Rapport de l’administrateur en chef de la santé publique sur l’état de la santé publique au Canada, 2013 – Les infections transmissibles sexuellement – Une préoccupation constante pour la santé publique

Les infections transmissibles sexuellement : Une préoccupation constante pour la santé publique

Points saillants

  • Les infections transmissibles sexuellement constituent une importante préoccupation grandissante en matière de santé publique au Canada et ailleurs dans le monde.
  • Au Canada, les cas déclarés d’infection à Chlamydia trachomatis, de gonorrhée et de syphilis infectieuse connaissent une hausse constante depuis la fin des années 1990.
  • Les jeunes Canadiens présentent les plus hauts taux d’infections transmissibles sexuellement déclarées; cependant, on recense de plus en plus de cas chez les adultes d’âge moyen et chez les personnes plus âgées.
  • Sans traitement, les infections transmissibles sexuellement peuvent avoir des répercussions à long terme sur la santé.
  • La prévention des infections, la réduction de leurs répercussions et la diminution de la propagation demandent un engagement individuel ainsi que des engagements à plus grande échelle.

Les infections transmissibles sexuellement (ITS) sont évitables, mais elles demeurent une importante préoccupation pour la santé publique au CanadaNote de bas de page 1. Les taux de cas déclarés d’infection à Chlamydia trachomatis, de gonorrhée et de syphilis infectieuse connaissent une hausse depuis la fin des années 1990, et on s’attend à ce que la tendance se maintienneNote de bas de page 1. Bien que l’infection à Chlamydia trachomatis et la gonorrhée continuent de toucher majoritairement les jeunes, les taux de cas déclarés ont augmenté considérablement chez les adultes d’âge moyen et les personnes plus âgéesNote de bas de page 1. Sans traitement, certaines ITS peuvent avoir des répercussions à long terme sur la santéNote de bas de page 2, Note de bas de page 3. Comme les ITS sont évitables, des mesures de santé publique peuvent être mises de l’avant pour réduire et gérer la propagation de ces infections.

Les ITS au Canada : une présence continue

Les infections transmissibles sexuellement (ITS) se propagent principalement par contact sexuel de personne à personne; cependant, certaines d’entre elles, comme la syphilis et l’infection par le virus de l’immunodéficience humaine, peuvent se transmettre par d’autres formes de contact, comme d’une mère à son enfant pendant la grossesse ou à l’accouchementNote de bas de page 4. Les infections transmissibles par le sang se propagent par contact direct avec du sang ou d’autres liquides organiques contaminés par du sang provenant d’une personne infectéeNote de bas de page 5.

Les taux d’ITS répertoriés dans le Système canadien de surveillance des maladies à déclaration obligatoire (SCSMDO) ont augmenté depuis 1997Note de bas de page 1. On ne peut établir clairement si cette augmentation est attribuable à une hausse réelle du nombre de personnes atteintes ou si elle résulte de changements apportés aux méthodes de diagnostic et de déclaration (voir l’encadré intitulé « Surveillance des infections au Canada »)Note de bas de page 6. Quoi qu’il en soit, les ITS demeurent une préoccupation pour la santé publique. En 2008, 70 % des 161 592 cas de maladies à déclaration obligatoire répertoriés dans le SCSMDO étaient des ITS ou des infections transmissibles par le sangNote de bas de page 6. À elle seule, l’infection à Chlamydia trachomatis représentait 51 % de toutes les maladies infectieuses à déclaration obligatoire qui avaient été signaléesNote de bas de page 6. Ces tendances s’apparentent à celles qu’on observe dans d’autres pays développés de niveau comparable, comme aux États‑Unis, en Australie et au Royaume‑UniNote de bas de page 1.

Surveillance des infections au Canada

Les activités de surveillance regroupent la collecte, l’analyse et l’interprétation systématiques, en temps utile et sur une base permanente de données essentielles pour les pratiques en matière de santé publique. Les cas de maladies infectieuses jugés importants par le Comité consultatif de l’épidémiologie doivent être signalés aux autorités de santé publiqueNote de bas de page 7. Le signalement des maladies à déclaration obligatoire est exigé par les provinces et les territoires, et la transmission de cette information au Système canadien de surveillance des maladies à déclaration obligatoire (SCSMDO) se fait sur une base volontaire. La liste des maladies à déclaration obligatoire est établie d’un commun accord par les responsables de la santé fédéraux, provinciaux et territoriaux, conformément à des critères prédéterminésNote de bas de page 1, Note de bas de page 7.

Au Canada, le suivi des cas d’ITS est assuré par le SCSMDO. Certaines ITS sont surveillées depuis de nombreuses années, alors que d’autres le sont depuis moins longtemps. Par exemple, la gonorrhée et la syphilis infectieuse sont des maladies infectieuses à déclaration obligatoire au Canada depuis 1924, tandis que les cas d’infection à Chlamydia trachomatis ne doivent être signalés que depuis 1990Note de bas de page 1. Les autres ITS, comme l’herpès et l’infection par le virus du papillome humain, ne font pas l’objet d’une déclaration à l’échelle nationaleNote de bas de page 1.

Le nombre de cas signalés au SCSMDO et les taux calculés ne reflètent pas tous les cas d’infection qui surviennent dans la populationNote de bas de page 8. Il est par exemple possible qu’une personne infectée ne présente aucun symptôme et, par conséquent, ne soit soumise à aucun test de dépistage; un tel cas ne pourrait être déclaréNote de bas de page 8. De plus, étant donné que les femmes ont tendance à utiliser le système de santé plus fréquemment que les hommes, il est plus probable qu’elles subissent un dépistage ou qu’elles cherchent à obtenir un traitementNote de bas de page 9. Cela pourrait expliquer en partie pourquoi on diagnostique et signale davantage de cas d’infection chez les femmes que chez les hommes. Il faut également interpréter avec prudence l’évolution des taux au fil des années, car elle peut découler de changements apportés aux méthodes de dépistage ou aux activités menées en laboratoire (techniques utilisées, capacité de diagnostic). De plus, les taux ont davantage tendance à fluctuer dans le temps lorsque le nombre de cas est très petitNote de bas de page 1.

L’infection à Chlamydia trachomatis

Figure 1 Taux de cas déclarés d’infection à Chlamydia trachomatis, d’infection gonococcique et de syphilis infectieuse selon le sexe, Canada,
de 1995 à 2010
Note de bas de page 1

Figure 1
Équivalent textuel - Figure 1

Figure 1 Taux de cas déclarés d’infection à Chlamydia trachomatis, d’infection gonococcique et de syphilis infectieuse selon le sexe, Canada, de 1995 à 2010

Année Infections à Chlamydia trachomatis Gonorrhée Syphilis infectieuse
Total Hommes Femmes Total Hommes Femmes Total Hommes Femmes
1995 128,2 62,6 192,2 19,5 22,9 16,1 0,5 0,7 0,4
1996 115,9 56,6 174,0 16,9 19,4 14,5 0,4 0,5 0,3
1997 113,9 58,7 167,8 14,9 17,8 12,0 0,4 0,4 0,3
1998 129,0 73,7 183,1 16,1 19,5 12,7 0,6 0,7 0,4
1999 138,2 81,4 193,6 17,6 22,0 13,3 0,6 0,7 0,5
2000 150,9 88,9 211,6 20,1 25,1 15,1 0,6 0,7 0,4
2001 161,4 99,2 221,9 21,8 27,2 16,4 0,9 1,2 0,7
2002 179,5 112,3 245,1 23,5 29,5 17,5 1,5 2,5 0,6
2003 189,6 121,3 256,5 26,0 32,1 20,1 2,9 4,8 0,9
2004 200,5 131,8 267,7 29,2 37,2 21,2 3,5 6,1 0,8
2005 206,2 140,2 270,8 28,5 36,0 21,2 3,4 5,8 1,0
2006 212,7 145,8 278,1 34,7 42,3 27,2 4,1 7,2 1,1
2007 224,4 154,0 290,1 36,1 42,4 29,9 3,8 6,7 1,0
2008 248,0 168,1 326,0 37,9 42,5 33,4 4,2 7,3 1,1
2009 258,6 175,3 340,1 33,1 36,6 29,6 5,0 9,0 1,1
2010 277,6 189,5 363,8 33,4 37,7 29,1 5,2 9,4 1,0

L’infection à Chlamydia trachomatis est l’ITS bactérienne la plus déclarée au CanadaNote de bas de page 1. Elle est causée par la bactérie Chlamydia trachomatis et est souvent asymptomatique. Si aucun test de dépistage n’est effectué, l’absence de symptômes peut accroître les risques de propagation involontaire de la maladie et de complication à long terme chez les personnes infectées. Les taux de cas déclarés d’infection à Chlamydia trachomatis augmentent chaque année au pays depuis 1997; en effet, on a observé une hausse relative de 72 % de 2001 (161,4 cas pour 100 000 habitants) à 2010 (277,6 cas pour 100 000 habitants) (voir la figure 1)Note de bas de page 1. En 2010, 94 690 cas ont été signalés au CanadaNote de bas de page 1.

Courantes tant chez les hommes que chez les femmes, les infections détectées et déclarées (habituellement par un dépistage auprès des personnes ne présentant aucun symptôme) touchent de façon disproportionnée les jeunes, en particulier les jeunes femmesNote de bas de page 1. De 2001 à 2010, les taux de cas déclarés d’infection à Chlamydia trachomatis ont augmenté de 91 % chez les hommes (de 99,2 à 189,5 cas pour 100 000 habitants) et de 64 % chez les femmes (de 221,9 à 363,8 cas pour 100 000 habitants)Note de bas de page 1. En 2010, le taux culminait chez les jeunes femmes de 20 à 24 ans (2 005,5 cas pour 100 000 habitants), représentant plus de sept fois le taux national global (277,6 cas pour 100 000 habitants) et plus de cinq fois supérieur le taux global chez les femmes (363,8 cas pour 100 000 habitants)Note de bas de page 1.

La plupart des souches de Chlamydia trachomatis sont diagnostiquées en laboratoire et peuvent être éliminées au moyen d’antibiotiques. Si l’infection n’est pas soignée, les complications pouvant survenir à long terme chez les femmes sont notamment une atteinte inflammatoire pelvienne, laquelle peut entraîner une douleur pelvienne chronique, une grossesse ectopique et l’infertilitéNote de bas de page 1, Note de bas de page 3, Note de bas de page 10. Les femmes enceintes peuvent également transmettre l’infection à leur enfant au moment de l’accouchement, ce qui peut provoquer une conjonctivite (infection de la paupière) ou une pneumonie chez le nouveau-né ou une réinfectionNote de bas de page 1, Note de bas de page 3, Note de bas de page 10, Note de bas de page 11. Bien que les complications soient moins courantes chez les hommes, ceux-ci peuvent présenter, entre autres, une orchiépididymite (inflammation du pénis ou des testicules)Note de bas de page 1, Note de bas de page 3.

La gonorrhée

La gonorrhée, une infection causée par la bactérie Neisseria gonorrhœæ, est la deuxième ITS bactérienne la plus déclarée au CanadaNote de bas de page 1. En 2010, les jeunes femmes de 15 à 19 ans affichaient le plus haut taux d’infection gonococcique déclarée (147,0 cas pour 100 000 habitants), soit un taux plus de quatre fois supérieur à la moyenne nationale globale (33,4 cas pour 100 000 habitants)Note de bas de page 1. Les taux de cas déclarés de gonorrhée ont également augmenté de façon constante au fil du temps; ils ont subi une hausse globale de 53,4 % de 2001 à 2010 (voir la figure 1)Note de bas de page 1. Toutefois, pendant cette période, l’amélioration des méthodes de diagnostic et de dépistage et l’augmentation de la fréquence des tests de dépistage ont eu une incidence sur le signalement de la maladieNote de bas de page 1.

Sans traitement, la gonorrhée peut entraîner des complications chez les personnes des deux sexes. Elle peut notamment provoquer chez les femmes une atteinte inflammatoire pelvienne, une grossesse ectopique ou l’infertilitéNote de bas de page 1, Note de bas de page 3, Note de bas de page 10. Dans de rares cas, elle peut aussi causer une infection du sang et des articulationsNote de bas de page 1, Note de bas de page 2. La gonorrhée est normalement traitée à l’aide d’antibiotiques, mais on observe de plus en plus une résistance aux traitements (voir « La résistance aux antimicrobiens : une responsabilité partagée »)Note de bas de page 12-Note de bas de page 15. Au cours des 30 dernières années, des souches de la bactérie Neisseria gonorrhœæ se sont révélées moins sensibles à certains antibiotiques, comme la pénicilline, l’érythromycine et la tétracyclineNote de bas de page 1, Note de bas de page 2. On a également noté plus récemment une résistance aux céphalosporines, ce qui inquiète les professionnels de la santé publiqueNote de bas de page 1, Note de bas de page 2.

La syphilis infectieuse

La syphilis est une infection causée par la bactérie Treponema pallidumNote de bas de page 1. Sans traitement, la maladie passera du stade primaire au stade secondaire, puis au stade latent précoce. Si elle n’est toujours pas traitée, elle atteindra le stade latent tardif; à ce point, l’infection n’est pas contagieuse, mais elle peut entraîner de graves complications, notamment une atteinte du système nerveux central, de l’appareil cardiovasculaire, des yeux, de la peau et de divers organes internesNote de bas de page 1, Note de bas de page 2. Seule la syphilis infectieuse fait l’objet d’une déclaration obligatoire à l’échelle nationaleNote de bas de page 1.

De 1993 à 2000, les taux de cas déclarés de syphilis infectieuse étaient relativement stables, mais ils ont connu une forte augmentation en 2001 (voir la figure 1)Note de bas de page 1. Les 10 années suivantes, ils ont grimpé de 456,7 % (passant de 0,9 à 5,2 cas pour 100 000 habitants)Note de bas de page 1. En 2010, 1 757 cas de syphilis infectieuse ont été signalés, soit un taux global de 5,2 cas pour 100 000 habitants. Cette même année, les taux étaient plus élevés chez les hommes que chez les femmes dans tous les groupes d’âgeNote de bas de page 1. Ils ont culminé à 16,2 cas pour 100 000 habitants chez les hommes de 30 à 39 ans, un taux plus de trois fois supérieur au taux national globalNote de bas de page 1. On a aussi observé une augmentation spectaculaire du taux d’incidence de la syphilis chez les hommes ayant des relations sexuelles avec d’autres hommes (HRSAH)Note de bas de page 1, Note de bas de page 16. Les cas de co-infection chez les porteurs du virus de l’immunodéficience humaine (VIH) sont également à la hausseNote de bas de page 1, Note de bas de page 16. La syphilis peut accroître la susceptibilité au VIH et aux atteintes neurologiques qui peuvent en découlerNote de bas de page 1, Note de bas de page 17, Note de bas de page 18. Les taux de cas déclarés de syphilis congénitale, c’est‑à‑dire lorsque la bactérie est transmise de la mère au fœtus, sont très rares au CanadaNote de bas de page 1, Note de bas de page 19. Toutefois, cette maladie peut s’avérer très dangereuse pour le fœtus et peut même lui être fataleNote de bas de page 19.

Le VIH

Le VIH s’attaque au système immunitaire et peut mener à une affection chronique progressive qui expose à d’autres infections ou maladies chroniquesNote de bas de page 20. Le VIH se transmet d’une personne à une autre par le sang ou les liquides organiques pendant des rapports sexuels non protégés ou par le partage ou l’utilisation de seringues non stérilisées. Sans traitement antirétroviral, une mère infectée par le VIH peut transmettre le virus à son enfant pendant la grossesse, à l’accouchement ou par l’allaitementNote de bas de page 20, Note de bas de page 21.

En 2011, on a déclaré environ 3 175 nouveaux cas d’infection à VIH au CanadaNote de bas de page 22. Ce nombre est relativement stable depuis 2008 et est légèrement inférieur à l’estimation prévue pour 2008Note de bas de page 22. Certaines sous-populations, comme les HRSAH (46,6 %) et les utilisateurs de drogues intraveineuses (13,7 %), sont touchées de façon disproportionnée et représentent donc une très grande proportion des nouveaux cas estimésNote de bas de page 22. Les taux observés chez les personnes originaires d’un pays où l’infection à VIH est endémique sont environ neuf fois plus élevés que chez les personnes nées au CanadaNote de bas de page 22.

Selon l’Agence de la santé publique du Canada, environ 71 300 Canadiens vivaient avec le VIH et le sida en 2011, ce qui représente une hausse de 11,4 % par rapport à l’estimation de 64 000, établie pour 2008Note de bas de page 22. Le nombre de Canadiens porteurs du VIH augmente, d’une part, parce que de nouveaux cas d’infection continuent d’être rapportés et, d’autre part, parce que l’efficacité des traitements antirétroviraux permet généralement d’améliorer la longévité des personnes atteintesNote de bas de page 22. On estime toutefois que 25 % des Canadiens porteurs du virus, soit 17 980 personnes, ignorent qu’ils sont infectés; ils ne reçoivent donc aucun traitement et peuvent involontairement infecter d’autres personnesNote de bas de page 22. Le fait d’être atteint d’une ITS, comme l’infection à Chlamydia trachomatis ou la syphilis, peut augmenter le risque de transmettre ou de contracter le VIHNote de bas de page 1, Note de bas de page 16, Note de bas de page 17.

Les limites des données et les sous-populations

Les données sur les autres ITS, comme l’herpès et l’infection par le virus du papillome humain (VPH), ne sont pas recueillies dans le cadre d’un programme de surveillance national. On croit que l’infection à VPH est l’une des ITS les plus fréquentes et qu’elle touchera plus de 70 % des Canadiens sexuellement actifs (à la fois les hommes et les femmes) au moins une fois au cours de leur vieNote en bas de page 2. La plupart des personnes ne présentent aucun symptôme, et les infections guérissent sans traitementNote de bas de page 23. Lorsque l’infection persiste, elle peut entraîner la formation de verrues génitales ou l’apparition d’un cancer, notamment un cancer du col de l’utérus ou un cancer du pénisNote de bas de page 1, Note de bas de page 23. De fait, la plupart des cas de cancer du col utérin et de l’anus sont causés par le VPHNote de bas de page 24. Les jeunes adultes sont les plus à risque de contracter une infection à VPH, et on s’attend à ce que la prévalence de l’infection augmente chez cette populationNote de bas de page 1. Les jeunes femmes de moins de 25 ans sont plus susceptibles d’obtenir un résultat positif à un test de dépistage d’une infection à VPH oncogène (potentiellement cancéreux) que les femmes plus âgéesNote de bas de page 25, Note de bas de page 26.

Dans les sous-populations, les données concernant les ITS sont souvent limitées et peu documentées; il est donc difficile de s’attaquer aux problèmes de santé qui en résultent. Au moment de la confirmation des cas d’ITS en laboratoire, on ne précise pas systématiquement certains facteurs démographiques tels que l’origine ethnique. Par exemple, on désigne parfois les membres des Premières Nations, les Inuits et les Métis par le terme générique AutochtonesNote de bas de page 27, Note de bas de page 28. Il se peut également que les données s’appliquant aux sous-populations soient moins récentes que celles dont on dispose pour la population générale, ce qui rend impossibles les comparaisons. Les méthodes de dépistage ont également changé au fil des années, si bien que les résultats ne sont plus comparables après un certain temps (en particulier en ce qui concerne les infections telles que l’infection à VPH). Malgré ces limites sur le plan des données, on croit que certaines sous-populations présentent un risque accru de contracter certaines ITS.

  • On estime que la prévalence des ITS est plus élevée chez les Autochtones que dans la population généraleNote de bas de page 28, Note de bas de page 29. Plus particulièrement, on évalue que l’infection à Chlamydia trachomatis est près de sept fois plus fréquente chez les adultes des Premières Nations que dans la population généraleNote de bas de page 28. L’infection à VIH et le sida touchent également les Autochtones de façon disproportionnée, et les nouveaux cas d’infection à VIH surviennent à un taux qui serait 3,5 fois plus élevé que chez les non-AutochtonesNote de bas de page 22.
  • Les nouveaux arrivants sous-utilisent le système de santé, ce qui réduit les possibilités de dépistage systématique et de traitementNote en bas de page 2. Citoyenneté et Immigration Canada soumet les personnes de 15 ans et plus à des tests de dépistage de la syphilis et de l’infection à VIH lorsqu’elles entrent au paysNote de bas de page 2, Note de bas de page 30.
  • Une certaine proportion des personnes incarcérées au Canada peuvent provenir de populations vulnérables qui s’adonnent à des activités à risque (p. ex. l’usage de drogues intraveineuses, la pratique de rapports sexuels non protégés). Par conséquent, on observe en milieu carcéral un nombre disproportionné de cas d’ITS et d’infections transmissibles par le sang, notamment d’infection à VIH, d’hépatite B et d’hépatite CNote en bas de page 2.
  • Chez les minorités sexuelles, et en particulier chez les HRSAH, la prévalence des ITS fluctue au fil du temps. Au cours des 10 dernières années, on a signalé des éclosions de syphilis chez les HRSAH, et une forte proportion de cette sous-population était également infectée par le VIH ou atteinte du lymphogranulome vénérien (infection causée par certaines souches de Chlamydia trachomatis)Note de bas de page 2, Note de bas de page 16, Note de bas de page 31-Note de bas de page 35. La co-infection est une préoccupation constante pour la santé publique, car la syphilis et les autres ITS peuvent augmenter le risque de transmettre ou de contracter l’infection à VIH ou d’autres infections ou affections chroniquesNote de bas de page 1, Note de bas de page 16, Note de bas de page 17.

Les ITS telles que l’infection à VIH, la syphilis et l’infection à VPH ont des conséquences à long terme ou peuvent mener à l’apparition d’affections chroniquesNote en bas de page 2. Lorsqu’il est question des maladies infectieuses, la vigilance ne se limite pas aux mesures de prévention primaire : il faut également surveiller les maladies et assurer une prise en charge tout au long de la vie des patients afin d’améliorer leur santé globale, leur bien‑être et leur espérance de vie. L’augmentation du nombre de cas d’ITS et du nombre de personnes vivant avec ces maladies infectieuses de façon chronique révèle la nécessité d’adapter les programmes à cette réalité.

Pour changer la situation

La première étape pour réduire le nombre de cas d’ITS est de les prévenir. La prévention et la prise en charge des ITS sont des responsabilités à la fois individuelles et collectives. La prévention cible habituellement les individus; cependant, les interventions structurelles à plus grande échelle englobent également des activités d’éducation et de sensibilisation, des interventions biomédicales (p. ex. l’immunisation, la recherche médicale, le dépistage) et des interventions auprès des populations, notamment en mettant l’accent sur les déterminants de la santé et d’autres facteurs connexes, comme la scolarité, le revenu, le logement, la santé mentale et la lutte contre la stigmatisationNote de bas de page 36. Des efforts sont déployés en ce sens par tous les ordres de gouvernement, partout au pays (voir l’encadré intitulé « Stratégies de prévention et de contrôle des ITS »).

Stratégies de prévention et de contrôle des ITS

Selon l’Organisation mondiale de la Santé, les efforts visant à endiguer la propagation des ITS sont en déclin malgré le fait que les taux d’infection augmentent partout dans le monde. La prévention et la prise en charge des ITS et des problèmes de santé connexes sont liées et doivent faire partie de services de santé sexuelle et génésique plus vastes et plus exhaustifs. La Stratégie mondiale de lutte contre les infections sexuellement transmissibles : 2006‑2015 de l’Organisation mondiale de la Santé comporte deux volets : un volet technique et un volet sensibilisation. Le volet technique concerne les moyens de promouvoir des comportements sexuels sains, d’offrir des soins efficaces et accessibles aux patients atteints d’une ITS et d’améliorer les méthodes de suivi et d’évaluation des programmes de contrôle des ITSNote de bas de page 36. Le Canada est l’un des pays signataires de cette stratégie mondialeNote en bas de page 2.

Les Lignes directrices canadiennes sur les infections transmissibles sexuellement sont le fruit d’une collaboration entre des experts des domaines de la médecine, des sciences infirmières, des laboratoires et de la santé publique; elles visent à présenter des recommandations fondées sur des données probantes afin d’améliorer la prévention, le diagnostic, le traitement et la prise en charge des ITS au CanadaNote en bas de page 2. Ces lignes directrices mettent en évidence la nécessité de collaborer pour que les efforts déployés touchent les personnes les plus susceptibles de contracter une ITS. Bon nombre de recommandations sont axées sur le rôle des fournisseurs de soins de santé et sur la mise en place d’un continuum de services, comprenant des services de dépistage, de diagnostic et de traitement centrés sur les besoins du patient, qui tiennent compte des affections chroniques pouvant se manifester à long termeNote en bas de page 2.

La responsabilité individuelle

Bien des facteurs peuvent influer sur les comportements à risque. Les stratégies de réduction du risque comprennent l’abstinence, la sexualité monogame à long terme, l’utilisation du condom et la divulgation de ses antécédents sexuels à ses partenaires. Le dépistage et le traitement de la maladie (le cas échéant) sont également essentiels si l’on veut réduire les risques d’ITS ou d’infections transmissibles par le sangNote de bas de page 2, Note de bas de page 4.

L’éducation et la sensibilisation

Il existe toute une gamme de programmes d’éducation à la santé sexuelle qui ciblent les jeunes et les jeunes adultes. Les programmes exhaustifs offerts en milieu scolaire peuvent contribuer à changer les comportements lorsque les renseignements sur les risques et la protection sont associés à des facteurs non sexuels, comme l’établissement de relations sainesNote de bas de page 37, Note de bas de page 38. Les programmes qui tiennent compte de la diversité (p. ex. le lieu de résidence, l’âge, le sexe, le genre, l’orientation sexuelle, la culture) et qui fournissent un accès à des services de santé peuvent générer de bons résultatsNote de bas de page 37. Par exemple, les programmes offerts dans les écoles sont souvent axés sur les besoins des filles. Cependant, les programmes qui font également participer les garçons et qui encouragent les discussions ouvertes sur la santé sexuelle permettent aux jeunes de bâtir des relations plus respectueusesNote de bas de page 39, Note de bas de page 40.

Malgré l’augmentation des cas d’ITS chez les adultes plus âgés, les grandes campagnes de sensibilisation ciblent généralement les jeunes et ont été très peu exploitées auprès des populations plus âgéesNote de bas de page 1, Note de bas de page 41-Note de bas de page 44. L’éducation sexuelle, associée à des services cliniques, des services de counselling ou des services sociaux, profite à tous les membres de la collectivité, peu importe leur âge. Cependant, la sexualité des personnes plus âgées continue d’être perçue de façon négative; la stigmatisation, la gêne et la discrimination peuvent empêcher ces personnes de discuter de leur santé sexuelle avec leur fournisseur de soins de santéNote de bas de page 41, Note de bas de page 42, Note de bas de page 45. Certains omnipraticiens se disent également réticents à discuter de sexualité et d’ITS avec des patients plus âgés (en particulier s’il s’agit de femmes)Note de bas de page 42, Note de bas de page 45, Note de bas de page 46.

Les interventions biomédicales et la prise en charge des ITS

Les soins primaires sont nécessaires pour le diagnostic et la prise en charge clinique des infections. Les Lignes directrices canadiennes sur les infections transmissibles sexuellement soulignent à quel point il est important que les professionnels de la santé publique reconnaissent les risques individuels associés aux ITS et la façon dont ces risques diffèrent d’une personne à une autre tout au long de la vieNote en bas de page 2. Les fournisseurs de soins peuvent incorporer la prévention des ITS aux soins courants qu’ils offrent à leurs patients, en évaluant et en abordant les risques individuels de contracter une ITS et en discutant des façons de les réduire au minimum et d’en reconnaître les symptômes (le cas échéant). Ils devraient également offrir, selon les besoins du patient, des conseils concernant le traitement, la prise en charge des ITS et la notification aux partenairesNote en bas de page 2. Le dépistage des ITS est important; cependant, la décision de soumettre un patient à un test se fonde souvent sur ses antécédents, ses facteurs de risque connus et ses symptômes. Les patients sont généralement peu enclins à subir un test, jugeant l’exercice inutile en raison de résultats négatifs qu’ils auraient obtenus antérieurement ou parce qu’ils croient, à tort, que les analyses sanguines et les examens physiques courants prévoient le dépistage des ITSNote en bas de page 2.

Il est possible de recourir à l’immunisation pour prévenir et freiner la propagation des infections, y compris des ITS (p. ex. le vaccin contre le VPH, le vaccin contre l’hépatite, les vaccins en cours contre le VIH et le virus herpès simplex)Note de bas de page 47. Le vaccin quadrivalent contre le VPH offre, en effet, une protection contre quatre types d’infection à VPH qui peuvent avoir d’importantes conséquences connues sur la santéNote de bas de page 25. De façon générale, le vaccin contre le VPH est donné en trois doses, avant la toute première relation sexuelle, de façon à en maximiser l’effet protecteur; cependant, on l’administre également à des femmes plus âgéesNote de bas de page 25, Note de bas de page 48. Bien qu’il existe plusieurs souches de VPH, on a mis au point deux vaccins qui protègent contre les types de VPH les plus susceptibles de causer le cancerNote de bas de page 1. Au cours d’une étude, on a trouvé des souches de VPH évitables par la vaccination dans 70,2 % des cas de cancer du col de l’utérusNote de bas de page 49. En 2008, l’ensemble des provinces et des territoires offraient aux jeunes filles la vaccination contre le VPH dans le cadre de leurs programmes d’immunisation systématiqueNote de bas de page 25. En 2012, le Comité consultatif national de l’immunisation a recommandé que ce vaccin soit également administré aux femmes plus âgées (jusqu’à 45 ans) et aux jeunes hommes (de 9 à 26 ans)Note de bas de page 25. Il faudra cependant effectuer d’autres évaluations pour en mesurer les effets chez les hommes, les femmes et les diverses sous-populations à risque et déterminer son efficacité à long terme pour réduire le nombre de cas de cancers associés à l’infection à VPH.

Les progrès thérapeutiques ont permis d’augmenter l’espérance de vie des personnes infectées par le VIH et peuvent contribuer à freiner la propagation du virus. Les traitements antirétroviraux ont commencé à être utilisés dans les années 1990 et ils continuent de modifier considérablement la façon dont l’infection influe sur la santé à court et à long terme des personnes atteintes. En réduisant la réplication du VIH, les traitements antirétroviraux permettent au système immunitaire de se rebâtir et de combattre les maladiesNote de bas de page 20, Note de bas de page 21. La quasi-élimination de la transmission du VIH de la mère à l’enfant et les investissements réalisés dans le but d’assurer l’innocuité des produits sanguins représentent d’importants progrès accomplis dans la lutte contre le VIHNote de bas de page 20, Note de bas de page 21.

Le sous-diagnostic de certaines maladies asymptomatiques et le nombre limité de tests de dépistage influencent les données dont on dispose sur l’incidence et la prévalence des ITS au CanadaNote de bas de page 1, Note de bas de page 8. Les provinces et les territoires colligent les données transmises par les médecins, le cas échéant, et les déclarent à l’échelle nationaleNote de bas de page 1. Cependant, il existe des différences dans les structures de déclaration, les éléments de données et les infections à déclaration obligatoire à l’échelle fédérale, provinciale et territorialeNote de bas de page 1, Note de bas de page 7, Note de bas de page 8. Les lignes directrices et les politiques de santé publique s’appuient sur les données et les tendances observées au pays; plus le nombre de cas augmente, plus il devient nécessaire que les interventions et les politiques soient de grande envergure et qu’elles visent des problèmes importants sur le plan de la santé publique. Cela étant, certaines ITS, comme l’infection à VPH ou l’infection par le virus herpès simplex, ne sont pas soumises au même système de surveillanceNote de bas de page 1. Par conséquent, on en sait moins sur le fardeau qui leur est associéNote de bas de page 1.

Les déterminants généraux de la santé

En investissant en amont, de façon à améliorer les conditions sanitaires et sociales qui influent sur les résultats de santé en général, on peut réduire de manière considérable les taux d’ITS, leurs répercussions sur la santé à long terme de même que le risque d’affections concomitantes. Le fait de gagner un revenu, d’avoir un endroit où vivre et de pouvoir compter sur un soutien social peut avoir un effet sur la santé. Par exemple, les jeunes de la rue affichent des taux d’ITS supérieurs à la moyenne et ils courent un plus grand risque de contracter l’hépatite B ou l’hépatite C que les autres membres de la populationNote de bas de page 50-Note de bas de page 53. Beaucoup d’entre eux ont déclaré avoir été victimes de violence ou de négligence; avoir reçu les services d’un organisme d’aide à l’enfance; avoir présenté des troubles de santé mentale; avoir gagné un revenu insuffisant ou habité un logement inadéquat; ou avoir été sans emploi, sans soutien parental ou sans revenuNote de bas de page 53, Note de bas de page 54. Les interventions qui ciblent les déterminants de la santé pourraient avoir des répercussions durables sur ces jeunes vulnérables. En effet, selon des travaux de recherche, il existe un lien entre les comportements sexuels à risque et la stabilité résidentielle, et les comportements à risque pour le VIH diminuent en fonction de la stabilité résidentielleNote de bas de page 54. Les programmes tels que Priorité au logement et At Home/Chez soi au Canada considèrent le logement comme un élément essentiel à la réduction des risques pour la santéNote de bas de page 55.

Les infections telles que l’infection à VIH peuvent avec le temps augmenter le risque de comorbidité. De façon générale, les personnes qui ont accès aux services de santé et aux services sociaux affichent de meilleurs résultats de santé et sont par conséquent moins susceptibles de contracter d’autres maladies (ou affections concomitantes). Les professionnels de la santé reconnaissent de plus en plus l’importance d’intégrer les services de prise en charge des maladies infectieuses chroniques, comme l’infection à VIH, l’hépatite B et l’hépatite C, et de canaliser les efforts lorsqu’on relève la présence de facteurs de risque communsNote de bas de page 21. Étant donné les similitudes observées dans les voies de transmission, les comportements à risque et les facteurs socioéconomiques favorisant la propagation de ces infections, les intervenants adoptent de plus en plus une approche intégrée et holistique, comprenant les mesures de prévention, les soins, les traitements et les services de soutienNote de bas de page 56.

Toutes les formes de stigmatisation, que ce soit pour une question de santé, de culture, de genre ou d’orientation sexuelle, peuvent compromettre la capacité d’une personne à se développer d’un point de vue holistique, à socialiser, à fréquenter l’école, à travailler, à faire du bénévolat ainsi qu’à demander des soins et des traitementsNote de bas de page 21, Note de bas de page 57, Note de bas de page 58. La stigmatisation associée aux ITS ou aux infections transmissibles par le sang peut empêcher les personnes atteintes de se soumettre à des tests de dépistage, de recevoir un traitement ou de parler de leur état de santé avec leurs partenaires sexuels. De plus, certaines personnes vivant avec le VIH ou le sida disent subir une « stigmatisation multiple », la stigmatisation liée au VIH et à d’autres co-infections (p. ex. l’hépatite C) s’ajoutant à celle associée au fait de vivre avec le VIH ou d’appartenir à un certain groupe de la population (p. ex. les minorités raciales, ethniques ou sexuelles, les utilisateurs de drogues intraveineuses)Note de bas de page 59. Le fait d’avoir accès à des services ou à un réseau de soutien peut contribuer à améliorer les résultats de santéNote de bas de page 21, Note de bas de page 60.

Pour réussir

Malgré les efforts importants qui sont déployés pour prévenir, diagnostiquer et traiter les ITS, les taux de cas d’infection déclarés au Canada demeurent préoccupants. Il n’y a pas que l’augmentation des taux qui soit inquiétante, mais également les répercussions à long terme. Sans traitement, les ITS peuvent avoir de graves effets sur la santé. Pour réduire l’incidence et les répercussions de ces maladies, il faudra changer les mentalités, rester vigilant et examiner les manifestations possibles de la maladie au-delà du moment de l’infection. Tous les Canadiens peuvent faire des efforts, individuellement et collectivement, pour se protéger contre les ITS, prévenir les cas d’infection et atténuer leurs répercussions.

  • La prévention et le contrôle des ITS sont des responsabilités à la fois individuelles et collectives.
  • Les Canadiens doivent demeurer vigilants, avant et après le moment de l’infection.
  • Les professionnels de la santé peuvent offrir des services, des conseils et des traitements axés sur les besoins du patient.
  • Le Canada peut continuer d’améliorer le dépistage et la surveillance des ITS et présenter des données plus précises concernant certains groupes de la population.
  • Le Canada peut continuer d’appuyer les efforts déployés à l’échelle mondiale pour réduire les taux d’ITS en menant des travaux de recherche et de développement.
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