Les jeunes Canadiens sont-ils toujours exposés à la fumée secondaire à la maison et en voiture? - MCBC : Vol 34, No 2-3, juillet 2014

Volume 34 · numéro 2-3 · juillet 2014

Les jeunes Canadiens sont-ils toujours exposés à la fumée secondaire à la maison et en voiture?

A. Barisic, M.H.P. (1); S. T. Leatherdale, Ph. D. (2); R. Burkhalter, M. Math. (3); R. Ahmed, Ph. D. (4)

https://doi.org/10.24095/hpcdp.34.2/3.06f

Cet article a fait l'objet d'une évaluation par les pairs.

Rattachement des auteurs :

  1. Prévention et lutte contre le cancer, Action Cancer Ontario, Toronto (Ontario), Canada
  2. École de santé publique et de systèmes de soins de santé, Université de Waterloo, Waterloo (Ontario), Canada
  3. Centre pour l'avancement de la santé des populations Propel, Université de Waterloo et Société canadienne du cancer, Waterloo (Ontario), Canada
  4. Épidémiologie et registre sur le cancer, Action cancer Manitoba, Winnipeg (Manitoba), Canada

Correspondance : Scott T. Leatherdale, École de santé publique et de systèmes de soins de santé, Université de Waterloo, 200, Avenue University West, BMH 1038, Waterloo (Ontario) N2L 3G1; tél. : 519-888-4567 poste 37812; courriel : sleather@uwaterloo.ca

Résumé

Introduction : Nous étudions dans cet article la prévalence de l'exposition à la fumée secondaire (FS) chez les jeunes à la maison et en voiture, les variations du niveau d'exposition à la FS dans le temps et les facteurs associés aux croyances des jeunes au sujet de l'exposition à la FS, grâce à un échantillon représentatif à l'échelle nationale des jeunes Canadiens.

Méthodologie : Nous avons mené une analyse descriptive de l'exposition à la FS à la maison et en voiture à l'aide des données de l'Enquête sur le tabagisme chez les jeunes (2004, 2006 et 2008). Une analyse de régression logistique a été effectuée afin d'analyser les facteurs associés aux croyances des jeunes au sujet de l'exposition à la FS en 2008.

Résultats : En 2008, 21,5 % des jeunes ont signalé avoir été exposés à la FS à la maison chaque jour ou presque chaque jour, tandis que 27,3 % des jeunes ont déclaré avoir été exposés à la FS à bord d'une voiture au moins une fois au cours de la semaine précédente. Entre 2004 et 2008, la prévalence de l'exposition quotidienne à la FS au domicile et en voiture a diminué respectivement de 4,7 % et de 18,0 %.

Conclusion : Malgré la diminution de l'exposition à la FS au fil du temps, un nombre important de jeunes Canadiens continuent à être exposés à la FS chez eux et en voiture. Il faut redoubler d'efforts pour mettre en œuvre et évaluer des politiques visant à protéger les jeunes de la FS.

Mots-clés : jeunes, pollution par la fumée du tabac, prévention, voiture/véhicule, foyer/ménage

Introduction

La fumée secondaire (FS) désigne le mélange de contaminants libérés dans l'air par la combustion du tabac qui brûle et par la fumée exhalée par le fumeurNote de bas de page 1. Les effets nocifs associés à la FS ont été largement documentés, et comprennent un risque accru de maladies cardiovasculaires et de plusieurs cancersNote de bas de page 2. De nouvelles données probantes selon lesquelles les enfants sont particulièrement vulnérables aux effets négatifs sur la santé associés à l'exposition à la FS suscitent d'autant plus des préoccupationsNote de bas de page 2. Les enfants ont un système immunitaire moins développé, ils respirent plus rapidement et, en raison de leur petite taille, absorbent une plus grande quantité de polluantsNote de bas de page 3. L'exposition à la FS chez les jeunes a ainsi été associée à un risque accru d'infections des voies respiratoires inférieures, comme la bronchite et la pneumonie, d'irritation des voies respiratoires supérieures, d'asthme, d'accumulation de liquide dans l'oreille moyenne, de syndrome de mort subite du nourrisson et de diminution de la fonction pulmonaireNote de bas de page 1,Note de bas de page 4,Note de bas de page 5,Note de bas de page 6. De plus, l'exposition à la FS chez les jeunes a été associée à une augmentation du nombre de journées avec activité réduite, alitement et absentéisme scolaireNote de bas de page 7. D'autres données laissent penser que les jeunes exposés à la FS risquent davantage de devenir fumeurs à leur tourNote de bas de page 8.

Malgré les données probantes démontrant les dangers de l'exposition à la FS dans les véhiculesNote de bas de page 9, Leatherdale et AhmedNote de bas de page 10 ont établi, à l'aide des données de l'Enquête sur le tabagisme chez les jeunes (ETJ) de 2004, que 26,3 % des jeunes Canadiens avaient été exposés à la FS à bord d'un véhicule au moins une fois au cours de la semaine précédent l'enquête. De même, 23,1 % des jeunes Canadiens avaient été exposés à la FS chez eux, et ce , malgré le fait que la grande majorité des jeunes aient déclaré que fumer devrait être interdit dans les véhicules et les maisons où il y a des enfantsNote de bas de page 10. Cette disparité montre que les jeunes sont sans doute incapables d'éviter dans certains contextes d'être exposés à la FS ou de limiter cette exposition.

Cette étude a pour objet d'analyser la fréquence de l'exposition des jeunes à la FS chez eux et en voiture, les croyances des jeunes au sujet du tabagisme en présence d'enfants dans ces contextes, l'évolution de la prévalence de l'exposition à la FS dans ces contextes et enfin l'évolution entre 2004 et 2008 des croyances au sujet du tabagisme.

Méthodologie

Cette étude s'est appuyée sur des données représentatives à l'échelle nationale recueillies dans le cadre des vagues de l'ETJ de 2004, 2006 et 2008. Des renseignements détaillés sur le plan d'échantillonnage, les méthodes employées et les taux pour chaque vague de l'ETJ sont disponibles en version impriméeNote de bas de page 11,Note de bas de page 12, Note de bas de page 13 et en ligne (www.yss.uwaterloo.ca). En résumé, les populations cibles pour les trois vagues étaient de jeunes résidents canadiens inscrits dans les niveaux scolaires appropriés et fréquentant une école publique ou privée dans l'une des 10 provinces du Canada. Les résidents du Yukon, du Nunavut et des Territoires du Nord-Ouest ont été exclus des populations cibles, tout comme les jeunes vivant en établissement ou dans une réserve des Premières Nations et ceux fréquentant une école spécialisée ou une école au sein d'une base militaire. Nous avons recueilli les données dans le cadre d'une enquête de 30 à 40 minutes menée en classe auprès d'un échantillon représentatif d'établissements scolaires et d'élèves. La principale différence liée au plan d'échantillonnage des trois vagues de l'ETJ portait sur les niveaux scolaires visés : l'ETJ de 2004 s'adressait aux élèves de la 5e à la 9e année, l'ETJ de 2006 à ceux de la 5e à la 12e année et l'ETJ de 2008 à ceux de la 6e à la 12e année. Dans cet article, nous avons utilisé les données des répondants de la 6e à la 9e année pour analyser l'évolution de la prévalence de l'exposition à la FS au domicile et en voiture (2004, n = 23 362; 2006, n = 33 955; 2008, n = 31 249), et les données de l'échantillon complet de répondants à l'ETJ de 2008 (élèves de la 6e à la 12e année; n = 51 922) pour la modélisation prédictive.

Chaque vague de l'ETJ a permis de recueillir des renseignements sur l'exposition à la FS au domicile et en voiture, les croyances au sujet du tabagisme dans ces contextes, les comportements liés au tabagisme, les caractéristiques individuelles des répondants et l'argent de poche. Les mesures utilisées sont uniformes pour l'ensemble des vagues de l'ETJ et les autres étudesNote de bas de page 10, Note de bas de page 14. Les croyances au sujet du tabagisme ont été évaluées au moyen des questions suivantes : « Devrait-on être autorisé à fumer en présence d'enfants à la maison? » (« Oui » / « Non » / « Je ne sais pas »), et « Devrait-on être autorisé à fumer en présence d'enfants en voiture? » (« Oui » / « Non » / « Je ne sais pas »). Les répondants devaient également répondre aux questions suivantes : « Quelles sont les règles concernant le tabagisme chez toi? » (« Personne n'a le droit de fumer à l'intérieur de la maison » / « Seuls certains invités peuvent fumer dans la maison » / « On peut fumer uniquement dans certaines zones de la maison » / « On peut fumer partout chez moi », « À part toi-même, combien de personnes fument à l'intérieur de ta maison chaque jour ou presque chaque jour? » (« Aucune » / « 1 personne » / « 2 personnes » / « 3 personnes ou plus ») et « Au cours des 7 derniers jours, combien de fois es-tu monté en voiture avec quelqu'un qui fumait la cigarette? » (« Aucun » / « 1 ou 2 jours » / « 3 ou 4 jours » / « 5 ou 6 jours » / « Les 7 jours »).

Analyses statistiques

À l'aide des données recueillies auprès des répondants de la 6e à la 12e année dans le cadre de l'ETJ de 2008, nous avons procédé à des analyses descriptives de l'exposition à la FS, des croyances au sujet du tabagisme, du statut tabagique et des caractéristiques individuelles selon le sexe. Nous avons utilisé pour cela des coefficients de pondération pour tenir compte de la non-réponse dans différentes provinces et différents groupes, ce qui a permis de réduire au minimum le biais différentiel dans les analyses en raison d'une variation du taux de réponse selon la région ou le groupe. Des modèles linéaires généralisés mixtes (à l'aide de PROC GLIMMIX pour SAS 9.2 [SAS Institute Inc., Cary, Caroline du Nord, États-Unis]) ont été utilisés avec les données non pondérées afin de vérifier si l'exposition à la FS au domicile ou en voiture était associée à des croyances de la part des jeunes au sujet du tabagisme en présence d'enfants, soit au domicile soit en voiture, après la prise en compte de variables sociodémographiques (sexe, statut de fumeur/non-fumeur, tabagisme parental et règles concernant le tabagisme à la maison) et après correction en fonction des regroupements au sein des écoles.

Résultats

Le tableau 1 présente les statistiques descriptives liées aux élèves de la 6e à la 9e année selon l'année où les données ont été recueillies (2004, 2006 et 2008). Les statistiques descriptives pour l'ensemble des élèves de la 6e à la 12e année pour 2008 sont présentées dans le tableau 2. La figure 1 montre l'évolution de la proportion de jeunes déclarant vivre dans une maison sans fumée, selon la région, tandis que la figure 2 indique l'évolution de la proportion de jeunes déclarant avoir été exposés au tabagisme à bord d'une voiture au cours des 7 derniers jours, selon la région. La figure 3 présente l'évolution de la prévalence de l'exposition au tabagisme à la maison et en voiture, selon le sexe, et la figure 4, la prévalence de l'exposition au tabagisme et les croyances des élèves de la 6e à la 12e année au sujet de l'exposition au tabagisme en 2008.

TABLEAU 1
Statistiques descriptives sur les jeunes Canadiens de la 6e à la 9e année selon l'année où les données ont été recueillies, Canada
  2004 (n = 1 622 900)
%Tableau 1 - Note a
2006 (n = 1 662 300)
%Tableau 1 - Note a
2008 (n = 1 610 300)
%Tableau 1 - Note a
Variation (%)
2004-2006
%
2006-2008
%
2004-2008
%
aEstimation pondérée de la population.
*Différence statistiquement significative, p < 0,05.
Règles concernant le tabagisme à la maison
Personne n'a le droit de fumer à l'intérieur de la maison 63,7 69,3 72,2 8,8Tableau 1 - Note * 4,2Tableau 1 - Note * 13,3Tableau 1 - Note *
Seuls certains invités peuvent fumer dans la maison 9,0 6,7 4,6 -25,6Tableau 1 - Note * -31,3Tableau 1 - Note * -48,9Tableau 1 - Note *
On peut fumer uniquement dans certaines zones de la maison 14,8 14,1 14,8 -4,7Tableau 1 - Note * 5,0Tableau 1 - Note * 0,0
On peut fumer partout chez moi 12,4 9,9 8,4 -20,2Tableau 1 - Note * -15,2Tableau 1 - Note * -32,3Tableau 1 - Note *
Nombre de personnes qui fument à l'intérieur de la maison chaque jour ou presque chaque jour
0 76,6 77,6 77,7 1,3Tableau 1 - Note * 0,1 1,4Tableau 1 - Note *
1 ou plus 23,4 22,4 22,3 -4,3Tableau 1 - Note * -0,4 -4,7Tableau 1 - Note *
Devrait-on être autorisé à fumer à la maison en présence d'enfants?
Non 97,0 96,1 95,7 -0,9Tableau 1 - Note * -0,4Tableau 1 - Note * -1,3Tableau 1 - Note *
Oui 3,0 3,9 4,3 30,0Tableau 1 - Note * 10,3Tableau 1 - Note * 43,3Tableau 1 - Note *
Nombre de jours (au cours des 7 derniers jours) où l'enfant est monté en voiture avec quelqu'un qui fumait la cigarette
0 72,2 74,1 77,2 2,6Tableau 1 - Note * 4,2Tableau 1 - Note * 6,9Tableau 1 - Note *
1 à 7 27,8 25,9 22,8 -6,8Tableau 1 - Note * -12,0Tableau 1 - Note * -18,0Tableau 1 - Note *
Devrait-on être autorisé à fumer en voiture en présence d'enfants?
Non 96,8 96,1 95,7 -0,7Tableau 1 - Note * -0,4Tableau 1 - Note * -1,1Tableau 1 - Note *
Oui 3,2 3,9 4,3 21,9Tableau 1 - Note * 10,3Tableau 1 - Note * 34,4Tableau 1 - Note *
TABLEAU 2
Statistiques descriptives sur les jeunes Canadiens de la 6e année à la 12e année, selon le sexe, Canada, 2008
  Garçons
(n = 1 460 300)
%Tableau 2 - Note a
Filles
(n = 1 388 100)
%Tableau 2 - Note a
Total
(n = 2 848 500)
%Tableau 2 - Note a
aEstimation pondérée de la population.
bNouveau-Brunswick, Île-du-Prince-Édouard, Nouvelle-Écosse, Terre-Neuve-et-Labrador.
cAlberta, Saskatchewan, Manitoba.
Année scolaire
6e 13,1 13,6 13,3
7e 13,8 14,2 14,0
8e 14,3 14,5 14,4
9e 14,9 14,8 14,8
10e 15,5 14,8 15,2
11e 14,9 14,7 14,8
12e 13,6 13,4 13,5
Statut tabagique de l'enfant
N'a jamais fumé 90,1 92,5 91,3
Fumeur 8,9 6,4 7,7
Ex-fumeur 0,9 1,1 1,0
Statut tabagique des parents
Aucun des parents ne fume 56,1 57,0 56,5
Au moins l'un des parents fume 43,9 43,0 43,5
Région
Canada atlantiqueTableau 2 - Note b 6,7 7,2 6,9
Québec 19,3 19,4 19,4
Ontario 41,4 40,5 40,9
PrairiesTableau 2 - Note c 18,8 19,1 18,9
Colombie-Britannique 13,8 13,9 13,9
Règles concernant le tabagisme à la maison
Personne n'a le droit de fumer à l'intérieur de la maison 73,3 73,6 73,4
Seuls certains invités peuvent fumer dans la maison 4,4 4,5 4,5
On peut fumer uniquement dans certaines zones de la maison 13,7 14,1 13,9
On peut fumer partout chez moi 8,6 7,8 8,2
Nombre de personnes qui fument à l'intérieur de la maison chaque jour ou presque chaque jour
0 78,3 78,7 78,5
1 ou plus 21,7 21,3 21,5
Devrait-on être autorisé à fumer à la maison en présence d'enfants?
Non 93,2 97,2 95,2
Oui 6,8 2,8 4,8
Nombre de jours (au cours des 7 derniers jours) où l'enfant est monté en voiture avec quelqu'un qui fumait la cigarette
0 73,0 72,4 72,7
1 à 7 27,0 27,6 27,3
Devrait-on être autorisé à fumer en voiture en présence d'enfants?
Non 93,2 97,2 95,2
Oui 6,8 2,8 4,8

FIGURE 1
Évolution de la proportion de jeunes de la 6e à la 9e année déclarant vivre dans un domicile sans fumée, selon la région, Canada, 2004, 2006 et 2008

Évolution de la proportion de jeunes de la 6e à la 9e année déclarant vivre dans un domicile

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[FIGURE 1, Texte équivalent]

Maladies chroniques et blessures au Canada - Volume 34, numéro 2-3, juillet 2014

FIGURE 1
Rapports de taux pour les blessures auto-infligées, toutes tranches d'âge confondues, par sexe, par principale cause de blessure et par identité autochtone prédominante de l'aire de diffusion, Canada (à l'exception du Québec), 2004-2005 à 2009-2010

Pour toutes les causes et toutes les tranches d’âge confondues, les rapports de taux indiquent que, chez les hommes comme chez les femmes, les THNA pour blessures auto-infligées étaient au moins 2,5 fois plus élevés dans les régions à fort pourcentage de membres des Premières nations, de Métis ou d’Inuits que dans les régions à faible pourcentage d’Autochtones. Les rapports de taux les plus élevés ont été observés chez les hommes comme chez les femmes dans les régions à fort pourcentage d’Inuits, avec des THNA pour blessures auto-infligées de plus de 5 fois plus élevés que dans les régions à faible pourcentage d’Autochtones.

On a pu observer de grandes disparités entre les régions à fort pourcentage d’Autochtones et celles à faible pourcentage d’Autochtones pour certaines causes de blessures auto-infligées. Plus précisément, et bien que les taux globaux aient été faibles, les hommes et les femmes vivant dans une région à fort pourcentage de membres des Premières nations ou d’Inuits étaient au moins 9 fois plus susceptibles d’avoir été hospitalisés pour blessures auto-infligées à la suite d’une noyade ou d’une suffocation que les personnes vivant dans les régions à faible pourcentage d’Autochtones. De plus, certains rapports de taux d’hospitalisation pour blessures auto-infligées à la suite d’une coupure ou d’une perforation étaient plus élevés que le rapport de taux d’hospitalisation toutes causes confondues, notamment dans le cas des hommes vivant dans les régions à fort pourcentage de membres des Premières nations (rapport de taux : 5,1 contre 3,8) et dans le cas des femmes vivant dans les régions à fort pourcentage de Métis (rapport de taux : 4,6 contre 3,1). Les femmes vivant dans les régions à fort pourcentage d’Inuits ont présenté un rapport de taux d’hospitalisation pour coupures et perforations moins élevé que le rapport de taux d’hospitalisation global pour blessures auto-infligées (rapport de taux : 3,7 contre 7,1). En ce qui concerne les empoisonnements auto-infligés, le rapport de taux chez les hommes dans les régions à fort pourcentage d’Inuits était inférieur au rapport de taux global concernant les blessures auto-infligées (rapport de taux : 4,2 contre 5,7). Enfin, les rapports de taux concernant les empoisonnements auto-infligés étaient plus élevés chez les femmes que chez les hommes dans les régions à fort pourcentage de membres des Premières nations et d’Inuits.

Source : Enquêtes sur le tabagisme chez les jeunes au Canada, 2004, 2006 et 2008Note de bas de page 11, Note de bas de page 12, Note de bas de page 13.


a Nouveau-Brunswick, Île-du-Prince-Édouard, Nouvelle-Écosse, Terre-Neuve-et-Labrador.

b Alberta, Saskatchewan, Manitoba.

FIGURE 2
Évolution de la proportion de jeunes de la 6e à la 9e année déclarant avoir été exposés au tabagisme à bord d’une voiture au cours des 7 derniers jours, selon la région, Canada, 2004, 2006 et 2008

Évolution de la proportion de jeunes de la 6e à la 9e année déclarant avoir été exposés au

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[FIGURE 2, Texte équivalent]

Maladies chroniques et blessures au Canada - Volume 34, numéro 2-3, juillet 2014

FIGURE 2
Rapports de taux pour les blessures par agression, toutes tranches d'âge confondues, par sexe, par principale cause de blessure et par identité autochtone prédominante de l'aire de diffusion, Canada (à l'exception du Québec), 2004-2005 à 2009-2010

Cependant, les rapports de taux d’hospitalisation toutes causes confondues dans les régions à fort pourcentage de membres des Premières nations, de Métis ou d’Inuits, étaient plus élevés chez les femmes que chez les hommes. Les femmes vivant dans les régions à fort pourcentage de membres des Premières nations étaient 17,9 fois plus susceptibles d’avoir été hospitalisées à la suite d’une agression que celles vivant dans les régions à faible pourcentage d’Autochtones et celles vivant dans les régions à fort pourcentage de Métis et d’Inuits étaient respectivement 9,4 et 19,2 fois plus susceptibles d’avoir été hospitalisées à la suite d’une agression. Chez les hommes, les taux d’hospitalisation pour blessures par agression étaient, comparativement aux régions à faible pourcentage d’Autochtones, 9,7 fois plus élevés dans les régions à fort pourcentage de membres des Premières nations, 6,0 fois plus élevés dans celles à fort pourcentage de Métis et 5,0 fois plus élevés dans celles à fort pourcentage d’Inuits.

La majorité des hospitalisations pour blessures par agression étaient dues à des heurts ou coups, aussi bien chez les hommes que chez les femmes, et dans toutes les régions (tableau 4). Les rapports de taux montrent que les hospitalisations pour blessures par coups étaient, pour l’ensemble des tranches d’âge, plus de 20 fois plus nombreuses chez les femmes vivant dans les régions à fort pourcentage de membres des Premières nations et d’Inuits que chez celles vivant dans les régions à faible pourcentage d’Autochtones. Le rapport de taux était quelque peu plus faible pour les femmes vivant dans les régions à fort pourcentage de Métis. Chez les hommes, les hospitalisations pour blessures par coups étaient environ 10 fois plus nombreuses dans les régions à fort pourcentage de membres des Premières nations et environ 5 fois plus nombreuses dans les régions à fort pourcentage d’Inuits et de Métis que dans les régions à faible pourcentage d’Autochtones.

Les rapports de taux ont révélé que, chez les hommes, les hospitalisations pour coupures ou perforations à la suite d’une agression étaient environ 10 fois plus nombreuses dans les régions à fort pourcentage de membres des Premières nations, 7 fois plus nombreuses dans celles à fort pourcentage de Métis et 4 fois plus nombreuses dans celles à fort pourcentage d’Inuits que dans celles à faible pourcentage d’Autochtones. Chez les femmes, bien que les THNA pour ces types de blessures par agression aient été faibles – moins de 2 pour 10 000 personnes-années dans l’ensemble des régions, que le pourcentage d’Autochtones y soit fort ou faible (tableau 4) –, les hospitalisations pour coupures ou perforations à la suite d’une agression étaient, pour l’ensemble des tranches d’âge, respectivement 17, 10 et 15 fois plus élevées dans les régions à fort pourcentage de membres des Premières nations, de Métis et d’Inuits que dans les régions à faible pourcentage d’Autochtones.

Contrairement aux autres types de blessures par agression, les agressions sexuelles et la maltraitance ont été associées à des taux d’hospitalisation plus élevés chez les femmes que chez les hommes dans l’ensemble des régions, que le pourcentage d’Autochtones soit fort ou faible. Les rapports de taux indiquent néanmoins que les hommes comme les femmes vivant dans les régions à fort pourcentage de membres des Premières nations, de Métis ou d’Inuits étaient au moins 5 fois plus susceptibles d’avoir été hospitalisés à la suite d’une agression sexuelle ou d’une maltraitance que les personnes vivant dans les régions à faible pourcentage d’Autochtones.

Source : Enquêtes sur le tabagisme chez les jeunes au Canada, 2004, 2006 et 2008Note de bas de page 11, Note de bas de page 12, Note de bas de page 13.


a Nouveau-Brunswick, Île-du-Prince-Édouard, Nouvelle-Écosse, Terre-Neuve-et-Labrador.

b Alberta, Saskatchewan, Manitoba.

FIGURE 3
Évolution de la prévalence de l'exposition au tabagisme à la maison et en voiture chez les jeunes de la 6e à la 9e année, selon le sexe, Canada, 2004, 2006 et 2008

Évolution de la prévalence de l'exposition au tabagisme à la maison et en voiture chez les jeunes de la 6e à la 9e année, selon le sexe, Canada

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[FIGURE 3, Texte équivalent]

Maladies chroniques et blessures au Canada - Volume 34, numéro 2-3, juillet 2014

FIGURE 3
Évolution de la prévalence de l'exposition au tabagisme à la maison et en voiture chez les jeunes de la 6e à la 9e année, selon le sexe, Canada, 2004, 2006 et 2008

La figure 3 présente l’évolution de la prévalence de l’exposition au tabagisme à la maison et en voiture, selon le sexe. Il ressort également de notre étude que, bien que la proportion globale de jeunes exposés à la FS chez eux et en voiture ait diminué au fil du temps, les filles ont été plus nombreuses à faire état d’une diminution de l’exposition que les garçons. En fait, la proportion de garçons exposés à la FS chez eux chaque jour ou presque chaque jour a plutôt augmenté entre 2004 et 2008.

Source : Enquêtes sur le tabagisme chez les jeunes au Canada, 2004, 2006 et 2008Note de bas de page 11, Note de bas de page 12, Note de bas de page 13.

FIGURE 4
Prévalence de l'exposition au tabagisme et croyances des jeunes de la 6e à la 12e année au sujet du tabagisme à la maison et en voiture, Canada, 2008

Prévalence de l'exposition au tabagisme et croyances des jeunes de la 6e à la 12e année au

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[FIGURE 4, Texte équivalent]

Chronic Diseases and Injuries in Canada - Volume 34, Number 2-3, July 2014

FIGURE 4
Prévalence de l'exposition au tabagisme et croyances des jeunes de la 6e à la 12e année au sujet du tabagisme à la maison et en voiture, Canada, 2008

La figure 4 présente la prévalence de l’exposition au tabagisme et les croyances des élèves de la 6e à la 12e année au sujet de l’exposition au tabagisme en 2008.

Source : Enquête sur le tabagisme chez les jeunes au Canada, 2008Note de bas de page 11.

Exposition au tabagisme au domicile

En 2008, environ le cinquième (21,5 %; n = 605 300) des jeunes Canadiens de la 6e à la 12e année ont été exposés au tabagisme à la maison chaque jour ou presque chaque jour, avec des taux d'exposition similaires chez les garçons et les filles (tableau 2). En outre, 26,6 % (n = 743 200) des jeunes Canadiens ont déclaré que le tabagisme n'était pas complètement interdit à la maison, avec des taux similaires chez les garçons et les filles. Cependant, ces taux étaient différents selon les provinces (x2 = 2959,6; dl = 12; p < 0,0001) : l'Ontario comptait le pourcentage le plus élevé de répondants ayant indiqué que le tabagisme était complètement interdit à la maison (80 %), tandis que le Québec faisait état du pourcentage le plus faible de domiciles sans fumée (56,1 %; données non présentées).

Entre 2004 et 2008, la proportion d'élèves de la 6e à la 9e année indiquant que personne n'est autorisé à fumer à la maison avait augmenté de 13,3 % (tableau 1). De plus, la prévalence des jeunes ayant déclaré que l'on peut fumer dans n'importe quelle pièce du domicile avait diminué de 32,3 %. Cependant, la proportion de jeunes ayant déclaré être exposés à la FS à la maison chaque jour ou presque chaque jour n'a diminué que de 4,7 %. De plus, cette diminution n'a été observée que chez les filles, la proportion augmentant chez les garçons. Dans toutes les provinces sauf en Colombie-Britannique, il y a eu, au fil du temps, une augmentation de la proportion de jeunes ayant signalé ne pas être exposés à la FS à la maison (figure 1).

Exposition au tabagisme en voiture

En 2008, plus du quart (27,3 %; n = 716 500) des élèves de la 6e à la 12e année sont montés en voiture, au cours des 7 derniers jours, avec quelqu'un qui fumait la cigarette, les garçons et les filles ayant déclaré des taux similaires d'exposition. Cependant, les taux différaient d'une province à l'autre (x2 = 1 138,1; dl = 4; p < 0,0001), l'Ontario affichant la proportion la plus faible (20,1 %) et le Québec, la proportion la plus élevée (37,5 %; données non présentées).

La proportion d'élèves de la 6e à la 9e année ayant déclaré avoir été exposés à la FS en voiture a connu un déclin de 18 % entre 2004 et 2008 (tableau 1) dans toutes les provinces, à l'exception du Québec et de la Colombie-Britannique (figure 2).

Croyances au sujet du tabagisme à la maison

En 2008, la majorité (95,2 %; n = 2 473 900) des élèves de la 6e à la 12e année étaient d'avis que le tabagisme ne devrait pas être autorisé à la maison en présence d'enfants (tableau 2). Cette croyance était plus répandue chez les filles (97,2 %) que chez les garçons (93,2 %) (x2 = 420,4; dl = 1; p < 0,0001) et variait également selon la province (x2 = 127,8; dl = 4; p < 0,0001), étant plus répandue chez les jeunes de l'Ontario (96,3 %) et moins répandue chez ceux du Québec (93,4 %; données non présentées).

Chez les jeunes des deux sexes combinés, la proportion d'élèves de la 6e à la 9e année estimant que le tabagisme ne devrait pas être autorisé à la maison en présence d'enfants a accusé une légère baisse (1,3 %) entre 2004 et 2008.

Croyances au sujet du tabagisme en voiture

En 2008, la majorité (95,2 %; n = 2 484 900) des élèves de la 6e à la 12e année étaient d'avis que le tabagisme ne devrait pas être autorisé en voiture en présence d'enfants (tableau 2). Cette croyance était plus répandue chez les filles (97,2 %) que chez les garçons (93,2 %) (x2 = 419,5; dl = 1; p < 0,0001) et variait également selon la province (x2 = 133,5; dl = 4; p < 0,0001), étant plus fréquente chez les jeunes de l'Ontario (96,4 %) et moins fréquente chez ceux du Québec (93,5 %; données non présentées).

Chez les jeunes des deux sexes combinés, la proportion d'élèves de la 6e à la 9e année estimant que le tabagisme ne devrait pas être autorisé en voiture en présence d'enfants a accusé un léger recul (1,1 %) entre 2004 et 2008.

Facteurs associés aux croyances au sujet du tabagisme à la maison

En 2008, les garçons de la 6e à la 12e année étaient plus nombreux que les filles à déclarer que le tabagisme ne devrait pas être autorisé à la maison en présence d'enfants (rapport de cotes [RC] = 2,43; intervalle de confiance [IC] à 95 % : 2,20 à 2,69; tableau 3). Tant les ex-fumeurs (RC = 1,82; IC à 95 % : 1,23 à 2,71) que les jeunes n'ayant jamais fumé (RC = 4,26; IC à 95 % : 3,78 à 4,79) étaient plus nombreux que les fumeurs à déclarer que le tabagisme ne devrait pas être autorisé à la maison en présence d'enfants. Comparativement aux jeunes qui vivaient dans un domicile où le tabagisme était complètement interdit, les jeunes qui avaient indiqué vivre dans un domicile où le tabagisme était permis étaient également plus nombreux à déclarer que le tabagisme ne devrait pas être autorisé à la maison en présence d'enfants (RC = 1,71; IC à 95 % : 1,50 à 1,96). De même, comparativement aux jeunes qui n'avaient signalé aucune exposition à la FS en voiture au cours de la semaine précédent l'enquête, ceux qui avaient indiqué être montés en voiture avec quelqu'un qui fumait la cigarette étaient plus nombreux à juger que le tabagisme ne devrait pas être autorisé à la maison en présence d'enfants (RC = 2,04; IC à 95 % : 1,81 à 2,29).

TABLEAU 3
Analyse de régression logistique examinant les facteurs associés aux croyances des jeunes Canadiens de la 6e à la 12e année au sujet de l'exposition à la FS à la maison et en voiture, Canada, 2008
Paramètres Rapport de cotes ajustéTableau 3 - Note a (IC à 95 %)
Modèle 1
Le tabagisme ne devrait pas être permis à la maison en présence d'enfants
Modèle 2
Le tabagisme ne devrait pas être permis en voiture en présence d'enfants

Abréviations : FS, fumée secondaire; IC, intervalle de confiance.

Remarques : Modèle 1 : 1 = Non (n = 41 317), 0 = Oui ou Je ne sais pas (n = 2 043).

Modèle 2 : 1 = Non (n = 41 435), 0 = Oui ou Je ne sais pas (n = 2 111).


aLes rapports de cotes indiqués ont été ajustés pour toutes les autres variables dans le tableau ainsi que pour la région et le niveau scolaire.
*p < 0,01.
**p < 0,001.
Sexe
Filles 1,00 1,00
Garçons 2,43 (2,20 à 2,69)Tableau 3 - Note ** 2,58 (2,33 à 2,85)Tableau 3 - Note **
Statut tabagique de l'enfant
N'a jamais fumé 1,00 1,00
Fumeur 4,26 (3,78 à 4,79)Tableau 3 - Note ** 4,14 (3,68 à 4,65)Tableau 3 - Note **
Ex-fumeur 1,82 (1,23 à 2,71)Tableau 3 - Note * 2,02 (1,39 à 2,94)Tableau 3 - Note **
Statut tabagique des parents
Aucun des parents ne fume 1,00 1,00
Au moins un des parents fume 1,29 (1,14 à 1,46)Tableau 3 - Note ** 1,37 (1,21 à 1,55)Tableau 3 - Note **
Règles concernant le tabagisme à la maison
Personne n'a le droit de fumer à l'intérieur de la maison 1,00 1,00
On a le droit de fumer dans la maison 1,71 (1,50 à 1,96)Tableau 3 - Note ** 1,59 (1,39 à 1,82)Tableau 3 - Note **
Nombre de personnes qui fument à l'intérieur de la maison chaque jour ou presque chaque jour
0 1,00 1,00
1 ou plus 1,40 (1,21 à 1,62)Tableau 3 - Note ** 1,29 (1,11 à 1,49)Tableau 3 - Note **
Nombre de jours (au cours des 7 derniers jours) où l'enfant est monté en voiture avec quelqu'un qui fumait la cigarette
0 1,00 1,00
1 à 7 2,04 (1,81 à 2,29)Tableau 3 - Note ** 2,73 (2,42 à 3,07)Tableau 3 - Note **
Facteurs associés aux croyances au sujet du tabagisme en voiture

En 2008, les garçons de la 6e à la 12e année étaient plus nombreux que les filles à déclarer que le tabagisme ne devrait pas être autorisé en voiture en présence d'enfants (RC = 2,58; IC à 95 % : 2,33 à 2,85). Tant les ex-fumeurs (RC = 2,02; IC à 95 % : 1,39 à 2,94) que les jeunes n'ayant jamais fumé (RC = 4,14; IC à 95 % : 3,68 à 4,65) étaient plus nombreux que les fumeurs à déclarer que le tabagisme ne devrait pas être autorisé en voiture en présence d'enfants. Les jeunes qui avaient indiqué vivre dans un domicile où le tabagisme était permis étaient également plus nombreux que les jeunes vivant dans un domicile où le tabagisme était complètement interdit à déclarer que le tabagisme ne devrait pas être autorisé en voiture en présence d'enfants (RC = 1,59; IC à 95 % : 1,39 à 1,82). De même, comparativement aux jeunes qui n'avaient signalé aucune exposition à la FS en voiture au cours de la semaine précédent l'enquête, les jeunes qui avaient indiqué être montés en voiture avec quelqu'un qui fumait la cigarette étaient plus nombreux à juger que le tabagisme ne devrait pas être autorisé en voiture en présence d'enfants (RC = 2,73; IC à 95 % : 2,42 à 3,07).

Analyse

Notre étude a révélé que, même si la proportion de jeunes exposés à la FS chez eux et en voiture a diminué entre 2004 et 2008, un nombre important de jeunes continuaient à être régulièrement exposés à la FS. La majorité des jeunes continuait à déclarer que le tabagisme ne devrait pas être permis en présence d'enfants dans ces contextes, les jeunes exposés à la FS chez eux ou en voiture étant plus nombreux à le faire.

Il s'avère que les jeunes pourraient être incapables d'éviter d'être exposés à la FS ou de limiter cette exposition dans certains contextes, ce qui laisse croire que, même s'il existe de nombreux programmes visant à protéger les enfants des dangers associés à l'exposition à la FS à la maison et en voiture, il est nécessaire de mettre en place des programmes ou des politiques plus solides et efficaces en ce domaine. Par exemple, en 2008, l'Association pulmonaire du Canada a lancé la campagne médiatique Fini, la fumée en auto! Nos enfants méritent bien ça!, une initiative visant à sensibiliser les parents à cette question et à aider la population canadienne à inciter les gouvernements provinciaux respectifs à promulguer une loi interdisant le tabagisme en voiture en présence d'enfantsNote de bas de page 15. De nouvelles initiatives ont également été élaborées pour diminuer l'exposition à la FS dans les habitations à logements multiples (p. ex. appartements, condominiums, coopératives d'habitations, maisons en rangée). Un site Internet national tenu par Smoke-Free Housing Canada fournit des données et fait la promotion de l'accès à des logements sans fumée à l'échelle du paysNote de bas de page 16. Jusqu'à présent, aucune province n'a promulgué de loi interdisant le tabagisme dans les habitations à logements multiples, mais les propriétaires sont autorisés par la loi à adopter des politiques visant à interdire l'usage du tabac dans leurs habitations à logements multiples. S'il est vrai que le nombre de logements sans fumée est limité, des données non scientifiques incitent à penser que la demande pour ce type de logements est en hausse. Par exemple, en 2006, le plus grand propriétaire foncier du Manitoba, Globe General Agencies, a mis en œuvre une politique sans fumée s'appliquant à l'ensemble de ses 60 immeubles et incluant les logements eux-mêmes, les terrasses et les balconsNote de bas de page 17. Les répercussions de ces politiques sur l'exposition des enfants à la FS n'ont pas encore été étudiées.

À la lumière de nos résultats, qui indiquent que les jeunes pourraient être incapables d'éviter d'être exposés à la FS ou de limiter cette exposition dans certains contextes, et compte tenu du fait qu'il n'existe pas de niveau sécuritaire d'exposition à la FSNote de bas de page 2, il importe d'évaluer l'efficacité des programmes et des politiques visant à limiter l'exposition des jeunes à la FS. Il ressort des enquêtes « avant-après » de mesure de l'efficacité de la campagne La fumée secondaire à la maison et en voiture (2006-2007) que, sur l'ensemble des répondants se souvenant d'au moins l'une des publicités, 46 % avaient déclaré avoir pris des mesures, ou prévoir en prendre à la suite de la campagne (ils avaient soit interdit le tabagisme à leur domicile ou dans leur voiture, soit convaincu les autres de ne pas fumer, soit eux-mêmes cessé de fumer)Note de bas de page 18. Les enquêtes ont également révélé qu'un nombre moins élevé de répondants avait des idées fausses sur les façons de réduire l'exposition à la FS à la maison. Par exemple, la proportion de répondants qui estimaient que l'ouverture d'une fenêtre ou l'utilisation d'un ventilateur étaient des stratégies efficaces pour réduire l'exposition à la FS avait diminué de respectivement 17 % et 10 %Note de bas de page 18. Cependant, même si les résultats de cette enquête sont prometteurs, il importe de poursuivre les travaux de recherche systématique pour mieux saisir les répercussions des mesures interdisant le tabagisme à la maison en vue de réduire l'exposition des jeunes à la FS.

Il faudra également mener d'autres travaux de recherche pour déterminer l'efficacité des politiques visant à réduire l'exposition des jeunes à la FS en voiture. En effet, bien que toutes les provinces canadiennes, à l'exception du Québec, aient adopté des lois interdisant l'usage du tabac dans les véhicules en présence d'enfantsNote de bas de page 19, nous avons recensé une seule étude canadienne portant sur les répercussions possibles de ces politiques. Dans son étude comparant l'exposition des jeunes à la FS avant et après l'adoption de ces lois à l'aide des données de l'Enquête de surveillance de l'usage du tabac au Canada (ESUTC) et de l'ETJ, NguyenNote de bas de page 20 a constaté une diminution respective de 10 % et de 26 % de l'exposition des enfants à la FS à bord des voitures. Même si les résultats de cette étude sont encourageants, comme les données présentées sont fondées sur des études transversales, elles ne fournissent pas véritablement de données probantes solides quant à l'efficacité de ces politiques. Il serait utile pour la communauté de pratique et de recherche que des travaux de recherche pertinents soient menés selon un modèle de recherche longitudinale pour déterminer les répercussions des nouvelles politiques lorsqu'elles sont mises en pratique. Autrement dit, il faudrait utiliser des expériences réalisées dans des conditions naturelles pour produire des données probantes fondées sur la pratiqueNote de bas de page 21.

Dans l'étude susmentionnée, NguyenNote de bas de page 20 n'a pas trouvé de données à l'appui d'un usage du tabac au domicile compensant l'interdiction de fumer dans les véhicules, mais des études antérieures avaient fait état d'une augmentation du tabagisme à la maison après l'entrée en vigueur de l'interdiction de fumer dans les lieux publicsNote de bas de page 22. Compte tenu du fait que le domicile est l'un des rares endroits où l'usage du tabac est toujours permis, il importe d'effectuer une analyse approfondie des répercussions, sur l'exposition des enfants à la FS par effet de compensation, de la loi récemment adoptée dans la plupart des provinces interdisant le tabagisme dans les véhicules. De telles analyses auront des répercussions importantes sur la santé publique en ce qui concerne les politiques et les programmes visant à diminuer l'exposition des enfants à la FS, et pourraient également influer sur les futures politiques et initiatives ayant pour but de diminuer l'exposition à la FS au domicile.

Il ressort également de notre étude que, bien que la proportion globale de jeunes exposés à la FS chez eux et en voiture ait diminué au fil du temps, les filles ont été plus nombreuses à faire état d'une diminution de l'exposition que les garçons (figure 3). En fait, la proportion de garçons exposés à la FS chez eux chaque jour ou presque chaque jour a plutôt augmenté entre 2004 et 2008. On ne s'explique pas cette divergence entre les deux sexes, mais, compte tenu du fait que le taux de tabagisme est plus élevé chez les garçons, il est probable que le risque que les parents aient exposé leurs enfants à la FS ait été plus important si ces derniers étaient eux-mêmes fumeurs. Il se peut également que les non-fumeurs (que l'on retrouve plus fréquemment chez les filles) aient insisté davantage pour vivre dans un domicile sans fumée. Les divergences entre sexes sont préoccupantes et des travaux de recherche additionnels seraient nécessaires pour mieux comprendre les mécanismes qui les sous-tendent. Ils fourniraient des renseignements utiles pour l'élaboration de programmes et de politiques ciblés visant à protéger les garçons de la FS.

En conclusion, il ressort de notre étude que, malgré le fait que la majorité des élèves ait déclaré que le tabagisme ne devrait pas être permis à la maison et en voiture en présence d'enfants, un grand nombre de jeunes Canadiens continuaient à être régulièrement exposés à la FS. Ces constatations laissent entendre que les jeunes pourraient être incapables d'éviter d'être exposés à la FS ou de limiter leur exposition, ce qui renforce la nécessité d'entreprendre des travaux de recherche pour analyser les programmes et les politiques susceptibles de réduire l'exposition des jeunes à la FS.

Références


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