Programme de rétablissement de l'hyménoxys herbacé (Hymenoxys herbacea) au Canada [finale] 2011

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Loi sur les espèces en péril Série de programmes de rétablissement Programme de rétablissement de l'hyménoxys herbacé (Hymenoxys herbacea) au Canada Novembre 2010

Table des matières

La LEP est une contribution majeure du gouvernement fédéral à l'effort national de protection et de conservation des espèces en péril au Canada. Cette loi entrée en vigueur en 2003 a notamment pour but de « permettre le rétablissement des espèces qui, par suite de l'activité humaine, sont devenues des espèces disparues du pays, en voie de disparition ou menacées ».

Dans le contexte de la conservation des espèces en péril, le rétablissement est l'ensemble des mesures visant à arrêter ou à inverser le déclin d'une espèce en voie de disparition, menacée ou disparue du pays et à atténuer ou à supprimer les menaces pesant sur elle, de manière à améliorer ses chances de survie dans la nature. L'espèce est considérée comme rétablie lorsque son maintien à long terme dans la nature a été assuré.

Le programme de rétablissement d'une espèce est un document de planification énonçant ce qui doit être fait pour arrêter ou inverser son déclin. Il définit les buts et objectifs du rétablissement et précise les grands types de mesures à prendre. La planification détaillée se fait à l'étape du plan d'action.

Dans le cadre de l'Accord pour la protection des espèces en péril, les provinces et territoires du Canada ainsi que les trois organismes fédéraux qui doivent appliquer la LEP (Environnement Canada, Agence Parcs Canada et Pêches et Océans Canada) se sont engagés à élaborer des programmes de rétablissement. Les articles 37 à 46 de la LEP énumèrent les éléments que doivent contenir les programmes de rétablissement publiés dans la présente collection et définissent le processus d'élaboration de ces programmes.

Le programme de rétablissement doit être élaboré dans un délai de un ou deux ans après l'inscription de l'espèce sur la liste des espèces en péril, selon le statut qui lui est attribué et la date de l'évaluation. Un délai de trois ou quatre ans est autorisé pour les espèces inscrites au moment de l'entrée en vigueur de la LEP.

Dans la plupart des cas, on procédera à l'élaboration d'un ou de plusieurs plans d'action visant à préciser et à orienter la mise en œuvre du programme de rétablissement. Cependant, les orientations données dans le programme de rétablissement sont suffisantes pour qu'on puisse commencer à obtenir la participation des collectivités, des écologistes soucieux de conservation ainsi que des utilisateurs des terres aux activités de rétablissement. En outre, l'absence de certitude scientifique absolue ne saurait justifier le report de mesures efficientes visant à prévenir la disparition ou le déclin de l'espèce.

La présente série réunit les programmes de rétablissement préparés ou adoptés par le gouvernement fédéral conformément à la LEP. La série s'accroîtra régulièrement avec l'inscription de nouvelles espèces et la mise à jour des programmes déjà publiés.

Pour en savoir plus sur la Loi sur les espèces en péril et les programmes de rétablissement, veuillez consulter le Registre public de la LEP.



Agence Parcs Canada. 2011. Programme de rétablissement de l'hyménoxys herbacé (Hymenoxys herbacea) au Canada. Série des programmes de rétablissement publiés en vertu de la . Agence Parcs Canada. Ottawa. xiv + 64 p.

Il est possible de télécharger des exemplaires de la présente publication à partir du Registre public de la Loi sur les espèces en péril.

Gracieuseté de Judith Jones

Also available in English under the title:
« Recovery Strategy for the Lakeside Daisy (Hymenoxys herbacea) in Canada
»

© Sa Majesté la Reine du chef du Canada, représentée par le ministre de l'Environnement, 2011. Tous droits réservés.
ISBN : 978-1-100-96092-0
No de catalogue : En3-4/86-2011F-PDF

Le contenu du présent document (sauf les illustrations) peut être utilisé sans permission, sous réserve d'une mention pertinente de la source.

L’Agence Parcs Canada a dirigé l’élaboration du présent programme de rétablissement du gouvernement fédéral, en collaboration avec l’autre ministre compétent (ou les autres ministres compétents) dont l’espèce relève en vertu de la Loi sur les espèces en péril. Le directeur général, suivant la recommandation du directeur ou des directeurs de parc et du directeur ou des directeurs d’unité de gestion (Parcs Canada), approuve par les présentes le document en indiquant que les exigences relatives à la Loi sur les espèces en péril liées à l’élaboration d’un programme de rétablissement (articles 37 à 42) ont été satisfaites conformément à la Loi.

signatures


Tous les ministres compétents ont approuvé l’affichage du présent programme de rétablissement dans le Registre public des espèces en péril.

En vertu de l'Accord pour la protection des espèces en péril (1996), les gouvernements fédéral, provinciaux et territoriaux ont convenu de collaborer pour ce qui est des lois, des règlements, des programmes et des politiques visant à protéger les espèces en péril partout au Canada. Selon la Loi sur les espèces en péril (LEP), L.C. 2002, ch. 29, les ministres fédéraux compétents doivent élaborer des programmes de rétablissement des espèces inscrites au Registre qui sont disparues du pays, en voie de disparition et menacées.

Le ministre de l'Environnement soumet le présent document qui décrit le programme de rétablissement de l'hyménoxys herbacé, conformément aux exigences de la LEP. Le document a été rédigé en collaboration avec les instances responsables de l'espèce, comme il est indiqué dans la préface. Le Ministre invite les autres instances et organismes qui peuvent intervenir dans le rétablissement de l'espèce à s'inspirer du présent programme pour orienter leurs actions.

Les buts, les objectifs et les approches de rétablissement proposés dans le programme sont fondés sur les meilleures connaissances actuelles et ils peuvent être modifiés à la suite de nouveaux résultats ou d'une révision des objectifs.

Le présent programme de rétablissement servira de fondement à un ou à plusieurs plans d'action détaillés sur les mesures à prendre pour appuyer la protection et le rétablissement de l'espèce. La réussite du rétablissement de l'espèce dépend de l'engagement et de la collaboration de nombreuses instances différentes qui participeront à la mise en œuvre des mesures prévues dans le programme. Conformément à l'Accord pour la protection des espèces en péril, toute la population canadienne est invitée à appuyer et à mettre en œuvre le programme, au bénéfice des espèces et de la société canadienne dans son ensemble. Le ministre de l'Environnement soumettra un rapport sur les progrès réalisés d'ici cinq ans.

L'Agence Parcs Canada a dirigé l'élaboration du programme de rétablissement. Celui ci a été préparé par J.A. Jones et J.V. Jalava pour l'équipe de rétablissement des alvars1 de la péninsule Bruce et de l'île Manitoulin, en grande partie pendant la période au cours de laquelle Brian Hutchinson et Hilary Gignac ont présidé l'équipe de rétablissement (2002 2006). Nous les remercions chaudement de leur travail de direction de l'équipe, tout au long de la production du présent programme. Nos remerciements vont également à l'ex présidente Kirsten Querbach et aux anciens membres de l'équipe Paul Biscaia, Eric Cobb, Talena Kraus et Holly Simpson.

1 « Alvar » est un mot suédois, utilisé à l'origine pour désigner les prairies dans les îles d'Öland et de Göteland, dans la mer Baltique. Dans le bassin des Grands Lacs, un « alvar » désigne les espaces naturels découverts où la couche de sol est mince sur un substratum calcaire assez plat où il n'y a pas d'arbres ou du moins des arbres qui ne forment pas un couvert permanent (Reschke et coll., 1999; Brownell et Riley, 2000). Il existe plusieurs types différents d'alvars (tout comme il existe des types différents de forêts), et dans chacun vit un groupe distinctif d'espèces.

Conformément à la Directive du Cabinet sur l'évaluation environnementale des projets de politiques, de plans et de programmes, une évaluation environnementale stratégique (EES) est réalisée pour tous les programmes de rétablissement d'espèces en péril désignées aux termes de la LEP. La planification du rétablissement se veut à la fois bénéfique pour l'espèce en péril et la biodiversité en général. On reconnaît toutefois que des programmes et des plans d'action peuvent aussi, par inadvertance, provoquer des effets environnementaux qui dépassent les avantages attendus. Les résultats de l'EES sont résumés ci dessous et décrivent brièvement les impacts environnementaux favorables et défavorables possibles que pourrait entraîner le programme de rétablissement proposé, de même que les mesures d'atténuation connexes.

La plupart des menaces qui pèsent sur l'hyménoxys herbacé (Hymenoxys herbacea) sont les menaces qui pèsent sur son habitat, l'alvar. Les mesures proposées dans le présent programme de rétablissement visent donc à influencer favorablement l'écosystème des alvars en général et les autres espèces qui occupent aussi cet habitat. Le programme général décrit dans le présent document vise d'abord et avant tout à protéger les exemples d'alvar de haute qualité qui subsistent. On trouve encore de nombreux bons alvars dans les régions de la péninsule Bruce et de Manitoulin, de sorte que la réhabilitation des lieux dégradés est moins prioritaire. Les activités de rétablissement seront donc, pour la plupart, assez peu intrusives, et laisseront les processus écologiques naturels agir. Les mesures futures proposées dans le programme de rétablissement ont trait à la communication et à l'éducation, à la protection, à la gestion et à l'intendance, à la politique et à la législation, à l'inventaire et à la surveillance, ainsi qu'à la recherche.

Voici des exemples précis d'effets favorables :

Les activités proposées n'ont, pour ainsi dire, aucun impact environnemental néfaste autre que la possibilité d'un peu de piétinement pendant les recherches et la surveillance. Il faut prévenir les chercheurs qui mènent des études sur le terrain dans des habitats d'alvar de cet éventuel problème et leur demander d'éviter ces impacts.

On ne prévoit pas utiliser le feu comme outil de gestion dans l'habitat de l'hyménoxys herbacé dans un avenir prévisible. La plupart des mesures prévues dans le présent programme ont trait à la sensibilisation du public et à la protection des occurrences actuelles de haute qualité, plutôt que la restauration des aires dégradées. On sait que certains alvars ont brûlé, mais il n'y a à peu près pas eu de feux récemment (au cours des 50 dernières années). Par conséquent, le brûlage ne fait pas partie des priorités de gestion. Si des recherches sur le feu en tant qu'outil de gestion sont menées, il faudra alors établir une évaluation environnementale distincte.

La mise en place d'obstacles comme de grosses roches ou des barrières peut avoir quelques impacts, selon les techniques de construction utilisées. L'utilisation de machines lourdes pour transporter les grosses roches qui serviront d'obstacles peut se faire à partir des sentiers existants, par temps sec, afin de réduire au minimum le déplacement de la couche de sol. On prévoit d'ériger à l'extérieur de l'habitat les panneaux de signalisation, les barrières et les clôtures, dans des zones transitoires moins vulnérables aux perturbations. Par exemple, des panneaux visant à prévenir les visiteurs de la vulnérabilité d'une zone et à indiquer aux randonneurs de rester dans les sentiers seraient situés avant l'entrée dans l'habitat, à des endroits où il y a assez de terre pour ancrer les panneaux, sur le substrat ou à d'autres endroits déjà perturbés. Il n'y aura pas d'obstacles ni de panneaux dans les alvars de haute qualité.

Le présent programme porte sur le rétablissement de l'hyménoxys herbacé. Au Canada, cette espèce ne se trouve que dans la péninsule Bruce et l'île Manitoulin, en Ontario.

L'Agence Parcs Canada et le ministère ontarien des Richesses naturelles ont tous deux élaboré le présent programme, avec des membres de l'équipe de rétablissement des alvars de la péninsule Bruce et de l'île Manitoulin, en collaboration et en consultation avec le Service canadien de la faune - Région de l'Ontario, les intervenants et les propriétaires fonciers privés. Toutes les instances responsables ont examiné et appuyé la publication de ce programme. Ce dernier est conforme aux exigences de la LEP, tant sur le plan du contenu que du processus (articles 39 à 41), et aux engagements de toutes les instances concernant la planification du rétablissement aux termes de l'Accord pour la protection des espèces en péril au Canada.

La LEP définit ainsi la résidence : « Gîte - terrier, nid ou autre aire ou lieu semblable - occupé par un ou plusieurs individus pendant tout ou partie de leur vie, notamment pendant la reproduction, l'élevage, les haltes migratoires, l'hivernage, l'alimentation ou l'hibernation » [paragraphe 2(1)]. Le concept de résidence, selon la Loi sur les espèces en péril (LEP), ne s'applique pas à cette espèce. La description de la résidence ou les motifs justifiant l'inapplicabilité du concept de résidence à une espèce donnée sont publiés dans le Registre public de la LEP.

L'hyménoxys herbacé fait partie des espèces menacées figurant dans l'Annexe 1 de la Loi sur les espèces en péril (LEP) du gouvernement fédéral. En Ontario, il est inscrit comme une espèce menacée dans la Liste des espèces en péril en Ontario (EEPEO) en vertu de la Loi de 2007 sur les espèces en voie de disparition (LEVD). L'aire de répartition mondiale de l'hyménoxys herbacé est restreinte à la péninsule Bruce et à l'île Manitoulin en Ontario, et à six endroits aux États Unis, dont certains correspondent à des réintroductions. L'aire de répartition canadienne de l'hyménoxys herbacé représente 95 % ou plus de la population mondiale.

L'hyménoxys herbacé est une petite plante herbacée vivace présentant de petites rosettes feuillues reliées par des rhizomes. Il fleurit du début de mai jusqu'au début de juillet et produit une fleur jaune semblable à une marguerite sur une courte tige. L'hyménoxys herbacé ne se trouve que dans les alvars et sur les rivages au substrat calcaire. Les alvars sont des espaces naturellement découverts, dominés par l'herbe ou le carex indigène ou des arbustes rabougris, au sol très peu profond, sur un substrat calcaire. Ces milieux subissent des extrêmes de sécheresse, d'inondation, de température et d'ensoleillement. Certains alvars où vit l'hyménoxys herbacé ont été ravagés par le feu dans le passé, mais d'autres n'en portent aucune trace. Les alvars de la péninsule Bruce et de l'île Manitoulin renferment une variété exceptionnelle d'espèces et de types végétaux rares à l'échelle mondiale et provinciale. Tous les alvars de l'Ontario sont considérés comme des habitats en péril à l'échelle mondiale, nationale et provinciale.

Les principales menaces qui pèsent sur l'hyménoxys herbacé sont celles qui pèsent sur son habitat, l'alvar. Ce sont les véhicules hors route, la construction de bâtiments et de routes, le piétinement, l'exploitation des carrières, l'exploitation forestière dans les forêts voisines, l'envahissement d'espèces exotiques et les machines lourdes. En outre, les peuplements de l'habitat en raison de la suppression des feux et les variations du niveau des lacs peuvent influencer l'habitat à très longue échéance. La gravité des menaces est précisée pour chaque site.

On trouve l'hyménoxys herbacé dans 9 sites dans la péninsule Bruce et dans 20 sites sur la rive sud de l'île Manitoulin ou les îles voisines. À certains de ces sites, l'hyménoxys herbacé peut être abondant, voire dominant. Les tendances actuelles des populations sont inconnues, en raison d'un manque de données de surveillance.

Le rétablissement de l'hyménoxys herbacé est considéré réalisable. L'objectif est de maintenir des populations viables autonomes à long terme d'hyménoxys herbacé dans son aire de répartition actuelle en Ontario, par l'atteinte des objectifs liés aux populations et à la répartition, fixés pour rétablir l'espèce dans la catégorie des espèces préoccupantes ou de moindre gravité. Ces objectifs sont les suivants : 1) empêcher un déclin permanent et généralisé du nombre de populations dans chacune des deux régions principales occupées par l'espèce, et 2) maintenir l'aire de répartition de l'espèce à l'indice actuel de la zone d'occupation (114 km2) et à la zone d'occurrence actuelle (2 340 km2).

Au total, 12 polygones d'habitat essentiel sont décrits dans neuf sites dans la péninsule Bruce et 46 polygones sont précisés dans neuf sites dans la région de Manitoulin. L'habitat essentiel contribue considérablement à l'atteinte des objectifs liés aux populations et à la répartition du présent programme. D'autres outils de rétablissement serviront à atteindre les objectifs; ces derniers seront atteints grâce à des stratégies et à des méthodes générales - principalement la protection des populations existantes, l'atténuation des menaces qui pèsent sur l'habitat, la promotion de l'intendance des sites et l'éducation du public. Au moins un plan d'action sera élaboré d'ici décembre 2015.

Le rétablissement de l'hyménoxys herbacé au Canada est jugé possible, compte tenu des critères énoncés par le gouvernement du Canada (2009), à savoir:

  1. Des individus de l'espèce capables de reproduction sont présents et le seront dans un avenir rapproché en nombre suffisant pour maintenir ou accroître l'abondance de la population.
    Oui; sur le plan biologique, l'espèce compte de nombreuses grandes populations autonomes et de nombreux sites où elle est abondante ou même dense. Les nombres sont suffisants pour améliorer la taille des populations si l'habitat est propice et les menaces inexistantes. Les facteurs biologiques ne sont probablement pas les principales limites de cette espèce.

  2. Il existe un habitat convenable suffisant pour assurer la survie de l'espèce. On peut le rendre disponible par la gestion ou la remise en état de l'habitat.
    Oui; d'après les observations, l'habitat de l'hyménoxys herbacé change très lentement sur de longues périodes (de 50 à 200 ans). De grandes zones d'alvar intactes et de haute qualité existent encore, et plusieurs se trouvent maintenant dans des aires protégées.

  3. Les menaces importantes qui pèsent sur l'espèce ou son habitat (y compris les menaces à l'extérieur du Canada) peuvent être évitées ou atténuées.
    Oui; de nombreuses menaces peuvent être évitées ou atténuées par des mesures de communication pour accroître la sensibilisation à l'espèce, la liaison avec d'autres groupes et organismes, l'installation de panneaux, la collaboration avec les gestionnaires des aires protégées et de nombreuses autres mesures.

  4. Il existe des techniques de rétablissement pour atteindre les objectifs relatifs aux populations et à la répartition ou il est possible d'en élaborer dans un délai raisonnable.
    Oui; l'International Alvar Conservation Initiative (IACI) de Nature Conservancy (Reschke et coll., 1999) a entrepris le rétablissement des écosystèmes des alvars et des espèces rares qui y sont associées; les expériences menées par cette initiative montrent que ces techniques peuvent être très efficaces.

Date de l'évaluation : Mai 2002

Nom scientifique: Hymenoxys herbacea (E.L. Greene) Cusick

Statut du COSEPAC: Espèce menacée

Répartition au Canada: Ontario

Justification de la désignation: Espèce endémique des Grands Lacs, importante à l'échelle mondiale et géographiquement limitée à deux régions littorales d'habitats de type alvar rares à l'échelle provinciale et très limités. Ces grandes populations sont sujettes aux risques posés par des herbivores et à l'utilisation récréative croissante de leur habitat.

Historique du statut COSEPAC: Espèce désignée « menacée » en mai 2002. Évaluation fondée sur un nouveau rapport de situation.

L'hyménoxys herbacé fait partie des espèces menacées figurant dans l'Annexe 1 de la Loi sur les espèces en péril fédérale (LEP). En Ontario, il est inscrit comme une espèce menacée dans la Liste des espèces en péril en Ontario (EEPEO) en vertu de la Loi de 2007 sur les espèces en voie de disparition (LEVD). Son rang mondial est G3 ou Vulnérable (NatureServe, 2009). L'espèce est actuellement inscrite à S1 ou Gravement en péril en Illinois, au Michigan et en Ohio, et à S3 ou Vulnérable en Ontario. L'espèce figure dans le registre fédéral comme une espèce menacée aux États Unis. La répartition mondiale de l'hyménoxys herbacé est entièrement restreinte à la péninsule Bruce et à l'île Manitoulin en Ontario, et à six sites aux États Unis, dont certains correspondent à des réintroductions (NatureServe, 2009). L'aire de répartition canadienne de l'hyménoxys herbacé représente 95 % ou plus de la population mondiale. Se reporter à la Section 2.1, Contexte lié aux populations et à la répartition.

Aussi appelée en anglais « Stemless Rubberweed » dans la péninsule Bruce ou « Manitoulin Gold » dans l'île Manitoulin (Morton et Venn, 2000), le nom anglais de cette plante (Lakeside Daisy) lui vient de son occurrence à Lakeside, en Ohio. L'hyménoxys herbacé est une petite plante herbacée vivace présentant de petites rosettes feuillues reliées par des rhizomes. Les feuilles sont vert foncé, légèrement pubescentes. Les boutons floraux se forment à l'automne et les rosettes persistent pendant l'hiver, ce qui permet à la plante de fleurir au début du printemps, à partir du début mai et, dans certaines régions, jusqu'au début juillet (COSEPAC, 2002). L'inflorescence est un capitule jaune qui fait penser à la marguerite sur une courte tige (de 5 à 15 cm) qui s'allonge quelque peu pendant la nouaison et la dispersion des graines.

L'hyménoxys herbacé pourrait être confondu avec le coréopsis à feuilles lancéolées (Coreopsis lanceolata), une fleur semblable de couleur jaune orange qui se trouve dans certains alvars. Les feuilles de l'hyménoxys herbacé sont toutefois légèrement duveteuses (par opposition à lisses et quelque peu brillantes), la tige est courte et robuste (par opposition à longue et mince), et les fleurs ligulées sont jaunes (par opposition à jaune orange). L'hyménoxys herbacé tend en outre à fleurir plus tôt, soit du début mai au début juillet (par opposition à entre la mi juin et la mi juillet) et il est entièrement restreint aux alvars reposant sur un substrat dolomitique, tandis que le coréopsis à feuilles lancéolées vit également dans d'autres habitats découverts.

L'hyménoxys herbacé se trouve seulement dans les alvars et sur les rivages au substrat calcaire, semblables aux alvars. Les alvars de la péninsule Bruce et de l'île Manitoulin en Ontario sont reconnus à l'échelle internationale en raison de leur rareté, de leur caractère écologique distinct et de la variété exceptionnelle d'espèces et de types végétaux rares à l'échelle mondiale et provinciale. Un grand nombre de ces espèces sont endémiques et ne vivent que dans le bassin des Grands Lacs, tandis que d'autres ne se trouvent que dans les alvars. L'Annexe A dresse une liste des espèces rares qui vivent dans les alvars. Tous les alvars sont considérés comme des habitats menacés à l'échelle mondiale, nationale et provinciale (NatureServe, 2009; CIPN, 2009). Comme la plupart des menaces qui pèsent sur l'hyménoxys herbacé viennent des impacts sur l'habitat très menacé que sont les alvars et compte tenu de la très grande biodiversité dans les alvars, le rétablissement de l'hyménoxys herbacé sera le plus efficace s'il est entrepris à l'échelle de l'écosystème.

Les alvars sont inhabituels pour diverses raisons. Ce sont des aires naturelles à découvert dans un paysage généralement boisé. Les plantes dominantes sont habituellement l'herbe indigène, le carex ou des arbustes rabougris. La couche de sol est très mince et les alvars sont exposés à des conditions extrêmes de sécheresse et d'inondation, de température et d'ensoleillement (Reschke et coll., 1999). Certains alvars sont des habitats reliques qui existent depuis la période postglaciaire, tandis que d'autres sont nés à la suite de feux, soit des catastrophes soit de petits feux périodiques (Jones et Reschke, 2005). De nombreuses espèces qui vivent normalement dans d'autres régions comme les biomes boréaux et des prairies vivent aussi dans des alvars (Catling, 1995; Catling et Brownell, 1993). De même, on observe des arbres rabougris anciens, vieux de plus de 400 ans, dans certains alvars (Schaefer et Larson, 1997).

L'hyménoxys herbacé vit dans les alvars et sur les rives au substrat calcaire, dans des fissures ou des crevasses peu profondes, sur les affleurements exposés, dans quelques centimètres de sable ou de sol organique accumulé, ou parfois dans de petits îlots de sable sur le substrat (figure 1). On ne trouve l'espèce que sur la dolomie du Silurien. Les sites sont généralement dominés par le schizachyrium à balais (Schizachyrium scoparium), le sporobole à glumes inégales (Sporobolus heterolepis), le genévrier horizontal (Juniperus horizontalis) ou l'hyménoxys herbacé lui même. Il existe quelques populations dans des prairies denses (où il n'y a pas d'affleurement à découvert) ou dans des zones boisées. Dans la région de Manitoulin, toutes les occurrences sauf 3 sur 20 se trouvent à moins de 500 m de la rive du lac Huron. Dans la péninsule Bruce, 4 des 9 occurrences sont à l'intérieur des terres et, par conséquent, à altitude supérieure.

Figure 1. Alvar dans la réserve naturelle des alvars de Bruce d'Ontario Nature, avec hyménoxys herbacé à l'avant plan

Figure 1. Alvar dans la réserve naturelle des alvars de Bruce d'Ontario Nature, avec hyménoxys herbacé à l'avant plan

Divers processus écologiques définissent les alvars et peuvent maintenir leur état à découvert, et n'importe lequel d'entre eux peut s'avérer essentiel dans l'habitat de l'hyménoxys herbacé. Le plus souvent, la couche de sol est très mince dans les alvars (habituellement de 0 à 20 cm environ), sa capacité de rétention d'eau est faible et elle s'assèche rapidement. Le substrat permet peu le drainage après une pluie, ce qui est rapidement et souvent la cause des inondations. Pour cette raison, les conditions des alvars fluctuent entre l'inondation et la sécheresse extrême. L'absence de couvert forestier et le substrat exposé contribuent à hausser les niveaux d'ensoleillement et de vent, et favorisent des extrêmes de température, les températures de surface pouvant même atteindre 53 °C l'été (Schaefer et Larson, 1997). On suppose donc que la plupart des espèces qui vivent dans les alvars sont adaptées à la sécheresse. Si l'on compare avec certains types d'alvar, l'habitat de l'hyménoxys herbacé a généralement une grande surface rocheuse exposée et des couches de sol très minces, ce qui accentue les effets des processus écologiques naturels. Même en hiver sous la neige, la surface noirâtre du substrat absorbe la chaleur du soleil et irradie assez de chaleur pour faire lentement fondre la neige.

On ne sait pas très bien si l'hyménoxys herbacé a directement besoin du feu, mais le dégagement de son habitat peut résulter de feux antérieurs. Certains alvars où vit l'hyménoxys herbacé ont été ravagés par le feu dans le passé, tandis que d'autres n'en portent aucune trace (Jones et Reschke, 2005). Certains pensent que les alvars qui n'ont pas été sujets à des feux datent de la période holocène et qu'ils acquièrent une végétation à un rythme extrêmement lent (de l'ordre de siècles) (Jones et Reschke, 2005) ou que le cycle sécheresse inondation et les sols peu profonds empêchent perpétuellement la croissance d'une végétation ligneuse.

Les fleurs de l'hyménoxys herbacé ne peuvent s'autopolliniser et elles ont besoin des insectes. Campbell (2001) a étudié 13 populations d'hyménoxys herbacé dans la péninsule Bruce et observé qu'au moins 41 taxons d'insectes différents de huit familles différentes visitaient les fleurs, bien que tous les insectes ne participent probablement pas à la pollinisation. Les visiteurs les plus fréquents étaient les mouches; toutefois, d'autres chercheurs (DeMauro, 1993; Bouchard, comm. pers., 1996) donnent à penser que les abeilles sont les plus importants pollinisateurs.

Les graines sont dispersées par gravité ou par le vent. Il n'y a pas de période de dormance des graines, et de nouveaux plants peuvent apparaître à la fin de l'été (COSEPAC, 2002). L'espèce se reproduit également de manière végétative par croissance rhizomatoïde et ramification du caudicule ligneux. La prévalence de la reproduction sexuée ou végétative varie d'une année à l'autre. Campbell (2001) a constaté qu'au cours d'une année, 23 % des rosettes se sont multipliées par voie asexuée, tandis que de 12 à 24 % se sont multipliées par voie sexuée. De plus, les ovules fécondés ne forment pas nécessairement tous des graines - en moyenne seulement 42,6 % des graines d'une inflorescence sont produites. Campbell signale en outre que malgré ces résultats, les plantes ne semblent pas souffrir du manque de pollen. On ne connaît pas la raison de la faible grenaison.

Les principales menaces qui pèsent sur l'hyménoxys herbacé sont celles qui pèsent également sur les écosystèmes de type alvar dans lesquels vit cette espèce. Les menaces n'ont pas été examinées en détail dans le Rapport de situation du COSEPAC (COSEPAC, 2002). Selon des renseignements de base plus récents (CIPN, 2009; Jalava, 2008; Jalava, 2004a; Oldham et Kraus, 2002; Brownell et Riley, 2000), de même que les observations directes des auteurs et des membres de l'équipe de rétablissement, les principaux agents de stress anthropogéniques qui s'exercent sur l'hyménoxys herbacé et les habitats de type alvar sont les suivants : utilisation des véhicules hors route, construction de bâtiments et de routes, piétinement, exploitation de carrières, exploitation forestière dans les forêts voisines, envahissement d'espèces exotiques et machines lourdes. La présence d'herbivores est signalée comme un impact pour l'espèce dans le rapport du COSEPAC (2002), mais des études récentes sur le terrain n'ont pas corroboré ces observations. En outre, l'isolement génétique peut représenter une menace, qui n'a cependant pas été étudiée, et le peuplement de l'habitat en raison de la suppression des feux, les variations du niveau des lacs et les changements climatiques peuvent influencer l'habitat à très long terme. Le tableau 1 présente les menaces qui pèsent sur chaque site. Seules les menaces actuelles dont le degré de certitude causale et le degré de préoccupation sont élevés sont présentées. Les menaces possibles et futures sont décrites dans les paragraphes qui suivent.

Véhicules hors route: Les alvars, en raison de l'espace à découvert, sont attrayants pour les conducteurs de véhicules hors route et leur utilisation préoccupe sérieusement, en particulier en raison du fait que les véhicules tout terrain (VTT) ne sont presque pas restreints dans leurs déplacements et n'ont pas besoin de sentiers ni de routes. Les VTT perturbent ou détruisent la végétation, déplacent les couches minces de sol, laissent des ornières et sont des vecteurs des espèces envahissantes. L'utilisation des VTT est un passe-temps récréatif de plus en plus populaire et la menace est répandue. Les dommages causés à l'habitat et le déracinement des plantes par les VTT dans les alvars extrêmement vulnérables (p. ex. les zones de dolomie dénudée) est une menace grave et répandue pour les populations d'hyménoxys herbacé, en particulier aux endroits où les populations sont voisines de zones riveraines qui sont des droits de passage publics.

Tableau 1. Menaces par site pour l'hyménoxys herbacé. Légende : X - Impact actuel important;
Légende : X - Impact actuel important; x - Impact actuel mineur; H - Impact historique. Sources : Brownell et Riley (2000); CIPN (2009); COSEPAC (2002); McGuire (2006); et observations directes des auteurs ou de membres de l'équipe de rétablissement.

Nom du site Véhicules hors route Construction de bâtiments et de routes Piétinement Exploitation de carrières Exploitation forestière voisine Espèces exotiques Machines lourdes
PÉNINSULE BRUCE
RNP de Cabot Head x x H x
Route de la baie Dyer (y compris la RN des alvars de Bruce) x
Route du lac Emmett X x x H x
Sud du lac George
Lac George X x
Passe à billes Halfway/ pointe Cave x X
Ouest de la pointe Cave X
Grotte/Pointe Overhanging X
Est du territoire de chasse des Nawash x x
RÉGION DE MANITOULIN
Baie Bélanger X H
Pointe Black - baie Fisher
Havre de l'île Burnt, n.-o. du havre de l'île Burnt, baie Christina X
Route de l'île Burnt
Baie Carroll Wood X x
Pointe Gatacre (est de Taskerville)
Île Greene
Lac Lorne (intérieur des terres, Taskerville)
Baie Lynn
Ouest de la pointe Lynn X x x
Baie Misery, côté est X H x
Baie Misery, côté ouest x x x H x
Phare Mississagi X X x
Pointe Murphy (baie Macs) x H x
Baie Quarry X H x
Havre Rickley/pointe Girouard
Ouest de la baie Sand
Lac Silver, sud de la route 540 x
Tours radio de Silverwater
Taskerville - Pointe Portage

Construction de bâtiments et de routes: Les alvars sont des sites de choix pour l'aménagement résidentiel saisonnier ou permanent en raison de leur proximité par rapport à la rive du lac Huron. L'habitat de type alvar peut être entièrement détruit par la construction de bâtiments, de cours, d'allées et de routes. Il peut aussi y avoir des impacts connexes : l'enlèvement de la végétation des alvars; le dynamitage du substrat pour la construction des sous sols; la circulation de camions pour le remplissage qui peut introduire des plantes envahissantes non indigènes; le piétinement de la végétation et le déplacement des sols peu profonds (ornières) par les machines lourdes. Plusieurs sites isolés d'hyménoxys herbacé ne sont l'objet d'aucun impact actuellement (et ne sont donc pas représentés dans le tableau ci dessus), mais pourraient être subdivisés et aménagés dans l'avenir.

Piétinement: La forte fréquentation par les visiteurs et la circulation pédestre qui s'ensuit dans certains alvars menacent la végétation et les espèces vulnérables. De plus, des activités non surveillées de camping (installation de tentes, de foyers et de latrines sur des alvars) menacent certains sites. Dans la péninsule Bruce, la circulation pédestre récréative est une menace pour les occurrences riveraines de l'hyménoxys herbacé (COSEPAC, 2002). La signalisation, les sentiers désignés et les trottoirs (à la réserve naturelle des alvars de Bruce d'Ontario Nature) et l'inaccessibilité relative (Cabot Head et lac Emmett) réduisent actuellement la menace de graves impacts à certains endroits.

Exploitation de carrières: Les alvars sont des sites de premier choix pour l'exploitation de carrières parce que le calcaire ou la dolomie est proche de la surface et parce qu'il n'est pas nécessaire de beaucoup éclaircir la forêt ou d'enlever une couche de surface profonde. L'extraction d'agrégats peut complètement détruire l'habitat de l'hyménoxys herbacé. Dans la partie ouest de l'île Manitoulin, une grande zone d'alvar sera touchée par l'expansion de la plus grande carrière de l'Ontario. Pour le moment, on ne croit pas que des sites importants d'alvar dans la péninsule Bruce soient menacés par l'exploitation de carrières.

Exploitation forestière: L'utilisation de machines lourdes pour l'exploitation des forêts voisines des alvars et de l'habitat de l'hyménoxys herbacé est fréquente et constitue une menace répandue. L'exploitation forestière endommage les habitats de type alvar lorsque des routes sont construites au travers de ces derniers ou lorsqu'ils sont utilisés comme dépôt de grumes et lieux de chargement. C'est ce qui s'est produit dans plusieurs alvars dans l'ouest de l'île Manitoulin et qui pourrait se produire encore dans presque tous les alvars situés sur des terres privées.

Envahissement par des espèces exotiques: L'envahissement par des espèces non indigènes est l'un des effets les plus graves de la perturbation humaine dans les alvars. Les espèces exotiques concurrencent les espèces indigènes pour s'enraciner et se nourrir des rares nutriments et de l'humidité, ce qui entraîne souvent une réduction de l'abondance de l'espèce indigène ou sa disparition (Stephenson, 1995; Jones, 2000). L'envahissement des espèces exotiques est souvent lié à d'autres perturbations d'origine humaine, par exemple la construction de routes. Par exemple, les plantes exotiques nuisibles comprennent le millepertuis commun (Hypericum perforatum), l'orpin âcre (Sedum acre), le pâturin comprimé (Poa compressa) et le mélilot blanc (Melilotus alba) (Reschke et coll., 1999).

Machines lourdes: L'utilisation de machines lourdes pour enlever des grosses roches, des pierres et des blocs granitiques erratiques pour les vendre aux spécialistes de l'aménagement paysager détruit également la végétation et déplace les sols peu profonds. Les roches, les pierres et les blocs erratiques ont des fonctions dans l'écosystème qui n'ont pas été étudiées. Ils peuvent être importants parce qu'ils procurent un peu d'ombre, retiennent la matière organique, permettent à de nombreuses espèces de lichen d'y pousser, bloquent le vent, entre autres fonctions possibles. L'enlèvement de pierres ornementales est devenu plus courant récemment dans la péninsule Bruce.

Peuplement de l'habitat en raison de la suppression des feux: Il est évident que des feux de friche se sont produits au cours des 150 dernières années dans de nombreux alvars de la péninsule Bruce et de l'île Manitoulin (Schaefer, 1996; Schaefer et Larson, 1997; Jones et Reschke, 2005) et certains habitats de l'hyménoxys herbacé ont probablement été créés par le feu (Jones et Reschke, 2005). Le peuplement de l'habitat, peut être en raison de la suppression des feux, peut entraîner la réduction ou l'élimination de l'habitat de l'hyménoxys herbacé à long terme, ce qui menacerait l'espèce. Toutefois, en raison de la longue période sur laquelle s'exercent ces menaces et étant donné que les sites d'hyménoxys herbacé en sont à différents stades de succession, il est difficile d'évaluer les effets ou l'urgence de cette menace possible. On ne sait pas dans combien de temps cette menace pourrait se concrétiser et, par conséquent, on ignore s'il peut être urgent d'agir.

Variation du niveau des lacs: Les variations du niveau des lacs influencent les populations riveraines d'hyménoxys herbacé. Les inondations, l'effet des vagues et l'effritement de la glace peuvent influencer la perpétuation de l'habitat riverain rocheux de l'hyménoxys herbacé, mais si ces effets s'intensifient, l'étendue et la présence de certains de ces habitats et de ces populations diminuent. On présume qu'au fil des ans, l'espèce a su s'adapter et se rétablir à la suite des variations du cycle naturel du niveau de lacs. Toutefois, en raison des taux de débordement dont le contrôle est d'origine humaine (Derecki, 1985) et du détournement possible des eaux du lac Huron et du lac Michigan, on ne sait pas avec certitude si les cycles naturels du niveau des lacs se perpétueront, ce qui peut représenter une menace.

Pour prévoir le rétablissement de l'hyménoxys herbacé, il est important de voir le travail déjà fait pour éviter le dédoublement des efforts. Une grande partie du travail visant à protéger les alvars et à accroître la sensibilisation à leur importance s'est faite avant le présent programme de rétablissement. Un grand nombre de ces mesures ont directement protégé les populations d'hyménoxys herbacé ou leur ont été d'une autre manière profitables. Voici certaines de ces grandes réalisations :

Relevés des alvars dans la région de la péninsule Bruce et de l'île Manitoulin (2004 2008): Un certain nombre d'alvars qui n'avaient auparavant pas fait l'objet de relevés dans la péninsule Bruce (Jalava, 2004a, 2006, 2007, 2008) et la région de Manitoulin (Jones, 2004 2008) ont été répertoriés et cartographiés pendant la période de 2004 à 2008 pour appuyer le présent programme de rétablissement et déterminer l'habitat essentiel de l'espèce.

Inventaire et cartographie des espèces en péril par les Premières nations: Au cours des étés de 2007 à 2009, deux Premières nations de la péninsule Bruce et de l'île Manitoulin ont procédé à des inventaires (p. ex. Jones, 2007) qui ont englobé des alvars et l'hyménoxys herbacé. C'est là la première étape vers la reconnaissance de la présence et des besoins de cet habitat et de cette espèce sur les terres des Premières nations.

L'International Alvar Conservation Initiative (IACI), coordonnée par The Nature Conservancy à Chicago (Illinois), a étudié les alvars en Amérique du Nord (Reschke et coll., 1999) et produit des inventaires et une cartographie détaillés sur le terrain des occurrences d'hyménoxys herbacé. L'IACI s'est achevée par un atelier sur les alvars en Amérique du Nord qui a eu lieu en juin 1998 et auquel ont participé une centaine de personnes. L'IACI a dirigé un grand nombre des activités subséquentes de conservation des alvars en Ontario (dont certaines sont décrites ci après).

Étude thématique sur les alvars en Ontario: Ontario Nature a produit une étude thématique écologique sur les alvars en Ontario (Brownell et Riley, 2000). Les responsables du projet ont étudié les alvars en Ontario, recueilli des données additionnelles sur le terrain, attribué des rangs aux sites et fait des recommandations sur l'importance et l'état de conservation des alvars dans la province. L'hyménoxys herbacé a fait partie des éléments utilisés comme fondement du classement.

Trousses d'information sur l'intendance des alvars: Dans le cadre de l'IACI, des trousses d'information sur l'intendance ont été distribuées aux propriétaires fonciers privés d'alvars dans la région de Manitoulin (Jones, 1998) et ailleurs en Ontario (Jalava, 1998).

Sensibilisation et consultation du public: Il y a déjà eu beaucoup d'éducation du public et de contacts avec ce dernier au sujet des alvars, en grande partie à cause de l'IACI. Des contacts ont été établis avec de nombreux propriétaires d'alvars à qui on a demandé la permission d'arpenter leurs terres pour l'IACI. On a ensuite remis à un grand nombre de ces propriétaires fonciers des trousses d'information sur l'intendance. Le mot « alvar » est devenu un mot familier, couramment utilisé dans la péninsule Bruce et la région de Manitoulin. L'industrie des agrégats a été informée des alvars et l'Aggregate Producers Association of Ontario a fait mention des alvars à plusieurs reprises dans ses rapports annuels (Ontario Aggregate Resources Corporation, 2009). Ces efforts ont contribué à sensibiliser le public à l'hyménoxys herbacé.

Gestion des aires protégées: Dans le parc national de la Péninsule Bruce, dans la réserve naturelle provinciale de la baie Misery, dans les réserves naturelles privées telles que la réserve naturelle des alvars de Bruce, la gestion est axée sur le maintien de l'intégrité de l'habitat de l'hyménoxys herbacé et de ses populations. Des sentiers ont donc été réaménagés à l'écart des zones vulnérables et des trottoirs ont été construits.

Protection de terres: Plusieurs alvars clés ont été protégés au cours des 10 dernières années soit parce qu'ils ont été acquis par des fiducies foncières privées soit parce qu'ils ont été intégrés à des parcs provinciaux ou nationaux, ou à d'autres aires protégées. Actuellement, 18 des 29 sites de l'hyménoxys herbacé se trouvent entièrement ou en partie dans des aires protégées (se reporter à la section 2.5).

La présente section résume les importantes lacunes dans les connaissances sur l'hyménoxys herbacé et les écosystèmes de type alvar dans la péninsule Bruce et l'île Manitoulin.

Utilisation des terres et analyse des menaces : Un examen approfondi des menaces actuelles et des utilisations actuelles et proposées des terres dans les sites où vit l'hyménoxys herbacé ou à proximité s'impose pour évaluer les répercussions possibles et aider à orienter les activités de conservation et d'intendance des sites.

Information sur l'écologie des alvars pour une meilleure gestion de l'habitat de l'hyménoxys herbacé : Malgré certaines études récentes des processus naturels qui créent et maintiennent les alvars (p. ex. Gilman, 1995; Schaefer et Larson, 1997; Catling et Brownell, 1998; Jones et Reschke, 2005), un grand nombre de questions restent sans réponse. Il faut mieux comprendre le rôle écologique des feux de friche, des inondations, des sécheresses et d'autres facteurs si l'on veut assurer à long terme la gestion et l'intendance des alvars.

Nécessité du feu : Il faut examiner si les brûlages dirigés peuvent répondre aux besoins de l'habitat.

Surveillance des changements : Quels sont les changements subis par les alvars en raison des menaces ou de la succession naturelle et à quel rythme se produisent-ils?

Espèces exotiques et envahissantes : Les gestionnaires fonciers auraient avantage à comprendre ce qu'il en est des espèces exotiques et envahissantes dans les alvars, les répercussions de ces espèces et la lutte contre leur éradication pour pouvoir mieux gérer et atténuer les répercussions de cette menace connue.

Isolement génétique : La restriction géographique de cette espèce peut représenter une menace. Toutefois, Esselman et coll. (2000) ont examiné la diversité génétique dans les populations d'hyménoxys herbacé et constaté que l'espèce avait une diversité génétique comparable à d'autres espèces endémiques à pollinisation croisée, la diversité étant encore plus marquée à l'intérieur des populations qu'entre les divers sites. Pour les populations qui occupent de très petites parcelles isolées (p. ex. plusieurs sites à l'intérieur des terres de l'ouest de l'île Manitoulin), l'isolement génétique peut cependant limiter la capacité de l'espèce à réagir aux changements des conditions. Une étude approfondie des effets de cette menace potentielle s'impose.

Changements climatiques : En tant qu'espèce liée aux alvars, l'hyménoxys herbacé résiste déjà à des degrés extrêmes de chaleur et de sécheresse. On ne connaît pas les limites de la tolérance à la température et à la sécheresse de l'espèce.

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2025-08-28