Fiche Technique Santé-Sécurité : Agents Pathogènes – Virus d'Epstein-Barr

FICHE TECHNIQUE SANTÉ-SÉCURITÉ: AGENTS PATHOGÈNES

SECTION I - AGENT INFECTIEUX

NOM: Virus d'Epstein-Barr

SYNONYME OU RENVOI: Virus herpétique humain 4 (VHH4); EBV, mononucléose infectieuse (MNI), fièvre glandulaire, lymphome de Burkitt (LB), carcinome nasopharyngé (CNP)(1,2)

CARACTÉRISTIQUES: Le virus d'Epstein-Barr appartient au genre Lymphocryptovirus de la sous-famille des Gammaherpesvirinae de la famille des Herpesviridae(1,2). Il est constitué d'un génome formé d'un ADN de 172 kb à double brin enfermé dans une capside icosaédrique entourée d'une enveloppe riche en phospholipides(1,3). Le virus d'Epstein-Barr peut être cultivé dans des lignées cellulaires lymphoblastoïdes(4). Le virus peut infecter les lymphocytes B et les cellules épithéliales(1,3,4).

SECTION II - DÉTERMINATION DU RISQUE

PATHOGÉNICITÉ ET TOXICITÉ: La plupart des infections à VEB sont acquises pendant l'enfance et sont asymptomatiques(1,5). Lorsqu'il y en a, les symptômes ne peuvent être distingués de ceux d'autres syndromes viraux aigus. Bon nombre de maladies bénignes et malignes ont toutefois été associées au virus d'Epstein-Barr chez des patients immunocompétents et chez des patients immunodéprimés(1-9).

Maladies chez des hôtes immunocompétents

Mononucléose infectieuse (MNI): La MNI est une maladie fébrile aiguë et autolimitante affectant les jeunes adultes et caractérisée par une fièvre, un mal de gorge, des malaises abdominaux, une pharyngite, une amygdalite, une lymphadénopathie généralisée avec douleur au toucher, des pétéchies palatales et un œdème périorbital(1). Certains patients présentent aussi des éruptions maculopapulaires, une splénomégalie, une hépatomégalie et une jaunisse. Des éruptions cutanées sont presque toujours présentes chez les patients qui ont reçu de l'ampicilline ou de l'amoxicilline(1,5,9). La maladie dure habituellement de 1 à 4 semaines; cela dit, certains patients présentent une maladie ou une fatigue s'étalant sur une période pouvant aller jusqu'à un an(1). De nombreuses complications, dont l'anémie hémolytique auto-immune, la rupture splénique, la lymphohistiocytose hémophagocytique et des complications neurologiques, ont aussi été associées à la mononucléose infectieuse(1,5).

Lymphome de Burkitt: Le lymphome de Burkitt peut être endémique, sporadique ou associé à une immunodéficience(3). Ce lymphome survient en raison d'une infection précoce par le VEB qui atteint les lymphocytes B(4,8). Le lymphome de Burkitt endémique touche souvent les os faciaux, particulièrement la mâchoire, le maxillaire et les os orbitaux chez les jeunes enfants(8). La version sporadique du lymphome de Burkitt survient dans les tissus lymphoídes du tube digestif et des voies respiratoires supérieures(8).

Parmi les autres maladies malignes survenant chez les personnes immunocompétentes, citons les lymphomes à cellules B ou T et les carcinomes épithéliaux ou mésenchymateux comme la maladie de Hodgkin classique et le carcinome nasopharyngé(6,7,10).

Maladies chez les hôtes immunodéprimés: Chez les patients atteints du sida ou immunodéprimés, de nombreuses maladies associées au VEB peuvent survenir, comme une leucoplasie chevelue, une pneumonie lymphocytique interstitielle, un lymphome à cellules B ou T et un lymphome mésenchymateux (p. ex. un léiomyosarcome)(1-4,7). Chez les receveurs de greffe, des maladies lymphoprolifératives précoces ou tardives sont souvent causées par le VEB.

ÉPIDÉMIOLOGIE: Les infections à VEB ont une prévalence plutôt élevée, touchant plus de 90 % des personnes durant les vingt premières années de leur vie dans le monde entier(3). Dans les pays en voie de développement, les infections primaires surviennent principalement chez les jeunes enfants et sont souvent asymptomatiques(3,9). Dans les pays industrialisés, les infections primaires à VEB se manifestent surtout sous forme de mononucléose infectieuse, et touchent les adolescents et les jeunes adultes(3,9). Le lymphome de Burkitt endémique est souvent noté chez les jeunes enfants des régions équatoriales de l'Afrique et de la Papouasie-Nouvelle-Guinée; son taux d'incidence est de 50 à 100 cas pour 1 000 000 de personnes(7). En revanche, le lymphome sporadique associé au VEB survient chez les enfants et les jeunes adultes et n'a pas de distribution géographique particulière; son taux d'incidence est de 2 ou 3 cas pour 1 000 000 de personnes(7). Le virus est à l'origine de 40 et 50 % des cas de lymphome non hodgkinien chez les enfants et de 1 à 2 % des lymphomes chez l'adulte en Europe occidentale et aux États-Unis(8). Le lymphome de Burkitt endémique est associé à presque 100 % au VEB, alors que l'association du lymphome de Burkitt sporadique avec le virus est faible (15 à 30 % des cas)(7). Le carcinome nasopharyngé (CNP) se manifeste surtout dans le sud de la Chine, et représente environ 20 % des cas de cancer chez l'adulte(6). Il est extrêmement rare en Europe et en Amérique du Nord, son taux d'incidence étant de < 1 pour 100 000 personnes(6).

GAMME D'HÔTES: Humains.

DOSE INFECTIEUSE: Inconnue.

MODE DE TRANSMISSION: Dans le cas de la mononucléose infectieuse, la transmission se fait surtout par contact sexuel ou par contact avec la salive de personnes infectées (voie orale)(1,2, 9). Une transmission par transfusion de sang est possible (mais ne représente pas une voie importante)(1,9). Dans le cas du lymphome de Burkitt, la transmission du VEB survient tôt dans la vie par la salive, et le lymphome apparaît plus tard après un épisode de paludisme. Le VIH-sida est aussi un cofacteur potentiel(11).

PÉRIODE D'INCUBATION: Dans le cas de la MNI, la période d'incubation est de 30 à 50 jours(5,9). Pour le LB, la période d'incubation est plus longue, allant de 4,7 à 9,2 ans(12,13).

TRANSMISSIBILITÉ: L'infection virale est contractée après des contacts répétés avec la personne infectée ou avec une personne asymptomatique excrétant le virus(4). L'excrétion diminue pendant l'année suivant l'infection, mais persiste toute la vie(14). Les pics de transmission surviennent entre les âges de 1 à 6 ans et de 14 à 20 ans, et plus de 95 % des adultes sont des porteurs asymptomatiques du virus(15).

SECTION III-DISSÉMINATION

RÉSERVOIR: Les humains symptomatiques excrètent le virus(4).

ZOONOSE: Aucune.

VECTEURS: Aucun.

SECTION IV - VIABILITÉ ET STABILITÉ

SENSIBILITÉ AUX MÉDICAMENTS: Les analogues nucléosidiques comme l'acyclovir, le ganciclovir et le famciclovir, et les analogues du pyrophosphate, comme le foscarnet, peuvent inhiber la réplication virale(1,4).

SENSIBILITÉ AUX DÉSINFECTANTS: La plupart des virus herpétiques sont sensibles à l'éthanol à 30 % et à l'isopropanol à 20 %, à l'hypochlorite de sodium à 200 ppm, au biphényl-2-ol à 0,12 % et au glutaraldéhyde à 0,04 %(16).

INACTIVATION PHYSIQUE: Les virus herpétiques peuvent être inactivés par chauffage en solution à 60 à 80 °C, par cryodessiccation et par chauffage à 100 °C pendant 30 minutes(10).

SURVIE À L'EXTÉRIEUR DE L'HÔTE: Reste à déterminer.

SECTION V - PREMIERS SOINS ET ASPECTS MÉDICAUX

SURVEILLANCE: Surveiller les symptômes cliniques(4). On peut procéder à la détection directe de l'antigène viral EBNA 1 par coloration par immunofluorescence anti-complément; on peut identifier l'ARN ou l'ADN viral par hybridation in situ, hybridation sur tache, test d'amplification des acides nucléiques (TAAN) et transfert de Southern(1). On peut aussi avoir recours aux tests de dépistage des anticorps hétérophiles pour la mononucléose, au dépistage des anticorps anti-VCA (antigènes des capsides virales), et au dépistage des anticorps anti-EBNA (antigènes nucléaires du VEB)(1,2,4).

Remarque: Les méthodes de diagnostic ne sont pas nécessairement toutes disponibles dans tous les pays.

PREMIERS SOINS ET TRAITEMENT: Le traitement de la mononucléose infectieuse est surtout de type palliatif (4). La réplication virale peut être inhibée par la prise d'analogues nucléosidiques qui pourront réduire ou éliminer l'excrétion virale, mais ceux-ci n'auront aucun effet sur les symptômes(1,4). L'obstruction des voies respiratoires est traitée par une dose élevée de corticostéroídes et par la pose d'une canule nasopharyngée(1,4,9). Un traitement par interféron gamma s'est révélé efficace chez les patients présentant une carence en cet interféron(1). Les maladies lymphoprolifératives associées au VEB peuvent être traitées par anticorps monoclonaux anti-CD20 et par lymphocytes T cytotoxiques spécifiques du VEB ainsi que par des agents antiviraux(1).

IMMUNISATION: Aucun vaccin approuvé n'est disponible pour prévenir l'infection par le virus d'Epstein-Barr; cela dit, un vaccin contenant la glycoprotéine gp340 fait actuellement l'objet d'essais cliniques(1).

PROPHYLAXIE: Aucune.

SECTION VI - DANGERS POUR LE PERSONNEL DE LABORATOIRE

INFECTIONS CONTRACTÉES AU LABORATOIRE: Faible risque d'infection acquise en laboratoire(17). Aucun cas d'infection acquise en laboratoire n'est signalé dans la littérature.

SOURCES ET ÉCHANTILLONS: Échantillons cliniques - sang, salive et tissus de la gorge(1, 4).

DANGERS PRIMAIRES: Les risques associés aux virus herpétiques sont l'ingestion, l'inoculation parentérale accidentelle, l'exposition directe des muqueuses oculaires, nasales ou buccales, ou l'inhalation de matières aérosolisées(17).

DANGERS PARTICULIERS: Aucun.

SECTION VII - CONTRÔLE DE L'EXPOSITION ET PROTECTION PERSONNELLE

CLASSIFICATION DU GROUPE DE RISQUE: Groupe de risque 2(18).

EXIGENCES DE CONFINEMENT: Installations, équipement et pratiques opérationnelles de niveau de confinement 2 pour le travail avec des matières, cultures ou animaux infectieux ou potentiellement infectieux(19).

VÊTEMENTS DE PROTECTION: Sarrau. Gants, lorsqu'un contact direct de la peau avec des matières infectées ou des animaux est inévitable. Une protection pour les yeux doit être utilisée lorsqu'il y a un risque connu ou potentiel d'éclaboussure.

AUTRES PRÉCAUTIONS: Toutes les procédures pouvant produire des aérosols ou mettant en cause des concentrations ou des quantités élevées doivent s'effectuer dans une enceinte de sécurité biologique (ESB). L'utilisation d'aiguilles, de seringues et d'autres objets tranchants doit être strictement restreinte. Des précautions supplémentaires doivent être envisagées pour les activités avec des animaux ou à grande échelle(18).

SECTION VIII - MANUTENTION ET ENTREPOSAGE

DÉVERSEMENTS: Laisser les aérosols se déposer et, tout en portant des vêtements de protection, couvrir délicatement le déversement avec des essuie-tout et appliquer un désinfectant approprié, en commençant par le périmètre et en se rapprochant du centre. Laisser agir suffisamment longtemps avant de nettoyer.

ÉLIMINATION: Tous les déchets doivent être décontaminés avant leur mise au rebut par stérilisation à la vapeur, incinération ou désinfection chimique.

ENTREPOSAGE: L'agent infectieux doit être conservé dans un contenant scellé et clairement étiqueté.

SECTION IX - RENSEIGNEMENTS SUR LA RÉGLEMENTATION ET AUTRES

INFORMATION SUR LA RÉGLEMENTATION: L'importation, le transport et l'utilisation de pathogènes au Canada sont régis par de nombreux organismes de réglementation, dont l'Agence de la santé publique du Canada, Santé Canada, l'Agence canadienne d'inspection des aliments, Environnement Canada et Transports Canada. Il incombe aux utilisateurs de veiller à respecter tous les règlements et toutes les lois, directives et normes applicables.

DERNIÈRE MISE À JOUR: Octobre 2010.

PRÉPARÉE PAR: Direction de la règlementation des agents pathogènes, agence de la santé publique du Canada.

Bien que les renseignements, opinions et recommandations présentés dans cette Fiche de renseignements proviennent de sources que nous jugeons fiables, nous ne nous rendons pas responsables de leur justesse, de leur caractère exhaustif ou de leur fiabilité, ni des pertes ou blessures pouvant résulter de l'utilisation de ces renseignements. Comme on découvre fréquemment de nouveaux dangers, il est possible que ces renseignements ne soient pas tout à fait à jour.

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Canada

RÉFÉRENCES:

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