Chapitre 6 : Rapport de L’administrateur en chef de la santé publique sur l’état de la santé publique au Canada 2008 – Aller de l’avant

Aller de l’avant – imaginer les possibilités

Il est bien établi que les trois principales causes de décès prématuré au pays sont le cancer, les maladies du système circulatoire et les blessures non-intentionnelles116.

Il y a cependant certaines choses qui pourraient surprendre les Canadiens. 

Si on considère les niveaux d’études et de revenu comme les échelons d’une échelle, il existe des données qui montrent que, pour chaque échelon descendu, il y a diminution de l’état de santé9, 98, 122, 145. Les personnes qui n’ont pas atteint les plus hauts niveaux d’études et de revenu sont en moins bonne santé et, collectivement, perdent un plus grand nombre d’années de vie en raison de décès prématurés. Des données donnent à penser que si tous les Canadiens avaient le même taux de décès prématuré que le un cinquième le plus fortuné de la population, il y aurait une diminution de 20 % du taux de décès prématuré de l’ensemble de la population. Cela équivaudrait à éliminer tous les décès prématurés attribuables à des blessures ou à des maladies cardiovasculaires144. Toutefois, il ne s’agit pas simplement d’une question d’écart entre les niveaux de revenu les plus élevés et les plus faibles ou entre les personnes les plus scolarisées et les moins scolarisées, mais bien d’un gradient où chaque échelon représente une différence dans l’état de santé. 

Cela ne signifie pas qu’un faible revenu ou un niveau d’études peu élevé peut directement entraîner un décès prématuré. Il n’y a rien qui permette d’affirmer qu’il existe une relation de cause à effet claire et linéaire à cet égard. Il est cependant possible d’affirmer que, de façon générale, les gens qui ont un faible niveau de revenu ou d’études sont en moins bonne santé. De plus, nous comprenons bien le pourquoi et le comment de cette situation.  

Dans le dernier chapitre, il était question des domaines prioritaires d’intervention. Le présent chapitre traite de ce qui pourrait être fait relativement aux trois priorités les plus pressantes du Canada, soit favoriser un leadership et une volonté collective, réduire la pauvreté des enfants et renforcer les communautés.  

Imaginez si tous les Canadiens et tous les secteurs utilisaient leur énergie, leurs ressources et leur détermination pour s’attaquer à la gamme complète des questions qui touchent la santé.  

Il est estimé que 1 $ investi pendant la petite enfance permet des économies ultérieures de 3 $ à 9 $ pour les systèmes de santé et de justice pénale ainsi que pour l’assistance sociale423. Imaginez les avantages à long terme pour les contribuables si le Canada réussissait à faire en sorte que ses taux de pauvreté chez les enfants soient égaux ou même inférieurs à ceux de leaders mondiaux comme la Finlande, la Norvège et la Suède8, 424.  

Imaginez ce qui se passerait si le succès exceptionnel du programme « Passeport pour ma réussite » de Regent Park se reproduisait à l’échelle nationale316. Bien que nos taux d’achèvement des études secondaires soient parmi les plus élevés au monde, imaginez ce que le Canada pourrait faire si tous les jeunes bénéficiaient du soutien dont ils ont besoin pour obtenir leur diplôme d’études secondaires et si, par conséquent, le nombre de jeunes qui se rendent au collège ou à l’université augmentait. Songez à l’incidence que ces travailleurs hautement qualifiés et scolarisés pourraient avoir sur la compétitivité et la prospérité future du Canada, sans oublier les avantages probables pour leur santé. 

Imaginez à quel point les gens seraient en bonne santé si tous les Canadiens avaient accès à un logement convenable. Les effets seraient considérables chez de nombreuses communautés, en particulier chez les personnes vivant dans des réserves des Premières nations, où la moitié des logements existants ne respectent pas les normes de la Société canadienne d’hypothèques et de logement et où, en partie en raison de cette situation, les taux de tuberculose sont de huit à dix fois plus élevés que chez la population générale209, 278. Est ce que posséder son logement pourrait aider le Canada à aller en ce sens? 

Quels seraient les effets si toutes les communautés des Premières nations et si toutes les communautés inuites concluaient des ententes pour les services de santé et d’enseignement qui leur donneraient un contrôle accru sur leur avenir?

Imaginez l’amélioration dans la qualité de vie des gens si le fait de nous attaquer aux facteurs qui influent sur la santé nous permettait de créer des milieux physiques et sociaux où il serait facile de faire de bons choix afin d’être aussi en santé que possible et de le rester425. Beaucoup moins de Canadiens seraient traités pour des maladies chroniques comme les maladies du cœur, le cancer et le diabète de type 2. De plus, les listes d’attente pour les remplacements du genou et de la hanche seraient moins longues. 

Rien de tout cela n’est impossible. À vrai dire, le fait de ne pas s’attaquer à ces questions coûte cher à tous les Canadiens. Il y a des coûts directs pour le système de santé qui découlent des inégalités sur le plan de la santé, et ces coûts vont continuer d’augmenter si nous n’abordons pas les causes des inégalités2. Il y a aussi des coûts indirects, comme une perte de productivité, qui ont des effets négatifs sur l’ensemble de l’économie2, 98, 426.

Le moment d’agir 

Au cours du dernier siècle, des améliorations dans la qualité de vie ont contribué à faire du Canada l’un des pays les plus sains au monde141, 427. Les conditions sont réunies pour aller un peu plus loin et chercher à devenir le pays le plus sain où l’écart en santé est le plus petit. Les niveaux d’emploi n’ont jamais été aussi élevés, le Canada possède aussi l’une des populations les plus scolarisées au monde : la proportion de diplômés d’études supérieures y est plus élevée que dans presque n’importe quel autre pays au monde314

Il est manifeste que nous avons les moyens et le talent nécessaires pour nous attaquer à la vaste gamme d’inégalités sur le plan de la santé qui empêchent les gens de réaliser leurs rêves ou leurs objectifs et qui limitent la capacité du Canada de réaliser son plein potentiel socioéconomique. 

Qu’est-ce qui peut être fait? 

Favoriser un leadership et une volonté collective

Si les Canadiens souhaitent véritablement faire du Canada un des pays les plus sains au monde, il faut que la lutte contre les écarts sur le plan de la santé devienne une priorité. 

La collaboration entre les secteurs et administrations permet de croire qu’il est possible de diminuer les inégalités sur le plan de la santé tout en faisant avancer d’autres objectifs sociaux, comme réduire la criminalité et favoriser la participation des citoyens. Grâce au leadership et à une volonté collective, le Canada peut atteindre cet objectif de la façon qui suit : 

  • faire reconnaître l’importance de prévenir les maladies et les blessures et de promouvoir la santé. Un système de soins de santé solide et accessible sera toujours essentiel, mais il vaut mieux prévenir que guérir. De plus, la prévention peut aussi entraîner un important retour sur investissement428. La santé publique ne consiste pas simplement à être prêt à intervenir en cas d’urgence sanitaire; il s’agit plutôt de garder la population en bonne santé en tout temps afin que les effets des urgences sanitaires soient aussi limités que possible; 
  • identifier les bons indicateurs et créer les outils requis pour mesurer et surveiller les progrès et combler les lacunes dans les données et les connaissances qui empêchent de bien les mesurer. Un point de comparaison permettra d’évaluer les progrès du Canada, ou leur absence, relativement aux inégalités sur le plan de la santé, et ce, au fil du temps et en fonction d’autres pays; 
  • cultiver une réponse sociale globale. La santé de la population canadienne est une responsabilité partagée; les gens, les communautés, les secteurs privé et public et les organisations à but non lucratif ont tous un rôle à jouer;  
  • inciter les dirigeants de tous les échelons et de tous les secteurs de la société à agir comme champions et à aider les gens à songer à la contribution qu’ils peuvent faire pour garantir que tous les Canadiens ont la possibilité d’être en aussi bonne santé que possible.  

Réduire la pauvreté des enfants

Il y a de plus en plus de données qui montrent que les investissements qui visent les plus jeunes citoyens du Canada sont parmi les investissements des contribuables qui offrent le meilleur rendement429. Chaque dollar dépensé pour garantir un bon départ au cours des premières années d’existence permettra de réduire les coûts à long terme associés aux soins de santé, aux toxicomanies, à la criminalité, au chômage et à l’aide sociale430. De plus, les enfants canadiens deviendront des adultes plus scolarisés, mieux adaptés et plus productifs431

Au cours des dernières décennies, le Canada a réussi à réduire la pauvreté chez les personnes âgées8, 123. Nous sommes en mesure de réaliser les mêmes progrès chez les enfants. Pour ce faire, il faut effectuer un examen plus approfondi des éléments suivants :    

  • les politiques, les programmes et les initiatives de redistribution afin que toutes les familles aient les ressources nécessaires pour le développement sain de leurs enfants;  
  • les possibilités dans les domaines suivants : éducation et développement des jeunes enfants, logement et infrastructure, études post-secondaires, emploi et aide à l’emploi;
  • les interventions ciblées qui visent à aider les enfants vivant dans des familles à faible revenu; 
  • les contributions collectives qui peuvent être faites pour diminuer la pauvreté des enfants; 
  • les pratiques exemplaires et les leçons d’autres administrations qui ont prouvé leur efficacité à réduire les taux de pauvreté des enfants.

Renforcer les communautés

Les personnes les plus près du problème sont souvent celles qui sont les plus près de la solution431. La chose a été prouvée à maintes reprises par des projets novateurs, notamment l’initiative de soins primaires de la bande d’Eskasoni, qui offre des approches à l’égard de la santé des Autochtones adaptées sur le plan culturel, la clinique médicale mobile de Toronto, qui répond aux besoins des femmes immigrantes vivant dans un centre urbain important, et les programmes de sécurité alimentaire, qui permettent de nourrir des écoliers affamés partout au Canada et de mettre en contact des jeunes sans emploi à Montréal avec des personnes âgées isolées. 

La communauté est l’endroit où tous les secteurs convergent et où il est souvent le plus facile de réunir les divers intervenants dans le but d’établir des priorités locales et des stratégies communes pour s’attaquer aux inégalités432. Les communautés peuvent aussi limiter les effets sur la santé de facteurs comme un faible revenu et un accès difficile aux études et jouer un rôle central dans la création de milieux qui favorisent les choix sains pour tous les citoyens. 

Il faut tout faire pour tirer parti des connaissances, de l’expérience, de l’énergie et des investissements existants dans les communautés canadiennes pour réduire les inégalités sur le plan de la santé ainsi que les facteurs qui influent sur la santé, et notamment faire ce qui suit :  

  • travailler en collaboration afin d’appuyer les efforts communautaires visant à créer des conditions durables qui permettent d’être en bonne santé; 
  • faire en sorte qu’il soit plus facile pour les communautés d’avoir accès aux connaissances et aux ressources dont elles ont besoin pour faire fonctionner les programmes locaux; 
  • développer et échanger des données nationales provenant des communautés sur lesquelles peuvent se fonder les organisations communautaires et non gouvernementales; 
  • échanger données de recherche et connaissances pour encourager les gens à reproduire partout au pays les initiatives efficaces qui peuvent entraîner d’autres innovations et améliorations relativement aux inégalités sur le plan de la santé. 

 

Volonté de changement

« Un voyage de mille lieues commence toujours par un premier pas. »

— Lao Tzu .

Au bout du compte, la santé publique relève de nous. Certains diront que c’est un cliché, mais la réalité est la suivante : que se soit à titre individuel ou en tant que décideur ou membre d’une communauté, nous avons tous un rôle à jouer et nous pouvons aussi bien améliorer la santé publique que la mettre en danger. Comprendre les enjeux et les liens qui existent peut à tout le moins nous aider à éviter de faire partie du problème. Cela inclut les inégalités de santé au sein de la population, dans notre propre vie et celle des membres de notre famille, dans nos écoles ou nos milieux de travail, dans nos quartiers et nos communautés.

La santé générale d’une société se mesure à celle du groupe qui en est le plus dépourvu. Aucun d’entre nous n’est à l’abri des problèmes de santé et des inégalités qui limitent notre potentiel en tant que nation. Dans le présent rapport, j’ai présenté de nombreux exemples de politiques et de programmes, petits et grands, qui contribuent vraiment à changer la vie des Canadiens et qui permettent de réduire les inégalités sur le plan de la santé. Si nous assumons tous la responsabilité de cette question au meilleur de nos capacités, nous pouvons faire en sorte que les Canadiens aient tous la possibilité d’être en aussi bonne santé que possible. En bref, cela signifie que nous pouvons y arriver en prenant part, par exemple, aux processus démocratiques, en étant un membre actif de notre communauté, en favorisant des choix santé et en touchant les gens et les groupes qui ont besoin d’aide. Fait intéressant, le bénévolat, en plus du travail bénéfique qu’il permet d’accomplir, est associé à une amélioration de l’état de santé du bénévole. Pourquoi? Parce que la santé va au-delà de l’absence de maladie ou du bien être physique. La santé, c’est donner à nos vies et à la société des fondements solides. C’est de faire en sorte d’avoir une communauté, des liens et des amis. C’est de contrôler notre vie et notre destin.

Comme je l’ai mentionné au début du rapport, notre état de santé est influencé par le type de société que nous choisissons. Il appartient à tous de créer les conditions physiques, économiques, sociales et culturelles qui sont le fondement d’un bon état de santé. Nos gestes, mêmes petits, peuvent contribuer à changer les choses.

En portant attention aux déterminants sous-jacents de la santé et en s’y attaquant, non seulement nous égalisons les chances pour tous les Canadiens, mais nous favorisons aussi le fonctionnement de la société et la compétitivité du Canada en tant que pays. Moins il y aura de gens laissés pour compte, plus notre société sera prospère.

Dr David Butler-Jones

 

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