Page 5 : Recommandations pour la qualité de l'eau potable au Canada : document technique – le tétrachloroéthylène

Partie II. Science et considérations techniques

4.0 Propriétés, utilisations et sources dans l'environnement

Le tétrachloroéthylène (C2Cl4; masse moléculaire : 165,85 g/mol; numéro de registre du Chemical Abstracts Service : 127-18-4), aussi appelé tétrachloroéthène, perchloroéthylène, PERC, PER, PCE et tétrachlorure d'éthylène, est un liquide transparent, incolore et non inflammable, dont l'odeur rappelle celle de l'éther (ECETOC, 1999; OMS, 2000). Le seuil olfactif du tétrachloroéthylène dans l'eau a été établi à 0,3 mg/L par d'autres organismes (ATSDR, 1997; OMS, 2003), mais on n'a trouvé aucune source de référence primaire. Le seuil olfactif du tétrachloroéthylène dans l'air est supérieur ou égal à 0,77 ppmNote de bas de page 1 (Leonardos et coll., 1969; Nagata, 2003). À température ambiante, le tétrachloroéthylène est un liquide volatil dont la pression de vapeur est élevée (1,9 kPa à 20 °C). Son point de fusion est de -22 °C, son point d'ébullition de 121 °C et sa masse volumique de 1,623 g/cm3 (Commission européenne, 2005). Le tétrachloroéthylène est relativement insoluble dans l'eau (c'est-à-dire 150 mg/L à 25 °C) (OMS, 2003), et son coefficient de partage octanol-eau est faible (2,53) (Commission européenne, 2005). Avec des facteurs de bioconcentration se situant entre 39 et 49, le tétrachloroéthylène ne devrait pas se bioconcentrer dans les organismes ou se bioamplifier dans les chaînes alimentaires (U.S. EPA, 2012a).

Au Canada, le tétrachloroéthylène est principalement utilisé comme solvant pour le nettoyage à sec et comme intermédiaire dans la synthèse de produits chimiques (p. ex., celle des fluorocarbones). Cette substance est également employée pour le traitement et la finition dans l'industrie textile, comme solvant d'extraction, comme anthelminthique, comme fluide caloporteur et pour la fumigation des grains. En outre, le tétrachloroéthylène est utilisé comme fluide isolant et gaz de refroidissement dans les transformateurs électriques, et il entre dans la composition de décapants, d'encres d'imprimerie, de préparations d'adhésifs, de revêtements de papier et de préparations en aérosol comme les hydrofuges (Gouvernement du Canada, 1993; CPI, 2004; HSDB, 2007). Un règlement concernant l'utilisation du tétrachloroéthylène dans les installations de nettoyage à sec au Canada et les rapports à fournir sur l'importation, le recyclage, la vente et l'utilisation de tétrachloroéthylène a été adopté en 2003 et modifié en 2011 (Environnement Canada, 2011).

On ne fabrique plus de tétrachloroéthylène au Canada depuis 1992 (CPI, 2004). En 2013, les importations se chiffraient à 10,4 kilotonnes américaines (9,5 kilotonnes métriques) et provenaient en majorité (97 %) des États-Unis. Les importations en 2009-2012 variaient de 7,7 à 12,3 kilotonnes américaines (7,0 à 11,2 kilotonnes métriques; Centre du commerce international, 2014).

L'introduction de tétrachloroéthylène dans l'environnement est principalement attribuable à des sources anthropiques (Gouvernement du Canada, 1993),mais on a signalé un cas d'algues marines produisant naturellement du tétrachloroéthylène (Abrahamsson et coll., 1995). La majorité (>97 %) des rejets anthropiques de tétrachloroéthylène au Canada se font dans l'air, alors que moins de 0,1 % d'entre eux se font dans l'eau. Les rejets dans l'eau ont diminué au fil du temps, avec les plus hauts niveaux observés (moyenne annuelle de 0,076 tonnes métriques) entre 1994 et 1996, diminuant à une moyenne de 0,032 tonnes métriques par année entre 1997 et 2005, et à une moyenne annuelle encore plus basse de 0,003 tonnes métriques entre 2006 et 2012. Les rejets dans l'air ont aussi diminué d'une moyenne annuelle de 204 tonnes métriques entre 1994 et 2001 à une moyenne annuelle de 40,8 tonnes métriques entre 2002 et 2011. Les rejets dans l'air ont toutefois augmenté entre 2012 et 2014, atteignant une moyenne de 101 tonnes métriques par année (Environment Canada, 2015).

Le tétrachloroéthylène se distribue entre les compartiments de l'environnement par volatilisation, précipitation et adsorption. Divers processus, comme la photooxydation, la volatilisation et la biotransformation atmosphériques, influent sur le comportement du tétrachloroéthylène dans l'environnement. Après avoir été libéré dans le sol ou dans l'eau, le tétrachloroéthylène peut s'accumuler dans les eaux souterraines s'il n'en est pas éliminé par dégradation ou évaporation (Gouvernement du Canada, 1993).

Le tétrachloroéthylène peut se volatiliser à partir de l'eau et des sols humides, sa constante de la loi d'Henry étant de 1,8 × 10-2 atm-m3/mol à 25 °C (ou, si on l'exprime en valeur sans unité, 7,23 × 10-1) (Gossett, 1987). La volatilisation vers l'atmosphère est le principal processus régissant le devenir du tétrachloroéthylène dans les systèmes aquatiques, alors que 99,45 % du tétrachloroéthylène présent dans l'eau peut être libéré dans l'atmosphère (Callahan et coll., 1979; Schwarzenbach et coll., 1979; Wakeham et coll., 1983; Kaiser et Comba, 1986; ECETOC, 1999). Dans le cadre d'études en laboratoire, on a enregistré des demi-vies par évaporation inférieures à 1 heure. Toutefois, les mesures sur le terrain et les valeurs théoriques étaient supérieures, allant de 2 à 10 jours pour les rivières, et de 10 à 30 jours pour les lacs et les étangs. Les taux de volatilisation pour les eaux souterraines devraient être faibles puisque la volatilisation et la biodégradation y sont considérablement ralenties (PISSC, 1984; ECETOC, 1999; U.S. EPA, 2012a).

Le tétrachloroéthylène devrait s'évaporer rapidement à partir de la surface des sols puisque sa pression de vapeur est élevée et son adsorption au sol assez faible (Wilson et coll., 1981). L'adsorption au sol du tétrachloroéthylène dépend du coefficient de partage, de la teneur en carbone organique du sol, du type de rejet et de la concentration de tétrachloroéthylène dans la phase liquide (Seip et coll., 1986; Poulsen et Kueper, 1992). D'après les coefficients expérimentaux et estimatifs de sorption du sol, qui se situent entre 209 et 1 685, la mobilité du tétrachloroéthylène dans le sol est faible à modérée (U.S. EPA, 2012a). Seip et coll. (1986) ont déterminé que, dans les sols sableux, le tétrachloroéthylène se déplace presque à la même vitesse que dans l'eau, mais qu'il peut être retenu dans les sols dont la teneur en carbone organique et en argile est plus élevée. La migration du produit chimique dans le sol varie en fonction de la perméabilité et de la porosité du sol ainsi que de la quantité de tétrachloroéthylène rejetée. On suppose que le tétrachloroéthylène sera mobile dans la plupart des sols et qu'il pourra atteindre des profondeurs suffisantes pour entraîner une contamination des eaux souterraines (Schwille, 1988; Poulsen et Kueper, 1992).

Des études en microcosme et pilotes ont montré que le tétrachloroéthylène subit une dégradation microbienne en conditions anaérobies, mais pas en conditions aérobies (Bouwer et coll., 1981; Barrio-Lage et coll., 1986; Fogel et coll., 1986; Freedman et Gossett, 1989). La dégradation anaérobie du tétrachloroéthylène se fait par une déchloration réductive conduisant à du trichloroéthylène, du dichloroéthylène et du chlorure de vinyle, l'oxydation microbienne et la déshalogénation formant respectivement du dioxyde de carbone et de l'éthylène comme produits finaux (Freedman et Gossett, 1989; Bradley, 2000).

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