Page 3 : Recommandations pour la qualité de l'eau potable au Canada : document technique – les virus entériques

2.0 Sommaire

Les virus sont des microorganismes extrêmement petits qui sont incapables de se reproduire à l'extérieur d'une cellule hôte. Ils sont généralement spécifiques à l'hôte, ce qui signifie que les virus qui infectent des animaux ou des végétaux n'infectent habituellement pas les humains; quelques virus entériques ont toutefois été décelés chez des hôtes humains et animaux. La plupart des virus infectent également exclusivement certains types de cellules dans un hôte. Par conséquent, les effets sur la santé d'une infection virale varient énormément. Les virus qui peuvent se multiplier dans le tractus gastrointestinal des humains ou des animaux sont appelés « virus entériques ». On en dénombre plus de 140 pouvant infecter les humains.

Bien qu'il existe des méthodes permettant de détecter et de mesurer la présence de virus dans l'eau potable, elles ne sont pas pratiques pour une surveillance régulière de l'eau potable compte tenu de leurs limites sur le plan de la méthodologie et de l'interprétation. On continue donc de vérifier la qualité microbiologique de l'eau potable en se fiant à la surveillance d'indicateurs comme Escherichia coli. La présence d'E. coli indique une contamination fécale et la présence potentielle de virus entériques. Cependant, l'absence d'E. coli ne signifie pas forcément que les virus entériques sont aussi absents. Par conséquent, il faut utiliser la surveillance d'E. coli dans le cadre d'une approche à barrières multiples « de la source au robinet » pour protéger la qualité de l'eau potable.

Santé Canada a récemment terminé son examen des risques pour la santé découlant de la présence de virus entériques dans l'eau potable. Le présent document technique examine et évalue les risques pour la santé qui ont été relevés et qui sont associés à la présence de virus entériques dans l'eau potable. Il comprend une évaluation des nouvelles études et approches compte tenu des limites, sur le plan de la méthodologie et de l'interprétation, des méthodes disponibles pour détecter les virus dans l'eau potable. Partant de cet examen, la recommandation pour les virus entériques dans l'eau potable a été établie, à savoir un objectif de traitement entraînant une réduction d'au moins 4 log des virus entériques.

2.1 Effets sur la santé

Différentes maladies humaines sont associées aux virus entériques. La gastroentérite est le principal effet des virus entériques sur la santé. La durée d'incubation et la gravité des effets sur la santé dépendent du virus responsable de l'infection. En plus de la gastroentérite, les virus entériques peuvent causer des maladies aiguës graves comme la méningite, la poliomyélite et des maladies fébriles non spécifiques. Ils ont également été mis en cause dans des maladies chroniques, comme le diabète sucré et le syndrome de la fatigue chronique.

La gravité des effets d'une infection virale sur la santé dépend du virus en cause de même que des caractéristiques du malade (p. ex. son âge, son état de santé). En théorie, une seule particule virale infectieuse peut causer une infection, mais il en faut habituellement plus d'une seule. Pour bon nombre de virus entériques, on suppose que le nombre de particules virales infectieuses nécessaire pour causer une infection est faible.

2.2 Exposition

Les virus entériques ne peuvent pas se multiplier dans l'environnement mais ils peuvent survivre plus longtemps dans l'eau que la plupart des bactéries intestinales et ils sont plus infectieux que la plupart des autres microorganismes. Ils sont excrétés dans les selles des personnes infectées et certains d'entre eux peuvent aussi être excrétés dans l'urine.

Des virus entériques ont été détectés dans l'eau de surface et dans des sources souterraines. Des données scientifiques récentes ont aussi révélé la présence de virus entériques dans des eaux souterraines qui sont peu vulnérables à une contamination d'origine fécale.

2.3 Traitement

L'approche à barrières multiples est la plus efficace pour réduire les virus entériques et d'autres pathogènes d'origine hydrique dans l'eau potable. Pour ces catégories de contaminants, il faut en priorité caractériser les risques inhérents à la source d'eau et s'assurer que des procédés de traitement efficaces sont mis en œuvre pour obtenir une eau potable de bonne qualité. En général, le traitement des approvisionnements alimentés par des eaux de surface ou des eaux souterraines sous l'influence directe de l'eau de surface doit comprendre, au minimum, une filtration (ou des techniques qui réalisent un crédit équivalent de diminution sur l'échelle log) et une désinfection adéquates. Des données récemment publiées ont révélé la présence de virus entériques dans certaines sources d'eaux souterraines réputées peu vulnérable à une contamination d'origine fécale (c.-à-d. qui ne sont pas sous l'influence directe d'eaux de surface). Ainsi, il est recommandé d'effectuer un traitement adéquat des eaux souterraines qui sont peu vulnérables à une contamination d'origine fécale pour éliminer ou inactiver les virus entériques, à moins d'une exemption de l'autorité responsable.

Une fois que l'on a caractérisé la qualité des sources d'eau, on peut établir des objectifs d'élimination/inactivation des pathogènes et adopter des procédés de traitement efficaces afin d'assurer la salubrité de l'eau potable complètement traitée. La petite taille des virus entériques et la facilité relative avec laquelle ils traversent les barrières de filtration compliquent leur élimination. Cependant, les virus peuvent être inactivés efficacement par l'application de différentes techniques de désinfection, de façon individuelle ou combinée, à des doses relativement faibles. Les installations d'approvisionnements en eau potable qui inclus un sytème d'aqueduc devraient en toute instance maintenir une concentration résiduelle de désinfectant.

2.4 Évaluation quantitative du risque microbien

L'évaluation quantitative du risque microbien (EQRM) peut être utilisée dans le cadre d'une approche à barrières multiples pour aider à mieux saisir le risque inhérent à un système d'approvisionnement en eau. L'EQRM utilise les données disponibles sur la qualité de la source d'eau et les procédés de traitement ainsi que les caractéristiques propres aux pathogènes pour estimer la charge de morbidité associée à l'exposition aux microorganismes pathogènes dans une source d'eau potable. Grâce à cette évaluation, il est possible de déterminer la contribution des variations en matière de qualité de la source d'eau et de rendement du traitement au risque global. Cette analyse peut servir à évaluer si les mesures de contrôle mises en œuvre sont adéquates et si l'on doit recourir à des procédés de traitement additionnels ou optimiser ceux existants, de même qu'elle peut aider à établir des limites applicables aux points de contrôle critiques.

L'EQRM examine différents virus entériques qui constituent, de par leurs caractéristiques, de bons représentants de tous les virus pathogènes similaires; un virus de référence est ensuite sélectionné parmi eux. Idéalement, un virus de référence représentera une combinaison du pire scénario : une grande fréquence, une concentration élevée et une longue période de survie dans la source d'eau, ainsi qu'une faible élimination ou inactivation au cours du traitement et un pouvoir pathogène élevé pour tous les groupes d'âge. On présume que si le traitement est efficace contre le virus de référence, il le sera contre tous les virus préoccupants similaires. De nombreux virus entériques ont été envisagés. Aucun virus entérique possède toutes les caractéristiques idéales d'un virus de référence. Donc, la présente évaluation de risque constitue les caractéristiques clées des rotavirus ainsi que celles attribuées à d'autres viruses entériques pour mieux représenter tous les virus préoccupants.

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2012-05-24