Page 4 : Recommandations pour la qualité de l'eau potable au Canada : document technique – les virus entériques

3.0 Application de la recommandation

Remarque : Des conseils spécifiques concernant l'application des recommandations pour l'eau potable doivent être obtenus auprès de l'autorité compétente en matière d'eau potable dans l'administration concernée.

Il convient de limiter l'exposition aux virus en mettant en œuvre une approche « de la source au robinet » pour protéger la qualité de l'eau potable. Cette approche comporte l'évaluation du système d'approvisionnement en eau potable dans son ensemble, de la source d'eau jusqu'au consommateur, en passant par les techniques de traitement et le réseau de distribution.

Les évaluations des sources d'eau doivent faire partie des évaluations régulières de la vulnérabilité et des enquêtes sanitaires. Elles doivent comprendre le recensement des sources potentielles de contamination fécale dans le bassin hydrologique ou l'aquifère qui peuvent compromettre la qualité de l'eau. Il faut également évaluer la vulnérabilité des sources d'eau souterraine à la contamination. Les facteurs de risque peuvent comprendre le type de sol qui les recouvre, l'exploitation des terres entourant le puits et la condition ou la construction de celui-ci. Les sources de matières fécales humaines, comme les effluents de station d'épuration des eaux usées, les décharges des bassins de stabilisation des eaux usées et des fosses septiques mal entretenues, peuvent être des sources importantes de virus entériques humains. Les matières fécales provenant d'animaux sauvages et d'autres animaux ne sont pas considérées comme constituant une source importante de virus entériques capables de causer des maladies chez les humains puisque les virus sont généralement spécifiques à l'hôte.

Les évaluations de la qualité de l'eau doivent envisager le scénario du « pire cas » pour chaque source d'eau. Par exemple, il peut y avoir une brève période où la qualité de la source d'eau est mauvaise après un orage. Cette dégradation à court terme de la qualité de l'eau peut en fait représenter la plus grande partie du risque dans un système d'approvisionnement en eau potable. Bien que la surveillance régulière de la présence de virus entériques dans l'eau potable ne soit pas pratique, la collecte et l'analyse d'échantillons de la source d'eau pour détecter les virus entériques peuvent fournir des renseignements utiles qui aideront à déterminer le degré de traitement qui devrait être mis en œuvre pour réduire les risques à la santé. L'échantillonnage se fait généralement à un endroit qui représente bien la qualité de l'eau qui approvisionne le système d'eau potable, soit au point de captage d'une usine de traitement ou proche du puits pour une eau souterraine. Souvent l'échantillonnage et l'analyse de la source d'approvisionnement n'est pas faisable, donc on peut procéder à une estimation qualitative des risques. Les estimations qualitatives doivent tenir compte des renseignements issus de l'évaluation de la source d'eau ainsi que d'autres paramètres de la qualité de l'eau, comme les microorganismes indicateurs, qui peuvent nous renseigner sur le risque ou le degré de contamination fécale dans la source d'eau. Comme toute évaluation d'une source d'eau comporte un grand degré d'incertitude, il convient d'appliquer d'autres facteurs de protection au cours de la conception technique de l'usine de traitement, ou une diminution logarithmique plus importante que celle calculée à l'aide de l'EQRM, afin de garantir la production d'une eau potable de qualité microbiologique acceptable.

L'information issue des évaluations de la source d'eau est un élément essentiel des évaluations du risque propres à un site. Cette information devrait être utilisée en conjonction avec l'information sur le traitement et le réseau de distribution pour aider à évaluer les risques de la source au robinet. Dans le présent document, on suggère d'utiliser l'EQRM en guise d'outil pouvant aider à mieux comprendre le système d'approvisionnement en eau en évaluant les effets de la variation de la qualité de la source d'eau et du rendement du procédé de traitement sur le risque global, notamment l'impact potentiel d'événements dangereux, comme des orages, des contaminations ou la déficience d'un procédé de traitement. L'analyse ainsi obtenue peut servir à évaluer si les mesures de contrôle mises en œuvre sont efficaces et si l'on doit recourir à des procédés de traitement additionnels ou optimiser ceux existants, de même qu'elle peut aider à établir des limites pour les points de contrôle critiques.

Une réduction minimum de quatre log des virus entériques est recommandée pour toutes les sources d'eau, y compris les sources souterraines. Des données récemment publiées ont révélé la présence de virus entériques dans certaines sources souterraines qui étaient réputées peu vulnérables à une contamination d'origine fécale. Une administration peut autoriser une réduction inférieure à la recommandation de quatre log pour une source d'eau souterraine qui est peu vulnérable à une contamination d'origine fécale si l'évaluation du système d'approvisionnement en eau potable a confirmé que le risque de la présence de virus entériques est minime. Pour de nombreuses sources d'eau, en particulier les sources d'eau de surface, une réduction supérieure à 4 log s'impose.

Les réductions peuvent être obtenues au moyen de procédés d'élimination physique, comme la filtration et/ou de procédés d'inactivation, comme la désinfection. En général, le traitement des approvisionnements alimentés par des eaux de surface ou des eaux souterraines sous l'influence directe de l'eau de surface doit comprendre, au minimum, une filtration (ou des techniques qui réalisent un crédit équivalent de diminution sur l'échelle log) et une désinfection adéquates. Pour les sources souterraines, il est recommandé d'effectuer un traitement adéquat pour éliminer ou inactiver les virus entériques, à moins d'une exemption de l'autorité responsable. Afin de déterminer la nature et le niveau du traitement indiqué, il faudrait prendre en compte les fluctuations potentielles de la qualité de l'eau, y compris la dégradation de la qualité de l'eau à court terme ainsi que la variabilité du rendement du traitement. Des essais pilotes ou d'autres procédés d'optimisation peuvent être utiles pour déterminer la variabilité du traitement. Dans les systèmes comportant un réseau de distribution, il faudrait maintenir en tout temps un résidu de désinfectant.

Dans le cadre de l'approche à barrières multiples, on doit employer des indicateurs qui peuvent être surveillés régulièrement, dont la turbidité, le chlore résiduel et des microorganismes comme E. coli et les coliformes totaux, pour vérifier que l'eau a été bien traitée et qu'elle est donc d'une qualité microbiologique acceptable (voir les documents techniques sur E. coli, les coliformes totaux, et la turbidité). Ces indicateurs peuvent également servir à évaluer le réseau de distribution et à vérifier que la qualité microbiologique de l'eau est maintenue dans l'ensemble du réseau de distribution jusqu'au robinet du consommateur.

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2012-05-24