Chapitre 1 – Introduction : Recommandations canadienne pour la prévention et le traitement du paludisme (malaria)

Une déclaration d'un comité consultatif (DCC) du
Comité consultatif de la médecine tropicale et de la médecine des voyages (CCMTMV)

Préambule

Le Comité consultatif de la médecine tropicale et de la médecine des voyages (CCMTMV) donne de façon continue à l'Agence de la santé publique du Canada (ASPC) des conseils opportuns de nature médicale, scientifique et sanitaire concernant les maladies infectieuses tropicales et les risques pour la santé associés aux voyages internationaux. L'ASPC reconnaît que les recommandations et les conseils formulés dans cette déclaration reposent sur les meilleures pratiques médicales et connaissances scientifiques actuellement accessibles et les diffuse dans le but d'informer les voyageurs ainsi que les professionnels de la santé qui sont appelés à leur prodiguer des soins.

Les personnes qui administrent ou utilisent des médicaments, des vaccins ou d'autres produits devraient bien connaître la monographie des produits, ainsi que toute autre norme ou instruction approuvée concernant leur usage. Les recommandations relatives à l'usage des produits et les autres renseignements présentés ici peuvent différer de ceux qui figurent dans la monographie ou toute autre norme ou instruction approuvée pertinente établie par les fabricants autorisés. Les fabricants font approuver leurs produits et démontrent l'innocuité et l'efficacité de ceux-ci uniquement lorsque ces produits sont utilisés conformément à la monographie ou à toute autre norme ou instruction approuvée semblable.

Chapitre 1 : Introduction

Le paludisme est une maladie infectieuse courante et grave causée par cinq différentes espèces de Plasmodium, dont le Plasmodium falciparum, le Plasmodium vivax, le Plasmodium ovale, le Plasmodium malariae et le Plasmodium knowlesi. Le paludisme est transmis par la morsure d'un moustique anophèle femelle infecté. Il est rare que la maladie soit transmise par transfusion sanguineNotes de bas de page 1, le partage d'aiguilles, ou de la mère au fœtusNotes de bas de page 2.

Les symptômes typiques de la maladie sont la fièvre et des symptômes semblables à ceux de la grippe, tels que la myalgie, les maux de tête, les douleurs abdominales et un malaise généralisé. Des raideurs et des frissons sont souvent observés. Les épisodes de fièvre périodiques ou en alternance décrites ci-haut, sont, en fait, souvent inexistants.

Les symptômes du paludisme ne sont pas spécifiques, et le diagnostic ne peut être confirmé sans examen microscopique de frottis sanguin ni sans test de dépistage des antigènes (test de diagnostic rapide).

Les décès causés par le paludisme sont souvent attribuables aux retards dans le diagnostic et le traitement de l'infectionNotes de bas de page 3; Notes de bas de page 4. Bien que les infections à P. falciparum sont associées aux taux de mortalité les plus élevés, toutes les espèces peuvent provoquer une maladie grave. La majorité des décès causés par le paludisme peut être évitée.

La résistance répandue de P. falciparum à la chloroquine a eu pour effet de compliquer la prévention et le traitement du paludisme. Des souches de parasites pharmacorésistantes sont maintenant courantes dans plusieurs régions du monde.

D'après l'Organisation mondiale de la Santé (OMS), environ 3,3 milliards de personnes dans le monde couraient en 2010 un risque de paludisme. On a ainsi enregistré environ 219 millions de cas, dont 80 % se trouvaient dans 17 pays et approximativement 40 % en Inde, au Nigeria et en République démocratique du CongoNotes de bas de page 4. La même année, quelque 660 000 décès dus à cette maladie ont été enregistrés, dont environ 80 % se trouvaient dans 14 paysNotes de bas de page 4. La Figure 1 présente les tendances dans l'incidence signalée du paludisme entre 2000 à 2011.

L'un des objectifs en matière de santé du Millénaire pour le développement (OMD) des Nations Unies est de mettre fin à la propagation du paludisme d'ici 2015 et de commencer à inverser la tendanceNotes de bas de page 5. Un rapport récent produit dans le cadre des objectifs de l'OMD révèle que, entre 2000 et 2009, le nombre de décès dus au paludisme à l'échelle mondiale a diminué d'environ 20 % grâce à des interventions cruciales utilisant des outils efficaces pour la prévention et le traitement de la maladie. Les efforts, qui ont été concentrés sur l'Afrique subsaharienne, ont permis de réduire le nombre de cas confirmés de paludisme et de décès dus à la maladie de 50 % dans 11 pays africains depuis 2000Notes de bas de page 5.

Le Système de surveillance des maladies à déclaration obligatoire (SSMDO) du Canada est un système de surveillance passive coordonné par l'Agence de la santé publique du Canada (l'Agence) qui sert à suivre de près plus de 40 maladies infectieuses à déclaration obligatoire à l'échelle du pays. La déclaration des cas par les provinces et les territoires à l'échelle fédérale se fait sur une base volontaire et les cas s'appuient sur des définitions de surveillance préétablies. De 2001 à 2011, 4 254 cas de paludisme ont été diagnostiqués et déclarés au SSMDO. De 2009 à 2011, 18,3 % des 1 387 cas déclarés étaient des jeunes âgés de 19 ans et moins (D. Taylor, données inédites, 2013).

De 2006 à 2010, 7 542 cas de paludisme ont été déclarés au Centers for Disease Control and Prevention des États-Unis (moyenne annuelle : 1 508 cas; écart des valeurs : de 1 298 à 1 691 cas). Les enfants (< 18 ans) représentaient 19 % de ces cas (1 418) et 360 (5 %) étaient âgés de 4 ans ou moins (K Cullen et P Arguin, données inédites 2012).

En 2009, 35 % des voyageurs canadiens qui sont partis pour une destination autre que les États- Unis ont visité un pays où il existait un risque de contracter le paludisme, ce qui représente une augmentation de 131 % par rapport à 2000Notes de bas de page 4; Notes de bas de page 6. On retrouve 94 cas de paludisme diagnostiqués parmi les voyageurs canadiens de retour au pays qui se sont présentés à l'un des cinq sites canadiens du réseau de surveillance GeoSentinel, de septembre 2009 à septembre 2011; 60 % de ces cas étaient causés par le P. falciparumNotes de bas de page 7.

Figure 1 : Carte indiquant les tendances dans l'incidence signalée du paludisme, 2000–2011Figure 1 note *
Tendances dans l’incidence du paludisme. L’équivalent textuel suit.
Figure 1 – Équivalent textuel
  • Tendances dans l’incidence du paludisme
    • Non applicable ou exempt de paludisme
    • Sur la bonne voie pour une réduction de 75 % de l’incidence (2000-2015)
    • Réduction de 50 à 75 % dans l’incidence prévue (2000-2015)
    • Réduction <50 % dans l’incidence prévue (2000-2015)
    • Augmentation de l’incidence (2000-2011)
    • Manque de données cohérentes
Figure 1 note *

Carte présentée uniquement à titre d'aide visuelle. Voir l'annexe I pour les recommandations propres à chaque pays. Reproduit avec la permission de l'OMS, 2013Notes de bas de page 8.

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Le Réseau canadien sur le paludisme (RCP), en collaboration avec l'Agence et le Programme d'accès spécial de Santé Canada, maintien des stocks d'artésunate et de quinine injectables dans de grands centres médicaux aux quatre coins du pays pour assurer un accès rapide à un traitement efficace contre des formes graves de paludisme. Voir l'annexe V pour de plus amples renseignements sur les sites du RCP.

Du mois d'août 2001 au mois d'août 2012, 195 cas de paludisme grave ou avec complications ont été diagnostiqués et déclarés au RCP. De ces 195 cas, 21.1 % étaient des jeunes âgés de 17 ans et moins, et on a présumé que 88.2 % d'entre eux avaient contracté la maladie en Afrique. Dans les cas où la raison des déplacements était connue, 25.1 % rendaient visite à des amis ou à de la parenté, 17.9 % étaient des immigrants, 14 % étaient en voyage d'affaires et 8 % étaient en vacances. Dans 62.6 % des cas, on a demandé de la quinine parentérale pour le traitement, dans 36.4 % des cas de l'artésunate et dans 1.0 % des cas les deux médicaments. La prise en charge de la maladie a été retardée. En effet, seulement 19.5 % des personnes atteintes se sont présentées à un établissement de soins de santé dans les 24 heures de l'apparition des symptômes et 43.8 % ont attendu plus de trois jours avant de solliciter des soins médicaux. Le diagnostic a été retardé de plus de 24 heures dans 33.5 % des casNotes de bas de page 9 (A McCarthy et J Geduld, comm. pers. 2012).

La quasi-totalité des décès dus au paludisme chez les voyageurs est attribuable à P. falciparum. Le taux de létalité global du paludisme à P. falciparum, une espèce importée, varie d'environ 1 % à 5 % et grimpe pour atteindre 20 % dans les cas graves, même lorsque la maladie est traitée dans une unité de soins intensifsNotes de bas de page 9; Notes de bas de page 10. La progression de l'infection asymptomatique à la maladie grave, avec complications, peut être fulgurante; le décès peut survenir en l'espace de 36 à 48 heures. Les facteurs déterminants pour la survie des patients sont un diagnostic précoce et un traitement approprié.

Références

Notes de bas de page 1

Slinger R, Giulivi A, Bodie-Collins M, Hindieh F, John RS, Sher G, et al. Transfusion-transmitted malaria in Canada. CMAJ 2001 Feb 6;164(3):377–9.

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Notes de bas de page 2

Davies HD, Keystone J, Lester ML, Gold R. Congenital malaria in infants of asymptomatic women. CMAJ 1992 May 15;146(10):1755–6.

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Notes de bas de page 3

Bell D, Wongsrichanalai C, Barnwell JW. Ensuring quality and access for malaria diagnosis: how can it be achieved? Nat Rev Microbiol 2006 Sep;4(9 Suppl):S7–20.

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Notes de bas de page 4

Organisation mondiale de la Santé. Rapport 2012 sur le paludisme dans le monde.

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Notes de bas de page 5

Groupe interinstitutions et d'experts sur les indicateurs relatifs aux objectifs du Millénaire pour le développement. Objectifs du Millénaire pour le développement, Rapport de 2011. New York : Nations Unies; 2011.

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Notes de bas de page 6

Geduld J, Bryson M, Straight-Caron T. Canadian Trends of International Travel and Risk of Malaria Exposure. 12th Conference of the International Society of Travel Medicine, May 8–12, 2011 Boston, U S 2011.

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Notes de bas de page 7

Boggild AK, Geduld J, Libman MMA, Doyle P, Ghesquiere W, Vincelette J, et al. Travel acquired infections and illnesses in Canadians: surveillance report from CanTravNet surveillance data, 2009–2011. 2012.

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Notes de bas de page 8

Organisation mondiale de la Santé. Trends in reported malaria incidence, 2000–2011. WHO publication: World Health Organization World Malaria Report 2012.

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Notes de bas de page 9

McCarthy AE, Plourde P, Kuhn S., Bodie M. Parenteral quinine for severe malaria: Five year surveillance data from the Canadian Malaria Network. 10th Conference of the International Society of Travel Medicine. 10th Conference of the International Society of Travel Medicine, [Abstract No. FC02.01]. 2007.

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Notes de bas de page 10

Murphy GS, Oldfield EC, III. Falciparum malaria. Infect Dis Clin North Am 1996 Dec;10(4):747–75.

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