Page 4 : Recommandations pour la qualité de l'eau potable au Canada : document technique – la turbidité

Partie I. Vue d' ensemble et application (continué)

3.0 Application de la recommandation

Remarque : Des conseils spécifiques concernant l'application des recommandations pour l'eau potable doivent être obtenus auprès de l'autorité appropriée en matière d'eau potable dans l'administration concernée.

La limite de turbidité applicable à un système d'eau potable est fonction de divers facteurs, comme les objectifs d'enlèvement des pathogènes, le type de technique de traitement utilisé et l'endroit dans le système d'eau potable. Les LTFS ont été établies pour chaque technique de filtration de façon à ce que les crédits d'enlèvement physique accordés pour les virus et les protozoaires entériques permettent d'obtenir des niveaux similaires de protection de la santé publique pour tous ces systèmes de traitement. De façon générale, le traitement des approvisionnements ayant pour source de l'eau de surface ou de l'eau souterraine sous l'influence directe d'eau de surface doit comprendre au minimum une filtration adéquate (ou un procédé donnant une réduction logarithmique équivalente) et une désinfection. Par eau de surface, on entend toute eau naturellement en contact avec l'atmosphère et dans laquelle les eaux de ruissellement peuvent pénétrer. Les eaux souterraines sous l'influence directe d'eaux de surface constituent des approvisionnements en eau souterraine qui peuvent être contaminés par l'eau de surface ou par des pathogènes; de ce fait, elles doivent être traitées comme l'eau de surface.

La turbidité a diverses implications en matière de qualité et de traitement de l'eau, selon la nature des particules en cause et les endroits présentant de la turbidité dans le système d'approvisionnement en eau potable. La connaissance du type et de la source de la turbidité peut être précieuse pour évaluer les implications de celle-ci concernant la qualité ou le traitement de l'eau. Des mesures de turbidité élevées ou des fluctuations des mesures peuvent indiquer un traitement inadéquat de l'eau, des changements de la qualité de l'eau de la source d'approvisionnement ou des perturbations dans le réseau de distribution.

Dans le cadre de l'approche à barrières multiples pour le traitement de l'eau potable, des crédits d'enlèvement physique logarithmique des pathogènes doivent être utilisés en combinaison avec des taux de désinfection afin d'atteindre les objectifs de traitement globaux. De l'information précise sur les exigences en matière de réduction des pathogènes est présentée dans les documents techniques concernant les protozoaires entériques et les virus entériques. Compte tenu du lien possible entre les niveaux de turbidité et les microorganismes, ce document devrait être lu en parallèle avec les documents techniques sur les paramètres microbiologiques.

3.1 Conseils pour les divers systèmes de traitement

3.1.1 Enlèvement des pathogènes

Dans les cas où la turbidité doit être réduite dans le cadre d'une stratégie visant à atteindre des objectifs d'enlèvement des pathogènes, les systèmes de filtration doivent être conçus et exploités de façon à réduire la turbidité au niveau le plus bas qu'il soit raisonnablement possible d'atteindre. Au minimum, ces systèmes doivent respecter les LTFS applicables aux techniques de traitement qu'ils emploient. Les techniques de filtration examinées comprennent toutes une surveillance de la turbidité des eaux traitées, afin d'évaluer le rendement des procédés de traitement de l'eau. Comme les niveaux de turbidité pouvant être atteints dans l'eau filtrée et l'enlèvement associé des pathogènes éventuels varient selon le prétraitement et la technique de filtration utilisés, différentes LTFS ont été établies pour les différentes techniques employées. Il est à noter que l'interprétation et les implications des résultats de la surveillance des niveaux de turbidité peuvent varier de façon importante d'une technique de filtration à l'autre et d'un procédé de traitement à l'autre.

Pour tous les systèmes utilisant une technique de filtration de façon à atteindre des objectifs d'enlèvement des pathogènes, les LTFS s'appliquent spécifiquement à la turbidité de l'eau à sa sortie de chaque filtre. Cependant, on recommande de surveiller en continu aussi bien la turbidité de l'eau à sa sortie de chaque filtre que celle de l'eau combinée après sa sortie de tous les filtres (ou dans le réservoir ou la citerne d'eau traitée). La surveillance en continu de la turbidité de l'eau à la sortie de chaque filtre individuel est nécessaire pour 1) s'assurer que le filtre fonctionne correctement, 2) aider à déterminer quand mettre fin à la phase de filtration, et 3) détecter tout accroissement rapide ou à court terme de la turbidité représentant une défaillance du procédé et un risque potentiel pour la santé. Par ailleurs, la surveillance en continu de la turbidité de l'eau combinée après sa sortie des filtres au niveau du réservoir ou de la citerne d'eau traitée aide à s'assurer que la qualité de l'eau entrant dans le réseau de distribution ne s'est pas détériorée après la filtration.

3.1.1.1 Interprétation de la recommandation

Les LTFS s'appliquent à la turbidité mesurée à la sortie de chaque filtre durant la période d'exploitation des filtres, lorsque cette eau est désinfectée et distribuée aux consommateurs. Elles sont établies de façon à respecter les valeurs pendant la proportion des mesures spécifiée dans la section 1.0 (c.à.d. 95 % ou 99 %) et comprennent des valeurs à ne jamais dépasser.

Pour évaluer si un système respecte la LTFS dans au moins 95 % ou 99 % des mesures de turbidité par cycle d'utilisation des filtres ou par mois, il faut recueillir des données sur une certaine période. L'analyse de ces données indiquera si des mesures correctives doivent être prises pour améliorer le niveau de turbidité de l'eau à sa sortie des filtres. Ces mesures doivent être prises dès que la LTFS est dépassée. L'objectif de ce document n'est pas de permettre l'exploitation des filtres au-delà des LTFS pour des raisons qui peuvent être anticipées, contrôlées ou minimisées. Dans beaucoup de cas, il sera possible de maintenir ces systèmes en- deçà des LTFS en tout temps. Il faudra prendre des mesures immédiates pour toute mesure de turbidité dépassant la « valeur à ne jamais dépasser ».

Les mesures prises pour corriger des dépassements des LTFS seront fonction des particularités de l'installation et devront être déterminées au cas par cas par l'autorité responsable, sur base d'une bonne connaissance des capacités et du rendement du système concerné. Parmi ces mesures, l'autorité responsable pourra par exemple demander un examen du rendement des filtres ou diverses mesures correctives telles que des travaux de réparation et d'entretien des filtres ou leur mise hors service.

La valeur-cible de 0,1 UTN pour la turbidité est le point de référence pour évaluer l'optimisation du système et pour comparer les améliorations au fil du temps. Les systèmes qui utilisent la filtration pour l'enlèvement des pathogènes et qui atteignent la LTFS applicable devraient s'efforcer d'atteindre la valeur cible de 0,1 UTN. Les services publics devraient savoir que les filtres qui rencontrent la valeur-cible de 0,1 UTN sont peut-être capable de meilleurs taux d'enlèvement des pathogènes et d'augmenter la protection de la santé publique. L'élaboration et la mise en œuvre d'un plan d'optimisation du système améliorera le rendement des filtres et aidera à garantir que les systèmes atteignent les taux d'enlèvement logarithmique appropriés.

3.1.1.2 Filtration conventionnelle et filtration directe

Les systèmes de filtration conventionnelle et de filtration directe doivent s'efforcer de réduire la turbidité de l'eau traitée à moins de 0,1 UTN en tout temps. Si cet objectif n'est pas atteignable ou si l'optimisation n'a pas encore été effectuée, on considère acceptable que la turbidité de l'eau traitée issue des filtres individuels soit inférieure ou égale à 0,3 UTN. En règle générale, tous les filtres doivent être conçus de façon à ce que l'eau filtrée produite immédiatement après leur lavage à contre-courant soit dirigée vers les eaux usées (du filtre vers les eaux usées). Les niveaux de turbidité doivent toujours être inférieurs à 0,3 UTN (avec une valeur cible de moins de 0,1 UTN) durant tout le cycle d'utilisation des filtres, à l'exception de la période où l'eau filtrée est dirigée du filtre vers les eaux usées. Cependant, on tient compte du fait que certains systèmes, comme ceux sans dérivation de l'eau filtrée vers les eaux usées après lavage des filtres, peuvent ne pas atteindre cet objectif en tout temps. En évaluant le rendement d'un système en matière de conformité à la LTFS pour 95 % des mesures de turbidité par cycle d'utilisation des filtres ou par mois, les installations peuvent établir des procédures opérationnelles efficaces pour ce système. Les responsables des installations doivent savoir que toute mesure de turbidité supérieure à 0,3 UTN peut entraîner une diminution de l'enlèvement des pathogènes. Les responsables des systèmes d'eau potable utilisant la filtration conventionnelle ou directe doivent surveiller les dépassements du niveau de turbidité au-delà de 0,3 UTN et les réduire au minimum.

La valeur de 1,0 UTN ne doit jamais être dépassée parce qu'elle constitue le plafond au-delà duquel on peut suspecter un important problème de fonctionnement du filtre et qui pourrait affecter l'efficacité de la désinfection. Toute mesure de turbidité supérieure à 1,0 UTN doit entraîner un examen et une correction immédiats.

3.1.1.3 Filtration lente sur sable et filtration à diatomées

Les systèmes de filtration lente sur sable ou de filtration à diatomées doivent eux aussi s'efforcer de réduire la turbidité de l'eau traitée à moins de 0,1 UTN en tout temps. Même si l'enlèvement des particules par filtration lente sur sable ne permet peut-être pas d'atteindre les mêmes niveaux de turbidité que la filtration conventionnelle, il reste important de réduire le plus possible la turbidité (objectif de 0,1 UTN) ce qui permet aussi d'assurer la bonne conception et exploitation de l'installation de filtration lente sur sable. Si cet objectif n'est pas atteignable ou si l'optimisation n'a pas encore été réalisée, on considère acceptable que la turbidité de l'eau traitée issue des filtres individuels soit inférieure ou égale à 1,0 UTN. La valeur de 1,0 UTN s'applique durant tout le cycle d'utilisation des filtres, à l'exception de la période où l'eau filtrée est dirigée vers les eaux usées. L'eau issue des filtres à sable lents doit être dirigée vers les eaux usées après le démarrage ou le raclage jusqu'à ce que la turbidité de l'eau traitée soit inférieure de façon constante à la norme établie pour le système. Les responsables des systèmes d'eau potable utilisant la filtration lente sur sable ou la filtration à diatomées doivent surveiller les dépassements du niveau de turbidité au-delà de 1,0 UTN et les réduire au minimum.

En évaluant le rendement d'un système en matière de conformité à la LTFS pour 95 % des mesures de turbidité par cycle d'utilisation des filtres ou par mois, les installations peuvent établir des procédures opérationnelles efficaces pour ce système. Les exploitants de systèmes de filtration lente sur sable ou de filtration à diatomées doivent comparer en continu leurs mesures de turbidité aux mesures historiques et signaler toute valeur supérieure à 1,0 UTN comme étant un dépassement de la LTFS. Les responsables des installations doivent savoir que toute mesure de turbidité supérieure à 1,0 UTN peut entraîner une diminution de l'enlèvement des pathogènes et affecter l'efficacité de désinfection.

La valeur de 3,0 UTN ne doit jamais être dépassée parce qu'elle constitue le plafond au- delà duquel on peut suspecter un important problème de fonctionnement; toute mesure supérieure à cette valeur doit entraîner un examen et une correction immédiats.

3.1.1.4 Filtration sur membrane

Les systèmes de filtration sur membrane doivent réduire la turbidité au niveau le plus bas qu'il soit raisonnablement possible d'atteindre. Les mesures de turbidité de l'unité de membranes filtrantes doivent être inférieures à 0,1 UTN quand les membranes sont intactes et fonctionnent convenablement. Une unité individuelle de membranes peut être définie comme un groupe de plusieurs récipients sous pression, de cartouches ou de modules étant muni d'une vanne et isolé du reste du système lors des tests et de l'entretien. Tout accroissement de la turbidité au-dessus de 0,1 UTN doit être considéré comme une possible défectuosité de l'unité de membranes filtrantes ou d'une cartouche filtrante individuelle. Cependant, compte tenu de la sensibilité du turbidimètre et du risque d'erreurs de mesure aux turbidités inférieures à 0,1 UTN, il pourrait ne pas être possible de toujours obtenir des mesures inférieures à cette valeur. En évaluant le rendement d'un système en matière de conformité à la LTFS pour 99 % des mesures de turbidité par cycle d'utilisation des filtres ou par mois, les installations peuvent établir des procédures opérationnelles efficaces pour ce système. Pour permettre une certaine souplesse en cas d'incertitude relative aux mesures de turbidité tout en reconnaissant que toute valeur supérieure à 0,1 UTN peut être liée à une rupture d'intégrité, on recommande d'effectuer sans tarder un examen de l'intégrité de l'unité de membranes concernée quand des mesures supérieures à 0,1 UTN sont obtenues sur une période de plus de 15 minutes.

3.1.2 Autres systèmes

Bien que ce document technique concerne principalement les systèmes utilisant des sources d'eau de surface ou de l'eau souterraine sous l'influence directe d'eaux de surface qui effectuent une filtration pour respecter des objectifs d'enlèvement des pathogènes, il est aussi important de comprendre la nature de la turbidité et d'en contrôler les niveaux dans les autres systèmes. Dans certains cas, les systèmes peuvent effectuer une filtration à d'autres fins que l'enlèvement des pathogènes, par exemple pour enlever les précurseurs de sous-produits de désinfection, améliorer l'efficacité de la désinfection subséquente, ou assurer l'acceptation de l'eau traitée par les consommateurs. Dans d'autres cas, les systèmes peuvent avoir en place des techniques autres que la filtration, comme la désinfection par rayons ultraviolets (UV) qui permet de réduire les concentrations de certains pathogènes. Pour ces systèmes, on recommande un niveau de turbidité de 1,0 UTN ou moins. Des niveaux de turbidité supérieurs à cette valeur peuvent être acceptables en fonction de certains facteurs, dont la qualité de l'eau de la source d'approvisionnement, la nature des particules causant la turbidité ainsi que la conception et l'exploitation du système de traitement. Cela doit être évalué au cas par cas de façon à assurer une inactivation adéquate des pathogènes. On doit évaluer au cas par cas si les systèmes d'approvisionnement et de traitement satisfont aux exigences de protection de la santé publique. L'autorité responsable peut choisir de permettre des accroissements de turbidité pour certains systèmes, à la lumière d'une évaluation du risque prenant en considération les capacités et le rendement connus des systèmes concernés.

3.1.3 Eau souterraine

Pour les systèmes qui utilisent de l'eau souterraine qui n'est pas sous l'influence directe d'eau de surface, et considérée moins vulnérable à la contamination fécale, la turbidité doit généralement être de moins de 1,0 UTN. Les meilleures pratiques pour ces systèmes comprennent un choix d'emplacement, une construction et un entretien adéquats des puits, de même que la surveillance de la turbidité de l'eau de la source d'approvisionnement et des mesures visant à garantir que les niveaux de turbidité ne nuisent pas à la désinfection et à la distribution de l'eau. Dans certains cas, une turbidité supérieure à 1,0 UTN pourrait être acceptable s'il est démontré que le système a toujours produit une eau de qualité acceptable sur le plan microbiologique et qu'une telle valeur supérieure ne compromettra pas la désinfection. L'autorité responsable peut choisir de permettre des accroissements de turbidité pour certains systèmes, à la lumière d'une évaluation du risque prenant en considération les capacités et le rendement connus des systèmes concernés.

Conformément à l'approche à barrières multiples en matière de gestion de la qualité de l'eau potable, pour les systèmes qui utilisent des sources d'eau souterraine, il faudrait : s'assurer que les puits d'eau souterraine sont convenablement construits et entretenus, qu'ils se trouvent dans des zones où le risque de contamination est minimal et que des mesures appropriées de protection de la tête de puits sont mises en place; ces mesures de protection de l'eau de la source d'approvisionnement protègent la santé publique en réduisant le risque de contamination de la source d'eau potable; et s'assurer que le traitement suffit pour produire une réduction de 4 log des virus par désinfection, si nécessaire; il est important de veiller à ce que des niveaux de turbidité élevés ne compromettent aucun des processus de désinfection en place, notamment le maintient de concentrations résiduelles de désinfectant dans tout le réseau de distribution.

3.2 Réseau de distribution

Tous les systèmes d'approvisionnement en eau potable doivent surveiller et contrôler la turbidité à la grandeur du réseau de distribution, y compris dans les endroits où le temps de rétention est élevé, la concentration résiduelle de désinfectant est faible, et où on a observé une détérioration de la qualité de l'eau. Pour assurer une exploitation efficace du réseau de distribution, selon les pratiques exemplaires il faut s'assurer que les niveaux de turbidité de l'eau à l'entrée dans le réseau de distribution soient inférieur à 1,0 UTN. Les accroissements de la turbidité dans le réseau de distribution peuvent indiquer une détérioration de la qualité de l'eau, d'où la nécessité de s'efforcer de réduire au minimum les fluctuations de la turbidité. Les accroissements de la turbidité peuvent être soudains ou se produire graduellement. Une certaine variation de la turbidité est normale, mais les accroissements au-delà des niveaux de turbidité habituels mesurés dans le cadre de la surveillance régulière peuvent indiquer une possible contamination ou stagnation. Si une hausse inhabituelle, rapide ou inattendue des niveaux de turbidité se produit, le réseau doit faire l'objet d'une inspection pour déterminer la cause du problème.

La surveillance de la turbidité est effectuée en conjonction avec des indicateurs de la qualité microbiologique de l'eau, dont le niveau résiduel de désinfectant et la concentration de microorganismes comme Escherichia coli (E. coli), le numération des bactéries hétérotrophes (NBH) et les coliformes totaux, pour vérifier qu'il n'y a pas de preuves d'une détérioration récente de la qualité microbiologique de l'eau dans le réseau de distribution.

Les causes possibles des accroissements de la turbidité sont multiples et présentent des risques très variables pour la qualité de l'eau et la santé publique. Il n'est donc pas possible d'établir pour la turbidité dans le réseau de distribution une valeur maximale universelle à utiliser dans les décisions de santé publique, qui assurerait protection dans toutes les situations. L'autorité responsable peut choisir de permettre des accroissements de turbidité pour certains systèmes, à la lumière d'une évaluation du risque prenant en considération les capacités et le rendement connus des systèmes concernés.

3.3 Surveillance des niveaux de turbidité

Le présent document a trait principalement à la surveillance de la turbidité au stade du traitement de l'eau, mais la turbidité peut aussi être surveillée en combinaison avec d'autres paramètres facilement mesurables depuis la source jusqu'au robinet de façon à mieux connaître l'état de l'ensemble du système d'approvisionnement en eau potable et repérer les éventuels changements des conditions. Dans bien des cas, les changements des niveaux de turbidité ou les dépassements des niveaux recommandés entraîneront un échantillonnage d'autres paramètres, qui fournira de l'information utile sur l'état du système d'approvisionnement en eau potable.

3.3.1 Surveillance de la turbidité de l'eau à la source

La surveillance des niveaux de turbidité des sources d'eau de surface et d'eau souterraine sous l'influence directe d'eaux de surface fournit de l'information utile qui permet une meilleure connaissance de l'ensemble du réseau. Les données sur la turbidité de l'eau de la source d'approvisionnement sont essentielles pour que l'usine de traitement soit correctement conçue et exploitée. La surveillance de l'eau de la source d'approvisionnement peut permettre de repérer des changements de ses caractéristiques, comme une baisse de sa qualité et une hausse des charges de pathogènes, ainsi que des difficultés particulières pouvant survenir en matière de filtration et de désinfection. Elle permet aussi de dégager les tendances dans le temps des caractéristiques de l'eau de la source d'approvisionnement et donc d'en caractériser l'évolution.

La surveillance de la turbidité de l'eau des sources d'eau souterraine fournit de l'information essentielle pour la protection de la santé. Si les niveaux de turbidité observés au fil des saisons et dans diverses conditions météorologiques sont régulièrement bas, on peut penser que le puits et l'aquifère demeurent moins vulnérables à une contamination fécale. Par contre, si des accroissements de la turbidité sont observés après une forte pluie par exemple, on peut suspecter l'apparition de changements dans l'aquifère souterrain à proximité du puits ou une fissure dans la paroi de celui-ci, ce qui devra inciter l'exploitant à procéder à un examen et à prendre les mesures correctives nécessaires.

3.3.2 Surveillance de la turbidité dans les systèmes de traitement

Pour la filtration conventionnelle ou la filtration directe (ajout d'un coagulant en continu avec mélange avant la filtration), il faut mesurer les niveaux de turbidité de l'eau de la source d'approvisionnement au moins une fois par jour juste avant le point d'application des produits chimiques de traitement. Les niveaux de turbidité de l'eau traitée issue des filtres individuels doivent être mesurés en continu (au moyen d'un turbidimètre en ligne) à des intervalles d'au plus cinq minutes à un point dans l'eau à sa sortie de chaque filtre individuel. On doit aussi surveiller les niveaux de turbidité en aval de la conduite qui combine l'eau à sa sortie des filtres ou du réservoir ou de la citerne d'eau traitée. Si la surveillance de la turbidité est effectuée après l'application de produits chimiques, comme la chaux, la turbidité de l'eau traitée combinée pourrait être supérieure à celle de l'eau issue des filtres individuels.

Pour la filtration lente sur sable ou la filtration à diatomées, les niveaux de turbidité de l'eau traitée issue des filtres individuels doivent être mesurés en continu (au moyen d'un turbidimètre en ligne) à des intervalles d'au plus cinq minutes à un point dans l'eau après sa sortie de chaque filtre individuel. On doit aussi surveiller les niveaux de turbidité en aval de la conduite qui combine l'eau à sa sortie des filtres ou du réservoir ou de la citerne d'eau traitée.

Pour la filtration sur membrane, les niveaux de turbidité de l'eau traitée issue des unités individuelles de membranes doivent être mesurés en continu (au moyen d'un turbidimètre en ligne) à des intervalles d'au plus cinq minutes à un point dans l'eau à sa sortie de chaque unité. On doit aussi surveiller les niveaux de turbidité en aval de la conduite qui combine l'eau à sa sortie des filtres ou du réservoir ou de la citerne d'eau traitée. Une unité individuelle de membranes peut être définie comme un groupe de plusieurs récipients sous pression, de cartouches ou de modules étant muni d'une vanne et isolé du reste du système lors des tests et de l'entretien. Lors de la conception des unités de membranes, il faut tenir s'assurer que le niveau de sensibilité est suffisant pour pouvoir détecter des défaillances en utilisant la surveillance de la turbidité ou autre test d'intégrité.

3.3.3 Surveillance de la turbidité dans les structures d'entreposage de l'eau traitée et les réseaux de distribution

La surveillance de la turbidité dans le réseau de distribution peut aider à repérer les problèmes d'altération de la qualité de l'eau, comme la croissance de films biologiques, la présence de films biologiques en suspension, la libération de produits de corrosion et la mise en suspension de sédiments. Elle peut aussi indiquer l'intrusion de contaminants potentiels causée par des fuites, des ruptures de canalisations, des fluctuations de pression ou des refoulements d'eau. La turbidité dans le réseau de distribution peut être surveillée en conjonction avec d'autres paramètres, comme le pH, les concentrations résiduelles de désinfectant et la pression, pour lesquels on peut aussi obtenir des résultats instantanés sur place. Quand la surveillance de la turbidité est intégrée aux activités de surveillance régulière, les écarts de turbidité par rapport aux conditions normales peuvent être détectés, et on peut mieux connaître la qualité de l'eau potable dans l'ensemble du réseau de distribution. De plus, les mesures de la turbidité peuvent aider à établir les calendriers d'entretien et à détecter les problèmes associés à l'état des réservoirs, des citernes et du reste de l'infrastructure.

Les activités de surveillance aident à détecter d'éventuels problèmes de qualité de l'eau potable, mais les décisions concernant les mesures correctives à adopter ou l'émission d'avis d'ébullition de l'eau sont prises à l'échelon local ou provincial/territorial. Ces décisions doivent être prises suivant une approche fondée sur l'évaluation et la gestion du risque, qui tient compte d'autres paramètres de qualité de l'eau et des caractéristiques propres à l'installation concernée. Il n'est pas automatiquement nécessaire d'émettre un avis d'ébullition de l'eau lors de l'augmentation des niveaux de turbidité dans le réseau de distribution. Cependant, une augmentation inhabituelle, soudaine ou inattendue de la turbidité dans le réseau de distribution peut signaler la détérioration de la qualité de l'eau et doit faire l'objet d'une enquête.

3.4 Utilisation d'autres techniques de filtration par les des systèmes d'eau potable

Une usine d'eau potable peut utiliser une technique de filtration autre que celles mentionnées dans la section 1.0. Dans les cas où des objectifs de réduction des pathogènes doivent être atteints, la technique de traitement choisie, y compris la désinfection, doit réaliser de façon fiable une réduction d'au moins 3 log des kystes de Giardia lamblia et des oocystes de Cryptosporidium, et une réduction d'au moins 4 log des virus. Les valeurs pour la turbidité indiquées dans la section 1.0 ne sont pas nécessairement applicables aux autres techniques comme la filtration à poche et à cartouche. Les niveaux de turbidité de l'eau filtrée par d'autres techniques devraient être établis par l'autorité compétente, en tenant compte des essais d'efficacité d'enlèvement ou d'autres méthodes utilisées pour vérifier l'efficacité de la technique de filtration.

Avec l'évolution des options grâce aux avancées scientifiques et technologiques, notamment pour les systèmes de petite taille, on encourage les systèmes d'eau potable à apporter des améliorations validées et à optimiser les systèmes existants, à titre de pratiques exemplaires. Se tenir au courant des pratiques exemplaires et des avancées dans le secteur de l'eau potable est un aspect important de l'approche à barrières multiples pour une eau potable saine.

3.5 Points à considérer pour exempter les systèmes d'eau potable des exigences de filtration

La filtration de toutes les sources d'eau de surface et d'eau souterraine sous l'influence directe d'eaux de surface avant la désinfection demeure une recommandation fondamentale, mais la décision d'exempter de cette exigence un système d'eau potable peut être prise par l'autorité appropriée sur la base de facteurs propres au réseau concerné, y compris les données de surveillance passées et actuelles. Dans ce qui suit, on présente une brève description des principaux points à considérer dans la décision d'exempter ou non un système d'eau potable des exigences de filtration :

Évaluationdes vulnérabilités: Il faut avoir une connaissance à jour détaillée des dangers pesant sur la source d'eau. On doit connaître par exemple les sources éventuelles de contamination microbiologique ou chimique et les activités qui peuvent affecter la source d'eau, et disposer d'informations historiques sur les fluctuations de la qualité de l'eau de la source d'approvisionnement, éléments qui peuvent influer sur le choix de la technique de traitement au fil du temps. Ces caractéristiques du bassin versant ou de la zone de la tête de puits doivent être bien consignées et mises à jour pour assurer en tout temps une gestion du risque éclairée.

Protection del'eau delasourced'approvisionnement: Il faut consigner et garder à jour de l'information détaillée sur les mesures prises par l'ensemble des intéressés pour protéger l'eau de la source d'approvisionnement. Les informations pertinentes à cet égard concernent notamment les politiques et exigences réglementaires d'organismes tels que les offices de conservation, les administrations municipales et provinciales et les groupes d'intervenants locaux, de même que les activités permises ou les utilisations des terres dans la région, les sources potentielles de contamination et les menaces pesant sur la qualité de l'eau de la source d'approvisionnement.

Inspection et vérification: Il faut effectuer régulièrement une inspection et un entretien adéquats du réseau depuis la source jusqu'au robinet. Les activités doivent être bien consignées de façon à ce que puissent être retracés les travaux d'entretien, d'amélioration et d'optimisation réalisés au fil du temps. Au nombre de ces activités, on compte la vérification du bon fonctionnement et de l'intégrité des dispositifs de surveillance, du procédé de traitement et des composantes du réseau de distribution.

Traitement: Qu'une technique de filtration soit utilisée ou non, le procédé de traitement de l'eau potable doit assurer une réduction d'au moins 3 log des kystes de Giardia lamblia et des oocystes de Cryptosporidium, et une réduction d'au moins 4 log des virus. Les installations utilisant de l'eau de surface ou de l'eau souterraine sous l'influence directe d'eaux de surface qui envisagent de ne pas recourir à la filtration devront traiter l'eau de leurs sources d'approvisionnement pour ces trois types d'organismes (protozoaires, virus et bactéries) à l'aide d'une stratégie faisant appel à plusieurs désinfectants. Une stratégie possible serait la suivante : (1) rayons ultraviolets ou ozone pour inactiver les kystes et les oocystes, (2) chlore pour inactiver les virus, et (3) chlore ou chloramines pour maintenir une concentration résiduelle dans le réseau de distribution. Il faut aussi envisager des stratégies qui peuvent accroître la robustesse du système au stade du traitement, par exemple une présédimentation ou d'autres stratégies contre les accroissements intermittents de la turbidité de l'eau de la source d'approvisionnement. On devra aussi exploiter le procédé de traitement de l'eau potable en veillant à réduire au minimum la formation de sous-produits de désinfection.

Distribution: Le réseau de distribution doit être conçu, entretenu et surveillé de façon appropriée, conformément aux pratiques exemplaires établies, et des concentrations résiduelles de désinfectant doivent être maintenues dans tout le réseau.

Planification des mesures d'urgence: Il est aussi recommandé de disposer d'un plan détaillé d'intervention propre à l'installation pour les épisodes de forte turbidité dans l'eau de la source d'approvisionnement causés par des conditions météorologiques extrêmes ou d'autres changements imprévus de la qualité de l'eau de la source d'approvisionnement pouvant mettre à l'épreuve le système de traitement de l'eau potable en place.

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