Plan de gestion de la tortule à poils lisses au Canada [finale] 2011 : Information sur l’espèce

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Date de l’évaluation : Mai 2004
Nom commun (population) : Tortule à poils lisses
Nom scientifique : Syntrichia laevipila Brid.
Situation : Espèce préoccupante (l’espèce répondait au critère d’espèce menacée, D2, mais elle a été désignée espèce préoccupante en raison du nombre élevé des arbres qui lui servent d’hôtes, soit les chênes de Garry).
Justification de la désignation : La tortule à poils lisses est une petite mousse qui se rencontre de la Colombie-Britannique et l’État de Washington, vers le sud jusqu’en Californie. Les populations canadiennes sont à la limite nord de l’aire de répartition de l’espèce dans l’ouest de l’Amérique du Nord. Au Canada, la répartition de l’espèce se limite au sud-est de l’île de Vancouver et aux îles Gulf. La présence de l’espèce est connue à 25 sites où elle pousse sur l’écorce des arbres, particulièrement les chênes de Garry. Cette espèce n’est jamais dominante là où elle pousse, pas plus qu’elle n’est fréquente dans les grands peuplements de chênes. Beaucoup des populations connues sont situées dans des aires protégées. La principale menace à l’espèce est la disparition des chênes de Garry matures, ce qui aurait comme résultat la disparition du pays de la plupart des populations de cette espèce.
Présence au Canada : Colombie-Britannique
Historique du statut : Espèce désignée « préoccupante » en mai 2004. Évaluation fondée sur un nouveau rapport de situation.

Tortule à poils lisses[1]

Désignation officielle

Situation de conservation[3]

Classement C.-B. : S2S3 (2007) C.-B. : liste bleue Classement mondial : G3G4 (2009)

Classements subnationaux[4] : Non évaluée en Californie et dans l’État de Washington

Cadre de conservation de la Colombie-Britannique[5]

But 1 : Participer aux programmes mondiaux de conservation des espèces et des écosystèmes : Priorité[6] : Non évaluée
But 2 : Empêcher que les espèces et les écosystèmes deviennent en péril : Priorité : 6 (2009)
But 3 : Maintenir la diversité des espèces et des écosystèmes indigènes : Priorité : 2 (2009)

Groupes de mesures : Élaboration du rapport de situation; transmission au COSEPAC; planification; protection de l’habitat; remise en état de l’habitat; intendance des terres privés; surveillance des tendances

1 Source : Conservation Data Centre de la Colombie-Britannique (2010), sauf mention contraire

2 Identified Wildlife (espèce désignée) en vertu de la Forest and Range Practices Act de la Colombie-Britannique

3 S = subnational; N = national; G = mondial; B= reproduction; X = présumée disparue; H = peut-être disparue; 1 = gravement en péril; 2 = en péril; 3 = préoccupante, de vulnérable jusqu’à la disparition ou l’extinction; 4 = apparemment non en péril; 5 = répandue, abondante et non en péril; NA = non applicable; NR = non classée; U = non classable

4 Source : NatureServe (2009)

5 Source : Ministère de l’Environnement (2010)

6 Échelle à six niveaux : de la priorité 1 (la plus élevée) à la priorité 6 (la moins élevée)

La description suivante s’inspire de celles du COSEPAC (2004), de Mischler (2007) et de Lawton (1971). La tortule à poils lisses est une petite mousse qui pousse en touffes ou colonies de moins de 1 cm2 sur l’écorce des arbres, habituellement des chênes de Garry (Quercus garryana). La hauteur de ses tiges est habituellement inférieure à 5 mm et ses feuilles mesurent rarement plus de 1,5 mm de longueur. Les feuilles sont oblongues et enroulées autour de la tige à l’état sec, et étalées et légèrement récurvées à l’état humide. La marge des feuilles est généralement plane, et parfois un peu récurvée à mi-longueur. Chez les plantes relativement grandes, la nervure de la feuille est souvent excurrente, formant une arête hyaline de lisse à dentée (figure 1). Les plantes relativement petites se distinguent souvent par l’absence d’arête et par la présence, à l’aisselle des feuilles supérieures, de petites gemmules foliacées longues d’environ 0,4 mm (structures reproductrices asexuées) (figure 2). Les cellules médianes et supérieures de la feuille sont isodiamétriques (les deux côtés de la cellule ont les mêmes dimensions) à courtement rectangulaires et sont couvertes de papilles (petites protubérances). Les cellules basales de la feuille sont allongées, lisses et hyalines. Chez la tortule à poils lisses, les organes sexuels mâles et femelles sont produits par le même individu, ce qui favorise la fécondation et la production subséquente des sporophytes (structures productrices de spores). Les sporophytes se composent de longues capsules cylindriques (qui produisent les spores) à l’extrémité de longues sétules (tiges).

Figure 1. Tortules à poils lisses avec arêtes hyalines au bout des feuilles (~ x 15). Photo de T. McIntosh

Figure 2. Colonie de tortules à poils lisses montrant des individus avec des gemmules à l’aisselle des feuilles supérieures et des feuilles sans arête (~ x 15). Photo de W. Miles

La tortule à poils lisses a une répartition mondiale vaste mais éparpillée. L’espèce a été signalée en Amérique du Nord, au Chili, dans le sud de l’Europe, dans l’est de l’Asie, au Japon, en Afrique du Sud et, peut-être, en Nouvelle-Zélande et en Australie (COSEPAC 2004). En Amérique du Nord, sa répartition suit essentiellement celle des écosystèmes du chêne de Garry. L’espèce se rencontre le long de la côte dans le sud de la Colombie-Britannique et à l’intérieur des terres dans l’État de Washington, en Oregon et jusqu’en Californie (figure 3); cette répartition ne correspond pas à celle proposée par Mischler (2007), car celui-ci englobe dans sa description une autre espèce davantage répandue, à la taxinomie incertaine, le S. pagorum.

Au Canada, l’aire de répartition de la tortule à poils lisses forme une bande étroite correspondant à la zone côtière du sud-ouest de la Colombie-Britannique (figure 4; tableau 1). L’espèce est surtout commune dans la région de Victoria, des populations ayant été recensées dans les municipalités d’Oak Bay, de Saanich et de Victoria (Miles, 2001; COSEPAC, 2004). À l’extérieur de la région de Victoria, on trouve des populations éparses de l’espèce dans la baie Pedder, à l’ouest de Victoria; à Duncan, au nord de Victoria; dans les îles Galiano et Salt Spring; et à Nanoose Hill (Notch Hill), au nord de Nanaimo. La Colombie-Britannique compte au total 27 populations de tortules à poils lisses, dont deux nouvelles, documentées après la publication du rapport de situation du COSEPAC (tableau 1). La plupart des populations sont composées de plusieurs petites colonies (moins de 1 cm2) qui occupent des aires relativement petites à chaque site.

Avant 2001, cette espèce n’avait été observée que sporadiquement en Colombie-Britannique. Une étude de 2001 portant sur la répartition de la forme de cette espèce qui produit des gemmules (Miles 2001) a révélé que la tortule à poils lisses est relativement répandue dans la région de Victoria, même si elle est peu commune dans cette aire de répartition. En effet, elle a été trouvée sur seulement quelque 5 % des centaines d’arbres examinés. Au cours de travaux de terrain menés en marge du rapport de situation du COSEPAC (COSEPAC, 2004), plus de 400 chênes de Garry situés près de Duncan et de Nanaimo et dans l’île Salt Spring ont été examinés : la tortule à poils lisses n’a été trouvée que sur trois arbres. Le COSEPAC (2004) mentionne 31 populations, mais certaines ont été réunies, conformément aux critères de séparation des populations du Conservation Data Centre de la Colombie-Britannique et de NatureServe, selon lesquels au moins 1 km doit séparer deux populations l’une de l’autre (NatureServe, 2009). À cause de contraintes financières, Miles (2001) a surtout cherché et prélevé les petites plantes dont les feuilles ne comportaient pas d’arête. Il est donc possible que l’espèce soit plus commune dans la région de Victoria que l’a montré l’étude de Miles. On n’a pas encore commencé à surveiller les populations.

Les populations de tortules à poils lisses en Colombie-Britannique représentent probablement moins de 1 % de la répartition et de l’abondance mondiales de l’espèce (on ne dispose d’aucune estimation publiée de la répartition et de l’abondance mondiales de cette mousse). Les tendances de la population de cette espèce demeures inconnues.

Figure 3. Répartition nord-américaine de la tortule à poils lisses (le point en Colombie-Britannique représente toutes les localités existantes)

Carte de la répartition de la tortule à poils lisses en Amérique du Nord

Figure 4. Répartition de la tortule à poils lisses en Colombie-Britannique (l’ensemble de points dans la région de Victoria indique plusieurs populations à Victoria, Langford, Esquimalt, Colwood, Oak Bay et Saanich)

Carte de la répartition de la tortule à poils lisses en Colombie-Britannique
Tableau 1. Données relatives aux populations[1] de tortules à poils lisses en Colombie-Britannique (Miles, 2001; COSEPAC, 2004; les populations 22 et 24 ont été documentées après la publication du rapport de situation du COSEPAC)
Numéro de la population et endroit Date(s) d’observation Nombre estimatif de colonies et étendue[2] Nature/propriété du terrain
1. Baie Pedder 1976 ? (aucune donnée colligée) inconnue
2. Langford 2002 >20 colonies (1,8) terre municipale
3. Esquimalt 2002 >20 colonies (0,7) terre municipale
4. Colwood 2002 >20 colonies (0,1) terre municipale
5. Victoria 2001, 2002 >20 colonies (0,3) parc municipal
6. Victoria 2001, 2002 5–20 colonies (0,2) parc municipal
7. Victoria 2002 >20 colonies (0,6) parc municipal
8. Victoria 2002, 2003 >20 colonies (1,8) propriété privée
9. Victoria 2003 >20 colonies (1,8) parc municipal
10. Oak Bay, Victoria/ 2007, 2008 >20 colonies (>2,5) sur de nombreux arbres Collège Camosun
2001, 2002 >20 colonies (1,0) terre municipale
11. Oak Bay, Victoria 2001, 2002 >20 colonies (1,0) terre municipale
12. Oak Bay, Victoria 2002, 2003 <5 colonies (<0,01) propriété privée
2001, 2002 >20 colonies (0,5) terre municipale
13. Oak Bay, Victoria 2001, 2002,
2003
5–20 colonies (0,2) parc municipal
14. Saanich 2001, 2002 5–20 colonies (0,03) parc municipal
15. Saanich 2002, 2003 5–20 colonies (0,03) parc municipal
2002 >20 colonies (0,6) parc municipal
2002 5–20 colonies (0,3) terre municipale (prob.)
2001 >20 colonies (0,1) parc municipal
2001 5–20 colonies (0,06) parc municipal
16. Saanich 2002 >20 colonies (2,6) terre municipale
17. Saanich 2002, 2003 5–20 colonies (0,8) Université de Victoria
18. Saanich 2002 5–20 colonies (0,4) terre municipale
19. Saanich 2002 5–20 colonies (0,05) parc municipal
20. North Saanich 2002 <5 colonies (<0,01) terre municipale
21.Île Galiano 2002 <5 colonies (0,06) parc régional (CRD)
22. Île Salt Spring 2006 >20 colonies (<1,0) réserve écologique de la C.-B. (gouvernement provincial)
2002 5–20 colonies (<0,01)
23. Île Salt Spring 2001, 2002, 2007 <5 colonies (<0,02) réserve écologique de la C.-B. (gouvernement provincial)
24. Île Salt Spring 2005 quelques colonies propriété privée
25. Duncan 2001 inconnu Nature Conservancy of Canada
26. Duncan 1978 inconnu réserve écologique de la C.-B. (gouvernement provincial)
27. Nanoose Hill (Notch Hill) 1975, 1980, 2009 inconnu
inconnu
3–5 colonies (<0,03)
ministère de la Défense nationale (gouvernement fédéral)

1 Les populations sont séparées par une distance d’au moins 1 km, selon les critères de NatureServe, et la désignation « parc » s’applique à différents parcs. Les parcs municipaux sont gérés par les administrations municipales (Colwood, Esquimalt, Langford, North Saanich, Oak Bay, Saanich et Victoria), tandis que les parcs régionaux font partie du réseau des parcs du CRD (Capital Regional District).

2 Le nombre entre parenthèses est la superficie approximative de la population, en m2; cette superficie comprend habituellement d’autres bryophytes et l’écorce exposée.

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2022-02-24