Plan de gestion de la dryoptéride côtière au Canada [Finale] 2011 : Menaces

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Les menaces sont définies comme les activités humaines ou les processus qui ont causé, causent ou pourraient causer la destruction ou la dégradation de la biodiversité et de processus naturels. Les menaces ne comprennent pas les caractéristiques biologiques intrinsèques d’une espèce ou d’une population comme la dépression de consanguinité, un petit effectif de population et l’isolement génétique, qui sont considérés comme des facteurs limitatifs.

La classification des menaces présentée dans le tableau suivant se fonde sur le système unifié de classification des menaces de l’Union internationale pour la conservation de la nature et du Partenariat pour les mesures de conservation (Conservation Measures Partnership, ou CMP) et elle est compatible avec les méthodes utilisées par le Conservation Data Centre de la Colombie-Britannique et le Cadre de conservation de la province. On peut consulter une description du système de classification dans le site Web IUCN-CMP (en anglais seulement) (IUCN et CMP, 2006) et Master et al. (2009). Les menaces qui pèsent sur la dryoptéride côtière ont été évaluées pour toute la province (tableau 2).

Tableau 2. Classification des menaces qui pèsent sur la dryoptéride côtière
Numéro de la menace Description de la menace Stress Portée[1] Gravité[2] Quand?[3] Impact[4] Sites
1 Développement résidentiel et commercial Petite Élevée Menace constante Faible
1.1 Zones résidentielles et urbaines Taille et viabilité réduites des populations, disparition locale Petite Élevée Menace constante Faible Pointe Dorcas; 1 sous-population à Hornby no 1
6 Empiètement et perturbation par les humains Petite Modérée Menace constante Faible
6.1 Activités récréatives Nombre réduit d’individus, mortalité directe Petite Modérée Menace constante Faible 1 sous-population à Denman no 1; 2 sous-populations à Hornby no 1; peut-être d’autres.
8 Espèces envahissantes et autres espèces et gènes problématiques Restreinte Faible à modérée Menace constante Faible à moyen
8.1 Espèces envahissantes non indigènes
  1. Compétition pour les ressources entraînant une croissance réduite et l’ombrage des jeunes individus;
  2. nombre réduit d’individus, mortalité directe
Restreinte Faible à modérée Menace constante Faible à moyen
  1. 1 sous-population à Hornby no 1; quelques groupes à Hornby no 2; peut-être d’autres.
  2. L’encre des chênes rouges n’a pas encore été observée dans une station de la dryoptéride côtière au Canada.
11 Changement climatique et phénomènes météorologiques violents Inconnue Inconnue À long terme S/O
11.4 Tempêtes et inondations Viabilité réduite, mortalité directe Inconnue Inconnue À long terme S/O La plupart des sites sont menacés par l’érosion et les dommages causés par des tempêtes : plusieurs sous-populations à Hornby no 1; 1 sous-population à Denman no 1; îles Gerald et Ballenas.

1 Portée – Proportion de l’effectif de l’espèce au Canada qui sera vraisemblablement touchée par la menace d’ici dix ans. (Très grande = 71-100 %; grande = 31-70 %; restreinte = 11-30 %; petite = 1-10 %)

1 Gravité – Au sein de la portée, niveau de dommage (habituellement mesuré comme l’ampleur de la réduction de la population) que causera vraisemblablement la menace d’ici une période de dix ans ou de trois générations. (Extrême = 71-100 %; grave = 31-70 %; modérée = 11-30 %; faible = 1-10 %)

3 Quand? – Constante = menace toujours présente; à court terme = menace pouvant se réaliser dans moins de dix ans ou de trois générations; à long terme = menace pouvant se réaliser dans plus de dix ans ou de trois générations); négligeable = menace qui s’est réalisée dans le passé, mais qui est peut susceptible de revenir, ou menace qui n’aurait aucun effet direct, mais qui peut être limitative.

4 Impact – Mesure dans laquelle on observe, infère ou soupçonne que l’espèce est directement ou indirectement menacée. L’impact de chaque stress est déterminé selon les cotes de portée et de gravité en ne tenant compte que des menaces actuelles et futures. L’impact d’une menace correspond à la réduction de la population d’une espèce ou à la réduction de la superficie ou dégradation d’un écosystème. Le taux médian de déclin de la population ou de la superficie de l’habitat pour chaque combinaison de portée et de gravité se range dans les classes d’impact suivantes : très élevé (déclin de 75 %), élevé (40 %), moyen (15 %) et faible (3 %).

Les activités de développement immobilier menacent la dryoptéride côtière par la conversion directe de l’habitat et l’accroissement du potentiel d’érosion dans l’habitat. La population de la pointe Dorcas occupe un terrain qui a récemment été divisé en deux lots. L’évaluation environnementale de ce terrain recommande d’établir des parcelles clôturées faisant l’objet d’une convention de conservation et totalisant 1 090 m2 afin de protéger la population de dryoptérides côtières (Toth et Robert, 2006). La construction d’une résidence pourrait nuire à une sous-population de l’île Hornby (Hornby no 1). Bien que plusieurs des populations des îles Denman et Hornby se trouvent sur des terrains privés, elles occupent des pentes abruptes qui ne font habituellement pas l’objet de développement immobilier.

Il est peu probable qu’il y ait du développement immobilier sur les îles Gerald et Mistaken, car elles sont isolées et dépourvues de sources d’eau douce (Bartemucci, comm. pers., 2005). Les menaces associées à la conversion de l’habitat sont minimes dans les parcs provinciaux sur les îles Denman et Hornby, sur l’île Amelia qui appartient au gouvernement provincial et sur les îles Ballenas qui appartiennent au gouvernement fédéral et qui ne servent actuellement pas aux opérations du ministère de la Défense nationale (COSEPAC 1998; Cornforth, comm. pers., 2007).

La dryoptéride côtière est actuellement menacée par le piétinement des randonneurs pédestres et la construction de sentier (COSEPAC, 1998). Les sentiers de randonnée sur les pentes abruptes peuvent aussi accroître le potentiel d’érosion.

Une sous-population dans le parc provincial Boyle Point situé sur l’île Denman (Denman no 1) occupe un escarpement situé à environ 10 m sous un sentier. La forte pente empêche l’accès de la plupart des visiteurs du parc, mais par le passé des gens ont lancé des canettes de bière et des mégots de cigarettes en bas du sentier, ce qui accroît le risque d’incendie (Williston, comm. pers., 2006). On ignore cependant si le feu favoriserait ou non la gestion de l’espèce.

Sur l’île Hornby, les milieux occupés par les sous-populations qui se trouvent sur les terrains de la coopérative de camping Heron Rocks et du Heron Rocks Friendship Centre (Hornby no 1) sont très utilisés par les campeurs et leurs animaux de compagnie l’été (Mogensen, comm. pers., 2007). Les campeurs peuvent installer leur tente ou construire des abris en bois sur des dryoptérides côtières ou à proximité et ainsi les endommager. Les terrains de camping sont entretenus à la tondeuse à fil, ce qui peut endommager des fougères.

Des plantes non indigènes comme la ronce discolore (Rubus armeniacus), le daphné lauréole (Daphne laureola), la pervenche (Vinca major) et des graminées exotiques (p. ex. Dactylis glomerata) sont présentes à côté de certaines populations de dryoptérides côtières. Les plantes envahissantes peuvent avoir le dessus sur les espèces indigènes dans la compétition pour l’humidité et la lumière, et des graminées exotiques peuvent former un épais feutrage racinaire qui empêche toute germination. Un certain nombre des individus d’une sous-population de l’île Hornby (Hornby no 1) ont été étouffés par des arbustes envahissants, et d’autres sous-populations de l’île Hornby sont menacées par l’empiètement d’arbustes envahissants.

UICN no 8. Espèces envahissantes et autres espèces et gènes problématiques (8.1 Espèces non indigènes envahissantes)

La dryoptéride côtière est un hôte du champignon responsable de l’encre des chênes rouges (Phytophthora ramorum) aux États-Unis. Le champignon s’est attaqué à des dryoptérides côtières, causant des dommages aux frondes, leur dépérissement ou la mortalité d’individus (Garbelotto et Rizzo, 2005; CDFA, 2006). Bien qu’on ait trouvé l’encre des chênes rouges en C.-B., on ne l’a pas observée dans l’habitat de la dryoptéride côtière dans la province (ACIA, 2005).

UICN no 11. Changement climatique et phénomènes météorologiques violents (11.4 Tempêtes et inondations)

Les tempêtes menacent la dryoptéride côtière en causant de l’érosion du sol qui peut déloger ou ensevelir des individus. Les grosses tempêtes de vent de l’hiver 2006-2007 ont renversé de nombreux arbres sur les îles Denman et Hornby, accroissant le potentiel d’érosion du sol et d’exposition des fougères au soleil et au vent. Les populations occupant des affleurements rocheux exposés et des pentes très abruptes, notamment plusieurs sous-populations de l’île Hornby (Hornby no 1), une sous-population au parc provincial Boyle Point (Denman no 1) et d’autres sur l’île Gerald et l’île Ballenas sud, sont les plus menacées par l’érosion et les tempêtes (COSEPAC, 1998; Maslovat, obs. pers., 2007). On ignore les effets des changements dans le régime des feux (c.-à-d. la suppression des feux) sur l’habitat de l’espèce.

Le but à long terme de la gestion de la dryoptéride côtière est d’en maintenir toutes les populations connues à au moins leur taille actuelle et de maintenir la répartition et la zone d’occupation actuelles de l’espèce en Colombie-Britannique.

Il existe actuellement 12 populations de dryoptérides côtières en Colombie-Britannique. La répartition de l’espèce est restreinte, mais on ne connaît aucune population disparue qui indiquerait que l’espèce était plus abondante par le passé. Le but à long terme consistant à maintenir toutes les populations existantes a été fixé pour prévenir tout déclin supplémentaire, réduction de l’aire de répartition ou autre détérioration de la situation de l’espèce (Groupe de travail national sur le rétablissement, 2005).

Voici les objectifs de gestion de la dryoptéride côtière :

  1. Protéger l’habitat[1] de toutes les populations connues
  2. Évaluer l’ampleur des principales menaces (développement résidentiel/conversion de l’habitat, activités récréatives et espèces végétales envahissantes) qui pèsent sur les populations.
  3. Préciser la répartition de la dryoptéride côtière en Colombie-Britannique.
  4. Sensibiliser davantage le public à l’existence et à la valeur de conservation de la dryoptéride côtière.
  5. Combler les lacunes dans nos connaissances sur la dryoptéride côtière, lacunes qui empêchent sa gestion efficace (p. ex. déterminer les tendances des populations, la zone d’occurrence, les attributs de l’habitat, le type de reproduction, les capacités de dispersion, la composition génétique et l’importance des menaces et des perturbations naturelles) afin de s’assurer que ses populations restent autosuffisantes.

1 La protection peut être réalisée au moyen de divers mécanismes, y compris des accords volontaires d'intendance, des conventions de conservation, la vente de terres privées par des propriétaires consentants, les désignations relatives à l'utilisation des terres et la désignation d'aires protégées.

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2022-02-24