Page 10 : Recommandations pour la qualité de l'eau potable au Canada : document technique – les virus entériques
9.0 Justification
On compte plus de 140 virus entériques pouvant infecter les humains. Excrétés dans les matières fécales et parfois dans l'urine des personnes et des animaux infectés, ils peuvent être présents dans les sources d'eau de surface et d'eau souterraine. Les virus entériques provoquent principalement des maladies aiguës, quoique certains liens avec des maladies chroniques aient été établis. Bon nombre de ces virus ne peuvent être cultivés et leur présence dans l'eau varie au fil du temps et d'un lieu à un autre. À tout moment, un type de virus peut être plus répandu qu'un autre dans les eaux usées d'une collectivité et influer sur la qualité des sources d'eau dans les collectivités en aval. Les méthodes les plus efficaces visant à empêcher la présence de virus entériques en concentrations dangereuses dans l'eau potable s'appuient sur la mise en uvre de l'approche à barrières multiples. Cette approche englobe la protection et le traitement des sources d'eau, que l'on assure au moyen des paramètres physico-chimiques appropriés, suivis de la vérification de l'absence de microorganismes indicateurs fécaux dans l'eau complètement traitée.
En raison du nombre considérable de virus entériques, des variations spatiotemporelles de leur présence et des lacunes des méthodes employées, il est difficile d'assurer une surveillance régulière de ces microorganismes. C'est pourquoi on n'a établi aucun objectif de qualité de l'eau (p. ex. concentration maximale acceptable) pour les virus entériques dans l'eau potable. La protection de la santé publique est plutôt assurée en fixant des objectifs de traitement basés sur la santé.
Pour fixer ces objectifs, il faut établir le niveau de risque acceptable. Le Comité fédéral-provincial-territorial sur l'eau potable a retenu la valeur de 10−6 AVCI/personne par année, ce qui correspond au niveau de référence utilisé par l'OMS (2004). Il s'agit d'une décision de gestion des risques qui offre un équilibre entre, d'une part, la charge de morbidité estimée pour les virus entériques et, d'autre part, le manque d'information sur la prévalence de ces pathogènes dans les sources d'eau, les limites en matière de surveillance des maladies et les variations dans l'efficacité des différentes techniques de traitement de l'eau.
Même si tous les virus entériques préoccupants doivent être recensés, les évaluations des risques tiennent rarement compte de chacun d'eux. Elles ne portent que sur des virus entériques précis (des pathogènes de référence ou, dans le cas présent, des virus de référence) qui, de par leurs caractéristiques, sont représentatifs de tous les virus pathogènes similaires. On présume que si le traitement est efficace contre le virus de référence, il le sera contre tous les virus préoccupants similaires. Aux fins de la présente évaluation des risques, on s'est servi des rotavirus comme virus de référence en raison de la prévalence des infections chez les enfants, du risque d'effets graves et du fait que l'on dispose d'un modèle de la relation dose-réponse.
Une concentration de 1 rotavirus/100 L d'eau dans une source d'approvisionnement représente une valeur relativement faible correspondant généralement à des sources d'eaux souterraines ou à des sources d'eau de surface relativement très peu contaminées. Au Canada, bon nombre de sources d'eau de surface présentent des concentrations de 1 à 100 virus/L (de 100 à 10 000 virus/100 L). À ces concentrations, il faut une réduction beaucoup plus importante pour que la charge de morbidité soit jugée acceptable. Avec l'approche fondée sur les EQRM utilisée dans le présent document, on constate que si une source d'eau présente une concentration moyenne d'environ 1 rotavirus/100 L, l'usine de traitement doit constamment obtenir une réduction de 4 log de la concentration des virus afin de respecter le niveau de référence de 10−6 AVCI/personne par année. Ainsi, on a établi une réduction ou une inactivation minimale de 4 log pour les virus comme objectif de traitement basé sur la santé. Une autorité compétente peut accepter une réduction inférieure dans une source d'eau souterraine considérée comme peu vulnérable à une contamination d'origine fécale si l'évaluation d'une usine de traitement d'eau potable a confirmé que la présence de virus entériques est peu probable. Bon nombre de sources d'eau au Canada peuvent nécessiter une réduction supérieure à l'objectif de traitement minimal pour respecter le niveau de risque acceptable.
Les EQRM peuvent être utilisées pour chaque site afin de déterminer dans quelle mesure les variations de la qualité des sources d'eau peuvent contribuer au risque microbiologique, si les mesures de réduction mises en œuvre sont adéquates et si l'on doit recourir à des procédés de traitement additionnels ou optimiser les procédés existants. Dans la plupart des cas, une usine de traitement qui fonctionne bien et qui emploie des techniques efficaces de coagulation, de floculation, de clarification, de filtration et de désinfection pour produire une valeur CT suffisante devrait donner de l'eau présentant un risque négligeable d'infection par les virus entériques. Il faudrait, dans la mesure du possible, protéger les bassins versants ou les aquifères qui servent de sources d'eau potable contre toute contamination par les matières fécales.