Évaluation préalable du MBMBP : chapitre 10


Potentiel d’effets nocifs sur l'environnement

Aucune donnée n’a été trouvée sur les concentrations de MBMBP mesurées dans l’air, l’eau, le sol et les sédiments au Canada. Le rapport d’évaluation initiale du Screening Information Data Set (SIDS) (OCDE, 2001) mentionne l’absence de données de surveillance quantitatives à l’échelle mondiale, y compris au Canada. On n’a relevé aucune donnée sur les concentrations de MBMBP dans la faune au Canada ou ailleurs dans le monde.

Les concentrations dans l’environnement ont été calculées en tenant compte des pertes potentielles de MBMBP pendant la transformation des matières plastiques. On a présumé que les usines de traitement des eaux usées municipales traitaient les effluents des installations de transformation avant de les rejeter dans l’environnement. La concentration locale de MBMBP dans l’effluent des UTEU est calculée à l’aide de ChemSim, un programme de modélisation mis au point pour Environnement Canada qui prévoit les concentrations dans l’eau en aval des sources ponctuelles de rejet d’une substance (Centre d’hydraulique canadien, 2003). Pour passer ChemSim en machine, il faut des données d’entrée, y compris le taux de charge. Dans le cas présent, le taux de charge est la masse de MBMBP dans l’effluent des UTEU rejeté en une journée. Pour calculer ce taux, des hypothèses prudentes ont été avancées, soit :

  • La valeur maximale de la quantité de MBMBP importé en 2000 est de 100 tonnes (100 000 kg). Aux fins du scénario d’exposition prudent, on a présumé que cette quantité était importée par un seul distributeur qui la vend à un seul client qui :
  • utilise la quantité totale de MBMBP comme additif dans les matières plastiques;
  • utilise la quantité totale de cette substance dans une seule installation de transformation au cours d’une seule année civile;
  • rejette l’effluent de l’installation dans une usine de traitement des eaux usées municipales.
  • Pour calculer la quantité de MBMBP rejetée par l’installation de transformation dans l’usine de traitement des eaux usées municipales, le scénario de rejet des émissions de l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE) pour les additifs des matières plastiques a été utilisé; on a ainsi obtenu un pourcentage de rejets estimé à 0,65 % (OCDE, 2003c). Pour déterminer le nombre de jours d’exploitation (300 par année), on s’est servi du Technical Guidance Document de l’Union européenne (ECB, 2003).
  • Pour calculer le taux d’élimination du MBMBP (92,2 %) à l’UTEU, on a utilisé le modèle de fugacité pour les UTEU qui fait partie de la série de modèles EPIsuite, version 3.10 (EPIsuite, 2001).

Le modèle ChemSim utilisé a présumé l’existence d’une rivière standard dans le Sud de l’Ontario ayant un débit de 5 m3/s et prévu une concentration maximale de MBMBP de 7,46 × 10−3 mg de MBMBP/L à 50 m du point d’impact (de rejet). Les autres hypothèses nécessaires au passage en machine de ChemSim (et se rapportant au débit de la rivière et à la géométrie du chenal) sont mentionnées dans le rapport ChemSim relatif à cette substance (Environnement Canada, 2004). La concentration environnementale estimée pour le milieu aquatique (CEEeau) est donc de 7,46 × 10−3 mg/L.

Dans l’influent des UTEU, la plus grande partie du MBMBP (92,2 %) est éliminée et se retrouve dans les boues d’égout. Comme il est possible que celles-ci soient épandues sur les terres agricoles, on a envisagé un scénario d’exposition où le sol était bonifié par des boues d’égout. On n’a pas relevé aucune donnée sur les concentrations de MBMBP présentes dans les boues d’égout ni dans le sol au Canada. En ce qui concerne le scénario prudent d’exposition du sol, on a établi que la concentration de MBMBP dans les boues d’égout était de 257 mg/kg en poids sec, en se fondant sur une méthode standard, adaptée au MBMBP, pour calculer la concentration d’une substance dans les boues d’égout (Droste, 1997). En utilisant cette concentration de MBMBP dans les boues d’égout et en présumant que les boues contenant cette substance sont épandues sur le sol pendant 10 ans (MEO et MAAARO 1996) et que le MBMBP est peu ou aucunement biodégradable, on obtient une concentration de 1,64 mg/kg en poids sec dans le sol. La concentration environnementale estimée pour le sol (CEEsol) est donc de 1,64 mg/kg en poids sec.

Il existe des données expérimentales sur la toxicité pour les organismes aquatiques (les algues vertes, les puces d’eau et le poisson; OCDE, 2001. Ces données sont quelque peu incertaines, car les valeurs de la toxicité sont toutes supérieures à la limite de solubilité dans l’eau. La valeur critique de la toxicité (VCT) choisie, soit 0,89 mg/L, constitue la plus faible valeur chronique acceptable, c’est-à-dire la concentration minimale avec effet observé (CMEO) pour l’immobilité chez Daphnia magna (puce d’eau). On n’a pas relevé de données sur la toxicité pour les effets sur les organismes vivant dans le sol (endogés) ou dans les sédiments, les plantes terrestres ou la faune.

A - Dans le milieu aquatique

Dans le scénario d’exposition prudent, on a examiné les rejets de MBMBP dans le milieu aquatique après le traitement industriel de la substance importée à un seul endroit, ainsi que le traitement et le rejet subséquents d’une UTEU. La CEE pour le milieu aquatique est de 0,00746 mg/L.

Pour la présente évaluation, la VCT correspond à la plus faible valeur chronique acceptable (CMEO de 21 jours) de 0,89 mg/L pour l’immobilité chez Daphnia magna. La VCT est ensuite divisée par un facteur d’application de 10 pour tenir compte de l’incertitude liée à l’extrapolation des conditions de laboratoire aux conditions sur le terrain ainsi que des variations intraspécifiques et interspécifiques de la sensibilité, ce qui donne une concentration estimée sans effet (CESE) de 0,089 mg/L.

Par conséquent, le quotient de risque pour les espèces aquatiques est calculé comme suit :

Quotient de risque =

quotien de risque

Comme ce quotient de risque calculé est bien inférieur à 1, on prédit que le MBMBP est peu susceptible d’avoir des effets nocifs sur les organismes pélagiques.

B - Dans d’autres milieux

La VCT du MBMBP dans le sol est de 2 670 mg/kg en poids sec, c’est-à-dire la CMEO calculée à l’aide d’une méthode du partage à l’équilibre. La CESE est déterminée en divisant la VCT par un facteur d’application de 10 pour tenir compte de l’extrapolation des conditions de laboratoire aux conditions sur le terrain ainsi que des variations intraspécifiques et interspécifiques de la sensibilité. On obtient ainsi une CESE de 267 mg/kg en poids sec pour les organismes endogés.

Un quotient de risque peut donc être calculé comme suit :

Quotient de risque =

quotient du risque

Étant donné que le quotient est bien inférieur à 1, on prédit que le MBMBP est peu susceptible d’avoir des effets nocifs sur les organismes invertébrés endogés exposés aux terres agricoles bonifiées par des boues d’égout.

Incertitudes dans l’évaluation des risques pour l’environnement

Caractérisation de l’exposition

Une certaine incertitude est liée à la caractérisation de l’exposition. Comme il manque de données de surveillance concernant le MBMBP, les concentrations dans l’environnement ont dû être calculées à l’aide de modèles. L’utilisation de modèles pour prédire les concentrations réelles fondées sur les rejets actuels donne lieu à des incertitudes qui sont difficilement quantifiables. Le choix du modèle, les données d’entrée, les scénarios de rejet, les données propres au site et les conditions météorologiques sont tous des facteurs qui influent sur les valeurs prévues de l’exposition.

En raison d’un manque de renseignements courants, des scénarios prudents ont dû être mis au point. Ces scénarios comprenaient notamment certaines hypothèses comme le pourcentage de MBMBP rejeté dans l’effluent des UTEU. En outre, il se peut que certaines sources ne soient pas incluses dans l’évaluation et représentent une certaine quantité de MBMBP rejetée dans l’environnement, par exemple, des petites entreprises n’atteignant pas le seuil de déclaration indiqué dans l’enquête menée en application de l’article 71. Les données de surveillance courantes provenant d’endroits où le MBMBP pourrait être rejeté ainsi que d’endroits éloignés des sources ponctuelles pourraient être très utiles pour appuyer les hypothèses de la présente évaluation. Toutefois, compte tenu des renseignements disponibles, les scénarios mis au point sont jugés prudents (p. ex., on a présumé que les rejets provenant de ces sources étaient considérables). Même si l’incertitude liée à chaque valeur réelle de l’exposition est grande, la conclusion finale est jugée fiable.

Caractérisation des effets

Une certaine incertitude entoure la détermination de la CESE. En raison de la faible solubilité du MBMBP dans l’eau, des solutions homogènes dans les études de toxicité n’ont pu être obtenues qu’en utilisant la concentration maximale admissible de dispersant (huile de ricin). Même si des effets ont été observés, il est peu probable que les concentrations de MBMBP dans l’environnement atteignent les seuils de toxicité mentionnés dans les études. Néanmoins, les études ont été résumées avec rigueur, et les données sur la toxicité peuvent servir à choisir une valeur prudente de la toxicité en vue de l’évaluation des risques pour les organismes aquatiques.

Faute de données expérimentales sur la toxicité du MBMBP pour les organismes endogés, la méthode du partage à l’équilibre a été employée pour calculer la toxicité de cette substance pour ces organismes en se fondant sur les données relatives aux espèces aquatiques. En outre, le niveau d’exposition du sol a été calculé à l’aide d’hypothèses prudentes comme l’absence de biodégradation.

 

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