des liens solides au sein de l’établissement, dit-elle. Ce sont les aspects positifs qui nous motivent. »

Terra souligne aussi une autre source de fierté qui passe souvent inaperçue.

« Les détenus donnent de l’argent à même leur allocation hebdomadaire directement à des organismes de bienfaisance ici, en Ontario, dit-elle. Et l’une des choses que j’aime le plus, c’est de constater le changement. C’est gratifiant lorsqu’on parvient à créer ces liens, à assurer la sécurité publique et à protéger ses pairs. »

Parfois, ces changements se manifestent des années plus tard.

« Un ancien détenu a écrit au directeur pour remercier le personnel du professionnalisme dont tout le monde avait fait preuve et du soutien en santé mentale qu’il avait reçu, se souvient Terra. C’est agréable de voir des personnes mises en liberté qui ne reviennent pas. Nous savons que nous avons peut-être fait une différence. »

Perpétuer l’héritage

Ce sentiment de continuité est peut-être le plus visible au sein de la garde d’honneur de Millhaven.

Formée à l’origine pour honorer les collègues décédés dans l’exercice de leurs fonctions, l’équipe a élargi son rôle afin d’appuyer les départs à la retraite, les services commémoratifs et les activités de reconnaissance du personnel dans l’ensemble de la région.

« Être membre de la garde d’honneur est un immense privilège, dit Terra. Je crois que cela témoigne de la solidarité qui nous unit, puisque nous faisons preuve de respect et de dignité en tout temps – même lorsque quelqu’un ne peut plus le faire. »

Les célébrations de l’anniversaire de cette année reflètent cette même philosophie. Pour Mike Jensen, directeur de l’établissement, cet anniversaire vise ultimement à célébrer la plus grande force de l’établissement : les personnes qui y travaillent.

« Chaque jour, lorsque j’arrive au travail, peu importe où je vais dans cette unité opérationnelle, je me rappelle constamment que ce sont les membres du personnel qui définissent véritablement cet endroit », dit-il.

« Ils font preuve d’une fierté, d’un dévouement et d’un engagement exceptionnels chaque jour dans leur service à la population canadienne. »

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2026-07-31