Bob Willis : Une carrière dans les services correctionnels de père en fille

Une bannière graphique montrant le bob, avec l’Établissement de Millhaven en arrière-plan. Texte d’accompagnement qui se lit comme suit : « Au-delà du Badge, avec Bob Willis. Une carrière dans les services correctionnels de père en fille

Bob Willis, qui a grandi dans le village de Portsmouth, à Kingston, a été entouré de prisons toute son enfance.

Chaque jour, quand il livrait les journaux, il apercevait l’hôpital psychiatrique de la ville se profiler dans une direction, et le Pénitencier de Kingston ainsi que la Prison des femmes dans l’autre. En avril 1971, il faisait partie de la foule qui regardait se dérouler l’émeute du Pénitencier de Kingston alors que l’armée intervenait.

À peine cinq ans plus tard, il débutait sa propre carrière au sein du système correctionnel fédéral. Au cours des décennies qui ont suivi, Bob a travaillé à plusieurs établissements et bureaux de libération conditionnelle dans la région de Kingston, a noué une relation professionnelle étroite avec Anne Kelly bien avant qu’elle ne devienne la commissaire du Service correctionnel du Canada (SCC), puis a vu sa propre fille suivre sa trace dans le domaine des services correctionnels.

Au départ, Bob ne prévoyait pas se joindre au SCC. À 16 ans, il a intégré le Prince of Wales Own Regiment de Kingston, puis est devenu infirmier psychiatrique auxiliaire à l’hôpital psychiatrique de Kingston.

Un homme en chemise rouge pose pour une photo. Il y a une maison bleu clair en arrière-plan, ainsi que de nombreux arbres.

Puis un jour, sa femme Nancy, qui travaillait à l’administration régionale du SCC, est revenue de travailler et lui a appris qu’on embauchait des agentes et agents correctionnels.

« L’échelle salariale était nettement supérieure à mon salaire du moment, raconte Bob. J’avais une famille, une hypothèque, et je me cherchais un emploi stable qui comprenait des avantages sociaux et qui permettrait à ma famille de vivre confortablement. »

Son passé militaire et son expérience des soins infirmiers psychiatriques l’ont aidé à passer l’entrevue. En décembre 1976, alors âgé de 23 ans, Bob a fait son entrée à l’Établissement de Millhaven.

L’établissement traversait de grands bouleversements à l’époque, et Bob était renversé par la violence.

« J’étais un p’tit gars d’un village de Kingston, dit-il. Les détenus me répétaient toujours : “Qu’est-ce que tu sais, toi? T’es encore un enfant.” »

Il se souvient d’avoir assisté aux funérailles de collègues et à des incidents qui pouvaient devenir dangereux en quelques secondes. Pendant une prise d’otages, des membres du personnel tentaient de dissuader un détenu qui tenait un couteau quand soudain, l’homme a retourné l’arme contre lui-même.

Ce sont des expériences comme celles-là qui ont poussé Bob à suivre de la formation sur la prévention du suicide et la négociation durant une prise d’otages.

« On était constamment sur nos gardes, parce qu’on pouvait être appelés à intervenir n’importe quand », dit-il.

En revenant sur les trois décennies qu’il a passées dans le domaine des services correctionnels, Bob se situe dans le temps par rapport à ce qui se passait au-delà des murs de la prison.

Il travaillait dans une tour au moment où a été annoncée la nouvelle du décès d’Elvis Presley. Il travaillait de nuit comme agent responsable à l’Établissement de Bath quand les détenus qui regardaient la télévision ont appris que John Lennon avait été tué par balle. À l’Établissement de Collins Bay, une secrétaire est entrée en courant dans le bureau pour annoncer que la navette spatiale Challenger avait explosé.

Des années plus tard, alors qu’il était agent de libération conditionnelle, ses collègues et lui ont pris une pause pour regarder la diffusion du prononcé du verdict dans le procès d’O.J. Simpson.

« Des moments qui comptent parmi les plus importants de l’histoire se sont produits quand je travaillais dans le système correctionnel, dit-il. C’est plutôt marquant. »

Les personnes qu’il a rencontrées en cours de route sont tout aussi marquantes : des collègues avec qui il a noué des amitiés durables, avec qui il joue au golf et qu’il rencontre régulièrement dans le cadre de soirées cinéma des décennies plus tard. 

« Nos amies et amis les plus proches sont toutes des personnes retraitées du SCC », dit-il.

C’est également à l’Établissement de Collins Bay que Bob a travaillé pour la première fois avec Anne Kelly, qui était alors agente de gestion des cas.

Leurs parcours se sont recroisés quand Bob est devenu formateur régional et coordonnateur du modèle de gestion de cas pour la réinsertion sociale du SCC. Anne coordonnait l’initiative à l’échelle nationale, alors que Bob travaillait en étroite collaboration avec des membres du personnel de partout en Ontario.

Quand Anne a pris sa retraite en 2026, elle a écrit à la fille de Bob pour lui parler de l’influence de son père :

« Je ne serais jamais parvenu au poste de commissaire sans les conseils qu’il m’a offerts. Il a fait en sorte que je sois soutenue, mise à l’épreuve et encouragée à m’épanouir. »

La carrière de Bob s’est quant à elle orientée de plus en plus vers la libération conditionnelle, la gestion de cas et la réinsertion sociale.

Dans les années 1980, il est apparu dans le documentaire primé de John Kastner intitulé The Lifer and the Lady, qui explique pourquoi il est important de préparer les délinquants et délinquantes à leur mise en liberté.

« Qu’on le veuille ou non, les personnes condamnées à perpétuité vont finir par sortir et circuler librement dans les rues, dit Bob. C’est pour cette raison qu’à leur arrivée en prison, on fait de notre mieux pour les préparer à retourner vivre dans la collectivité en leur offrant des programmes de traitement. »

Toutefois, la réinsertion sociale amenait aussi son lot de cas où les risques étaient bien réels.

Quand il était spécialiste de la détention, Bob a reçu la visite de policiers provinciaux préoccupés par rapport à un délinquant dont la peine tirait à sa fin. Ils s’inquiétaient de la sécurité de Bob.

Bob avait montré une photo de l’homme aux membres de sa famille en les avertissant de se tenir loin si jamais ils le voyaient.

Peu de temps après sa mise en liberté, Nancy l’a elle-même croisé.

Elle était arrêtée à un feu rouge dans sa voiture quand elle a vu l’homme traverser la rue et la regarder directement.

« Elle a dit : “J’ai pratiquement perdu connaissance. Je me suis dit, oh mon dieu, c’est lui” », se souvient Bob.

Il explique qu’environ une semaine plus tard, l’homme en question a tranché la gorge d’une infirmière avec un couteau dans le stationnement d’un hôpital. Elle a survécu seulement grâce à la rapidité de l’intervention médicale.

Quatre personnes sur la photo. Une personne offrant une médaille à un agent correctionnel en uniforme. Un autre agent correctionnel en uniforme se tient à côté d’un homme en costume.

« Ça m’est arrivé quelques fois de devoir dire à mes enfants : “Faites attention” », dit Bob.

La plupart du temps, il tentait de ne pas ramener son travail à la maison. « Mais ma famille sentait parfois qu’il y avait de la tension, dit-il. Parfois, quand je travaillais comme gardien, je revenais du travail et je voulais être tranquille et qu’on me laisse seul. Il y a eu des journées comme où j’étais dépassé par ce qui se passait au travail. »

Nancy comprenait ce monde-là mieux que la plupart des gens. Elle a passé la plupart de sa carrière au sein du système fédéral de sécurité publique, entre autres à la Commission nationale des libérations conditionnelles.

Pendant près de 20 ans, sa carrière a chevauché celle de Bob. Ils ont même formé des agentes et agents correctionnels ensemble. Nancy donnait la perspective de la Commission, et Bob expliquait le rôle de l’agent ou agente de libération conditionnelle. Ils surnommaient leur travail d’équipe « the Bob and Nancy show » (le duo Bob et Nancy).

« Le travail de l’un était complémentaire à celui de l’autre, et on a eu des discussions constructives », dit Bob.

Puis en 2023 est survenu un moment qu’il ne s’était jamais imaginé quand il est entré à l’Établissement de Millhaven à 23 ans.

Quand sa fille Melissa a obtenu son diplôme d’agente correctionnelle, Bob a été invité à lui remettre son insigne dans le gymnase du Collège du personnel, dans lequel il avait lui-même obtenu son diplôme près de 47 ans plus tôt.

« Ça a été un honneur pour moi de remettre moi-même son insigne d’agente correctionnelle à ma fille, dit-il. Melissa nous a rendus très fiers. »

Aujourd’hui, elle est agente correctionnelle (CX-02) et membre de la garde d’honneur du SCC.

Bob est retraité depuis 2008, mais pour Nancy et lui, l’heure n’était pas encore venue de s’arrêter. Devenus guides touristiques, ils voyagent beaucoup et accompagnent des groupes à New York, Boston, Nashville et autres. Aujourd’hui, ils vivent au bord du lac Ontario dans la ville de Bath, près de leur fille et de leurs petits-enfants.

Bob s’est aussi trouvé un autre moyen de laisser libre cours à son instinct d’enquêteur qui le poussait à creuser plus loin dans les dossiers de libération conditionnelle : la généalogie.

« Ça ressemble tellement à mon ancien travail d’agent de libération conditionnelle, dit-il. J’aimais creuser pour trouver des faits et des chiffres pour que mes rapports à l’intention de la Commission soient informatifs, et non pas la copie conforme d’une évaluation. »

Dans le cadre de ses recherches, il a découvert des parents perdus depuis longtemps, des photos vieilles de cent ans et l’histoire de son grand-père, l’un des milliers d’enfants orphelins envoyés au Canada depuis l’Angleterre vers la fin du XIXe siècle. Il a également retracé l’histoire familiale de Nancy, dont un lien avec un parent qui a joué pour les Canadiens de Montréal et gagné cinq fois la Coupe Stanley.

Sans qu’ils ne s’y attendent, les recherches de Bob les ont amenés, lui et Nancy, devant les caméras. Après qu’ancestry.com ait fait appel à ses membres ayant des histoires familiales intéressantes, le couple s’est rendu à Toronto pour tourner une série d’annonces pour la compagnie.

Bob a passé le plus clair de sa vie à observer les gens de près, d’abord au sein d’un système correctionnel, et maintenant à travers les générations de sa propre famille.

C’est peut-être pourquoi, avec tous les endroits où il a travaillé et tous les événements historiques qu’il a vécus, sa définition d’une vie bien remplie est remarquablement simple.

« J’ai été chanceux dans la vie », dit-il.

Plus que tout, c’est ainsi qu’il choisit de se le rappeler.

Bob et Nacy posent pour une photo avec leur fille Melissa, qui porte sa tenue cérémonielle.

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2026-10-19