ARCHIVÉ - Maladies chroniques au Canada

 

Volume 29 · Supplément 1 · 2010

Champs électriques et magnétiques de certaines fréquences

Anthony B. Miller et Lois M. Green

Les expositions aux champs électriques et magnétiques sont parmi les expositions les plus fréquentes auxquelles la population canadienne est confrontée. Les sources d’exposition aux champs électriques et magnétiques peuvent être professionnelles ou domestiques et incluent le fait de vivre ou de travailler à proximité de certains types d’équipements électriques et de lignes de transport ou de distribution et d’utiliser des appareils électriques. Les premières études réalisées chez les enfants ont montré une association assez constante entre les risques de leucémie et de cancer du cerveau et le fait de vivre à proximité des lignes de transport à haute tension.

Des études plus récentes – et des études qui ont tenté d’améliorer la mesure de l’exposition en utilisant des champs calculés et des mesures de champs ponctuelles ou avec moniteur individuel – ont donné des résultats contradictoires : certaines études laissaient entendre qu’il y avait un risque accru, mais d’autres non. Les études sur les expositions professionnelles ont évoqué la possibilité d’une augmentation du risque de leucémie et, dans une moindre mesure, de cancer du cerveau et de lymphome non hodgkinien. Toutefois, celles qui portaient sur les expositions domestiques et le cancer chez les adultes ont généralement conclu à l’absence d’effet. Les travaux de laboratoire ont été incapables de mettre en évidence de mécanisme biologique qui puisse expliquer les données épidémiologiques.

En dépit des efforts considérables déployés au cours des 20 dernières années, et des nombreuses analyses effectuées par des experts, il a été difficile d’arriver à un consensus concernant les effets cancérogènes des champs électriques et magnétiques. L’évaluation de l’exposition s’est révélée très difficile, et il a été impossible de s’entendre sur une mesure valide de l’exposition. Il est justifié de mettre en doute la valeur des mesures ponctuelles effectuées à l’intérieur des maisons en tant qu’indicateurs de l’exposition pertinente, car ces mesures ne tiennent pas compte des changements qui surviennent dans le temps, des pics d’exposition ou des champs qui fluctuent avec le temps. Néanmoins, il est probablement souhaitable de privilégier la prudence, en n’accordant pas trop de poids aux contradictions. Le CIRC considère les CEM comme des « cancérogènes possibles », catégorie qui s’applique lorsqu’il existe des preuves limitées de cancérogénicité chez les humains et des preuves insuffisantes tirées d’expériences sur des animaux. L’examen effectué par le CIRC a fait ressortir des preuves limitées de cancérogénicité des champs magnétiques de fréquence extrêmement basse, en relation avec la leucémie infantile, à un niveau d’exposition élevé en milieu résidentiel (intensité moyenne du champ magnétique résidentiel > 0,4 μT). Les niveaux d’exposition encore plus élevés en milieu professionnel peuvent accroître le risque de leucémie chez les adultes.

Introduction

Les expositions aux champs électriques et magnétiques (CEM) de fréquence extrêmement basse (ELF) font partie des expositions les plus répandues au rayonnement non ionisant auxquelles la population canadienne est confrontée. En 1979, certains auteurs ont avancé l’hypothèse que l’exposition domestique aux CEM de fréquence extrêmement basse pouvait accroître le risque de cancer chez les enfants1a. Depuis lors, de nombreux chercheurs ont étudié les relations éventuelles entre l’exposition à toute une gamme de sources de champs électriques et magnétiques et le cancer. Les lignes de transport (ligne à haute tension) et de distribution, de même que l’usage d’appareils électriques, font partie des sources de champs électriques et magnétiques considérées dans ces études. Des études ont été réalisées chez les enfants et les adultes de la population générale ainsi que chez les travailleurs qui étaient probablement fortement exposés à des champs électriques et/ou magnétiques. Les enfants peuvent également être exposés à l’école ou à la garderie.

Pour le grand public, ce sont les expositions domestiques qui semblent les plus importantes et c’est ce type d’exposition qui est le plus souvent pris en considération dans les études. Aussi, mettrons-nous l’accent sur les expositions domestiques étant la source principale des expositions environnementales. Cependant, étant donné que les expositions professionnelles sont généralement supérieures aux expositions domestiques, il pourrait être utile de prendre en considération les études sur les expositions professionnelles.

Considérations générales ayant trait l’évaluation de l’exposition

À la fréquence du réseau électrique ou fréquence du secteur (50 ou 60 Hertz), il n’existe aucune relation quantitative constante entre l’intensité du champ électrique et la densité du champ magnétique, et il est par conséquent nécessaire de mesurer ces composantes séparément. L’intensité du champ électrique est mesurée en volts par mètre (v/mètre) et dépend de la tension dans le circuit électrique. Les champs électriques peuvent être facilement perturbés et il est donc difficile d’obtenir des mesures stables et fiables des expositions personnelles aux champs électriques. La diminution d’intensité des champs électriques est si marquée que la pénétration de l’organisme est minime, mais ces champs produisent néanmoins des courants électriques dans l’organisme.

La densité du champ magnétique est une mesure de l’intensité du champ magnétique par unité de surface et elle est mesurée au moyen d’unités appelées tesla (T) ou gauss. Contrairement aux champs électriques, les champs magnétiques, à la fréquence du réseau électrique, pénètrent facilement l’organisme et, en général, il est difficile de s’en protéger. Toutefois, dans les milieux résidentiels, les champs électriques et magnétiques varient dans le temps et dans l’espace, d’où la difficulté de mesurer l’exposition humaine.

La capacité des études épidémiologiques d’évaluer la relation entre le risque de cancer et l’exposition à des champs électriques et magnétiques dépend de la qualité de l’évaluation de l’exposition. En outre, dans des études cas-témoins menées en milieu résidentiel où les cas ont été déterminés de façon rétrospective, les mesures des champs électriques et magnétiques sont inévitablement effectuées après le diagnostic du cas et la période correspondante pour les témoins. S’il n’y a pas eu de changement majeur dans la distribution de l’électricité à la maison ou dans le temps passé par le sujet dans les diverses pièces de la maison et dans l’environnement extérieur, les mesures des expositions domestiques pourraient rendre compte de façon acceptable de l’exposition du sujet au cours de la période qui nous intéresse, c’est à dire la période propice pour l’induction du cancer. Toutefois, si le sujet a déménagé, les mesures effectuées dans la résidence actuelle pourraient être fort différentes des expositions pertinentes2a. Peu d’études cas-témoins ont réglé cette question de façon satisfaisante.

Des chercheurs ont tenté, de différentes manières, de développer des indices de l’exposition aux CEM de fréquence extrêmement basse qui visent à rendre compte de l’exposition à long terme. On ne sait pas au juste dans quelle mesure ces efforts ont été couronnés de succès. Il semblerait qu’au mieux ces indices ne correspondent qu’à un substitut de l’exposition ou à un facteur de confusion, dans le sens épidémiologique strict du terme. C’est notamment le cas des codes de câblage, qui seront abordés plus précisément ci-dessous3.

Pour ce qui est du milieu de travail, la question est encore plus complexe. Dans de nombreuses études, les chercheurs ont utilisé les titres d’emploi pour estimer l’exposition. Plus récemment, des grilles d’exposition professionnelle ont été élaborées et accompagnées de mesures pour certaines tâches spécifiques, dans le but de rendre compte de façon plus exacte des expositions réelles. Cependant, même avec cette estimation améliorée de l’exposition professionnelle, l’exposition totale du travailleur aux CEM de fréquence extrêmement basse n’est pas prise en compte. Dans ces études, on suppose implicitement que l’effet des expositions domestiques est faible et que seul le risque découlant de l’exposition professionnelle est estimé.

Ainsi, pour la majorité des études, il y a eu présence d’une erreur de classification. Dans la mesure où cette erreur de classification est non différentielle, les risques élevés représentent probablement une sous-estimation du risque réel. En l’absence d’un biais systématique, si les expositions aux CEM de fréquence extrêmement basse sont effectivement cancérogènes, il est probable que plus la précision des mesures des CEM de fréquence extrêmement basse sera grande, plus les risques relatifs estimés, liés aux expositions à ces CEM, augmenteront. Cependant, si la proportion de l’incidence du cancer attribuable aux CEM de fréquence extrêmement basse est faible et que le risque n’est détectable qu’à des expositions relativement élevées, une étude dans laquelle la proportion de la population étudiée qui est exposée à des niveaux élevés de CEM de fréquence extrêmement basse est faible ne montrerait vraisemblablement aucune association, quelle que soit la précision des mesures des CEM de fréquence extrêmement basse.

Les premières études sur l’exposition aux CEM de fréquence extrêmement basse et le cancer avaient recours à des méthodes indirectes d’évaluation de l’exposition. Les chercheurs estimaient l’exposition soit en catégorisant le type de câblage électrique de la maison (codes de câblage), soit par des mesures ponctuelles (habituellement des champs magnétiques), à l’intérieur des pièces le plus souvent utilisées par les sujets. L’existence de moniteurs individuels pouvant être portés par une personne a considérablement facilité l’évaluation de l’exposition individuelle, tant aux champs magnétiques que, dans certains cas, aux champs électriques. Au Canada, l’Hydro Québec a travaillé au développement d’un appareil de ce type. L’appareil a ensuite été adapté et vendu commercialement sous le nom de moniteur PositronMC, utilisé dans une étude franco-canadienne sur les travailleurs des services d’électricité4a,5a ainsi que dans trois études cas-témoins sur le cancer et/ou la leucémie infantile6a-8a.

La détermination de la mesure la plus utile de l’exposition a été entravée par l’absence d’un modèle biologique expliquant le rôle des CEM de fréquence extrêmement basse dans la cancérogenèse. Certains chercheurs ont évoqué la possibilité que ces CEM agissent comme promoteur. Chez les adultes, la durée de l’intervalle de latence du cancer peut être extrêmement longue, de sorte que, pour les expositions domestiques, il ne serait pas pratique de tenter d’effectuer une estimation fiable sur un grand nombre d’années. La même difficulté s’applique aux expositions professionnelles mais, dans ce cas, la tâche pourrait être plus simple que pour l’exposition domestique s’il est possible d’effectuer de bonnes estimations historiques de l’exposition. Quant aux cancers infantiles, la tâche est souvent plus facile étant donné que l’intervalle de latence doit être relativement bref.

La revue de la littérature qui suit examine les circonstances de l’exposition (domestique ou professionnelle) des sujets (enfants ou adultes) en accordant une attention particulière à la façon dont les CEM de fréquence extrêmement basse ont été mesurés. Les études sont présentées par ordre chronologique.

Études sur l’exposition domestique

Exposition domestique et cancer chez les enfants

Wertheimer et Leeper1b ont signalé une augmentation statistiquement significative, de deux à trois ordres de grandeur, de la mortalité due à la leucémie à Denver, au Colorado, chez les enfants qui habitaient à proximité de lignes avec configuration à haute intensité de courant. L’exposition aux champs magnétiques a été évaluée de façon indirecte à l’aide de ce qui est maintenant appelé le « code de câblage Wertheimer-Leeper ». Ce code correspond à une catégorisation de la configuration du câblage électrique à proximité des résidences selon le nombre de conducteurs et leur diamètre, l’emplacement des transformateurs et des prises de service ainsi que la distance séparant les conducteurs de l’habitation. Les chercheurs ont noté un risque accru de cancer chez les enfants qui vivaient dans des habitations ayant des configurations à haute intensité de courant. Certains facteurs, comme la classe sociale, la densité du trafic automobile et le type de milieu (urbain ou rural), qui, de l’avis des auteurs, pourraient être liés au risque de leucémie ou d’exposition à des champs magnétiques, ont été pris en compte.

Fulton et coll.9 ont tenté de reproduire l’étude de Wertheimer et Leeper1c au Rhode Island relativement à la leucémie infantile. Ils n’ont mis en évidence aucune association, mais selon certaines indications, il y avait des différences importantes dans la méthodologie utilisée pour mesurer les champs.

Des études subséquentes ont permis de raffiner le code de câblage en incluant des mesures plus complètes de la distance par rapport aux lignes de transport ou aux installations électriques et en tenant compte de l’intensité de courant des lignes. Les lignes de transport d’électricité doivent être situées à moins de 100 mètres pour que l’intensité de leurs CEM l’emporte sur celle des CEM générés à l’intérieur des habitations par le câblage et les appareils domestiques. Malheureusement, ces études n’ont pas utilisé des « sources » identiques de champs électriques et magnétiques à partir desquelles les distances ont été mesurées, ce qui rend les comparaisons difficiles.

Dans une étude cas-témoins des cancers infantiles en Suède, les chercheurs ont découvert que tous les cancers et les cancers du système nerveux étaient associés avec la proximité des lignes de transmission de 200 kV (kilovolts) et avec des mesures des champs magnétiques résidentiels supérieures à 0,3 µT (micro-Tesla)10a. Ils n’ont observé aucun excès de risque pour la leucémie infantile, mais un excès statistiquement significatif des cas de cancer du cerveau. Ils ont tenu compte de l’exposition aux CEM de fréquence extrêmement basse à la fois dans le domicile lors de la naissance et de celle au moment du diagnostic. Les témoins semblaient déménager moins souvent que les cas dans cette étude, mais il a été impossible d’évaluer comment ce facteur pourrait avoir biaisé les résultats, si tant est qu’il en fût ainsi. Les chercheurs ont évalué les expositions à des champs magnétiques d’après la distance par rapport aux conducteurs électriques et à partir des calculs des champs magnétiques émis par la source. Les facteurs de confusion possibles n’ont pas été pris en compte dans l’analyse de cette association.

Dans une étude cas-témoins sur les nouveaux cas de cancer infantile à Denver, au Colorado, Savitz et coll.11a ont introduit d’autres raffinements dans l’évaluation de l’exposition aux champs magnétiques en effectuant des mesures ponctuelles à l’intérieur du domicile de l’enfant, en plus du codage du câblage électrique. Les cas étaient des enfants diagnostiqués avant l’âge de 15 ans, tandis que les témoins, appariés selon l’âge et le sexe, avaient été choisis par composition téléphonique aléatoire. Soixante-dix pour cent des cas admissibles ont été interviewés (comparativement à 80 % des témoins admissibles) et on disposait des mesures des champs magnétiques pour seulement 36 % d’entre eux, tandis qu’on disposait de mesures semblables pour 74 % des témoins. Les codes de câblage dénotant des configurations à haute intensité de courant ont été corrélés avec des niveaux plus élevés de champs magnétiques à l’intérieur de la maison, et les codes de câblage associés à des champs magnétiques plus élevés étaient plus répandus dans les maisons des cas que dans celles des témoins. Les rapports de cotes pour tous les cancers, pour la leucémie et pour le cancer du cerveau montraient une association avec le code de câblage mais non avec les mesures directes des champs magnétiques à l’intérieur de la maison. Les auteurs ont avancé l’hypothèse que cette observation pourrait être imputable à la façon imprécise dont la mesure actuelle et ponctuelle permet de prédire l’exposition passée. Ils ont expliqué que les codes de câblage sont plus stables dans le temps et qu’ils pourraient donc « mieux rendre compte des niveaux historiques ». Les auteurs ont affirmé que la tendance à l’augmentation du risque avec l’exposition était plus claire dans le cas de la leucémie que pour les autres cancers infantiles.

Myers et coll.12 ont étudié les cancers infantiles dans le Yorkshire, en Angleterre, qui ont été diagnostiqués entre 1970 et 1979. Ils n’ont observé aucune association entre les cancers infantiles et la proximité de la résidence de l’enfant à la naissance avec les lignes aériennes de transport d’énergie. De plus, aucune relation n’a été observée avec l’exposition aux champs magnétiques, calculés d’après les cartes de réseau et les registres des charges. Peu d’habitations, aussi bien celles des cas que des témoins, avaient des niveaux de champs magnétiques calculés dépassant 0,01 µT.

London et coll.13a ont utilisé trois méthodes d’évaluation de l’exposition pour améliorer la mesure des CEM de fréquence extrêmement basse dans l’étude cas-témoins qu’ils ont réalisée sur la leucémie infantile dans le comté de Los Angeles, en Californie : des mesures en continu sur une période de 24 heures des champs magnétiques dans la chambre à coucher de l’enfant, des mesures ponctuelles des champs électriques et magnétiques et la configuration du câblage telle qu’elle a été définie par Wertheimer et Leeper1d. Les chercheurs ont observé un rapport de cotes (RC) élevé non significatif pour l’association entre les mesures des champs magnétiques sur une période de 24 heures et la leucémie (RC 1,69, intervalle de confiance [IC] à 95 % : 0,71-4,00) pour une exposition située dans le 90e à 100e percentile [0,268 µT ou plus]. Ils ont noté une association statistiquement significative (RC 2,15, IC à 95 % : 1,08-4,28) entre le risque de leucémie et l’exposition d’après la configuration à haute intensité de courant de Wertheimer-Leeper1e par rapport à la configuration à faible intensité de courant combinée à la configuration souterraine. Il n’a été possible d’obtenir des mesures des CEM de fréquence extrêmement basse que pour environ la moitié des cas admissibles, et les chercheurs n’ont pas tenu compte de biais possibles, comme la stabilité du lieu de résidence et les caractéristiques de l’habitation. S’il est vrai que l’association entre le risque de leucémie et le code de câblage était semblable à celle qui avait été signalée par Savitz et coll.11b, les mesures moyennes des champs magnétiques associées au code de câblage à Los Angeles étaient inférieures à celles observées à Denver. Ce facteur, allié à l’écart apparemment important et toujours inexpliqué entre les mesures continues sur une période de 24 heures et les mesures ponctuelles de l’étude de London et coll.13b, nous incite à nous interroger davantage sur la signification réelle des codes de câblage.

En Suède, Feychting et Ahlbom14a ont tenté d’améliorer les estimations des expositions historiques aux champs magnétiques lors du diagnostic en utilisant les données sur l’intensité de courant des lignes à haute tension. Avec cette estimation calculée de l’exposition aux champs magnétiques, des associations significatives avec le risque de leucémie ont été observées pour le niveau le plus élevé (0,3 µT) d’exposition (RC 3,8, IC à 95 % : 1,4-9,3). Ils ont également signalé des rapports de cotes élevés pour la leucémie chez les sujets vivant à moins de 50 mètres d’une ligne de transport d’électricité. Cependant, ils n’ont observé aucune association avec les expositions récentes, qu’elles soient mesurées ou calculées – ce qui correspond aux observations de Savitz et coll.11c et de London et coll.13c Les auteurs ont avancé que leurs champs historiques calculés étaient des facteurs de prédiction relativement fiables de l’exposition passée et ont indiqué que « l’absence d’une association avec les mesures ponctuelles concorde avec l’hypothèse selon laquelle les champs évalués par des mesures contemporaines effectuées sur de brèves périodes sont de mauvais prédicteurs de l’exposition passée ».

Au Danemark, Olsen et coll.15 ont signalé des associations significatives entre les principaux types de cancers infantiles tous confondus et l’exposition à des champs magnétiques > 0,4 µT générés par des lignes à haute tension.

Une analyse groupée de ces deux études a confirmé les observations de chacun des volets et montré un risque accru de leucémie infantile (RC 5,1, IC à 95 % : 2,1-12,6) en rapport avec des champs magnétiques > 0,5 µT16.

Dans une étude de cohorte menée en Finlande et portant sur le risque de cancer, Verkasalo et coll.17a n’ont trouvé aucune indication de risque accru de leucémie ou de tous les cancers confondus chez les enfants vivant à proximité de lignes à haute tension. Ils ont cependant noté un rapport de cotes élevé pour les tumeurs du système nerveux chez les garçons exposés à des champs magnétiques > 0,2 µT. Il faut toutefois interpréter ce résultat avec prudence en raison du petit nombre de sujets et du fait qu’un garçon avait trois tumeurs primitives du système nerveux.

Coghill et coll.18ont effectué une étude cas-témoins d’envergure restreinte sur la leucémie infantile en Angleterre (56 cas et 56 témoins) dans laquelle les cas ont été recrutés en grande partie par la publicité tandis que les témoins ont été choisis par les parents des cas. Les chercheurs ont mesuré les champs électriques et magnétiques dans la chambre à coucher de l’enfant. Ils n’ont trouvé aucune association avec l’exposition aux champs magnétiques, mais des estimations du risque pour des expositions à des champs électriques de 20 volts par mètre ou plus ont été associées à un risque relatif significativement plus élevé de 4,69 (IC à 95 % : 1,17-27,78).

Une étude cas-témoins de la leucémie infantile en Allemagne a été conçue de manière à permettre aux chercheurs de vérifier plusieurs hypothèses étiologiques19a. Les chercheurs ont découvert qu’il existait une association élevée mais non significative entre une forte exposition (> 0,2 µT) et le risque de développer une leucémie, d’après des mesures sur une période de 24 heures des champs magnétiques dans la chambre à coucher du domicile où avait vécu le plus longtemps l’enfant et des mesures ponctuelles dans les habitations où l’enfant avait vécu pendant plus un an avant le diagnostic. La conclusion d’un risque accru était basée uniquement sur quatre cas de leucémie et seulement 1,5 % de la population étudiée avait été exposée à des champs magnétiques > 0,2 µT19b.

Une étude cas-témoins nichée dans une cohorte qui avait pour objet d’évaluer la relation entre le risque de cancer chez les enfants et la proximité des lignes à haute tension en Norvège n’a permis d’observer aucune association pour la leucémie ou le cancer du cerveau en rapport avec le fait de vivre à moins de 50 mètres de ces lignes. Elle a cependant découvert un excès de risque pour les « autres sièges de cancer ». La petite taille de l’échantillon étudié a toutefois limité les conclusions qui pouvaient être tirées de cette étude20.

Une importante étude cas-témoins menée dans certains États du Midwest et du centre de la côte Atlantique des États-Unis a évalué le risque de leucémie aiguë lymphoblastique par rapport à divers types de mesures21a. Celles-ci englobaient la configuration du câblage et des mesures sur une période de 24 heures des champs magnétiques dans la chambre à coucher de l’enfant et des mesures ponctuelles des champs magnétiques dans trois à quatre autres pièces de la maison et juste à l’extérieur de la porte d’entrée du domicile de l’enfant. Les mesures couvraient 95 % de la période de référence définie pour 77 % des sujets. Des quartiles d’exposition aux champs magnétiques ont été définis a priori. Un peu plus de 200 cas ont été retenus en vue des analyses des moyennes pondérées dans le temps des champs magnétiques à l’intérieur de la maison, même si l’étude en comportait beaucoup plus, et 45 % de ces sujets étaient exposés à des champs magnétiques < 0,065 µT. La subdivision du quartile d’exposition supérieur a montré qu’un niveau d’exposition (0,40-0,49 µT) était associé à un risque significativement accru tant dans les analyses non appariées (RC 3,28, IC à 95 % : 1,15-9,89) que dans celles qui étaient appariées (RC 6,41, IC à 95 % : 1,30-31,73). Pour ce qui est du niveau d’exposition le plus élevé (> 0,5 µT), on n’a pas observé d’élévations semblables que ce soit pour les analyses non appariées (RC 1,41, IC à 95 % : 0,49-4,09) ou les analyses appariées (RC 1,01, IC à 95 % : 0,26-3,99). Les auteurs ont conclu que les données ne militaient pas en faveur d’une relation avec des expositions à des champs magnétiques mesurés et le risque de leucémie. Linet et coll.21b n’ont pas trouvé non plus de preuve d’une association entre la leucémie et le code de câblage. Les chercheurs ont eu recours à la composition téléphonique aléatoire pour choisir les sujets témoins d’après les huit premiers chiffres du numéro de téléphone. Selon la répartition des numéros de téléphone dans la région choisie, il est possible que cet appariement par quartier, et donc potentiellement par code de câblage, constitue un appariement excessif et réduit la capacité d’observer une association éventuelle avec le code de câblage.

Une étude de cohorte menée à Taiwan chez des enfants âgés de moins de 15 ans lors du diagnostic a mis en lumière un risque élevé de leucémie (rapport d’incidence standardisé (RIS) 2,43, IC à 95 % : 0,98-5,01) pour ceux qui vivaient à moins de 100 mètres de lignes à haute tension. Le risque était plus marqué et atteignait le seuil de signification statistique (RIS 4,70, IC à 95 % : 1,3-12,1) chez les enfants qui étaient âgés de cinq à neuf ans au moment du diagnostic22.

Dockerty et coll.6b ont présenté les résultats d’une étude sur l’exposition aux champs électromagnétiques et les cancers infantiles en Nouvelle-Zélande. Pour les cas de leucémie et les témoins, les chercheurs ont utilisé des moniteurs PositronMC dans une position fixe pour estimer l’exposition de l’enfant aux champs électriques et magnétiques dans la chambre à coucher de l’enfant et dans la pièce qui était utilisée le plus souvent par ce dernier durant la journée deux ans avant son diagnostic. Pour les 40 paires de cas de leucémie et de témoins qui vivaient dans les maisons ayant fait l’objet d’une évaluation avec le moniteur, le rapport de cotes pour une exposition > 0,2 µT dans la chambre à coucher d’un enfant était de 15,5 (IC à 95 % : 1,1-224) (basé sur cinq cas et un témoin), tandis que celui pour une exposition comparable dans la pièce utilisée pendant la journée s’établissait à 5,2 (IC à 95 % : 0,9-30,8) (basé sur sept cas et trois témoins). Aucune association n’a été observée pour les tertiles d’exposition. Les données semblaient évoquer la possibilité d’un risque élevé pour les catégories d’exposition aux champs électriques les plus élevés, mais tous les bornes inférieures des IC étaient inférieures à 1.

Dockerty et coll.23 ont été incités à réanalyser leurs données en utilisant une combinaison de mesures et différentes valeurs seuils pour faciliter les comparaisons avec l’importante étude cas-témoins britannique sur la leucémie infantile24a. Seulement 40 paires de cas-témoins avaient des mesures qui pouvaient éventuellement avoir un rapport avec la période au cours de laquelle la maladie se serait développée. La nouvelle analyse des moyennes pondérées dans le temps des mesures des champs magnétiques dans la chambre à coucher de l’enfant et la salle de séjour a révélé une association non significative entre un risque accru de leucémie (RC 3,3, IC à 95 % : 0,5-23,7) et des expositions de 0,2 µT ou plus, après ajustement pour tenir compte des variables de confusion potentielles. Il est difficile d’interpréter cette analyse en raison du nombre restreint de sujets, du manque de détails concernant l’évaluation de l’exposition et des différences entre les méthodes utilisées dans cette étude et dans celle du Royaume-Uni.

Une étude menée en Colombie-Britannique, en Alberta, en Saskatchewan, au Manitoba et à Montréal, au Québec, pour évaluer le risque de leucémie chez l’enfant a eu recours au monitorage individuel pour évaluer l’exposition8b. Dans cette étude qui portait sur 399 paires cas-témoins, l’évaluation de l’exposition englobait une mesure individuelle de l’exposition aux CEM de fréquence extrêmement basse pendant 48 heures, le code de câblage et les mesures des champs magnétiques dans le domicile des sujets à partir de la date de la conception jusqu’à la date du diagnostic ou de la période correspondante pour les témoins et une mesure des champs magnétiques dans la chambre à coucher pendant une période de 24 heures. L’exposition individuelle aux champs magnétiques n’était pas liée au risque de leucémie (RC 0,95, IC à 95 % : 0,72-1,26, pour chaque augmentation de 0,2 µT de l’exposition). Rien n’indiquait qu’il y avait un risque accru découlant de l’exposition à des champs électriques élevés. Pour ce qui est des champs magnétiques mesurés dans la résidence actuelle ou antérieure, il semblait y avoir certaines indications d’un risque accru pour un certain nombre d’associations potentielles examinées. Par exemple, les sujets qui avaient vécu dans la même maison pendant au moins deux ans avant la date du diagnostic avaient un RC de 1,64 (IC à 95 % : 0,89-3,00) pour les expositions supérieures à 0,2 µT. De plus, les chercheurs ont trouvé qu’il y avait une élévation non significative du risque pour les expositions aux champs magnétiques mesurées devant la porte d’entrée des résidences dans le groupe qui avait subi les expositions les plus élevées (90e percentile, RC 1,59, IC à 95 % : 0,86-2,93). Il n’y avait aucune association avec le code de câblage (correction effectuée après la publication du rapport).

Le risque d’être atteint de leucémie infantile en relation avec des expositions à des champs électriques et magnétiques (CEM) a également été évalué dans le cadre d’une étude cas-témoins en population menée dans le sud de l’Ontario et portant sur 201 cas et 406 témoins7a,25a. La proportion moyenne de la période d’enquête couverte par toutes les résidences où des mesures ont été effectuées était de 81 % chez les cas et de 88 % chez les témoins. Les pourcentages correspondants pour ce qui est du lieu de résidence actuel de l’enfant étaient de 71 % et 77 %, respectivement.

En règle générale, les codes de câblage n’étaient pas un bon prédicteur de la leucémie infantile. Pour les habitations ayant fait l’objet de mesures où la période de résidence était la plus longue et d’après la proportion la plus élevée de temps passé dans les habitations affichant une configuration à haute intensité de courant, les chercheurs n’ont trouvé aucune association avec le risque de leucémie infantile. Toutefois, dans le cas des enfants âgés de moins de six ans, les données semblaient indiquer un risque élevé pour les codes de câblage présentant une configuration à haute intensité de courant dans la résidence qu’ils avaient occupé le plus longtemps (RC 2,88, IC à 95 % : 0,57-14,5).

Les moyennes pondérées dans le temps des mesures ponctuelles des champs magnétiques autour du périmètre des habitations et à l’intérieur de celles-ci, dans la chambre de l’enfant, ainsi que dans deux autres pièces le plus souvent utilisées, ont été associées avec certaines élévations du risque de leucémie25b. Les chercheurs n’ont toutefois relevé aucune indication d’une élévation du risque avec une exposition accrue, indépendamment de l’endroit où la mesure avait été effectuée. Les résidences occupées au tout début de la période où s’est développée la maladie et pendant une partie de la période prénatale, et affichant des configurations de codes de câblage à haute intensité de courant, ont été associées à un risque significativement accru de leucémie chez des enfants diagnostiqués avant l’âge de six ans (RC 3,45, IC à 95 % : 1,14-10,45). Des mesures ponctuelles des champs magnétiques dans des résidences occupées au cours des deux premières années de la vie et pendant la période prénatale ont également été associées à des élévations significatives du risque de leucémie chez les enfants diagnostiqués à un plus jeune âge (RC 2,5, IC à 95 % : 1,14-5,49).

Pour 88 cas et 133 témoins, la résidence où ils vivaient lors de l’entrevue était celle qui concernait la période d’intérêt, et ces sujets ont porté un moniteur individuel, le PositronMC 7b. Dans le cas des champs électriques mesurés par monitorage individuel, rien n’indiquait qu’il y avait un risque accru de leucémie infantile. En effet, le risque de leucémie diminuait avec l’augmentation de l’exposition aux champs électriques. En ce qui concerne les expositions aux champs magnétiques mesurées par monitorage individuel, il y avait des signes d’une association significative avec la leucémie infantile. L’ampleur, de même que la signification statistique du risque de développer une leucémie, augmentait après ajustement pour les facteurs de confusion potentiels (≥ 0,14 µT, RC 4,5, IC à 95 % : 1,3-15,9). Le risque de leucémie était plus élevé chez les enfants diagnostiqués avant l’âge de six ans et chez ceux qui souffraient de leucémie aiguë lymphoblastique, les estimations du risque relatif variant entre 3,7 et 5,7.

Les expositions aux champs magnétiques dans les écoles ont également été évaluées dans l’étude réalisée par Green26a et étaient en moyenne bien inférieures à celles qui ont été observées dans les milieux résidentiels. Parmi les enfants d’âge scolaire (cinq ans et plus), rien n’indiquait que les expositions aux champs magnétiques à l’école étaient associées à un risque accru de leucémie.

L’une des plus importantes études cas-témoins sur la leucémie infantile a été publiée en 199924b. Dans un volet de cette étude (2 226 paires appariées), on a mesuré les champs magnétiques dans des maisons occupées par des enfants chez qui l’on avait diagnostiqué une leucémie et dans celles où vivaient leurs témoins 12 mois avant le diagnostic. La période d’enquête s’est limitée à 12 mois avant le diagnostic car on a supposé que les champs magnétiques peuvent uniquement jouer un rôle de promoteur. On a fait abstraction des domiciles antérieurs ou de l’exposition pendant toute la vie. Des mesures des champs magnétiques pendant 24 ou 48 heures ont été prises dans la chambre à coucher de l’enfant et dans la principale salle familiale. De façon globale, les chercheurs n’ont noté aucune association entre ces estimations des expositions aux champs magnétiques et le risque de leucémie aiguë lymphoblastique, ou celui de toutes les leucémies, de cancer du système nerveux central ou d’autres tumeurs malignes. Toutefois, plus de 90 % des sujets participant à l’étude étaient dans le groupe de référence, qui était défini par des expositions inférieures à 0,1 µT. Dans le cas des expositions égales ou supérieures à 0,4 µT, le risque de leucémie lymphoblastique aiguë et de toutes les leucémies était augmenté, mais de façon non significative (RC 1,68, IC à 95 % : 0,4-7,1). Ainsi, bien que le nombre de sujets participant à cette étude ait été élevé, peu d’entre eux avaient subi une exposition importante. Les auteurs ont reconnu que l’étude avait une faible puissance statistique pour ce qui est d’examiner des associations à des niveaux d’exposition plus élevés et qu’elle ne pouvait répondre à la question de l’effet des expositions supérieures à 0,4 µT.

Deux analyses groupées du risque de leucémie chez les enfants ont été publiées en 2000. Ahlbom et coll. ont noté un RC d’environ 2 chez les enfants à des expositions supérieures ou égales à 0,4 µT, et les analyses groupées de Greenland ont relevé un RC de 1,7 chez les enfants, à des expositions supérieures ou égales à 0,3 µT27,28.

Parmi les études ultérieures, l’observation selon laquelle les enfants souffrant du syndrome de Down couraient un risque 20 fois plus élevé d’être atteints de leucémie a conduit à la réalisation d’une étude cas-témoins, dont les cas étaient 42 enfants souffrant de leucémie aiguë et du syndrome de Down, et les témoins, 124 enfants en bonne santé atteints du syndrome de Down29. Le rapport de cotes pour les mesures directes des expositions aux champs magnétiques supérieures ou égales à 0,6 µT était de 3,7 (IC à 95 % : 1,05-13,1). Les auteurs ont évoqué la possibilité que les champs magnétiques soient un facteur étiologique de la leucémie dans ce sous-groupe d’enfants présentant une susceptibilité génétique. Dans une étude réalisée au Japon, les rapports de cotes chez les enfants exposés, dans leur chambre à coucher, à des champs magnétiques de 0,4 µT ou plus, comparativement à la catégorie témoin (champs inférieurs à 0,1 µT), était de 2,6 (IC à 95 % : 0,76-8,6) pour la leucémie aiguë lymphoblastique (LAL) et la leucémie aiguë myéloïde (LAM) combinées et de 4,7 (1,15-19,0) pour la LAL seulement30.

Dans une étude réalisée dans le Nord de l’Angleterre et portant sur l’emploi des parents, on a utilisé une matrice de l’exposition professionnelle pour affecter les sujets dans différents groupes d’exposition. On a signalé une augmentation du risque de leucémie chez les enfants dont le père occupait un emploi susceptible d’être associé à une exposition aux CEM ou au rayonnement (RC 1,31, IC à 95 % : 1,02-1,69)31.

Exposition domestique et cancer chez l’adulte

Comparativement aux enfants, on dénombre moins d’études sur l’exposition domestique se rapportant aux adultes. Wertheimer et Leeper32 ont tenté de reproduire et d’améliorer, dans une population adulte de Denver, au Colorado, la méthodologie utilisée dans leur étude originale sur les cancers infantiles. Ils ont observé des associations statistiquement significatives pour la mortalité imputable à tous les cancers, aux cancers du système nerveux, de l’utérus et du sein et aux lymphomes, d’une part, et une exposition accrue aux champs magnétiques évaluée par les configurations de câblage. L’une des grandes faiblesses de cette étude était que les personnes qui évaluaient l’exposition savaient si le sujet était un cas ou un témoin.

McDowall et coll.33a ont effectué une étude rétrospective d’une cohorte de population dans l’East Anglia, en Angleterre, dans le but d’examiner la mortalité due au cancer pour tous les âges en relation avec la proximité des lignes aériennes de transport d’électricité (30 mètres) et des installations électriques (50 mètres). Le seul résultat statistiquement significatif était une augmentation d’environ deux ordres de grandeur du risque de cancer du poumon chez les femmes et une relation dose-réponse avec la proximité des installations électriques.

Severson et coll.34a ont étudié l’incidence dans la population selon les données des registres de la leucémie aiguë non lymphoblastique chez les adultes dans l’Ouest de l’État de Washington par rapport à des codes de câblage comparables à ceux qui ont été définis par Wertheimer et Leeper1f. Les codes ont été évalués pour le lieu de résidence à la date la plus proche de la date de référence et pour la période de résidence la plus longue entre trois et dix ans avant la date de référence. Des mesures ponctuelles des champs magnétiques ont également été effectuées dans plusieurs pièces de la maison. Les chercheurs n’ont signalé aucun résultat en faveur d’un risque significativement accru avec diverses mesures des champs magnétiques. Les configurations de câblage élevées ont été associées à un risque inférieur de leucémie lymphoblastique non aiguë.

Coleman et coll.35a ont utilisé la distance entre le lieu de résidence et les lignes à haute tension et les installations électriques, ainsi qu’une mesure du champ magnétique calculé sur une période de trois ans, pour évaluer l’incidence de la leucémie chez les adultes dans le Sud-Est de l’Angleterre. Ils ont découvert une élévation non significative du risque de leucémie par rapport à l’exposition domestique aux CEM de fréquence extrêmement basse provenant des lignes de transport d’électricité et des postes de transformation. Les auteurs ont toutefois indiqué que l’étude avait une puissance statistique limitée (moins de 80 %) pour ce qui est de détecter même un risque excédentaire trois fois plus élevé par rapport à la proximité de lignes de transport d’électricité.

Youngson et coll.36a ont étudié les hémopathies malignes dans le Nord-Ouest de l’Angleterre et le Yorkshire en utilisant comme témoins des malades qui avaient reçu leur congé de l’hôpital. Les expositions ont été évaluées d’après la proximité des lignes à haute tension et les champs magnétiques calculés d’après la charge actuelle. Aucune association statistiquement significative n’a été observée, bien que les chercheurs aient noté un excès de risque de leucémie myéloïde.

Des chercheurs ont eu recours à une étude de cohorte rétrospective pour comparer les décès observés et les décès prévus chez des résidents qui avaient vécu cinq ans ou plus dans une section de Maastricht, en Hollande, qui comptait deux lignes de transport de 150 kV et un poste de transformation37. L’exposition a été définie d’après la proximité des lignes de transport ou du poste de transformation; les personnes exposées étaient celles qui vivaient à des distances de moins de 100 mètres de champs magnétiques mesurés variant entre 0,1 et 1,1 µT; la valeur de référence était définie comme des distances supérieures à 100 mètres avec des expositions à des champs magnétiques variant entre 0,02 et 0,15 µT. Les rapports standardisés de mortalité (RSM) n’ont démontré aucune association entre les expositions telles qu’elles avaient été définies et les cancers pour lesquels on avait antérieurement fait état de relations avec les CEM de fréquence extrêmement basse.

Feychting et Ahlbom38 ont évalué l’excès de risque de leucémie myéloïde chez les adultes par rapport aux champs magnétiques résidentiels, évalués d’après la proximité de l’habitation des lignes à haute tension. Les champs magnétiques générés par les lignes de transport d’électricité ont été calculés et des données d’archives sur l’intensité du courant de la ligne ont été utilisées pour apporter des corrections historiques. Un excès de risque de leucémie a été observé pour une exposition cumulative de 2,0 µT-années ou plus pendant les 15 ans qui précédaient le diagnostic et une distance de 50 mètres ou moins des lignes de transport d’énergie.

Une étude de l’exposition domestique et des cancers chez les adultes (leucémie, cancer du cerveau et cancer du sein chez la femme) à Taiwan39 a montré un risque accru statistiquement significatif de leucémie associé à des champs magnétiques mesurés supérieurs à 0,2 µT (RC 1,4, IC à 95 % : 1,0-1,9) et à une distance de moins de 50 mètres de la résidence (au moment du diagnostic) par rapport à la ligne à haute tension la plus proche (RC 2,0, IC à 95 % : 1,4-2,9). Les chercheurs n’on trouvé aucune indication d’un risque dans le cas des deux autres cancers étudiés.

Une étude réalisée en Finlande n’a mis en lumière aucune preuve d’un risque accru de leucémie chez les adultes, bien que les auteurs aient observé un excès de cas de myélome multiple chez les hommes et de cancer du côlon chez les femmes40. L’exposition a été estimée à l’aide des calculs des champs magnétiques annuels moyens comparables à ceux qui ont été utilisés pour l’étude chez les enfants17b. Dans une étude norvégienne portant sur 1 068 cas de cancer hématologique, on a observé des RC élevés dans les deux catégories d’exposition supérieures, mais les résultats étaient fondés sur de petits nombres et aucune conclusion ferme n’a été tirée41. L’analyse relative à toutes les formes de leucémie, en utilisant la valeur de 0,4 µT comme seuil supérieur d’exposition domestique, a permis d’obtenir un RC de 1,6 (IC à 95 % : 0,6-3,8), soit neuf cas. Une analyse de tendance linéaire utilisant l’exposition dans les 10 ans précédant le diagnostic chez le cas a fait ressortir un résultat à la limite de la signification statistique pour la leucémie lymphoïde chronique (LLC) et tous les cancers hématologiques. Dans une étude norvégienne semblable portant sur le cancer du sein et réalisée auprès de 1 830 cas et de 3 658 témoins, les femmes dont l’exposition domestique était supérieure ou égale à 0,05 µT présentaient un rapport de cotes de 1,58 (IC à 95 % :1,30-1,92) comparativement aux femmes non exposées, mais on n’a observé aucune association avec le milieu de travail42a. Dans une étude cas-témoins en population réalisée à Seattle (Washington) auprès de 813 femmes âgées de 20 à 74 ans, on n’a pas non plus noté d’association entre l’exposition domestique aux champs magnétiques et le cancer du sein43.

Exposition des appareils électriques à la maison

Les expositions à des champs électriques et magnétiques associées aux appareils électroménagers peuvent être élevées en raison de la faible distance entre l’appareil et l’utilisateur. Par exemple, la densité de champ magnétique d’un sèche-cheveux est de 6 à 2000 µT à une distance de trois centimètres du sèche-cheveux, alors qu’à une distance de 30 centimètres cet intervalle est < 0,01 à 7 µT44a,45. Étant donné que les champs magnétiques sont atténués de façon importante avec la distance, les couvertures électriques, les rasoirs électriques, les sèche-cheveux et les lits d’eau représentent des « appareils » électriques qui se prêtent bien à l’évaluation du risque potentiel en raison de leur étroite proximité avec l’organisme durant l’utilisation13d,34b,46,47a. Savitz et coll.47b ont noté une association non significative (RC 1,7) pour ce qui est du risque de leucémie infantile et un risque significatif dans le cas du cancer du cerveau (RC 2,5) associés à l’usage d’une couverture électrique au cours de la période prénatale. En outre, ils ont rapporté un risque de leucémie non significatif associé à l’exposition post-natale à des horloges électriques de chevet. Les auteurs ont fait une mise en garde contre la surinterprétation de ces résultats compte tenu du petit nombre de sujets et du taux de non-réponse. Dans l’étude menée par London et coll.13e, qui s’est penchée sur la leucémie infantile, on a noté un risque significatif (RC 2,82), avec un niveau de confiance de 95 %, qui était associé à l’usage régulier (au moins une fois par semaine) d’un sèche-cheveux électrique et avec l’usage d’un téléviseur noir et blanc (RC 1,49). Dans l’étude de Dockerty et coll.6c réalisée en Nouvelle-Zélande, l’exposition à des appareils électriques durant la grossesse par la mère ou directement par l’enfant a été évaluée pour tous les cancers infantiles. Il n’y avait aucune augmentation du risque pour un grand nombre d’expositions aux appareils électriques. Quant à l’usage d’une couverture électrique par l’enfant avant le diagnostic, les rapports de cotes (RC) ajustés étaient de 2,2 (IC à 95 % : 0,7-6,4) pour la leucémie, 1,6 (IC à 95 % : 0,4-7,1) pour les cancers du système nerveux central et 2,4 (IC à 95 % : 1,0-6,1) pour les autres cancers solides. Dans l’étude de Green et coll.26b, une analyse préliminaire des cas de leucémie infantile dans le Sud de l’Ontario par rapport à l’usage de différents appareils électriques retrouvés communément à la maison n’a pas été très instructive.

Exposition professionnelle et cancer

Les premiers rapports faisant état d’associations entre le risque de cancer et les champs électriques et magnétiques étaient fondés principalement sur des études de mortalité proportionnelle qui utilisaient les appellations d’emploi comme indicateurs substituts de l’exposition aux champs électriques et magnétiques. Ces études ont été suivies d’études cas-témoins et d’études de cohorte qui faisaient également appel à des estimations indirectes semblables de l’exposition à des champs magnétiques et électriques élevés. De façon générale, ces études ont suggéré que les « métiers de l’électricité » étaient associés à des risques accrus de leucémie et/ou du cancer de cerveau48-60.

Les études subséquentes sur le sujet étaient toujours limitées par le fait qu’on utilisait les appellations d’emploi pour inférer les expositions aux champs électriques et magnétiques61-65. Une étude cas-témoins sur la leucémie non lymphoïde chronique dans une population majoritairement retraitée de travailleurs de l’American Telephone and Telegraph a noté des risques accrus non significatifs66a. Une étude réalisée auprès de travailleurs norvégiens est arrivée à une conclusion semblable67.

Floderus et coll.68a ont effectué une étude cas-témoins en population portant sur l’incidence de la leucémie et du cancer du cerveau en Suède. Les mesures des champs magnétiques ont été effectuées au moyen d’un moniteur individuel porté pendant une journée représentative du milieu de travail, et l’accent a été mis sur les emplois et les tâches qui avaient été occupés le plus longtemps pendant la période de dix ans précédant le diagnostic. Des ajustements ont été effectués pour tenir compte de certains facteurs de confusion potentiels comme l’exposition au benzène, au rayonnement ionisant, aux pesticides et aux solvants de même que l’usage du tabac. Les chercheurs ont observé une relation dose-réponse pour l’ensemble des cas de leucémie et pour la leucémie lymphoïde chronique, et le seuil de signification statistique était atteint pour les niveaux d’exposition les plus élevés. Ils n’ont établi aucun lien avec la leucémie aiguë myéloblastique. Enfin, ils ont aussi noté des risques élevés et statistiquement significatifs pour le cancer du cerveau, mais pas pour le niveau d’exposition le plus élevé.

Sahl et coll.69 ont examiné la mortalité due à la leucémie, au cancer du cerveau et au lymphome chez les travailleurs d’une compagnie américaine d’électricité en rapport avec les expositions mesurées aux champs magnétiques et au fait d’avoir exercé un des « métiers de l’électricité », métiers définis a priori comme « exposés ». En utilisant à la fois une approche de cohorte et une approche cas-témoins, les chercheurs n’ont observé aucun excès de risque pour les sièges de cancer à l’étude, bien que le nombre restreint de participants impose certaines limites à l’interprétation de cette étude.

Theriault et coll.4b ont étudié l’incidence du cancer chez des travailleurs des compagnies d’électricité du Canada et de la France au moyen d’une étude cas-témoins nichée dans une cohorte. Les personnes travaillant dans ces compagnies au moment de l’étude, qui ont été choisies d’après leur appellation d’emploi, ont porté des moniteurs PositronMC qui mesuraient les champs électriques et magnétiques. En se basant sur ces mesures et sur les antécédents de travail, les chercheurs ont établi une matrice emploi-exposition et l’ont appliqué aux cas et aux témoins dans chacune des compagnies participantes. Ils ont également tenté de tenir compte de facteurs éventuels de confusion professionnels. Ils ont observé une association statistiquement significative dans le cas de la leucémie aiguë non lymphoblastique et, en particulier, de la leucémie aiguë myéloblastique. L’excès de risque était le plus marqué dans la cohorte d’Ontario Hydro, mais il était aussi apparent dans la cohorte d’Hydro Québec, où tous les cas de leucémie aiguë myéloblastique (N = 6) ont été relevés dans le groupe exposé et, par conséquent, le rapport de cotes était indéfini.

Savitz et Loomis70a ont publié un rapport sur la mortalité dans cinq compagnies américaines d’électricité. Les travailleurs ont porté des moniteurs individuels, mais ces appareils n’ont permis d’obtenir qu’une exposition moyenne pondérée dans le temps au champ magnétique par travailleur. Une association a été observée avec la leucémie dans le cas des électriciens (RC 2,5, IC à 95 % : 1,08-5,76) comptant 20 ans d’emploi ou plus, et un excès statistiquement significatif de mortalité due au cancer du cerveau (RC 2,3, IC à 95 % : 1,15-4,56) a été associé à des niveaux de champs magnétiques > 4,3 µT-années. Les résultats ayant trait au cancer du cerveau montraient une tendance significative d’augmentation du risque avec l’augmentation de l’exposition aux champs magnétiques.

Dans leur étude sur les travailleurs de compagnies d’électricité en Ontario, Miller et coll.5b ont évoqué la possibilité que les champs électriques puissent jouer un rôle plus important que les champs magnétiques en ce qui concerne les expositions professionnelles et le risque de leucémie. Un rapport de cotes (RC) pour toutes les leucémies de 4,5 (IC à 95 % : 1,01-19,7) a été signalé pour les champs électriques > 345 volts par mètre (V/m)-années. De plus, il semblait exister une interaction entre les champs électriques et les champs magnétiques (RC 11,3, IC à 95 % : 1,52-84,3) pour l’exposition à un champ électrique > 345 V/m-années et une exposition à un champ magnétique > 7,1 µT-années, la composante du champ électrique étant dominante pour ce qui est de la contribution à l’excès de risque. Une association entre le cancer du poumon et l’exposition à la fois aux champs électriques et magnétiques a aussi été évoquée.

Guenel et coll.71 ont également présenté des résultats qui semblaient indiquer que les expositions aux champs électriques pourraient être importantes dans le milieu de travail. Chez les travailleurs d’Électricité de France, les chercheurs ont observé des rapports de cotes accrus pour les tumeurs du cerveau, qui étaient statistiquement significatifs au niveau d’exposition le plus élevé (RC 3,08, IC à 95 % : 1,08-8,74) et pour ceux qui avaient travaillé dans cette compagnie depuis 25 ans ou plus. Rien n’indiquait que l’exposition à un champ électrique entraînait un risque accru de leucémie.

Kheifets et coll.72 ont tenté d’évaluer le risque de leucémie et l’exposition professionnelle aux champs électriques dans le comté de Los Angeles, en Californie, mais ils n’ont trouvé aucune association.

Bien que dans l’étude franco-canadienne, aucune association n’ait été observée entre le cancer du poumon et les moyennes pondérées dans le temps des champs magnétiques4c, les chercheurs ont cependant noté une association entre le cancer du poumon et l’exposition à des champs électromagnétiques pulsés dans les données combinées d’Hydro Québec et d’Électricité de France73.

Jusqu’ici, une seule étude s’est penchée à la fois sur les expositions professionnelle et domestique aux champs électriques et magnétiques74. Des augmentations modestes du risque ont été observées pour la leucémie et une exposition (0,2 µT) dans le milieu résidentiel (RC 1,7, IC à 95 % : 1,1-2,7) et dans le milieu de travail (RC 1,3, IC à 95 % : 0,8-2,2). L’exposition à des champs magnétiques de 0,2 µT ou plus, à la fois dans le milieu résidentiel et dans le milieu de travail, était associée au risque de leucémie aiguë myéloblastique (RC 3,7, IC à 95 % : 1,5-9,4). Ces chercheurs n’ont trouvé aucune association entre les tumeurs du système nerveux central et l’exposition à des champs magnétiques.

Kheifets et coll.75 ont effectué une analyse comparative des études récentes sur l’exposition professionnelle. Ils ont conclu qu’il existait des preuves en faveur d’une association faible entre l’exposition à des champs magnétiques et le risque de leucémie et de tumeurs du cerveau. Ils ont été incapables d’évaluer l’exposition aux champs électriques.

Si un aspect quelconque de l’exposition aux champs électriques ou magnétiques qui est propre au milieu de travail accroît le risque de cancer, alors l’utilisation des estimations de la moyenne cumulative pondérée dans le temps de l’exposition pourraient diluer le risque réel. L’évaluation d’autres indicateurs des champs magnétiques a été effectuée de façon explicite dans certaines études13f,66b,68b. D’autres études ont évalué le risque de cancer à l’aide des expositions cumulatives aux champs électriques et magnétiques en utilisant les moyennes géométriques et arithmétiques de l’intensité de champ. La moyenne arithmétique est davantage sensible à des données asymétriques et est mieux adaptée à la modélisation des effets de seuil, tandis que la moyenne géométrique, qui s’apparente étroitement à la médiane de la distribution de l’exposition, atténue l’influence des valeurs aberrantes. Toutefois, les résultats d’analyses plus poussées de la population faisant partie de l’étude d’Ontario Hydro ont indiqué que l’utilisation des moyennes arithmétiques et géométriques ne caractérisait pas convenablement la variabilité des expositions aux champs électriques ou aux champs magnétiques76. Par conséquent, d’autres analyses ont évalué l’association entre d’autres indicateurs des champs électriques et magnétiques et le cancer dans la cohorte de l’Ontario Hydro. La durée de l’emploi et l’exposition annuelle moyenne aux champs électriques étaient toutes deux associées de façon indépendante à un risque accru de leucémie77a. Les analyses étayaient l’hypothèse selon laquelle une exposition supérieure à un seuil de champ électrique constitue l’aspect de l’intensité du champ qui permet de prédire le risque de leucémie.

Une étude australienne a examiné le risque de lymphome non hodgkinien (LNH) auprès de 694 cas et témoins. Les chercheurs ont utilisé une matrice de l’exposition professionnelle pour évaluer l’exposition aux champs magnétiques au travail à la fréquence du réseau électrique (50/60 Hz)78. Pour l’ensemble des antécédents professionnels, le rapport de cotes (RC) chez les travailleurs du quartile d’exposition supérieur s’établissait à 1,48 (IC à 95 % : 1,02 à 2,16), comparativement au groupe témoin (p pour la tendance était de 0,006), ce qui appuie faiblement l’hypothèse. Une étude australienne semblable portant sur 414 cas de gliome confirmés par l’examen histologique n’a pas corroboré le rôle des CEM de fréquence extrêmement basse (ELF)79. En outre, une étude cas-témoins effectuée en Allemagne et portant sur le cancer du testicule a examiné 269 nouveaux cas de cancer au moyen d’entrevues normalisées en tête-à-tête. L’étude a révélé que les CEM de fréquence extrêmement basse n’étaient pas un facteur de risque de ce type de cancer80.

Deux études récentes portant sur le cancer du sein chez la femme et l’exposition professionnelle ont conclu à l’absence d’effet, et une a fait ressortir une association. Bien que le volet portant sur l’exposition domestique d’une étude norvégienne sur le cancer du sein chez la femme ait fait ressortir une association (tel qu’indiqué précédemment), on n’a observé aucune association dans le cas de l’exposition professionnelle selon une évaluation individuelle réalisée par un groupe d’experts42b. De plus, les résultats d’une étude suédoise portant sur l’exposition au travail et le cancer du sein réalisée auprès de 20 400 cas relevés dans le registre du cancer n’ont pas confirmé l’hypothèse voulant que les champs magnétiques influent sur le risque de développer la maladie81. Pour évaluer l’exposition, on a effectué un couplage avec une matrice de l’exposition au travail basée sur des mesures personnelles de l’exposition aux champs magnétiques. Une étude a été réalisée dans la région de Montréal auprès de 608 cas de cancer du sein après la ménopause et de 667 témoins. Des hygiénistes industriels ont attribué à chaque emploi une durée moyenne d’exposition aux CEM à fréquence extrêmement basse selon quatre niveaux d’intensité. Après ajustement pour tenir compte des autres facteurs de risque, on a fait état d’un RC de 1,13 (IC à 95 % : 0,94-1,35) pour l’exposition professionnelle pendant toute la vie aux CEM de fréquence extrêmement basse à des intensités moyennes à élevées (supérieures ou égales à 0,5 µT), et les risques étaient supérieurs dans les cas d’exposition avant l’âge de 35 ans82.

Études expérimentales

La plausibilité biologique est l’un des critères utilisés pour établir la causalité. Jusqu’ici, il a été impossible de mettre en lumière un mécanisme biologique par lequel l’exposition à des champs électriques ou magnétiques cause le cancer. Bien que la recherche en laboratoire n’ait pas fourni de données à cet effet, il importe de se rappeler que le potentiel cancérogène de certaines expositions a d’abord été évoqué par la recherche épidémiologique et corroboré beaucoup plus tard par des études expérimentales83a.

Analyse

Bien que d’énormes efforts aient été déployés au cours des 20 dernières années et malgré les nombreuses revues d’experts44b,83b-87, il a été difficile d’en arriver à un consensus relativement aux effets cancérogènes des champs électriques et magnétiques. L’une des difficultés tient à la variété des techniques de mesure des CEM de fréquence extrêmement basse ainsi qu’aux méthodes épidémiologiques différentes utilisées pour évaluer l’association88a. S’il est vrai que les méthodes de détermination des cas ainsi que la prise en compte d’autres facteurs se sont considérablement améliorées, l’évaluation de l’exposition s’est révélée difficile et il a été impossible de s’entendre sur les paramètres pertinents de l’exposition.

Les études réalisées jusqu’ici accusent toutes un manque de spécificité par rapport à l’exposition. Il n’est pas du tout certain que toutes les études épidémiologiques aient mesuré les bons paramètres pour ce qui est des expositions aux CEM de fréquence extrêmement basse. S’il est vrai que la concordance des risques relevés selon certaines mesures des CEM de fréquence extrêmement basse représente l’argument le plus convaincant en faveur du rôle causal de ces CEM, il reste que la plausibilité biologique est faible. Les travaux de laboratoire n’ont pas mis en évidence de mécanisme biologique qui puisse expliquer les résultats épidémiologiques. Par conséquent, on possède peu d’indices quant aux paramètres d’exposition pertinents, s’il en est, à prendre en compte lors d’enquêtes épidémiologiques.

Les premières études réalisées chez les enfants associaient en général les risques de leucémie et de cancer du cerveau au fait de vivre à proximité de lignes de transport d’électricité et aux configurations de câblage à haute intensité de courant. En général, les études récentes n’ont pas confirmé cette association. Pour cette raison et parce que les études antérieures qui utilisaient des « mesures » ponctuelles des champs magnétiques montraient l’existence d’un risque extrêmement atténué ou l’absence de risque, certains ont conclu que l’association ne devrait pas être considérée comme de nature causale. Il existe cependant plusieurs raisons de remettre en question la validité des mesures ponctuelles dans les habitations en tant qu’indicateurs de l’exposition étiologique pertinente, étant donné qu’elles ne rendent pas compte des changements qui se produisent dans le temps, des pics d’exposition ou des variations temporelles des champs.

Bien que plusieurs études aient démontré que les champs magnétiques mesurés augmentent avec des configurations de câblage à haute intensité de courant, les associations disparates de ces deux « mesures » observées avec le risque de leucémie ont poussé certains à spéculer sur le fait que le code de câblage pourrait être un substitut de l’agent étiologique véritable. Des chercheurs effectuent actuellement des études afin de mieux comprendre les corrélats du code de câblage, comme le trafic et la densité des habitations89. Nombre de ces corrélats potentiels sont liés au statut socio-économique. Certains auteurs ont exprimé l’avis que la configuration du câblage est plus stable et que, pour cette raison, elle pourrait être supérieure aux mesures ponctuelles en tant qu’indicateur de l’exposition intégrée dans le temps88b. Il reste cependant que les codes de câblage ont été mis à l’essai dans un nombre relativement restreint de milieux urbains et il faudrait recueillir plus d’information afin de déterminer si la signification présumée du code de câblage change selon la région géographique ou le pays.

Les mesures de l’exposition qui sont définies par la distance par rapport aux installations électriques présentent presque certainement des erreurs de classification importantes, surtout s’il est impossible de tenir compte de l’exposition directe des sujets dans la maison. Les études scandinaves réalisées auprès des enfants et des adultes tentaient d’intégrer des corrections historiques de la distance afin de mieux estimer les expositions sur toute la vie, et plusieurs de ces études viennent étayer l’existence d’un risque accru, en particulier de leucémie infantile, si la résidence est située à moins de 50 mètres d’une ligne de transport d’électricité. Kaune et coll.90 ont laissé entendre qu’on peut voir une augmentation significative du risque de leucémie avec des expositions calculées à l’aide des données historiques sur l’intensité de courant des lignes, mais non à l’aide des mesures courantes. Les auteurs ont établi que la corrélation entre la valeur mesurée courante du champ magnétique et le champ magnétique calculé à l’aide des données historiques sur le courant des lignes tombait à zéro lorsque les données historiques remontaient à plus de cinq ans. Cela signifierait que les études qui utilisent des mesures contemporaines des champs magnétiques pourraient ne pas rendre compte des expositions pertinentes si la période étiologique remonte à de nombreuses années.

Outre les difficultés d’interprétation soulevées par les méthodes différentes d’évaluation de l’exposition aux CEM de fréquence extrêmement basse, il pourrait exister certains biais d’information et de sélection dans plusieurs des études publiées sur le lieu de résidence et les cancers infantiles et il est impossible de déterminer l’influence que ces biais pourraient avoir eu sur les résultats. Certaines études ont imposé des exigences de lieu de résidence aux témoins10b,11d. Certains chercheurs ont critiqué ces exigences en affirmant que les témoins pourraient être plus stables que les cas du point de vue de leur lieu de résidence, une situation qui en retour pourrait être associée à d’autres caractéristiques socio-économiques ou au mode de vie et donc fausser la relation entre le risque de leucémie et l’exposition aux champs magnétiques91a. En étudiant des régions définies de la ville de Columbus, en Ohio, Jones et coll.91b ont déterminé que « les codes de câblage à haute intensité étaient associés à des maisons dont les résidents étaient mobiles tandis que les codes de câblage à faible intensité étaient associés à des maisons occupées par des résidents stables ».

Gurney et coll.92 ont proposé que la non-participation différentielle des témoins en fonction du statut socio-économique pourrait éventuellement expliquer l’association entre les codes de câblage et le cancer infantile. Selon les résultats de l’étude qu’ils ont effectuée dans l’État de Washington, les non-participants avaient généralement un revenu inférieur, ce qui, en retour, était associé à une configuration de câblage très élevée. Les études réalisées par Savitz et coll.11e et London et coll.13g pourraient présenter ce biais de non-réponse.

Une question semblable pourrait être soulevée relativement à la méthode de sélection des témoins utilisée dans l’étude de Green et coll.7c,25c (échantillonnage téléphonique à partir de listes obtenues au cours d’une période donnée). Les témoins n’ont pas été choisis en même temps que les cas et un biais aurait pu être introduit par le fait que les témoins étaient plus stables que les cas. Les cas et les témoins dans l’étude de Green et coll.7d,25d étaient en effet très différents sur le plan de la mobilité résidentielle, un facteur qui est potentiellement lié au statut socio-économique. On a noté une relation inverse entre le nombre de résidences et le revenu familial, les familles à faible revenu déménageant plus souvent. La mobilité était également une variable influente dans tous les modèles à plusieurs variables; les enfants qui déménageaient plus souvent présentaient des risques de leucémie plus élevés. Bien que les études de Green et coll.7e,25e et de McBride et coll.8c aient toutes deux détecté une association entre la mobilité et le risque de leucémie, leurs résultats étaient différents. Après avoir tenu compte de la mobilité, l’étude de Green et coll.7f,25f a détecté une association significativement positive entre les expositions domestiques aux champs magnétiques et la leucémie, alors que l’étude de McBride et coll.8d n’a observé aucune association semblable.

L’article rédigé par Borugian et coll. fait ressortir l’influence de la situation socio-économique en tant que facteur de risque de leucémie infantile93. Un risque relatif légèrement inférieur de leucémie infantile a été observé dans le quintile le plus pauvre comparativement au plus riche (RR = 0,87; IC à 95 % : 0,80-0,95). Le faible risque observé dans le quintile le plus pauvre s’appliquait uniquement à la leucémie aiguë lymphoblastique (0,86; 0,78-0,95).

Pour évaluer la possibilité d’un biais résultant de la sélection de témoins dans une autre période que les cas dans l’étude de Green et coll.7g,25g, les estimations du risque pour les mesures ponctuelles extérieures des champs magnétiques ont été calculées pour les enfants diagnostiqués avant l’âge de six ans, en incluant uniquement les témoins qui avaient demeuré dans une seule résidence. Ces estimations du risque étaient atténuées par rapport aux analyses dans lesquelles aucune restriction n’avait été appliquée à la mobilité de la population témoin. Toutefois, quand on a calculé les estimations du risque en incluant seulement les témoins qui avaient vécu dans plus d’une résidence, elles étaient plus élevées que celles qui avaient été calculées lorsque aucune restriction n’avait été appliquée à la mobilité des témoins. Ces résultats donnent à penser que, s’il avait été possible d’inclure plus de témoins ayant une plus grande mobilité, les estimations du risque auraient peut-être été plus élevées. Par conséquent, les résultats de l’étude pourraient sous-estimer plutôt que surestimer les risques de leucémie. Green et coll.7h ont également examiné les cas et les témoins non participants par rapport au code de câblage de la résidence la plus récente et n’ont noté aucune différence à ce chapitre. S’il est vrai que ces non-participants étaient plus mobiles que les participants, on n’a relevé aucune différence entre les cas et les témoins.

Pour l’instant, il est impossible d’expliquer les résultats contradictoires des deux études canadiennes7i,8e,25h. Ces études présentaient énormément de similitudes mais aussi certaines différences. Par exemple, les chercheurs rencontraient régulièrement les représentants des compagnies d’électricité participantes à mesure que les études avançaient et ont tenté de faire en sorte que les données recueillies soient semblables. Par conséquent, même si les questionnaires n’étaient pas identiques, ils ont été échangés et l’on a tenté de s’assurer que des données semblables soient recueillies sur des facteurs de confusion potentiels. Les protocoles de mesure des CEM de fréquence extrêmement basse présentaient également des différences. Or, dans les deux études, on a eu recours au monitorage individuel à l’aide du moniteur PositronMC pour les sujets qui vivaient dans une résidence correspondant à la période d’enquête, et l’on a effectué des mesures des champs magnétiques dans les résidences antérieures. En outre, la distribution des expositions aux champs électriques et magnétiques semblait comparable; dans les deux études, le 75e percentile pour les expositions aux champs magnétiques était d’environ 0,15 µT.

Il y avait toutefois des différences considérables dans la façon dont les données du moniteur personnel ont été utilisées dans l’analyse. Premièrement, on a établi la moyenne des mesures prises au cours d’une période de 48 heures pour estimer l’exposition dans les résidences actuelles présentant un intérêt dans l’étude de McBride et coll.8f. Étant donné que la majorité des cas ont été déterminés de façon prospective, un grand nombre de ces cas n’avaient peut-être pas encore repris leur niveau d’activité normale après le diagnostic et le traitement. De plus, la moyenne englobe les expositions survenues à l’extérieur du domicile, par exemple à l’école et dans d’autres circonstances, et celles-ci pourraient ne pas être les expositions qui présentent un intérêt du point de vue étiologique. En revanche, dans l’étude de Green et coll.7j, où les cas ont été déterminés de façon rétrospective, il s’est écoulé assez de temps pour que les cas reprennent leurs activités normales. De plus, les expositions mesurées dans le domicile, l’école ou le milieu actuel ont été analysées de façon indépendante. En effet, les chercheurs n’ont pas tenu compte des expositions dans d’autres milieux, étant donné qu’ils ont jugé qu’elles n’étaient pas pertinentes du point de vue étiologique. Deuxièmement, dans l’étude de McBride et coll.8g, les expositions individuelles dans les résidences antérieures ont été établies au moyen d’analyses de régression qui utilisaient les codes de câblage et les expositions aux champs magnétiques disponibles dans ces résidences. Ce processus a vraisemblablement donné lieu à des erreurs de classification importantes; la corrélation était relativement faible entre les expositions réellement mesurées dans les résidences à l’aide des moniteurs individuels et celles qui ont été estimées. Voilà pourquoi cette approche n’a pas été utilisée dans l’étude de Green et coll.25i. On a plutôt tenté de développer des estimations intégrées de l’exposition à partir des mesures réelles effectuées dans les résidences qui présentaient un intérêt. Troisièmement, même si l’étude de McBride et coll.8h portait sur des sujets et des témoins étroitement appariés selon l’âge, l’appariement a été éliminé pour l’analyse et l’on a tenu compte de l’âge en utilisant uniquement des strates beaucoup plus larges que celles utilisées pour l’appariement. Les chercheurs ont indiqué qu’ils avaient adopté ce procédé afin d’éviter la perte d’un trop grand nombre de données, mais il semble probable qu’ils aient ainsi introduit une confusion non contrôlée relativement à l’âge. Green et coll.7k,25j ont évité ce problème en conservant le plan d’appariement individuel dans les analyses.

Il existe un parallèle entre les résultats essentiellement négatifs de McBride et coll.8i et ceux de l’étude de Linet et coll.21c. Ces deux études ont été réalisées dans des endroits éloignés des grandes agglomérations urbaines et en grande partie dans l’Ouest de l’Amérique du Nord, à l’exception du volet de l’étude de McBride et coll.8j qui s’est déroulé à Montréal. Il serait intéressant de déterminer s’il existe une plus grande similitude entre les résultats pour Montréal et ceux de l’étude de Green et coll.7l,25k menée dans la région du Grand Toronto au Sud de l’Ontario, qu’avec les résultats des études menées dans l’Ouest du Canada et des États-Unis.

L’étude britannique largement négative, parce qu’elle est fondée sur un nombre important de paires cas-témoins, pourrait également être considérée comme une preuve convaincante qui tend à infirmer l’hypothèse selon laquelle l’exposition à des champs magnétiques à la maison augmente le risque de leucémie infantile. Toutefois, comme l’ont souligné Repacholi et Ahlbom94, les expositions dans l’étude britannique pourraient être critiquées du fait qu’elles se limitent à des moyennes pondérées dans le temps et, vu que l’alimentation résidentielle est de 220 volts, elles sont bien inférieures à celles qu’on trouve en Amérique du Nord. Seuls quatre cas et trois témoins ont donc été exposés à des doses de 0,2 µT et plus. Par conséquent, la puissance de cette étude était bien inférieure à celle des deux études canadiennes. De plus, il y a lieu de s’inquiéter des estimations de l’exposition qui ont été utilisées. Elles ont été limitées à l’année avant le diagnostic pour les cas et à une période correspondante pour les témoins – période qui, en fait, était considérée comme n’ayant rien à voir avec la période qui présente un intérêt du point de vue étiologique pour les cas et les témoins âgés de plus de 2 ans dans les études de Green et coll.7m,25l ou de Linet et coll.21d. De plus, les auteurs de l’étude britannique n’ont pas tenté d’établir des estimations de l’exposition pour des périodes ou des résidences antérieures.

Les études portant sur les expositions domestiques et le cancer chez les adultes suggèrent généralement que ces expositions n’ont aucun effet. Cependant, dans la plupart des études, les mesures se sont limitées à une seule résidence (la résidence actuelle) pour laquelle il est impossible de présumer de la représentativité de l’exposition pendant toute la vie. Bien que cette faiblesse (étude d’une seule résidence) concerne également les études portant sur les enfants2b, sauf dans le cas des études plus récentes, elle semble revêtir encore plus d’importance chez les adultes qui comptent beaucoup plus d’années d’exposition aux champs électriques et magnétiques ainsi qu’aux agents cancérogènes connus ou soupçonnés, tant à la maison que dans leur milieu de travail.

Dans une revue récente sur les cancers chez les adultes, Li et coll.95 ont calculé la puissance statistique de ces études pour détecter le doublement du risque avec des niveaux « élevés » d’exposition domestique. Le fait que seulement quatre études14b,33b,35b,36b aient une puissance supérieure à 80 % pour ce qui est de détecter de tels niveaux de risque a poussé les auteurs à conclure que les incohérences entre les diverses études peuvent davantage s’expliquer par une puissance statistique insuffisante que par la présence de biais. Dans les études où aucun risque de leucémie n’a été mis en évidence, une très faible proportion de la population avait été exposée à des champs magnétiques de 0,2 µT ou plus, quelle que soit la manière dont cette mesure ait été obtenue.

Les études sur les expositions aux champs électriques et magnétiques et le risque de cancer chez les travailleurs ont l’avantage d’étudier des groupes exposés dans leur milieu de travail. Il est souvent possible de mesurer de façon plus précise et sans biais les expositions des travailleurs en raison des dossiers qui ont été constitués et conservés à des fins indépendantes et avant l’apparition de la maladie. Il reste cependant que les expositions aux champs électriques et magnétiques dans le milieu de travail diffèrent largement des expositions qu’on observe habituellement dans les milieux résidentiels. Les expositions professionnelles sont généralement plus élevées et leur gamme de valeurs est plus étendue que celles qu’on trouve dans les habitations, et il n’y a pas lieu de généraliser les expositions domestiques à partir des expositions professionnelles étant donné l’état des connaissances actuelles. En outre, les expositions survenant dans un milieu résidentiel sont relativement uniformes tandis que les travailleurs peuvent être tantôt exposés à des champs élevés et tantôt non au cours de leur journée ou de leur semaine de travail. Il est possible que le fait de mesurer les expositions dans le milieu de travail permette de mieux distinguer les différentes gammes d’exposition et, par conséquent, les expositions élevées sont caractérisées de façon plus exacte et permettent de détecter une association.

Les études sur l’exposition professionnelle ont généralement permis de montrer un effet associé à l’exposition lorsqu’il était possible d’établir une distinction par type histologique, ces associations étant plus fortes dans le cas de la leucémie aiguë myéloblastique, bien que certaines études montrent l’existence d’associations avec la leucémie lymphoïde chronique. Ces types de leucémie sont rares chez les enfants; c’est la leucémie aiguë lymphoblastique qui est le type le plus courant. En outre, des risques plus élevés ont été observés pour l’incidence du cancer que pour la mortalité due au cancer.

Chez les adultes en particulier, mais non uniquement dans ce groupe, il pourrait être important d’apporter certaines corrections historiques. La plupart des études portant sur l’exposition professionnelle ont utilisé les expositions actuelles appliquées à l’emploi actuel. Des études récentes ont tenté d’appliquer un facteur de correction pour tenir compte des changements qui se produisent dans le temps; cependant, il n’y a aucun moyen d’évaluer la validité de la correction et il en résulte qu’on utilise les mesures actuelles pour estimer les expositions survenues il y a jusqu’à 50 ans.

Delpizzo96 a mis en lumière le risque d’erreur de classification découlant de l’usage de l’appellation d’emploi comme indicateur substitut de l’exposition. Miller et coll.5cont établi que l’omission de tenir compte du lieu de travail en plus de l’appellation d’emploi et le fait de choisir a priori les appellations d’emploi selon l’exposition « présumée » aux champs magnétiques peuvent atténuer les estimations du risque.

L’observation récente découlant d’analyses plus approfondies de l’étude de l’Ontario Hydro, selon laquelle l’exposition à des champs électriques supérieurs à certains seuils représente le principal facteur de prédiction du risque de leucémie77b, confirme la nécessité d’effectuer des travaux plus approfondis sur d’autres paramètres de la dose. Il faut déplorer que l’instrument de mesure utilisé dans la plus importante cohorte professionnelle américaine70b n’ait pas mesuré les champs électriques, alors que les détails obtenus sur l’exposition aux champs magnétiques ne permettent pas l’exploration des seuils. Il ne faut donc pas s’attendre à avoir plus de données sur les circonstances précises qui font augmenter le risque dans les compagnies d’électricité aux États-Unis jusqu’à ce que de nouvelles études soient réalisées.

Il est impossible de généraliser les résultats des études sur les expositions chez les travailleurs à l’ensemble de la population, en particulier aux enfants. Les expositions aux champs électriques en milieu de travail sont plus élevées de plusieurs ordres de grandeur et varient beaucoup plus que celles qui ont été observées dans les milieux résidentiels ou les milieux où habitent généralement les enfants. Le risque de leucémie chez l’adulte en rapport avec l’exposition à des champs électriques, rapporté par Miller et coll.5d, est lié au niveau d’exposition et à sa durée. Toutefois, des niveaux d’exposition équivalant à ceux qui sont observés dans les milieux de travail ne peuvent être obtenus chez des enfants qui s’adonnent à des activités normales.

Malgré les incertitudes décrites, il est probablement souhaitable de privilégier la prudence en n’accordant pas trop de poids aux contradictions. Le CIRC considère les CEM comme des « cancérogènes possibles », catégorie qui s’applique lorsqu’il existe des preuves limitées de cancérogénicité chez les humains et des preuves insuffisantes tirées d’expériences sur des animaux. L’examen effectué par le CIRC a fait ressortir des preuves limitées de cancérogénicité des champs magnétiques de fréquence extrêmement basse en relation avec la leucémie infantile à un niveau d’exposition élevé en milieu résidentiel (intensité moyenne du champ magnétique résidentiel > 0,4 μT)97. Les niveaux d’exposition encore plus élevés en milieu professionnel peuvent accroître le risque de leucémie chez les adultes.

Le National Institute of Environmental Health Sciences des États-Unis a conclu que même si l’ensemble de la preuve est faible, les CEM ne peuvent être considérés comme entièrement sécuritaires et, à ce titre, devraient être considérés comme des cancérogènes possibles pour l’humain. Cette conclusion est fondée sur des « preuves limitées d’un risque accru de leucémie infantile associé à l’exposition domestique et d’une fréquence accrue de la leucémie lymphoïde chronique associée aux expositions professionnelles »86. Au Royaume-Uni, le National Radiological Protection Board a conclu qu’il existe certaines données épidémiologiques selon lesquelles l’exposition prolongée à des niveaux de champs magnétiques plus élevés à la fréquence du réseau électrique est associée à un risque légèrement accru de leucémie chez les enfants98.

L’adoption, par les gouvernements, de règlements relatifs aux champs magnétiques de fréquence extrêmement basse attribuables aux lignes électriques n’est pas répandue. Toutefois, le California Department of Education (CDE) donne l’exemple d’un organisme officiel qui a établi des directives malgré l’incertitude des données scientifiques. Le CDE a formulé des recommandations concernant les marges de retrait des lignes électriques par rapport aux écoles (California Code of Regulations, Title 5, Section 14010©).

Dans la directive du CDE relative à la marge de retrait des lignes de transmission aérienne, mesurée à partir de la limite de la servitude des lignes de transmission aérienne jusqu’aux parties utilisables de l’emplacement scolaire, on recommande les distances suivantes :100 pieds pour une ligne de 50-133 kV (interprété par le CDE comme < 200 kV);150 pieds pour une ligne de 220-230 kV;350 pieds pour une ligne de 500-550 kV99a.

Cette directive a été élaborée en consultation avec les spécialistes internationaux des effets des champs électriques et magnétiques (CEM) sur la santé, des organismes d’État, comme le Department of Health Services, la Division of the State Architect et la California Public Utilities Commission, les services d’électricité, les districts scolaires, des consultants et des particuliers s’intéressant à la question99b.

Le CDE reconnaît qu’il faut tenir compte d’autres risques au moment de déterminer l’emplacement d’une école, comme la proximité des routes principales ou la nécessité, pour les élèves, de faire de longs trajets en autobus. Dans certains cas, la marge de retrait peut être mesurée à partir de la ligne de transmission (au niveau du sol) plutôt que de la limite de la servitude, et les marges de retrait ont été réduites pour les lignes de transmission enterrées.

Résumé

  1. Les données actuelles concernant les expositions moyennes aux champs magnétiques supérieures à 0,4 μT et la leucémie chez les enfants portent à croire qu’il existe une relation de cause à effet, sans toutefois le démontrer de façon concluante.
  2. Les études réalisées auprès de travailleurs exposés à des champs électriques et magnétiques intenses évoquent par ailleurs une association entre de fortes expositions à des CEM de fréquence extrêmement basse et l’augmentation du risque de cancer, en particulier de leucémie aiguë non lymphoblastique.
  3. Les données ne permettent pas d’affirmer que les expositions domestiques aux champs électriques ou magnétiques sont associées à des risques accrus de cancer chez les adultes.

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