De recrue réticente à directrice du Pénitencier de Kingston : le parcours de Donna Morrin au Service correctionnel

Bannière graphique pour Au-delà du badge avec Donna Morrin : « De recrue réticente à directrice du Pénitencier de Kingston. »

Lorsque Donna Morrin a rencontré pour la première fois le directeur du Pénitencier de Kingston en 1977, elle se souvient d’avoir regardé cette figure imposante et de s’être dit que c’était le dernier emploi au monde qu’elle voudrait occuper.

Vingt-cinq ans plus tard, elle était nommée à ce poste.

Au moment où elle a été nommée directrice de l’un des établissements correctionnels les plus légendaires et les plus difficiles du Canada, Donna comptait déjà plusieurs décennies d’expérience au sein du système correctionnel fédéral, ayant géré toutes sortes de situations, notamment l’intégration des femmes dans des établissements traditionnellement masculins, ainsi que des perturbations, des risques de prise d’otages, des meurtres et des suicides au travail.

« Je n’avais pas initialement choisi de travailler ici, dit-elle. J’ai simplement trouvé le domaine correctionnel fascinant. »

Sa longue carrière a commencé par hasard. Après avoir obtenu son diplôme de premier cycle à l’Université Queen’s en 1975, Donna avait l’intention de fréquenter un collège d’enseignement et de devenir éventuellement entraîneuse de basketball. Alors qu’elle cherchait un emploi d’été, elle a obtenu un poste de commis pour une période déterminée à la Commission nationale des libérations conditionnelles à Ottawa.

À la fin de l’été, elle avait décidé que l’enseignement pouvait attendre.

Elle s’est jointe au Service national de libération conditionnelle, où elle est devenue agente de libération conditionnelle dans la collectivité, puis a travaillé à l’ancienne Prison des femmes à Kingston.

Ce qui l’intéressait, c’étaient les personnes, autant d’un côté que de l’autre des barreaux. Chaque journée était différente, tout comme les personnes auprès desquelles elle travaillait. Lorsqu’elle a accédé à des postes de haute direction, l’éventail des responsabilités s’est élargi davantage.

« On travaillait avec les Services techniques, les Services d’alimentation, la Sécurité et les Services de santé, dit-elle. Le travail variait beaucoup et il y avait beaucoup de défis à relever. »

Il y avait aussi des obstacles à surmonter. Dans les années 1970, le domaine correctionnel demeurait largement dominé par les hommes, et les femmes commençaient tout juste à occuper des postes de première ligne dans les établissements pour hommes.

Donna a d’abord trouvé des possibilités d’avancement en gestion à la Prison des femmes avant d’occuper un poste de superviseure à l’Établissement de Collins Bay, en 1984, pendant une période difficile où des agentes correctionnelles étaient intégrées pour la première fois dans les rangées.

En 1989, elle est devenue sous-directrice de la Prison des femmes, qui, à cette époque, était le seul pénitencier fédéral pour femmes au Canada. C’était un établissement confronté à un problème fondamental : les politiques et les pratiques avaient en grande partie été conçues en fonction d’une population carcérale masculine.

Même les articles approuvés comme effets personnels des détenues en témoignaient. Donna se souvient qu’une politique dite non sexiste pouvait, par exemple, n’autoriser qu’une seule boucle d’oreille par personne incarcérée, simplement parce qu’elle avait été rédigée en fonction des hommes.

Des questions encore plus profondes se posaient au sujet des détenues enceintes et des nouvelles mères. Il arrivait que des femmes accouchent alors qu’elles étaient toujours incarcérées, ce qui exigeait que deux agentes ou agents les accompagnent à l’hôpital. Donna se souvient que des membres du personnel passaient de longues périodes assis aux côtés des nouvelles mères et de leurs bébés. Avec le temps, une salle d’isolement de l’hôpital de l’établissement a été convertie en petite pouponnière.

Ces années ont également changé la façon dont Donna percevait le milieu correctionnel. Elle attribue à Mary Cassidy, ancienne directrice d’établissement et collègue, le mérite d’avoir contribué à l’adoption d’approches plus réfléchies pour les femmes incarcérées.

« Beaucoup de personnes qui travaillent au Service ne prennent pas le temps d’aller au-delà des apparences pour voir la détenue ou le détenu comme un être humain, plutôt que comme une personne condamnée pour un crime », explique Donna.

Une autre transition marquante s’en est suivie : sa nomination au poste de sous-directrice de l’Établissement de Millhaven, un établissement à sécurité maximale.

D’une certaine manière, elle trouvait plus facile de travailler auprès d’hommes ayant une cote de sécurité maximale.

« Ces gars-là étaient des criminels endurcis, et ils savaient distinguer le bien du mal, » dit-elle. Ils pouvaient être instables et nécessitaient des mesures de contrôle plus strictes, mais les attentes étaient souvent plus claires.

Après l’Établissement de Millhaven, Donna s’est jointe à l’Établissement de Joyceville, où elle a été directrice pendant sept ans. C’est là qu’elle a acquis la conviction qui l’a suivie tout au long de sa carrière en gestion : les réussites à l’intérieur d’une prison appartiennent en grande partie aux membres du personnel de première ligne.

« Lorsque quelque chose connaît du succès dans une prison, ce n’est presque jamais grâce à la direction, dit-elle. C’est grâce aux membres du personnel, car ce sont eux qui interviennent auprès des détenus au quotidien. »

Lorsqu’elle s’est jointe au Pénitencier de Kingston, elle a amené plusieurs membres du personnel de confiance avec elle.

Le Pénitencier de Kingston était différent. Construit en calcaire solide et doté de cellules à barreaux et de pavillons désuets, il n’était pas conçu pour un système correctionnel moderne. La population carcérale qui s’y trouvait comprenait des détenus ayant une cote de sécurité maximale, des hommes ayant besoin d’isolement protecteur, des personnes ayant des besoins importants en santé mentale et des détenus qui ne pouvaient plus être gérés en toute sécurité ailleurs.

« C’était probablement ma prison préférée et la prison la plus difficile, » dit Donna.

Le fait de gérer un tel établissement lui a aussi montré à quel point les services correctionnels avaient radicalement évolué. Les décennies précédentes étaient caractérisées par des interventions physiques plus immédiates, mais elle voyait désormais les membres du personnel miser d’abord sur la communication et la négociation.

Vue aérienne du Pénitencier de Kingston et du paysage environnant.

L’emprisonnement, tel qu’il existe au Canada de nos jours, remonte à la construction du pénitencier de Kingston en 1835.

« L’un des plus grands changements que j’ai observés au fil des ans a été le fait de passer d’interventions réactives, où on intervient et prend le contrôle, à la négociation, dit-elle. On peut économiser beaucoup de temps et d’efforts et éliminer la possibilité que des gens se blessent. »

Cette intensité a inévitablement suivi Donna à la maison.

Elle et son mari, Peter, élevaient deux enfants à une époque où un appel téléphonique tôt le matin pouvait signifier un meurtre, un suicide ou une perturbation majeure. 

Un matin, le téléphone a sonné vers 7 h alors que les enfants déjeunaient. Il y avait eu un meurtre dans l’une des rangées.

Donna a dû quitter immédiatement.

« Je leur ai dit : “Vous êtes OK pour vous rendre à l’école à pied? Je dois m’occuper d’un problème.”, » se souvient‑elle.

Ses enfants, alors âgés d’environ 12 ans et 14 ans, lui ont assuré qu’ils pouvaient le faire. Donna n’est rentrée à la maison que vers 20 h ce jour-là.

« Quand je suis entrée, les deux enfants se sont tournés vers moi et ont dit : “Salut, maman. Comment s’est passé ton meurtre?” »

C’était une question anormalement anodine, qui reflétait leur réalité quotidienne. Mais Donna s’est toujours efforcée de faire en sorte que le milieu correctionnel ne définisse pas l’univers de ses enfants. C’est pourquoi, en 2004, elle a pris un congé de cinq mois pour faire le tour du monde avec eux.

Ils ont commencé leur voyage au Japon, puis ont poursuivi en Corée, en Chine, à Singapour, en Australie, en Nouvelle-Zélande, en Thaïlande et au Laos, voyageant avec des sacs à dos et louant une roulotte en cours de route.

Après 38 ans de service au sein du SCC, Donna a pris sa retraite en janvier 2013, mais la retraite ne l’a vraiment pas ralentie. Elle a mené des enquêtes correctionnelles dans les Territoires du Nord‑Ouest et a travaillé sur la scène internationale avec l’Institut Raoul Wallenberg de la Suède sur des questions relatives aux droits de la personne dans les prisons d’Afrique.

Depuis, elle a gravi le mont Kilimandjaro à quatre reprises, fait de la randonnée jusqu’au camp de base de l’Everest, parcouru le chemin de l’Inca au Pérou et marché plus de 700 kilomètres sur le chemin de Saint-Jacques-de-Compostelle. Elle a aussi aidé à organiser des escalades de collecte de fonds et a participé bénévolement à des missions médicales en Tanzanie.

Les voyages demeurent une composante importante de la vie de Donna et de Peter. Revenant récemment d’Irlande, elle prépare maintenant un autre voyage sur le Nil, en Égypte. Elle vient aussi de devenir grand-mère, et le couple a déjà une paire de skis pour bébé qui attend leur petit-fils, lorsqu’il sera assez grand pour les utiliser.

Aujourd’hui, Donna conserve des liens avec l’établissement qu’elle n’aurait jamais cru diriger un jour. Elle est membre fondatrice des Amis du Musée pénitentiaire de Kingston et agit à l’occasion comme bénévole.

Elle a aussi recroisé d’anciens détenus. Certains ont participé aux visites publiques qu’elle menait parfois au Pénitencier de Kingston après sa retraite. D’autres, des années après leur mise en liberté, lui ont envoyé des annonces de naissance accompagnées de photos de leurs enfants et de messages indiquant qu’ils allaient bien.

Ces messages l’ont profondément marquée et lui ont rappelé pourquoi, malgré les crises, les controverses et près de quatre décennies passées en milieu correctionnel, elle est demeurée fascinée par le domaine correctionnel : les gens peuvent changer.

Et pour survivre à cette carrière, il lui fallait aussi se rappeler une chose à son propre sujet.

« Il faut avoir le sens de l’humour, dit-elle, et ne pas se prendre trop au sérieux. »

Détails de la page

2026-09-18