Fiche Technique Santé-Sécurité : Agents Pathogènes – Clostridium perfringens

FICHE TECHNIQUE SANTÉ-SÉCURITÉ : AGENTS PATHOGÈNES

SECTION I - AGENT INFECTIEUX

NOM : Clostridium perfringens

SYNONYME OU RENVOI : Gangrène gazeuseNote de bas de page 1 ; C. welchiiNote de bas de page 2 ,Note de bas de page 3 , « pigbel » Note de bas de page 4 .

CARACTÉRISTIQUES : Clostridium perfringens, de la famille des Clostridiaceae, est une bactérie non mobile anaérobique (certaines souches sont aérotolérantes) sporulée (spores subterminales) qui est observée sous forme encapsulée dans les frottis tissulaires Note de bas de page 2,Note de bas de page 5. Sous sa forme végétative, C. perfringens apparaît comme un bacille pléomorphe en paires ou en chaînettes courtes Note de bas de page 5. Le microorganisme est catalase négative et superoxyde dismutase négative Note de bas de page 5. Il existe 5 sérotypes toxigènes (de A à E), dont seulement deux (A et C) sont pathogéniques pour l’humain, qui produisent de nombreuses toxines distinctes Note de bas de page 1. Les colonies cultivées sur une gélose sanguine à 37 °C pendant une nuit seront entourées de deux halos caractéristiques d’hémolyse Note de bas de page 1.

SECTION II - DÉTERMINATION DU RISQUE

PATHOGÉNICITÉ ET TOXICITÉ : Intoxication alimentaire à Clostridium : Les intoxications alimentaires sont causées par les entérotoxines (CPE) produites par les spores de C. perfringens dans l’intestin grêle Note de bas de page 5. Les spores peuvent germer dans certains aliments dont la viande et la volaille Note de bas de page 6. Aux États‑Unis, la consommation de grandes quantités de C. perfringens est considérée comme une cause importante de diarrhée aqueuse Note de bas de page 6. Les symptômes principaux de l’intoxication à Clostridium comprennent la nausée, les douleurs abdominales et la diarrhée Note de bas de page 1. L’atteinte est habituellement bénigne et spontanément résolutive en 24 heures chez les patients par ailleurs en bonne santé Note de bas de page 1,Note de bas de page 4,Note de bas de page 5.

Myonécrose à Clostridium (gangrène gazeuse) : C. perfringens constitue la cause la plus courante de myonécrose à Clostridium Note de bas de page 7. L’atteinte consiste en une nécrose des tissus musculaires attribuable à l’action d’exotoxines puissantes produites par la bactérie, à savoir les exotoxines alpha et theta Note de bas de page 5. Elle est caractérisée par une douleur aiguë, un œdème, une sensibilité et une pâleur, suivis par l’apparition d’une dyschromie et de bulles hémorragiques, de même que par une production gazeuse au site de la lésion Note de bas de page 1. Les manifestations systémiques de l’atteinte comprennent l’état de choc, l’insuffisance rénale, l’hypotension et la bactériémie avec hémolyse intravasculaire évoluant vers le coma et le décès Note de bas de page 1,Note de bas de page 5.

Cellulite à Clostridium : C. perfringens est la cause la plus courante de cellulite à Clostridium, qui est souvent associée à un traumatisme local ou à une intervention chirurgicale récente Note de bas de page 8,Note de bas de page 9. L’atteinte est plus circonscrite que dans la myonécrose à Clostridium. L’infection, localisée, est associée à une nécrose qui intéresse la peau et les tissus mous, mais non le fascia et les muscles profonds.

Entérite nécrosante (« pigbel ») : L’entérite nécrosante consiste en une nécrose ischémique du jéjunum pouvant compromettre le pronostic vital Note de bas de page 5. Souvent mortelle, l’atteinte est causée par C. perfringens de type C Note de bas de page 4,Note de bas de page 10 et est caractérisée par une nécrose hémorragique, inflammatoire ou ischémique du jéjunum. La plupart des cas surviennent de manière sporadique, dans le cadre d’éclosions ou dans les pays en voie de développement.

Atteintes nerveuses centrales associées à C. perfringens : Les atteintes nerveuses centrales associées à l’infection par C. perfringens sont rares Note de bas de page 3 et peuvent principalement se traduire par une méningite ou une encéphalite. Les symptômes cliniques des deux atteintes sont semblables et comprennent la fatigue, la fièvre, les céphalées, les vomissements, l’hypersensibilité à la lumière ou au bruit, la raideur cervicale, l’altération de l’état de conscience et le coma Note de bas de page 3.

ÉPIDÉMIOLOGIE : Intoxication alimentaire : C. perfringens est l’une des causes les plus courantes d’intoxication alimentaire aux États‑Unis et au Canada Note de bas de page 5. La présence de viande contaminée dans les mijotés, les soupes et les sauces est habituellement responsable des éclosions dans les pays développés Note de bas de page 1 et est associée à environ 250 000 cas de maladie d’origine alimentaire chaque année aux États‑Unis Note de bas de page 4. Les décès attribuables à l’atteinte sont rares et surviennent principalement chez les patients âgés, les patients présentant un terrain débilité ou les patients prédisposés à l’atteinte Note de bas de page 4.

Gangrène gazeuse : C. perfringens est la cause la plus fréquente de gangrène gazeuse associée à un traumatisme, qui comporte un taux élevé de mortalité Note de bas de page 11. Selon l’Organisation mondiale de la santé, de nombreux blessés du séisme de 2008 au Sichuan, en Chine, ont contracté une gangrène gazeuse Note de bas de page 12. En outre, entre avril et août 2000, de nombreux utilisateurs de drogues ont contracté une infection à Clostridium en Écosse (trois cas étaient attribuables à C. perfringens), et une grande proportion d’entre eux sont décédés Note de bas de page 13.

Entérite nécrosante : Reconnue pour la première fois comme une cause importante de décès chez des enfants de la Nouvelle‑Guinée dans les années 1960, l’entérite nécrosante toucherait aussi les adultes dénutris et les patients atteints de maladies chroniques comme le diabète aux États‑Unis, au Royaume‑Uni, en Allemagne et dans d’autres pays développés Note de bas de page 4,Note de bas de page 5.

GAMME D'HÔTES : Humain (sérotype A, principalement, mais le sérotype C est quelquefois observé)Note de bas de page 4 ,Note de bas de page 5 ; certains animaux comme le chien, le porc et la chèvre peuvent aussi être infectés par les sérotypes A et C Note de bas de page 4.

DOSE INFECTIEUSE : Inconnue.

Intoxication alimentaire : L’ingestion d’aliments contenant 10ou plus de C. perfringens sous forme végétative peut entraîner une intoxication alimentaire Note de bas de page 5.

MODE DE TRANSMISSION : Intoxication alimentaire : Maladie d’origine alimentaire acquise à la suite de l’ingestion d’aliments contenant de grandes quantités de C. perfringens sous forme végétative Note de bas de page 5,Note de bas de page 14. Les aliments en cause sont souvent des plats de viande, de légumes, de poisson ou de volaille qui ont été laissés à température ambiante pendant une période prolongée après la cuisson.

Entérite nécrosante : Ingestion de viande de porc contaminée Note de bas de page 5.

Gangrène gazeuse/cellulite à Clostridium : L’infection peut survenir à la suite de la contamination de plaies (fractures, plaies par balle) par de la saleté ou tout corps étranger contaminé par C. perfringens Note de bas de page 1.

PÉRIODE D'INCUBATION : Intoxication alimentaire : De 8 à 24 heures Note de bas de page 2.

Gangrène gazeuse : Habituellement de 1 à 4 jours après le traumatisme; l’atteinte peut cependant apparaître en 10 heuresNote de bas de page 1 .

TRANSMISSIBILITÉ : Aucune transmission directe entre humains.

SECTION III - DISSÉMINATION

RÉSERVOIR : Sol, eau, air, selles de personnes saines ou infectées, poussière, végétation, voies digestives de l’humain et des animaux et bon nombre d’aliments déshydratés et transformés Note de bas de page 2,Note de bas de page 5,Note de bas de page 14,Note de bas de page 15.

ZOONOSE : Les maladies d’origine alimentaire attribuables à C. perfringens de type A et les infections à C. perfringens de type C peuvent être transmises de l’animal à l’humain Note de bas de page 4.

VECTEURS : Aucun.

SECTION IV - VIABILITÉ ET STABILITÉ

SENSIBILITÉ AUX MÉDICAMENTS : C. perfringens est sensible à de nombreux antibiotiques dont les pénicillines, les céphalosporines, la clindamycine, le métronidazole, la rifampine et les tétracyclines Note de bas de page 1,Note de bas de page 3,Note de bas de page 16.

RÉSISTANCE AUX MÉDICAMENTS : Certaines souches présentant une résistance à la clindamycine ont été isolées Note de bas de page 16.

SENSIBILITÉ AUX DÉSINFECTANTS : Les spores sont résistantes à la plupart des désinfectants et, en cas de sensibilité, leur inactivation nécessite l’emploi de temps de contact prolongésNote de bas de page 17 ,Note de bas de page 18 . Les spores de Clostridium spp., en particulier, sont résistantes aux alcools éthyliques et propyliques et au dioxyde de chloreNote de bas de page 17 ,Note de bas de page 19 ; elles sont cependant sensibles à un contact de 3 heures avec des désinfectants de haut niveau comme le glutaraldéhyde à 2 % en solution aqueuse et au formaldéhyde à 8 %Note de bas de page 17 ,Note de bas de page 18 .

INACTIVATION PHYSIQUE : Les spores sont hautement résistantes à la chaleur et au rayonnement gamma. Les entérotoxines sont quant à elles thermolabiles, et elles peuvent être inactivées par une exposition à une température de 60 °C pendant 5 minutes Note de bas de page 2,Note de bas de page 4. La forme végétative du microorganisme peut être rapidement inactivée par une exposition à la chaleur sèche (160 à 170 °C pendant 1 à 2 heures) ou à la chaleur humide (121 °C pendant 15 à 30 minutes) Note de bas de page 20.

SURVIE À L'EXTÉRIEUR DE L'HÔTE : Les spores peuvent survivre dans le sol, les crevasses, les aliments, la végétation en décomposition, les sédiments marins et les cavités internes de même qu’en anaérobiose dans les carcasses animales et les matières fécales ainsi que dans les roulés à la viande et les aliments cuits et déshydratés en général Note de bas de page 2,Note de bas de page 3.

SECTION V - PREMIERS SOINS ET ASPECTS MÉDICAUX

SURVEILLANCE : Le diagnostic est principalement fondé sur les signes cliniques Note de bas de page 1.

Intoxication alimentaire : Le diagnostic repose sur : 1) la culture et la caractérisation de la bactérie, y compris sur la coloration de Gram, 2) l’amplification par PCR du gène codant pour l’entérotoxine (CPE), comme sa présence est associée à la production de la toxine et 3) la mise en évidence de la toxine CPE dans les selles par un test de détection de la toxine, un test sur culture cellulaire, un test ELISA ou un test d’agglutination au latex RPLA (reverse‑phase latex agglutination) Note de bas de page 5.

Entérite nécrosante : Le diagnostic repose sur la coloration de Gram des échantillons provenant de patients symptomatiques et sur la culture et la caractérisation de la bactérie. Il est aussi possible de confirmer le sérotype par analyse PCR des gènes cpa et cpb, qui codent pour les toxines a‑ et b‑, respectivement Note de bas de page 5.

Gangrène gazeuse/cellulite à Clostridium : Le diagnostic repose sur la coloration de Gram du frottis de plaie obtenu chez des patients symptomatiques, effectuée à la recherche de chaînettes courtes de gros et larges bacilles Gram positif aux extrémités arrondies Note de bas de page 5.

Remarque : Les méthodes de diagnostic ne sont pas nécessairement disponibles dans tous les pays.

PREMIERS SOINS ET TRAITEMENT :

Intoxication alimentaire : L’affection étant spontanément résolutive, sa prise en charge repose principalement sur les soins de soutien; la résection intestinale pourrait être nécessaire chez les patients très gravement atteintsNote de bas de page 4 .

Gangrène gazeuse : Le traitement consiste principalement en l’excision des tissus dévitalisés et en l’administration d’une antibiothérapie associant la pénicilline et la clindamycine ou la tétracycline, qui présenteraient la meilleure efficacité selon les modèles animaux Note de bas de page 1,Note de bas de page 3,Note de bas de page 11,Note de bas de page 21. Les études in vitro ont mis en évidence une efficacité du chloramphénicol, du métronidazole et de plusieurs céphalosporines contre C. perfringens Note de bas de page 21. Des résultats concluants de l’oxygénation hyperbare en tant que traitement d’appoint ont aussi été signalés dans quelques cas Note de bas de page 3.

Cellulite à Clostridium : Débridement chirurgical des tissus et antibiothérapie par pénicilline ou clindamycine. En cas de résistance à la clindamycine, des antibiotiques de deuxième ligne comme la vancomycine peuvent être administrés Note de bas de page 16.

IMMUNISATION : La vaccination contre la toxine CPB, qui est produite par C. perfringens de type C et qui cause l’entérite nécrosante, a été associée à une diminution de l’incidence de l’affection en Nouvelle‑Guinée Note de bas de page 4,Note de bas de page 5.

PROPHYLAXIE : Aucune.

SECTION VI - DANGERS POUR LE PERSONNEL DE LABORATOIRE

INFECTIONS CONTRACTÉES AU LABORATOIRE : Aucun cas n’a jusqu’à présent été signalé.

SOURCES ET ÉCHANTILLONS : Selles humaines, aliment suspect en cas d’intoxication alimentaire, sang, contenu de la lumière intestinale ou prélèvement tissulaire intestinal (région atteinte) en cas d’entérite nécrosante, exsudat de plaie Note de bas de page 5.

DANGERS PRIMAIRES : Ingestion accidentelle de l’entérotoxine, contact direct entre une plaie ouverte ou une lésion et le pathogène, inoculation parentérale accidentelle de la toxine Note de bas de page 5.

DANGERS PARTICULIERS : Aucun.

SECTION VII - CONTRÔLE DE L'EXPOSITION ET PROTECTION PERSONNELLE

CLASSIFICATION PAR GROUPE DE RISQUE : Groupe de risque 2 Note de bas de page 22. Le groupe de risque correspond à l’espèce dans son ensemble et peut ne pas s’appliquer à chaque souche.

EXIGENCES DE CONFINEMENT : Installations, équipement et pratiques opérationnelles de niveau de confinement 2 pour le travail avec des matières, cultures ou animaux infectieux ou potentiellement infectieux. Ces exigences de confinement s’appliquent à l’espèce dans son ensemble et peuvent ne pas s’appliquer à chaque souche de l’espèce.

VÊTEMENTS DE PROTECTION : Sarrau. Gants, lorsqu’un contact direct de la peau avec des matières infectées ou des animaux est inévitable. Une protection pour les yeux doit être utilisée lorsqu’il y a un risque connu ou potentiel d’éclaboussure Note de bas de page 23.

AUTRES PRÉCAUTIONS : Toutes les procédures pouvant produire des aérosols ou mettant en cause des concentrations ou des quantités élevées doivent s’effectuer dans une enceinte de sécurité biologique (ESB). L’utilisation d’aiguilles, de seringues et d’autres objets tranchants doit être strictement restreinte. Des précautions supplémentaires doivent être envisagées pour les activités avec des animaux ou à grande échelle Note de bas de page 23.

SECTION VIII - MANUTENTION ET ENTREPOSAGE

DÉVERSEMENTS : Laisser les aérosols se déposer et, tout en portant des vêtements de protection, couvrir délicatement le déversement avec des essuie‑tout et appliquer un désinfectant approprié, en commençant par le périmètre et en se rapprochant du centre. Laisser agir suffisamment longtemps avant de nettoyer Note de bas de page 23.

ÉLIMINATION : Décontaminer les matières à éliminer qui contiennent l’agent infectieux ou sont venues en contact avec celui‑ci par autoclavage, désinfection chimique, irradiation gamma ou incinération Note de bas de page 23.

ENTREPOSAGE : L’agent infectieux devrait être conservé dans des contenants étanches dûment étiquetés de façon appropriée Note de bas de page 23.

SECTION IX - RENSEIGNEMENTS SUR LA RÉGLEMENTATION ET AUTRES

INFORMATION SUR LA RÉGLEMENTATION : L’importation, le transport et l’utilisation de pathogènes au Canada sont régis par de nombreux organismes de réglementation, dont l’Agence de la santé publique du Canada, Santé Canada, l’Agence canadienne d’inspection des aliments, Environnement Canada et Transports Canada. Il incombe aux utilisateurs de veiller à respecter tous les règlements et toutes les lois, directives et normes applicables.

DERNIÈRE MISE À JOUR : Décembre 2011

PRÉPARÉE PAR : Direction de la règlementation des agents pathogènes, agence de la santé publique du Canada.

Bien que les renseignements, opinions et recommandations présentés dans cette Fiche de renseignements proviennent de sources que nous jugeons fiables, nous ne nous rendons pas responsables de leur justesse, de leur caractère exhaustif ou de leur fiabilité, ni des pertes ou blessures pouvant résulter de l’utilisation de ces renseignements. Comme on découvre fréquemment de nouveaux dangers, il est possible que ces renseignements ne soient pas tout à fait à jour.

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