Conférence mondiale She-ERA de 2017 sur les femmes et l’entrepreneuriat présentée par Alibaba

Discours

Notes d’allocution

L’honorable Bardish Chagger, C.P., députée
Ministre de la Petite Entreprise et du Tourisme

Hangzhou (Chine)
Le 10 juillet 2017

La version prononcée fait foi

Merci beaucoup de cette présentation.

Mesdames et Messieurs, c’est un privilège pour moi d’être ici aujourd’hui à l’occasion de cette conférence exceptionnelle et de représenter le gouvernement du Canada et le notre premier ministre, le très honorable Justin Trudeau, que nous venons d’entendre par vidéo.

Je remercie très sincèrement Monsieur Jack Ma et Alibaba d’avoir organisé cette rencontre.

J’ai eu l’occasion de discuter avec Jack tout juste avant de prendre la parole, et je suis enchantée de voir que le plus grand détaillant au monde est conscient du potentiel immense encore inexploité des femmes.

Je suis arrivée de Shanghai cet après-midi. Ce matin, j’y ai rencontré les représentants de Ctrip, un autre géant chinois du cybercommerce. J’ai été impressionnée par le grand nombre de femmes siégeant à son équipe de direction.

Les entreprises comme Alibaba et Ctrip démontrent bien pourquoi nous sommes réunis aujourd’hui.

Nous devons conjuguer nos efforts pour défendre les droits des femmes, favoriser l’entrepreneuriat féminin et donner aux femmes les moyens d’occuper des postes de haut niveau, non seulement en Chine ou au Canada, mais dans le monde entier.

Mesdames et Messieurs, je suis profondément honorée de prendre la parole en compagnie de présentateurs aussi distingués.

Tout au long de sa carrière exceptionnelle, Lakshmi Puri a travaillé sans relâche pour donner aux femmes du monde les moyens de leurs ambitions. Elle est une véritable source d’inspiration.

De son côté, ONU Femmes accomplit un travail superbe et continue à faire valoir les intérêts des femmes et des filles partout dans le monde. Je vous en remercie.

Jim Yong Kim et la Banque mondiale ont fait des progrès admirables en ce qui a trait au soutien et à l’autonomisation des femmes et des filles.

J’étais fière de voir Jim annoncer le lancement de l’Initiative de financement en faveur des femmes entrepreneures en fin de semaine dernière lors de la rencontre du G-20 en Allemagne.

Nous savons que dans les pays en développement, 70 % des petites et moyennes entreprises détenues par des femmes n’ont pas accès à un soutien financier adéquat.

Ce fonds contribuera à inverser la tendance. Merci d’avoir été à l’écoute et d’avoir agi en conséquence.

J’étais particulièrement fière de voir le premier ministre Trudeau annoncer que le Canada verserait 20 millions de dollars à ce fonds.

Cet investissement correspond parfaitement à la nouvelle politique d’aide internationale féministe que le Canada a adoptée au début de l’année.

Au cours des cinq prochaines années, 15 % de l’aide canadienne au développement sera consacré directement à des mesures favorisant l’égalité des genres. Nous ferons également en sorte qu’au moins 80 % de nos investissements tiennent compte des critères d’égalité et d’autonomisation des femmes.

Dans quelques minutes, Vera Wang prendra la parole devant nous. Oui, la Vera Wang, véritable icône de la mode. Le succès inégalé qu’elle a connu au fil de sa carrière constitue un exemple passionnant pour les femmes et les filles du monde.

J’ai été invitée à vous parler aujourd’hui des solutions possibles pour combler l’écart économique qui sépare les hommes et les femmes.

Tout d’abord, disons-le sans détour, cet écart économique est bien réel. Il persiste. Et à notre époque, il est inacceptable.

Pourquoi? Parce que nous sommes en 2017! Tout simplement.

Cet écart existe donc bel et bien, et je crois qu’il est le résultat de trois problématiques.

À mon avis, nous pouvons trouver des solutions dans ces trois domaines.

En premier lieu, les données indiquent une proportion moins élevée de femmes que d’hommes dans la population active.

Plusieurs facteurs peuvent être en cause. Retenons seulement que si moins de femmes travaillent, le salaire moyen des femmes subit une pression vers le bas.

En deuxième lieu, les femmes gagnent moins que les hommes qui exécutent le même travail qu’elles. Cela s’explique en partie par les types d’emplois que les femmes occupent.

De plus, les femmes ne négocient pas comme les hommes. Certaines ont peut-être l’impression que leur travail vaut moins que celui d’un homme. Et il ne faut pas oublier qu’à de nombreux endroits, une approche du travail fortement masculine est enracinée.

En troisième lieu, il faut mentionner la culture de notre société. Disons-le sans détour : notre monde est dirigé par des hommes.

Les femmes du monde, dont celles du Canada, sont conscientes des inégalités économiques, mais elles n’osent pas toujours s’avancer sur le sujet.

Les Canadiennes gagnent environ 69 % de ce que gagnent les hommes.

Ce n’est pas suffisant. Le Canada peut certainement faire mieux, et il le fera.

Les femmes constituent un bassin sous-utilisé de connaissances, de savoir-faire et de potentiel économique.

En libérant tout ce potentiel, nous ne rendons pas seulement service aux femmes. Nous rendons service à la race humaine tout entière et à notre planète.

Examinons les choses du point de vue économique. Le fait de combler l’écart entre les hommes et les femmes ferait augmenter les dépenses de consommation, ce qui favoriserait la croissance. Les citoyens seraient mieux en mesure d’épargner. Et la classe moyenne profiterait d’un plus grand nombre d’emplois bien rémunérés.

Les recherches étayent ce point de vue. Le McKinsey Global Institute estime que si le Canada agissait pour combler l’écart entre les sexes, le produit intérieur brut serait bonifié de 150 milliards de dollars d’ici 2026 et connaîtrait une croissance de 6 %.

À ce chapitre, le Canada ne représente qu’une fraction du potentiel mondial. L’institut McKinsey cite dans son rapport une étude qu’il avait publiée en 2015, selon laquelle l’égalité des genres ajouterait 12 billions de dollars au produit intérieur brut mondial d’ici 2025.

Toutes les régions du monde étudiées dans le rapport de 2015 pourraient connaître une augmentation de 8 à 16 % de leur produit intérieur brut au cours de la prochaine décennie.

Il ne faut pas se faire d’illusions.

Nous sommes encore loin d’atteindre l’égalité des genres dans le monde du travail et dans la culture d’entreprise. Les femmes sont loin d’être traitées sur un pied d’égalité en milieu de travail.

Cette réalité, je l’ai vécue.

Je suis la ministre canadienne de la Petite Entreprise et du Tourisme, et je suis également la leader du gouvernement à la Chambre des communes.

Je coordonne le processus législatif de manière à permettre au gouvernement du Canada de réaliser son programme.

Ce que je trouve fascinant, c’est que je suis la toute première femme à occuper ces fonctions.

Le Canada célèbre cette année le 150e anniversaire de la Confédération. Et au cours de cette longue période, le poste de leader du gouvernement à la Chambre des communes a toujours été occupé par des hommes.

J’ai fait mes premiers pas en politique à l’âge de 13 ans. Je suis issue d’une famille traditionnelle, où les femmes s’occupent de la maison et élèvent les enfants, parfois tout en occupant un emploi à temps plein.

Mon père avait d’autres visées pour ma sœur et moi. Mon grand-père est arrivé au Canada au début des années 1970, et mon père a quitté l’école vers l’âge de 15 ans pour prêter main-forte à la famille.

Mon père était déterminé à tout faire pour que ma sœur et moi obtenions un diplôme universitaire et ayons en main les outils et ressources nécessaires pour réussir dans un « monde d’hommes ».

La politique est difficile pour les femmes, et elle est difficile tout court. Notre pays a fait de grands progrès, mais je sais très bien que certains me perçoivent différemment parce que je suis une femme.

Je remercie ma famille de m’avoir donné les moyens de réussir et de m’avoir encouragée à me surpasser.

Mon père était ma plus grande source de soutien. Il m’a insufflé la force et la confiance nécessaires pour poursuivre mes rêves, sans même que j’y croie vraiment à l’époque.

Il m’a fait comprendre qu’aucun obstacle n’est insurmontable et qu’aucun défi n’est trop difficile.

Malheureusement, les femmes n’ont pas toutes cette chance… du moins pas encore!

Les femmes sont loin d’une participation entière à la main-d’œuvre.

On estime que 800 000 Canadiennes sont privées d’une pleine participation à la main d’œuvre.

Et celles qui participent au marché du travail n’arrivent pas toutes à exploiter leur plein potentiel.

Lors d’une enquête, le quart des Canadiennes ont indiqué qu’elles travaillaient à temps partiel, car elles devaient également s’occuper de leurs enfants. Dans bien des cas, elles n’ont pas un accès fiable ou abordable à des services de garde d’enfants.

À peine 5 % des hommes ont donné la même réponse.

Les principaux secteurs d’emploi des Canadiennes sont l’enseignement, les soins infirmiers, le travail social, le travail de bureau et administratif, les ventes et les services.

On retrouve sans doute un profil semblable dans de nombreux autres pays.

Ce sont des carrières tout à fait honorables, et les hommes devraient être plus nombreux à les choisir!

Dans les faits, cependant, ces professions sont moins bien rémunérées que celles en gestion, en sciences, en finances, en droit ou en génie.

Et les femmes sont moins nombreuses que les hommes dans ces domaines où les emplois sont bien payés. Au Canada, les femmes ne représentent qu’un peu plus de 18 % de la main-d’œuvre en génie.

En contraste, elles représentent plus de 84 % de la main-d’œuvre dans le domaine des soins de santé et des services sociaux.

Nous avons encore plus de travail à faire lorsqu’il s’agit des immigrantes au Canada et des femmes autochtones, et ce, même chez les jeunes.

Les immigrantes proviennent des quatre coins du monde. Leur taux de participation à la population active est généralement plus faible que celui des femmes nées au Canada.

Les femmes autochtones ont aussi un taux de participation beaucoup plus faible que celui des autres Canadiennes.

Ajoutons que ces femmes sont proportionnellement beaucoup plus nombreuses à occuper des emplois dans les domaines à prédominance féminine que j’ai mentionnés, professions qui ne sont pas hautement rémunérées.

En plus de préconiser une augmentation du nombre de femmes occupant des postes de leadership et des emplois professionnels, l’une de mes priorités à titre de ministre de la Petite Entreprise et du Tourisme est de favoriser l’entrepreneuriat, particulièrement chez les membres de groupes sous-représentés comme les femmes, dont les femmes autochtones, et les jeunes.

Il y a fort à faire à ce chapitre.

En 2014, les PME appartenant à des femmes ont généré une activité économique évaluée à 160 milliards de dollars.

Et pourtant, les femmes ne sont propriétaires majoritaires que de 16 % des PME canadiennes.

Les femmes indiquent qu’elles souhaitent donner de l’expansion à leur entreprise, mais elles parviennent moins souvent que les hommes à le faire.

L’un de leurs défis est l’accès au financement.

Un autre défi est l’accès à des mentors et à des ressources. Dans bien des cas, ces outils ne sont pas facilement à la disposition des femmes.

Ces femmes veulent se donner un élan de croissance, mais elles se retrouvent dans un environnement qui freine leurs efforts.

Au Canada, nous agissons pour changer les choses. Nous effectuons des investissements stratégiques pour instaurer les conditions propices à la réussite de tous, et particulièrement des femmes.

L’une des grandes banques canadiennes, la Banque Royale du Canada, estime qu’une augmentation d’à peine 10 % du nombre d’entreprises dirigées par des femmes au cours des 10 prochaines années donnerait lieu à une activité économique additionnelle de 50 milliards de dollars au pays.

Alors, que faire?

Les femmes ont fait de grands pas en avant, mais elles n’ont pas encore atteint l’égalité.

Les gouvernements, le secteur privé et la société civile ont un rôle de leadership à jouer.

Le premier ministre Trudeau est un ardent féministe. Ce n’est pas seulement une position politique, c’est une valeur fondamentale qu’il défend en tant que politicien; en tant qu’élu; en tant que fils; en tant que mari; et en tant que père de trois enfants, une fille et deux fils; et avant tout en tant que Canadien.

En mars, le gouvernement du Canada a déposé le premier budget fédéral reposant sur une analyse comparative entre les sexes.

Nous avons établi le budget en tenant compte de l’effet et de l’impact qu’il aurait sur les femmes et les filles.

Nous avons tenu compte du fait que les femmes jouent des rôles fort différents de ceux que jouent les hommes au foyer, au travail, à l’école et dans la société.

Et nous avons pris des mesures pour abattre des obstacles précis qui compliquent la tâche aux femmes et aux filles qui souhaitent poursuivre leurs études et leur formation ou se lancer dans leur carrière de rêve.

L’une de ces mesures est la nouvelle Allocation canadienne pour enfants, un paiement mensuel non imposable versé aux familles pour les aider à subvenir aux besoins de leurs enfants. Cette allocation facilite la vie de nos familles qui travaillent d’arrache-pied.

En outre, nous augmentons le nombre de places en garderie, nous appuyons les modalités de travail souples et nous lançons une stratégie nationale sur le logement inclusif.

Ces mesures viendront alléger le fardeau des femmes et leur permettront d’explorer de nouvelles avenues de carrière.

Nous incitons aussi les femmes et les filles à se tourner vers les emplois de demain en choisissant une carrière en sciences, en technologie, en ingénierie ou en mathématiques (les « STIM ») ou en optant pour un métier spécialisé. Et nous donnons aux élèves du primaire une introduction à la programmation informatique.

Nous voulons que les femmes, et surtout les jeunes femmes de la génération montante, possèdent les compétences nécessaires pour décrocher des emplois enrichissants et bien rémunérés dans les industries à forte productivité de demain.

Avant tout, nous voulons que des femmes dirigent la prochaine vague d’entreprises.

Afin d’y arriver, nous avons présenté en septembre 2016 des modifications à plusieurs lois fédérales. Ces modifications favoriseront la diversité au sein des équipes de direction et des conseils d’administration des sociétés inscrites en Bourse.

Pourquoi?

Parce que nous croyons que la diversité est un atout pour la gestion, la gouvernance et la direction des entreprises.

Nous avons des données à l’appui.

Les recherches indiquent que les actionnaires de sociétés dont les administrateurs ont des antécédents variés obtiennent un rendement 53 % plus élevé sur leur investissement que les actionnaires de sociétés dont le conseil d’administration est peu diversifié.

Je trouve cela phénoménal.

Les recherches indiquent aussi que les entreprises dont le conseil d’administration compte au moins une femme connaissent une croissance plus rapide que les autres et qu’elles offrent un rendement supérieur à leurs investisseurs.

Une étude menée l’an dernier démontre que les entreprises ayant au moins 30 % de femmes dans leurs équipes de direction peuvent avoir une marge de profit net plus élevée que celles où le taux de représentation féminine est plus faible, et on parle ici d’une hausse de jusqu’à 6 points de pourcentage.

En tirant le plein potentiel de tous les segments de la main-d’œuvre, les entreprises profitent d’une croissance plus forte, d’un développement accéléré et de profits supérieurs.

Lors de la dernière campagne électorale, l’un de nos slogans était « Place aux femmes… changeons la politique ».

On pourrait aussi dire « Place aux femmes… assurons la croissance économique ».

La présence de plus de femmes en politique donne déjà des résultats.

Au Canada, le conseil des ministres compte 30 membres, dont 15 femmes.

Ce n’est pas le fruit du hasard. Le premier ministre Trudeau a indiqué clairement que le Canada devait prêcher par l’exemple. La diversité et l’inclusion sont des valeurs fondamentales du Canada et de son gouvernement.

Nous croyons que pour être efficace, le gouvernement doit être le reflet de la diversité de la population du Canada et représenter l’ensemble des citoyens.

Le Canada joint le geste à la parole sur la scène mondiale dans le dossier de l’égalité des genres.

À l’échelle mondiale, nous appuyons l’atteinte des objectifs de développement durable des Nations Unies. L’un de ces objectifs est de parvenir à l’égalité entre les sexes et d’autonomiser toutes les femmes et les filles.

Et nous continuerons de travailler avec la communauté internationale pour améliorer le sort des femmes qui cherchent à échapper aux conflits et à l’insécurité.

Nous devons tout mettre en œuvre pour que les avantages du commerce soient répartis plus largement et équitablement.

C’est pourquoi le Canada mène un programme commercial progressiste auprès de ses partenaires au pays et à l’échelle mondiale.

Le commerce progressiste a pour but de permettre à toutes les tranches de la société de profiter des possibilités associées au commerce et à l’investissement. On met l’accent sur les femmes, les Autochtones, les jeunes, ainsi que sur la réussite des petites et moyennes entreprises.

Ce n’est pas seulement une question de croissance économique et de prospérité. C’est une nécessité.

Mesdames et Messieurs, le gouvernement du Canada prend très au sérieux la question de l’inégalité économique qui touche les femmes. Et comme je l’ai indiqué, nous travaillons fort pour améliorer la situation.

Je suis fière d’être ici aujourd’hui pour m’adresser à des gens qui partagent les mêmes priorités et valeurs que moi en ce qui a trait à l’importance de donner les mêmes chances de réussite aux femmes et aux filles.

Nous devons unir nos forces pour que les femmes du monde entier profitent pleinement d’une croissance durable et inclusive.

Ensemble, nous pourrons tracer la voie d’un avenir plus équitable et plus fructueux sur le plan économique pour les femmes canadiennes, pour les femmes chinoises et pour les femmes de tous les pays.

Nous devons bien cela à nos filles, à nos nièces, à nos sœurs, à nos mères et à nos grands-mères.

Je suis prête à relever le défi, et j’espère que vous vous joindrez à moi. Je suis impatiente de travailler avec vous.

Merci.


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