Remarques du greffier à l'Association professionnelle des cadres supérieurs de la fonction publique du Canada (APEX)

Discours

L’allocution définitive fait foi
7 juin 2017

Permettez-moi d’abord de dire quelques mots de remerciement. Je tiens à remercier le rabbin Bulka pour sa présentation des plus inspirante. Cette présentation est particulièrement pertinente dans le cadre de vos travaux. D’ailleurs, quand je pense à ce que vous faites, le mot « bonté » me vient à l’esprit. Je remercie l’Association professionnelle des cadres supérieurs de la fonction publique du Canada (APEX), qui a commencé le travail lié à la civilité et au respect il y a plusieurs années et qui a ouvert le dialogue à ce sujet.

Les résultats de nos sondages annuels en milieu de travail laissent entendre qu’un nombre trop élevé d’employés se sentent victimes de harcèlement ou de discrimination au travail. Nous devons améliorer nos milieux de travail. Si les gestes de bonté, de respect, de civilité et de décence font partie de la solution, vous nous avez aidés en établissant le dialogue, et je vous en remercie sincèrement.

Je remercie aussi les organisateurs et l’équipe de l’APEX d’avoir organisé cet événement. Je sais que l’organisation de tels événements exige beaucoup d’heures de bénévolat, et vous êtes déjà très occupés. Il est toutefois important que les gens prennent le temps de participer activement dans leur milieu de travail. Ils peuvent notamment faire du travail syndical, siéger à des comités d’équité, participer à des groupes affinitaires ou à des collectivités professionnelles, faire du mentorat, défendre les intérêts de leur collectivité ou simplement ensoleiller la vie de leurs collègues. C’est une chose à laquelle j’attache une grande importance, et j’espère que c’est également important pour vous.

Pour ne pas être redondant, je ne reverrai pas avec vous mes priorités. Je vais par contre insister sur quelques messages, parce que je souhaite communiquer activement avec vous et avec les autres fonctionnaires. Mon rapport annuel au premier ministre a été affiché sur mon site Web. De nombreux éléments d’information sont affichés en ligne. Je prononce beaucoup de discours et je prends la parole lors de nombreux événements différents. Tout se trouve en ligne. Je me suis notamment adressé au forum des SMA, à la communauté des politiques, à la communauté de la GI/TI, à la communauté des RH, à plusieurs conseils fédéraux ainsi qu’aux participants au Salon de l’innovation la semaine dernière.

Dans mon rapport annuel de l’année dernière, j’ai mentionné qu’en ma qualité de greffier, j’ai deux rôles importants. Il s’agit des mêmes rôles qu’assumaient mes prédécesseurs et qu’assumeront mes successeurs.

Mon premier rôle consiste à aider le gouvernement à donner suite à ses priorités et au mandat démocratique dont il a été investi à l’issue d’élections libres et équitables. Chaque gouvernement mérite le soutien d’une fonction publique professionnelle et impartiale afin de pouvoir concrétiser ses priorités. C’est là un aspect important du travail. Nous en sommes à la deuxième année du mandat du présent gouvernement, et il s’agit d’une période de très grande activité. On peut difficilement reconnaître les initiatives qui ont été mises en œuvre ou encore avoir une idée claire de celles qui le seront.

J’essaie de rester tourné vers l’avenir et de me concentrer sur les capacités de la fonction publique. J’accorde une grande importance à cette institution, et je veux veiller à ce que nous ayons, à l’avenir, les capacités, les compétences et les outils nécessaires pour emboîter le pas aux changements qui se produisent au pays et ailleurs dans le monde, et pour bien servir nos gouvernements. J’investis beaucoup de temps dans les capacités de la fonction publique et tout le monde présent ici m’aide à le faire.

C’est essentiellement ce en quoi consiste également votre travail. Tout le monde ici à un rôle à jouer à cet égard. Vous participez tous à la réalisation de l’une ou l’autre des quelque 320 priorités du mandat du gouvernement, et vous travaillez d’arrache-pied pour faire avancer les choses, que ce soit dans le domaine de l’élaboration des politiques, des règlements et des lois, des négociations ou de la prestation de services à l’interne ou à l’externe. Une grande partie de ce que vous faites permet d’aider le gouvernement à donner suite à ses priorités et à ses engagements envers les Canadiens et Canadiennes.

J’espère que vous êtes conscients du fait que vous devez aussi vous tourner vers l’avenir et tenter de renforcer les capacités et les compétences des gens qui relèvent de vous. À la fonction publique, il y a environ 6 000 cadres et 260 000 fonctionnaires. Cela signifie donc que chacun de vous exerce une influence sur une vingtaine de personnes. Certains d’entre vous ont des équipes encore plus grosses. Mais, comme nous l’a rappelé le rabbin Bulka, vous avez tous plus d’influence que vous ne le croyez sur la planification des travaux, l’environnement de travail et le ton.

L’un des messages que je souhaite vous transmettre aujourd’hui, c’est que vous devriez vraiment consacrer du temps et de l’énergie à cet égard. Je sais que ce n’est pas facile. Vous ne pouvez pas simplement déléguer la tâche à un fournisseur de services ou à un responsable des ressources humaines, de la TI ou des finances. Notre travail est axé sur les gens. Tout ce que nous faisons vise à appuyer les gens qui travaillent tous les jours au service de la population canadienne et de leur gouvernement. Les RH, ce n’est pas une partie négligeable de votre travail. C’est votre travail. Vous devriez consacrer du temps au recrutement, à la sélection, au maintien en poste, à la gestion du rendement et à la gestion des talents. Nous devons trouver des outils efficaces et intelligents qui vous aideront à faire votre travail. J’insiste sur le fait que ces tâches ne s’ajoutent pas à votre travail : c’est votre travail. Et je veux travailler avec vous pour trouver des moyens qui vous aideront à l’accomplir.

Je tiens aussi à souligner deux anniversaires : d’abord, le 150e anniversaire de notre pays.

Évidemment, notre pays – y compris le territoire algonquin sur lequel nous nous trouvons présentement – est occupé depuis des dizaines de milliers d’années. Mais l’État canadien célèbre son 150e anniversaire. Nous profitons de ce point marquant important pour réfléchir à la voie que nous avons suivie, à ce que nous avons vécu, à là où nous en sommes, à notre identité et à la voie que nous voulons suivre à l’avenir. Le meilleur aspect des anniversaires, c’est qu’ils nous permettent d’ouvrir un dialogue au sujet du pays.

L’anniversaire du Canada, c’est aussi l’anniversaire de la fonction publique. En fait, la fonction publique a vu le jour avant la Confédération, car il fallait bien que la Confédération fasse l’objet de planification. Nous servons les Canadiens et les Canadiennes depuis plus de 150 ans. Au début, la fonction publique a connu une période d’une cinquantaine d’années où, si les gens votaient pour le bon parti, on leur trouvait un emploi au bureau de poste. Il reste encore des vestiges de cette période au pays, mais, il y a 100 ans, à l’instar d’autres pays, nous avons adopté un modèle de fonction publique impartiale et fondée sur le mérite. Les gouvernements se sont succédé, mais la fonction publique a toujours été là pour les servir. 

Nous tenons la fonction publique pour acquis, mais je pense que cet anniversaire et ce que nous voyons à la télévision et en ligne nous rappellent qu’il ne faut jamais tenir cet élément pour acquis. La situation est très fragile dans certains pays. Nous avons assisté à la chute de démocraties. Nous avons vu la détérioration rapide de choses qui allaient bien. Tous les éléments que nous tenons pour acquis – la gouvernance démocratique, les élections justes et libres, un système judiciaire indépendant et une presse libre – sont importants. Et bien que nous n’accordions pas une aussi grande attention à notre fonction publique impartiale, il convient de noter qu’elle fait non moins partie de ces éléments.

L’année dernière, l’élément sur lequel j’ai mis l’accent est très clair. Je suis arrivé en poste quelques mois après l’entrée en fonction du gouvernement actuel. Nous sommes passés en seulement 16 jours civils d’un gouvernement entièrement fonctionnel à un autre gouvernement entièrement fonctionnel, mais aux allégeances différentes. 

Pensez-y. C’est un exploit remarquable! On a tendance à le perdre de vue pour mettre l’accent sur les priorités actuelles, mais n’oubliez pas d’en parler avec vos amis, vos collègues et votre famille. Les gouvernements en viennent à nous faire confiance et à se fier à nous pour apprendre à nous connaître. En apprenant à mieux nous connaître, ils apprennent à connaître nos forces et nos faiblesses et peuvent préciser les aspects à améliorer. C’est un message important qu’il faut véhiculer haut et fort, partout.

Nous avons de nombreuses sources de rétroaction, ces gens qui nous disent ce que nous devrions améliorer. Parfois, ça nous irrite et ça nous frustre. Mais, à mon avis, il ne faut pas être sur la défensive. La surveillance parlementaire, la participation des mandataires du Parlement, la transparence et la place active des médias témoignent toutes d’une société en santé. C’est là une bonne chose et, à cet égard, nous faisons l’envie de bien des pays. Nous ne pouvons y échapper, et c’est ce qui nous permet d’améliorer la fonction publique.

Nous devrions aussi célébrer toutes nos réalisations. Nous avons connu des changements économiques, des changements géopolitiques, des guerres mondiales, des dépressions ainsi que des changements au chapitre de la technologie, des processus de travail et des échanges commerciaux. Depuis ses débuts, la fonction publique apprivoise de nouvelles technologies : téléphone, télévision, ordinateurs et Internet. Lorsque des changements se produisent sur le fonds, mais que les gouvernements et instituions n’apportent des changements que sur la forme, les écarts ne font que se creuser. Le vrai défi consiste à élaborer des politiques publiques censées, à réglementer de façon intelligente et à assurer une saine administration publique. Et c’est là que nous intervenons.

L’autre anniversaire dont je veux parler, c’est le deuxième anniversaire de l’arrivée au pouvoir de l’actuel gouvernement, et il approche à grands pas. Nous sommes à mi‑chemin du mandat du gouvernement. Je ne suis pas en train de compter à rebours, mais je peux vous dire que les prochaines élections sont prévues pour le lundi 21 octobre 2019, et le gouvernement le sait très bien. L’opposition a élu un nouveau chef la semaine dernière, alors que nous avons tracé la ligne entre les deux moitiés du mandat. Il y a eu la période d’après-élection, et il y a maintenant la période rocambolesque de la préparation en vue des prochaines élections. Il tarde au gouvernement d’aller de l’avant au sujet des programmes, de la législation, de la gouvernance, des nominations et de l’appareil gouvernemental au cours de la prochaine année pour qu’en 2018, il ait concrétisé ses grandes priorités. Les choses vont bouger, et nous allons nous nous en rendre compte, moi y compris.

Cela signifie aussi que nous nous habituons à notre gouvernement et à sa façon d’apprendre, de prendre des décisions, d’agir, de réagir et de communiquer. Et cela constitue un défi pour nous, les dirigeants d’organisations. C’est nous qui devons nous adapter au gouvernement, pas l’inverse. Or, voilà que nous sommes à l’aise avec nos processus et des changements graduels. C’est bien beau, et la stabilité et la continuité présentent des avantages dans un monde turbulent. Cependant, nous subissons des changements fondamentaux, et il n’en aurait pas été autrement si le gouvernement portait une autre couleur. Les citoyens ont des attentes élevées. Les Canadiens sont engagés : ils participent à la prise de décisions et ils influencent les lois et les politiques qui les touchent. Ils veulent participer dès le début dans les processus du gouvernement. Ils veulent donner de la rétroaction sur les services qu’ils ont reçus. Et nous devons en tenir compte.

L’innovation, ce n’est pas que la saveur du jour. Nous courrons d’importants risques si nous n’emboîtons pas le pas pour élaborer des politiques publiques censées ou si nous n’assurons pas une saine administration. Le but de l’innovation, ce n’est pas de faire quelque chose de nouveau ou de génial; c’est d’améliorer nos façons de faire. L’innovation devrait nous permettre de transformer nos services, nos modes de réglementation et nos processus d’élaboration de politiques. Nous avons la permission d’expérimenter et même de subir des échecs, et nous avons le degré de tolérance au risque nécessaire pour le faire. Il y a toute une occasion à saisir, tant que nous faisons preuve de transparence, d’honnêteté et d’ouverture envers les Canadiens. Il ne fait pas de doute que c’est une occasion à ne pas rater.

La donne a beaucoup changé en ce qui concerne l’équité en matière d’emploi et la diversité. La diversité du pays est incontestable. C’est la réalité dans nos villes, dans nos communautés et dans nos écoles. Il suffit d’assister à une cérémonie de remise de diplômes au secondaire : la preuve de la diversité est irréfutable.

L’inclusion, c’est un acte de volonté. L’inclusion, c’est inviter des gens à participer à des dialogues, c’est les faire intervenir, c’est écouter ce qu’ils ont à dire. En outre, c’est adopter une approche inclusive de collaboration à l’égard de la prise de décisions et de l’apprentissage. Qui dit diversité, ne dit pas nécessairement inclusion. Pour favoriser l’inclusion, des changements s’imposent, et ces changements peuvent être très difficiles pour les grandes organisations bureaucratiques.

Il ne suffit pas d’avoir le bon profil démographique, d’avoir un jeune effectif ou d’embaucher des membres des minorités visibles. L’inclusion, c’est une question beaucoup plus vaste qui a plutôt à voir avec une culture de travail et d’apprentissage favorisant la participation. La situation n’est pas facile pour les dirigeants qui sont pris entre l’arbre et l’écorce. Il est possible d’acquérir les compétences nécessaires, mais il est difficile de changer d’attitude, et c’est ce qu’il faut encourager.

Les gens vous prennent comme modèle. Ils vous surveillent. Ils prennent votre ton. Si vous êtes blasés et cyniques, votre équipe le sera aussi en six mois. Si vous faites preuve de résilience, de persistance, d’optimisme et de gentillesse, vous verrez qu’en six mois, votre équipe le fera aussi. C’est vous qui modelez votre environnement de travail.

Comment présidez-vous vos réunions? Posez-vous les questions toujours aux mêmes personnes? Est-ce les mêmes personnes qui dominent chaque réunion? Tendez-vous la main aux autres? Vous assurez-vous de demander l’opinion des personnes les plus tranquilles? Utilisez-vous des moyens pour tenir compte d’autres points de vue dans le dialogue? En tant que dirigeants, nous allons tous devoir jouer un rôle de premier plan pour changer la culture.

Toujours au sujet des changements, il est évident que le premier ministre et son Cabinet prennent très au sérieux l’établissement d’une nouvelle relation avec les Autochtones, laquelle exigera des politiques, des lois et des règlements rigoureux. Nous sommes en train de changer de manière fondamentale la façon dont le pays pense et agit, et vous serez nombreux à y prendre part. Ce n’est pas l’affaire d’un groupe restreint de spécialistes, c’est l’affaire de tous. Et je ne crois pas que cela changera. Nous sommes témoins d’un important changement à l’échelle nationale.

La santé mentale s’inscrit dans le mieux-être au travail, le respect et la civilité. Les problèmes sont en grande partie attribuables aux pratiques de gestion, mais les pratiques de gestion peuvent aussi faire partie de la solution. Vous jouez un rôle de premier plan en ce qui concerne la santé mentale en milieu de travail et le bien-être de la vingtaine d’employés qui relèvent de vous.

Vous occupez des postes exigeants et vous devez travailler sans relâche. Il y a toujours des lectures supplémentaires que vous pourriez faire, d’autres personnes que vous pourriez rencontrer et d’autres choses auxquelles vous pourriez penser. Bref, il y a plusieurs raisons pour lesquelles vous pourriez vous inquiéter. L’APEX a été un chef de file pour amorcer une réflexion sur les outils nécessaires pour renforcer la résilience des individus et des groupes. Vous êtes pris entre deux feux : le travail à cet égard n’ira pas en diminuant, mais les ressources ne sont pas infinies. N’oubliez pas de voir à votre propre santé pour pouvoir être là pour votre famille et vos équipes. Je boucle ainsi la boucle : je vous dis merci.

Notre réputation a souffert cette année. Le système de paie a beaucoup nui à nos employés, et n’oublions pas le public et les parlementaires. Un grand nombre de collègues travaillent d’arrache-pied pour régler les problèmes et stabiliser le système. J’espère de tout cœur pouvoir vous donner de meilleures nouvelles à ce sujet à l’avenir.

Cette situation a porté un coup dur à la réputation de la fonction publique qui, semblerait-il, ne peut pas gérer de grands projets, surtout pas des projets de TI. Ce n’est pas vrai. Dans mon rapport, je décris de nombreux exemples où des fonctionnaires ont conçu, géré et mis en œuvre des projets avec beaucoup de compétence, projets qui ont d’ailleurs profité aux Canadiens. Nous faisons du bon travail. Pour ne nommer que quelques exemples, il y a le recensement, le système permettant de remplir automatiquement certains champs de la déclaration de revenus et la mise en place de bornes de l’ASFC.

La grande difficulté à surmonter, ce n’est pas faire preuve d’innovation au chapitre des services à la clientèle – y compris pour les clients externes –, c’est faire preuve d’innovation dans nos services internes. Le public est au courant de cette difficulté et, depuis la dernière année, ce fait m’inquiète, me trouble et me déçoit. Il est important que chacun de vous rappelle aux Canadiens, à ses voisins et à ses proches tout ce que nous faisons bien. Il y a beaucoup de réussites dont nous pouvons nous vanter. Les Canadiens comptent sur nous et nous font confiance depuis des générations. Ils estiment que la fonction publique est honnête, impartiale et exempte de corruption. Vous n’avez pas à payer quelqu’un pour obtenir rapidement un passeport. Il s’agit là d’un important atout pour notre pays. Les gouvernements qui se sont succédé en sont venus à apprécier le fait que, peu importe la direction qu’ils choisissent, nous les aiderons à trouver des solutions et à les mettre en œuvre. En effet, c’est un important atout pour notre pays, et nous devrions en être très fiers. Nous devons aussi veiller à conserver cet atout pour nos enfants et nos petits-enfants. Fort heureusement, je sais que je peux compter sur vous.

Merci beaucoup. Miigwetch.

 

 

 

 


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