Plan de gestion de la dryoptéride côtière au Canada [Finale] 2011 : Renseignements sur le statut de l’espèce
Dryoptéride côtière[1]
Désignation juridique
- Espèce sauvage désignée[2] (en anglais seulement) : Non
- B.C. Wildlife Act [3] (en anglais seulement) : Non
- Annexe de la LEP : 1 (2003)
Cotes de conservation [4] (en anglais seulement)
Colombie-Britannique : S2S3 (2000); liste bleue Cote mondiale : G5 (1999)
COSEPAC : Espèce préoccupante (2001)
Cotes sous-nationales [5] (en anglais seulement) : S2 en Arizona; SNR dans l’État de Washington, l’Oregon, la Californie et le Montana
B.C. Conservation Framework [6] (en anglais seulement)
But 1 : Contribuer aux efforts mondiaux de conservation des espèces et des écosystèmes : Priorité[7] : 3
But 2 : Empêcher que les espèces et les écosystèmes deviennent en péril : Priorité : 6
But 3 : Maintenir la diversité des espèces et des écosystèmes indigènes : Priorité : 2
Mesures (en anglais seulement) : Préparation du rapport de situation; présentation au COSEPAC; planification; surveillance des tendances; protection de l’habitat; restauration de l’habitat; intendance des terrains privés.
1 Source des données : BC Conservation Data Centre (2010), à moins d’indication contraire.
2 Identified Wildlife aux termes de la Forest and Range Practices Act de la Colombie-Britannique.
3 Inscrite comme espèce menacée ou en voie de disparition en vertu de la Wildlife Act.
4 S = cote sous-nationale; N = cote nationale; G = cote mondiale; B = espèce reproductrice; X = vraisemblablement disparue du territoire; H = peut-être disparue du territoire; 1 = gravement en péril; 2 = en péril; 3 = préoccupante, risquant de disparaître du territoire ou de disparaître entièrement; 4 = apparemment non en péril; 5 = manifestement répandue, abondante, non en péril; s/o = sans objet; NR = non classée; U = inclassable.
5 Source des données : NatureServe (2009)
6 Source des données : Ministry of Environment (2010).
7 Échelle de 1 (priorité la plus élevée) à 6 (priorité la moins élevée).
La dryoptéride côtière est une fougère d’une hauteur de 20 à 60 cm dont les frondes persistantes poussent à partir d’un court rhizome rampant épais et forment des touffes en forme de vase (figure 1). Les frondes de forme oblongue-lancéolée sont doublement divisées, soit en pennes (segments primaire de part et d’autre de l’axe central de la fronde) profondément découpées et en pinnules (segments secondaires) bordées de petites dents pointues. Les rhizomes, les stipes et les surfaces inférieures des pennes portent des écailles lancéolées de couleur châtain (Douglas et al., 2000).
Figure 1. Illustration de la dryoptéride côtière. Reproduite avec la permission de University of Washington Press (Hitchcock et al., 1969. Illustrations de Jeanne R. Janish).
La dryoptéride côtière est présente le long de la côte ouest de l’Amérique du Nord, en Colombie-Britannique (C.-B.), dans l’État de Washington, en Oregon et en Californie, ainsi qu’à l’intérieur du continent au Montana et en Arizona (NatureServe, 2006). Le rapport de situation (COSEPAC, 1998) ne mentionnait pas les populations du Montana. Les populations de la C.-B. sont isolées, se trouvant à environ 250 km des populations les plus proches, situées dans le comté de Snohomish (État de Washington). La figure 2 montre l’aire de répartition de l’espèce en Amérique du Nord.
Figure 2. Aire de répartition de la dryoptéride côtière en Amérique du Nord (tirée de COSEPAC, 1998).
En C.-B., l’aire de répartition de la dryoptéride côtière se restreint à l’est de l’île de Vancouver et à certaines îles Gulf nordiques, notamment les îles Denman et Hornby et plusieurs îles plus petites de l’archipel Ballenas/Winchelsea au large de la baie Nanoose (figure 3) (COSEPAC, 1998; B.C. CDC Element Occurrence Records, 2006). Les populations se trouvent dans un rectangle étroit d’environ 6 km sur 50 km, soit à peu près 300 km2, qui comprend de grandes étendues d’eau entre les populations. D’après les données du Conservation Data Centre (CDC) et de récents relevés, la zone d’occupation de la dryoptéride côtière est d’environ 1,9 ha.
La C.-B. abrite moins de 1 % de l’effectif mondial de l’espèce. En 2007, on estimait à quelque 7 500 individus son abondance totale en C.-B. (B.C. CDC Element Occurrence Data, 2006; Maslovat, obs. pers., 2007).
Figure 3. Répartition de la dryoptéride côtière en C.-B. et au Canada. Les numéros des populations sur les îles Denman et Hornby correspondent aux noms des populations énumérées au tableau 1.
Treize populations ont été signalées en C.-B., (tableau 1), et non pas 18 comme indiqué dans le rapport de situation (COSEPAC, 1998). La présence d’une population au mont Finlayson, dans le parc provincial Goldstream, n’est pas confirmée et n’est donc pas abordée dans le présent plan de gestion. On considère donc que la Colombie-Britannique compte 12 populations de dryoptérides côtières.
Bien qu’on ait trouvé deux autres populations après la rédaction du rapport de situation (B.C. CDC Element Occurrence Data, 2006), certaines des populations énumérées dans ce rapport sont maintenant considérées comme des sous-populations puisqu’elles se trouvent à moins d’un kilomètre d’une autre (un critère utilisé par le CDC pour distinguer les populations). Dans le présent rapport, les sous-populations se trouvant à moins d’un kilomètre les unes des autres sont regroupées en une seule population, sauf pour les occurrences des îles Amelia et Gerald, lesquelles sont traitées comme des populations distinctes parce qu’elles sont géographiquement isolées par la mer.
(Nota : À l’exception de Henry (1915), les références présentées dans ce tableau représentent le nom de la personne qui a recueilli les spécimens d’herbier et la date de collecte, et non pas des publications.)
Résumé de la propriété des terres abritant les populations connues
- 6 terrains privés
- 1 terrain privé + parc provincial
- 1 terrain privé + MDN
- 1 terrain privé + coopérative de camping et organisme de conservation
- 2 parcs provinciaux + population historique non confirmée au parc Goldstream (mont Finlayson)
- 1 terre de la Couronne provinciale
Au Canada, la dryoptéride côtière n’est présente que dans la sous-zone maritime humide de la zone biogéoclimatique côtière à douglas taxifolié (B.C. CDC, 2006). On la trouve sur des pentes côtières dans des forêts claires de douglas taxifoliés (Pseudotsuga menziesii), de chênes de Garry (Quercus garryana) ou d’arbousiers d’Amérique (Arbutus menziesii), ainsi que sur des escarpements et affleurements rocheux littoraux où poussent des chênes de Garry rabougris et des holodisques discolores (Holodiscus discolor) (COSEPAC, 1998; B.C. CDC Element Occurrence Records, 2006). Les individus occupant des escarpements rocheux et des falaises littorales présentent plus de signes de stress, comme des frondes plus petites ou chlorosées, que ceux occupant des milieux côtiers boisés (COSEPAC, 1998). On a également observé que les individus vivants en milieu exposé survivent moins bien l’hiver (Martin, comm. pers., 2007).
En général, l’orientation des stations varie du sud-ouest au sud-est, et une sous-population occupe une station orientée à l’est. On trouve l’espèce sur des pentes de 0 à 80 %, à des altitudes de 0 à 120 m. La plupart des populations occupent des pentes abruptes. Elle pousse sur des sols pour la plupart modérément à très secs, à drainage rapide, qui contiennent des concentrations modérées d’azote (COSEPAC, 1998; B.C. CDC Element Occurrence Records, 2006).
On en sait peu sur la biologie et l’écologie de la dryoptéride côtière. Elle atteint la maturité en un à cinq ans, et chaque fronde fertile peut produire jusqu’à 13,5-15 millions de spores dispersées par le vent. Un certain nombre de spores restent sur les frondes l’hiver et sont libérées le printemps suivant. La viabilité moyenne des spores est de trois ans ou plus chez d’autres espèces de Dryopteris. Chez d’autres espèces de fougères, la germination des spores, le début du développement des gamétophytes et la fusion des gamètes se produisent lorsque les sols sont humides au début du printemps (COSEPAC, 1998). En Californie, on ne trouve les jeunes sporophytes de la dryoptéride côtière qu’en milieu ombragé au sol minéral nu (Veilleux, comm. pers., 2007). Aucun prothalle (structure semblable à une feuille qui porte les organes sexuels) de dryoptéride côtière n’a été observé durant des relevés récemment effectués en C.-B. l’hiver, peut-être pas le meilleur moment de l’année pour observer des prothalles (Maslovat, obs. pers., 2007).
La dryoptéride côtière se reproduit aussi par élongation du rhizome. Cette reproduction végétative semble être plus courante dans les stations sèches à drainage rapide qui ne sont pas très favorables à la germination des spores et à la fertilisation des gamètes (COSEPAC, 1998).
Il est difficile de multiplier la dryoptéride côtière ex situ à partir de spores (Fraser, comm. pers., 2007; Furman, comm. pers., 2007; Wilson, comm. pers., 2007). Les horticulteurs la multiplient par division du rhizome au printemps ou à l’automne (Leigh, 1999; Furman, comm. pers., 2007; Wilson, comm. pers., 2007).
Effondrement démographique. La reproduction sexuée, dont on ignore l’importance chez la dryoptéride côtière au Canada, pourrait constituer un facteur limitatif. Dans des relevés des populations des îles Denman et Hornby effectués l’hiver, pas aux meilleurs moments pour trouver des prothalles, aucun signe de reproduction sexuée n’a été trouvé (Maslovat, obs. pers., 2007). L’absence de reproduction sexuée pourrait nuire à la capacité des populations de dryoptérides côtières de se rétablir après une perturbation ou une disparition locale. Il est peu probable que cette situation influe sur le potentiel de rétablissement ou de gestion de l’espèce.