Évaluation scientifique aux fins de la désignation de l’habitat essentiel de la population boréale du Caribou des bois au Canada - Mise à jour 2011 : Introduction

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Dans sa dernière évaluation du caribou des bois (Rangifer tarandus caribou), de la zone boréale (ci-après appelé caribou boréal), le Comité sur la situation des espèces en péril au Canada a déclaré cette espèce menacée (COSEPAC, 2002) et, en 2003, elle a été ajoutée à la liste de la Loi sur les espèces en péril (LEP). La décision d’inscrire cette espèce sur la liste a été motivée par une réduction observée, estimée, déduite de ≥ 30 % au cours de trois générations. Des signes dénotant un déclin continu dans de nombreuses régions du Canada ont été observés (EC, 2008), et ont été étudiés de façon approfondie dans un certain nombre de populations étroitement surveillées depuis l’évaluation réalisée par le COSEPAC en 2002 (ex. ASRC et ACA, 2010; BC MOE, 2010).

Le caribou boréal a évolué, tout en s’adaptant, au gré des régimes de perturbation naturels des écosystèmes de la forêt boréale qui déterminent la répartition spatio-temporelle et la disponibilité de l’habitat. Toutefois, la destruction de l’habitat, sa réduction à la taille de parcelles et sa fragmentation en raison du changement de l’utilisation des sols et de la mise en valeur des ressources, de même que la prédation accrue associée à ces changements, ont été identifiées comme étant les principales causes du déclin du caribou boréal au Canada (COSEPAC, 2002).

L’habitat essentiel est défini comme étant « l’habitat nécessaire à la survie ou au rétablissement d’une espèce sauvage inscrite » (LEP, art. 2). En 2007, Environnement Canada (EC) a entrepris un examen scientifique au terme duquel était produit le rapport intitulé « Examen scientifique aux fins de la désignation de l’habitat essentiel de la population boréale du caribou des bois (Rangifer tarandus caribou), au Canada » (EC, 2008; ci-après appelé Examen scientifique de 2008) : l’intention était de définir l’habitat essentiel du caribou boréal pour les besoins du programme de rétablissement de cette espèce. Dans cet exercice, la « survie » et le « rétablissement » du caribou boréal signifiaient la conservation de populations locales autosuffisantes de caribou boréal (c.-à-d. de populations en croissance stable ou à la hausse aux effectifs assez importants pour se maintenir sans intervention humaine) dans toute l’aire de répartition actuelle de l’espèce au Canada. EC a déterminé que les aires de répartition des populations locales constituaient l’échelle qui convenait pour déterminer les conditions permettant le maintien de populations autosuffisantes et qui, par conséquent, devait être utilisée pour la désignation de l’habitat essentiel.

L’un des entités de l’Examen scientifique de 2008 était l’élaboration d’un cadre de travail, ou modèle logique, pour la détermination de l’habitat essentiel du caribou boréal. Ce cadre s’est concrétisé dans la synthèse et l’analyse des données recueillies et de l’information scientifique publiée sur la population du caribou boréal et sur l’écologie de l’habitat, ce qui comprend notamment la répartition des populations de caribou boréal, les tendances, l’utilisation de l’habitat et les conditions de l’autosuffisance. Cette approche s’inscrivait en outre dans un cadre de gestion adaptative permettant de recenser systématiquement les facteurs d’incertitude et les lacunes des connaissances pour y remédier et de prendre en compte les nouvelles données chaque fois que le cycle de planification recommençait. La mise en œuvre de ce cadre de travail a été guidée par un ensemble de principes directeurs découlant des fondements écologiques, juridiques et scientifiques de l’exercice.

La répartition du caribou boréal au Canada (zone d’occurrence et étendue spatiale de l’analyse) est constituée de 57 aires de répartition de populations locales de caribou boréal, aussi appelées unités d’analyse. On a évalué chacune de ces aires pour déterminer si les conditions qu’on y retrouvait suffisaient au maintien d’une population autosuffisante d’après l’information recueillie sur la population (taille et tendance) et sur l’habitat (degré de perturbation naturelle et anthropique). Le résultat de cette évaluation a permis de classer les aires selon leur capacité à permettre le maintien de populations autosuffisantes et de tenir compte de l’influence que les conditions propres à chaque aire avaient sur la désignation de l’habitat essentiel.

Dans l’Examen scientifique de 2008, une base scientifique a été établie pour l’évaluation de l’habitat essentiel (c.-à-d. conditions de l’habitat nécessaires pour le rétablissement du caribou boréal suivant la définition qu’en donne la LEP). Pour le perfectionnement de ces analyses et la désignation résultante de l’habitat essentiel, EC a indiqué les grands champs qu’il convenait d’explorer davantage :

  1. effets que produit sur la désignation de l’habitat essentiel la variation des approches que les compétences utilisent pour délimiter les aires de répartition;
  2. effets relatifs de différentes perturbations et de différents types d’habitats, ainsi que de leur configuration, sur l’évaluation des aires et leur description de l’habitat essentiel;
  3. détermination de seuils de gestion en fonction des perturbations (ci-après appelés seuils de perturbation) applicables aux populations autosuffisantes locales;
  4. influence des conditions futures des aires de répartition sur les seuils de perturbation, étant donné la nature dynamique des perturbations dans une aire donnée.

Le but du présent rapport était de combler ces lacunes au moyen des meilleurs renseignements scientifiques accessibles pour guider la désignation de l’habitat essentiel du caribou boréal. EC a également mené à terme un processus indépendant dans lequel les connaissances traditionnelles autochtones (CTA) ont été prises en compte dans l’élaboration du Programme national de rétablissement. L’information venant de ces deux corpus de connaissances façonnera la stratégie élaborée pour favoriser la survie et le rétablissement du caribou boréal au Canada.

En août 2007, EC a entrepris avec des experts l’examen scientifique de l’état de nos connaissances sur l’habitat essentiel du caribou boréal; cet exercice visait à élaborer une désignation consolidée, scientifiquement défendable, de l’habitat essentiel de cette espèce et/ou un calendrier d’études valide. Ces activités ont eu pour résultat la production de l’Examen scientifique de 2008.

Ce rapport a contribué à l’établissement d’un processus transparent et reproductible à fondement scientifique pour guider la désignation de l’habitat essentiel du caribou boréal. Dans ce rapport, une approche analytique a été élaborée et appliquée à l’évaluation de la probabilité que la condition actuelle des populations (taille et tendance) et de l’habitat (niveaux de l’habitat non perturbés par des activités anthropiques ou des incendies forestiers) dans chacune des aires de répartition du caribou boréal au Canada suffise pour le maintien de populations autosuffisantes. Un certain nombre de conclusions générales ont été tirées :

  1. Pour désigner l’habitat essentiel du caribou boréal, c’est l’échelle de l’aire de répartition locale qu’il convient le mieux d’utiliser, en l’exprimant par rapport à la probabilité que les conditions de l’aire de répartition suffisent au maintien d’une population locale autosuffisante.
  2. L’aire de répartition est une fonction de l’étendue et de la condition de l’habitat, lequel réunit l’ensemble des ressources et des conditions environnementales qui déterminent la présence, la survie et la reproduction d’une population.
  3. L’évaluation permet un classement en fonction de trois catégories de résultats possibles pour les populations locales autosuffisantes de chacune des 57 aires de répartition, ou unités d’analyse[1], reconnues pour le caribou boréal du Canada : aire de répartition actuelle adéquate, aire de répartition actuelle avec amélioration des conditions et aire de répartition actuelle avec possibilité de résilience.
  4. La désignation de l’habitat essentiel du caribou boréal est un processus hiérarchisé faisant intervenir des considérations qui relèvent de multiples échelles spatiales et temporelles. Par une analyse spatiale de la viabilité des populations, liée à la modélisation de la dynamique du paysage, on peut caractériser les résultats relatifs à l’habitat essentiel à une échelle spatiale plus petite que celle de l’aire de répartition, pour des périodes déterminées.
  5. Sachant que l’état actuel de nos connaissances et la nature dynamique des paysages introduisent une part d’incertitude, il y a lieu de surveiller les phénomènes constatés dans l’Examen scientifique de 2008 et de les évaluer à des fins de perfectionnement et d’ajustement en fonction des nouvelles données qui sont recueillies (c.-à-d. dans le cadre d’une gestion adaptative).

Sur les 57 aires de répartition locales, ou unités d’analyse, 30 se sont révélées « non autosuffisantes » (probabilité intégrée inférieure à 0,5), 17, « autosuffisantes » (probabilité intégrée supérieure à 0,5), et 10, soit « autosuffisantes », soit non autosuffisantes » (probabilité intégrée de 0,5).

En 2009, EC a entrepris une deuxième évaluation scientifique pour étoffer l’Examen scientifique de 2008 avec de nouvelles données et de nouvelles analyses destinées à guider la désignation de l’habitat essentiel. EC a de nouveau retenu les services d’experts de l’écologie du caribou et/ou d’un domaine scientifique connexe qui ont fourni des conseils scientifiques et examiné l’information aux principaux stades de l’élaboration du présent rapport.


1 Notons que la terminologie utilisée pour décrire les différents types d’unités géographiques utilisés dans cette évaluation est différente de celle qui a été employée dans l’examen scientifique de 2008, comme il est indiqué à la section 2.4.2.

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