Plan de gestion de la tortule à poils lisses au Canada [finale] 2011 : Besoins de la tortule à poils lisses
En Colombie-Britannique, la tortule à poils lisses ne pousse que sur l’écorce des arbres, particulièrement celle des vieux chênes de Garry, mais on l’a aussi trouvée une fois sur un érable à grandes feuilles (Acer macrophyllum; Miles, comm. pers., 2006). Elle est surtout commune sur le tronc des arbres, mais elle se rencontre également sur leurs branches supérieures. La tortule à poils lisses forme habituellement des colonies isolées et pousse rarement en mélange avec d’autres mousses ou avec des lichens, ce qui peut indiquer sa faible capacité à concurrencer d’autres espèces épiphytes. De plus, il se peut qu’elle pousse sur des arbres offrant un microhabitat relativement sec et protégé, dont sont absentes les autres mousses, mais davantage de recherches s’imposent pour déterminer si cela est vrai (McIntosh, comm. pers., 2009). La plupart des populations de tortules à poils lisses se trouvent sur des arbres poussant en terrain dégagé dans des régions à étés secs, doux à chauds et à hivers humides, frais à froids. Étant donné le peu d’études scientifiques menées sur cette espèce, on en sait très peu sur ses besoins biologiques (p. ex., microhabitat, microclimat, mécanismes de reproduction ou de dispersion) et sur ses besoins en matière d’habitat (p. ex., exposition, niveau d’ombrage, élévation, rôle des perturbations).
Le morcellement des écosystèmes du chêne de Garry, l’arbre hôte de cette espèce, et la perte d’environ 95 % de ces écosystèmes (Fuchs, 2001) constituent un facteur limitatif clé.
Un autre facteur limitatif potentiel touchant la tortule à poils lisses est sa petite taille, qui peut désavantager celle-ci face à la concurrence. Il semble toutefois que cette espèce tire déjà avantage du milieu découvert qu’offre l’écorce des arbres. En raison de sa petite taille et de la faible superficie des colonies, cette espèce est vulnérable aux événements stochastiques.
Perte d’arbres hôtes
L’urbanisation, la construction routière, le développement agricole sont autant de facteurs qui ont mené à l’abattage de chênes de Garry matures. La récolte des arbres hôtes de l’espèce pourrait mener à la diminution de la plupart, sinon la totalité, des populations, et miner leur viabilité, voire les détruire. Des chênes de Garry ont été abattus par le passé (pour des raisons de sécurité ou pour permettre la construction résidentielle) et leur récolte se poursuit aujourd’hui, dictée par le développement urbain et l’entretien des jardins domestiques. Trois des populations connues de tortules à poils lisses sont situées dans des réserves écologiques, où toute récolte des chênes de Garry est interdite; mais les trois populations situées sur des propriétés privées ne sont pas à l’abri de cette menace. On ne dispose d’aucune information concernant les caractéristiques de cette menace pour les autres populations.
Enlèvement direct de l’espèce sur les arbres hôtes
Certains propriétaires enlèvent les mousses et les lichens sur les chênes qui se trouvent sur leur propriété; ils peuvent ainsi, sans le savoir, détruire des colonies de tortules à poils lisses. La mousse qui pousse à la base des chênes, dans les parcs, risque d’être endommagée par la tonte du gazon ou le désherbage, et l’urine des chiens a tué les mousses à la base de certains arbres où la tortule à poils lisses avait été vue (McIntosh, comm. pers., 2009). L’émondage s’est toujours pratiqué et il se pratique encore pour appuyer le développement urbain; il fait aussi partie des tâches d’entretien des jardins domestiques et des terres municipales. On s’attend à ce que ces activités se poursuivent dans l’avenir, en particulier dans les zones urbaines.
Faible recrutement d’arbres hôtes
En ville, il n’est pas rare que l’on enlève les jeunes chênes des propriétés privées, notamment s’ils sont situés sur une pelouse. On ne dispose toutefois d’aucune information sur la probabilité d’occurrence de ces menaces dans les populations connues. Comme il peut y avoir, dans certaines localités, des chênes matures pouvant servir d’hôtes à la tortule à poils lisses, cela peut prendre un certain temps avant que le faible recrutement de chênes de Garry cause préjudice à la tortule à poils lisses dans ces localités. Il y a lieu de déterminer pour chacune des populations connues si le faible recrutement causera préjudice à la tortule à poils lisses.
Dans certains secteurs de la zone urbaine de Victoria vivent des populations de cerfs qui broutent tous les types de végétaux, y compris les jeunes arbres et les semis d’arbres. Dans certains secteurs, comme dans la réserve écologique du Mont Maxwell sur l’île Salt Spring, on trouve beaucoup de vieux chênes; la plupart ont de 90 à 140 ans, tandis que certains des plus anciens datent des années 1700 (Smith, comm. pers., 2009). Toutefois, les chênes se régénèrent peu dans cette réserve écologique, en raison, semble-t-il, du broutage des cerfs et des moutons; mais la situation s’améliore, des efforts ayant été faits pour enlever les moutons de la réserve.
Menaces potentielles
D’autres facteurs peuvent expliquer le faible recrutement d’arbres hôtes dans certains secteurs, soit la présence d’herbes envahissantes produisant un épais feutre racinaire, qui peuvent empêcher les glands d’atteindre un milieu propice à la germination, et l’empiétement de conifères, principalement le douglas taxifolié (Pseudotsuga menziesii), l’absence de lutte contre les incendies permettant à ce conifère de proliférer.
La pollution atmosphérique peut représenter une menace pour les populations de tortules à poils lisses dans la région de Victoria. Adams et Preston (1992) font remarquer que, comparativement aux autres espèces de mousses, au Royaume-Uni, la tortule à poils lisses semble être l’une des plus sensibles à la pollution atmosphérique et l’une des plus gravement touchées par cette pollution. Beaucoup des sites connus de la tortule à poils lisses en Colombie-Britannique sont situés près de routes; il se peut que la pollution provenant de l’échappement des automobiles nuise à certaines populations, mais cela demeure une donnée inconnue. Il est possible que cette pollution mine la viabilité de la plupart ou de la totalité des populations urbaines, et qu’elle entraîne la destruction de certaines de ces populations.
L’Équipe de rétablissement des écosystèmes du chêne de Garry (GOERT) a mis en place un programme de communication avec les propriétaires fonciers, qui informe ceux-ci de la possibilité que des chênes de Garry poussent sur leurs terres. L’équipe a aussi produit un manuel pratique (GOERT, 2009) qui renseigne les propriétaires et les gestionnaires de terres sur les espèces à risque que l’on trouve dans les écosystèmes du chêne de Garry, y compris la tortule à poils lisses, et suggère des activités de gestion favorables à l’espèce et son habitat.
- On ignore, pour de nombreuses populations, des données importantes, comme la taille et le nombre de colonies par population.
- L’âge des arbres hôtes demeure inconnu aux sites existants.
- Il importe de mener des recherches sur le succès de la reproduction et de la dispersion de l’espèce.
- Il y a lieu de clarifier la répartition de la tortule à poils lisses et la nature/propriété des terres où elle se trouve.
- On ignore les effets sur la tortule à poils lisses de la concurrence avec d’autres espèces.
- Les conditions de l’habitat de la tortule à poils lisses (p. ex., exposition, niveau d’ombrage, élévation, rôle des perturbations) demeurent inconnues.
- Les caractéristiques du microhabitat (p. ex., de l’écorce) et les conditions du microclimat et de l’habitat (humidité, température, exposition à la lumière) propices à la tortule à poils lisses demeurent inconnues.
- Il y a lieu de déterminer si le faible recrutement constitue une menace pour la tortule à poils lisses, aux sites connus.
- Il y a lieu de déterminer si la pollution atmosphérique a des effets néfastes sur la tortule à poils lisses.