Embonpoint et obésité chez les enfants au Canada : une évaluation globale - PSPMC: Volume 37-3, mars 2017

Volume 37 · numéro 3 · mars 2017

Rapport d'étape

Embonpoint et obésité chez les enfants au Canada : une évaluation globale

Deepa P. Rao, Ph. D.; Erin Kropac, M. Sc. Dt.P.; Minh T. Do, Ph. D.; Karen C. Roberts, M. Sc.; Gayatri C. Jayaraman, Ph. D.

https://doi.org/10.24095/hpcdp.37.3.04f

Rattachement des auteurs :

Agence de la santé publique du Canada, Ottawa (Ontario), Canada

Correspondance : Deepa P. Rao, Agence de la santé publique du Canada, 785, avenue Carling, bureau 912B3, Ottawa (Ontario) K1A 0K9; tél. : 613-867-8303; courriel : deepa.rao@canada.ca

Mots-clés : embonpoint, obésité, enfants, jeunes, facteurs sociodémographiques

Résumé

Introduction : L'obésité est un facteur de risque complexe des maladies chroniques associé à un certain nombre de déterminants socioécologiques. Ce rapport d'étape fournit un aperçu du cadre socioécologique qui guide actuellement nos efforts de suivi de l'embonpoint et de l'obésité chez les enfants. Ce cadre intègre différents facteurs de risque et de protection (facteurs sociodémographiques, liés au mode de vie, psychosociaux et en début de vie) et tient compte de l'étape de vie, des niveaux d'influence et de l'environnement au sein desquels ces facteurs jouent un rôle.

Méthodologie : Nous avons effectué des analyses univariées et bivariées fondées sur les données de l'Enquête sur la santé dans les collectivités canadiennes et de l'Enquête canadienne sur les mesures de la santé pour rendre compte des facteurs comportementaux, des facteurs psychosociaux et des facteurs en début de vie associés à un surplus de poids chez les enfants canadiens.

Résultats : Les estimations liées aux facteurs en début de vie (p. ex. l'allaitement), aux facteurs comportementaux (p. ex. l'activité physique) et aux facteurs psychosociaux (p. ex. le sentiment d'appartenance à la collectivité) sont présentées en fonction du groupe d'âge, du sexe, de la suffisance du revenu et du poids.

Conclusion : Cette étude, qui s'appuie sur notre publication récente sur les tendances en matière d'obésité chez les enfants au Canada et les facteurs sociodémographiques qui y sont associés, présente les facteurs de risque et de protection intégrés à notre cadre de surveillance. D'après notre analyse, une évaluation plus globale des déterminants associés au maintien d'un poids santé est nécessaire.

Points saillants

  • La surveillance des tendances relatives à l'embonpoint et à l'obésité chez les enfants et les jeunes est importante pour orienter les travaux de recherche, les programmes et les politiques.
  • Le surplus de poids chez les enfants est associé à différents facteurs comportementaux et psychosociaux, ainsi qu'à des facteurs présents en début de vie.
  • Une plus grande proportion d'enfants de poids normal que d'enfants obèses déclare avoir une alimentation saine, comportement ayant été identifié comme un facteur de protection potentiel.
  • Une large majorité de mères disent allaiter leur enfant, qui est un facteur potentiel de protection en début de vie.

Introduction

Dans les dernières années, le paradigme « mangez moins et bougez plus » destiné à contrer le surpoids a été délaissé au profit d'une approche tenant compte de l'étiologie multifactorielle de l'obésité comme de l'importance d'adopter une approche socioécologique, ou globale, pour en cerner les facteurs de risque et de protectionNote de bas de page 1. L'incidence du surpoids chez les enfants et les jeunes canadiens se maintenant à un niveau élevéNote de bas de page 2, évaluer globalement les facteurs qui lui sont associés peut améliorer notre compréhension de l'état de santé de cette population et contribuer aux initiatives en matière de santé publique. Cette perspective plus large a également été adoptée par le Centre de prévention des maladies chroniques pour diverses initiatives de surveillance de l'Agence de la santé publique du Canada (ASPC)Note de bas de page 3,Note de bas de page 4,Note de bas de page 5,Note de bas de page 6.

Le présent rapport offre une vue d'ensemble du cadre socioécologique qui guide désormais les activités de surveillance de l'ASPC en matière d'embonpoint et d'obésité chez les enfants. Ce cadre intègre divers facteurs de risque et de protection (sociodémographiques, liés au mode de vie, psychosociaux et en début de vie) en tenant compte de l'étape de vie, des niveaux d'influence et de l'environnement au sein desquels ces facteurs jouent un rôle (figure 1). Notre étude, qui s'appuie sur notre récente publication sur les tendances relatives à l'obésité chez les enfants au CanadaNote de bas de page 2 et sur les facteurs sociodémographiques qui lui sont associés, présente les facteurs de risque et de protection intégrés dans ce cadre de surveillance. Cette évaluation globale des facteurs est à relier également aux données sur l'obésité juvénile du Cadre d'indicateurs des maladies chroniques et des blessures (CIMCB)Note de bas de page 4, une ressource importante de l'ASPC destinée à orienter la recherche, les programmes et les politiques au Canada.

Figure 1
Cadre de surveillance socioécologique de l'embonpoint et de l'obésité chez les enfants : facteurs de risque et de protection individuels, environnement et niveau d'influence

Figure 1. Selectionner pour agrandir l'image.
Équivalent textuel - Figure 1

Figure 1
Cadre de surveillance socioécologique de l'embonpoint et de l'obésité chez les enfants : facteurs de risque et de protection individuels, environnement et niveau d'influence

Tel que présenté dans la figure 1, nous avons analysé des données provenant de deux enquêtes populationnelles sur la santé menées à l'échelle nationale : l'Enquête sur la santé dans les collectivités canadiennes ([ESCC], Composante annuelle, 2014 et 2011-2012, et Santé mentale, 2012) et l'Enquête canadienne sur les mesures de la santé ([ECMS] cycle 3, 2012-2013). Nous avons sélectionné les facteurs associés au surpoids dans chaque enquête en fonction des niveaux d'influence. Les facteurs liés au mode de vie étaient une alimentation saine, la consommation de boissons sucrées, l'activité physique, les comportements sédentaires et le sommeil. Les facteurs psychosociaux et les facteurs en début de vie étaient les troubles de l'humeur et la dépression, la santé physique autoévaluée, le bonheur, le sentiment d'appartenance à la collectivité, les relations de confiance et l'allaitement. Nous avons analysé la répartition de chaque facteur, à l'exception de l'allaitement, en fonction du sexe, du groupe d'âge, de la suffisance du revenu et du poids.

Méthodologie

Données et sources de données

Nous avons analysé des données provenant de deux enquêtes populationnelles sur la santé menées à l'échelle nationale : l'Enquête sur la santé dans les collectivités canadiennes ([ESCC], Composante annuelle, 2014Note de bas de page 7 et 2011-2012Note de bas de page 8, et Santé mentale, 2012Note de bas de page 9) et l'Enquête canadienne sur les mesures de la santé ([ECMS] cycle 3, 2012-2013Note de bas de page 10). Nous avons sélectionné les facteurs associés au surpoids dans chaque enquête en fonction des niveaux d'influence présentés sur la figure 1. Les facteurs liés au mode de vie étaient une alimentation saine, la consommation de boissons sucrées, l'activité physique, les comportements sédentaires et le sommeil. Les facteurs psychosociaux et les facteurs en début de vie étaient les troubles de l'humeur et la dépression, la santé physique autoévaluée, le bonheur, le sentiment d'appartenance à la collectivité, les relations de confiance et l'allaitement. Nous avons analysé la répartition de chaque facteur, à l'exception de l'allaitement, en fonction du sexe, du groupe d'âge, de la suffisance du revenu et du poids.

Analyses statistiques

Nous avons créé les catégories de poids (poids normal, embonpoint, obésité) en utilisant le système de classification de l'OMSNote de bas de page 11 et les estimations autodéclarées auxquelles un facteur de correction a été appliquéNote de bas de page 12. Les statistiques descriptives ont été réalisées à l'aide du logiciel SAS Enterprise Guide, version 5.1 (SAS Institute Inc., Cary, Caroline du Nord, États-Unis). Nous avons pondéré les résultats de manière à ce qu'ils soient représentatifs des ménages canadiens et nous utilisé des méthodes de rééchantillonnage bootstrap pour calculer les intervalles de confiance à 95 %.

Résultats et analyse

Facteurs liés au mode de vie

Comportement alimentaire

Une alimentation saine fournit les nutriments nécessaires à la croissance et au développementNote de bas de page 13. Des habitudes et des comportements alimentaires sains acquis pendant l'enfance constituent la base de saines habitudes alimentaires qui dureront toute la vieNote de bas de page 14. En l'absence de données détaillées et périodiques sur une alimentation saine, la surveillance de la consommation alimentaire et des comportements généraux en matière d'alimentation chez les enfants constitue la meilleure mesure de remplacement dont nous disposons pour évaluer ce paramètreNote de bas de page 15. À cette fin, nous utilisons les données nationales sur la consommation de légumes, de fruits et de boissons sucrées, car elles fournissent des indications sur les comportements alimentaires des enfants et des jeunes Canadiens.

La consommation de fruits et de légumes est un indicateur valide de la qualité du régime alimentaireNote de bas de page 15. La consommation d'au moins cinq portions de fruits ou de légumes par jour est un signe de saine alimentationNote de bas de page 15,Note de bas de page 16. Moins de la moitié des enfants et des jeunes Canadiens ont des habitudes alimentaires saines (tableau 1). Les jeunes à suffisance supérieure de revenu et possédant les meilleurs résultats en matière de poids ont une alimentation plus saine (tableau 1). Bien que des repas structurés (déjeuner, dîner, souper) contribuent à un comportement alimentaire sain, la proportion d'enfants de 11 à 15 ans qui déjeunent tous les jours de semaine est de trois sur cinq, une valeur qui n'a pas changé entre 2002 et 2010Note de bas de page 13. Parmi les enfants de 11 ans, 75 % des garçons et 69 % des filles ont indiqué déjeuner, contre 59 % des garçons et 46 % des filles de 15 ansNote de bas de page 17.

Les enfants optent souvent pour des collations plutôt que des repas, en particulier à l'adolescence. Il est toutefois encourageant de constater que le pourcentage d'enfants et de jeunes qui consomment quotidiennement des croustilles et des sucreries a diminué de façon importante entre 2002 et 2010Note de bas de page 13. On recommande également, dans le cadre d'une saine alimentation, de limiter la consommation de boissons sucréesNote de bas de page 18,Note de bas de page 19. Une proportion importante d'enfants et de jeunes (17,2 %, IC à 95 % : 13,3 à 21,2) consomme des boissons gazeuses, des boissons aux fruits ou des boissons énergisantes de façon quotidienne (tableau 1). Les personnes à faible suffisance du revenu consomment davantage ces boissons que leurs équivalents à plus haut revenu (tableau 1).

Comportements liés à l'activité physique

Sur un cycle de 24 heures, on fait des activités d'intensité variée : activité physique d'intensité moyenne à élevée, activité de faible intensité, activités sédentaires et sommeil. Une proportion exceptionnellement faible d'enfants canadiens (tableau 1) respecte les recommandations en matière d'activité physique des directives canadiennesNote de bas de page 20. Il semblerait notamment que le respect de ces directives diminue avec l'âge (tableau 1), tandis que le poids augmente avec l'âge, ce que nous avons montré dans un article précédentNote de bas de page 2.

Les activités sédentaires, comme regarder la télévision, jouer à des jeux vidéo ou travailler à l'ordinateur, ont été associées à l'obésitéNote de bas de page 21. Les enfants et les jeunes canadiens consacrent en moyenne 8,4 heures par jour (IC à 95 % : 8,3 à 8,5) à des activités sédentaires. Les directives canadiennes en matière de comportement sédentaire établissent des valeurs limites pour les activités associées au temps passé devant un écran chez les enfantsNote de bas de page 22, et des données récentesNote de bas de page 10 indiquent que 48,1 % (IC à 95% : 42,6 à 53,6) d'entre eux respectent ces recommandations (tableau 1). Le sommeil est également lié à l'obésité chez les enfants, un sommeil de courte durée étant un facteur de risque de surplus de poidsNote de bas de page 23. Les donnéesNote de bas de page 10 indiquent qu'environ le quart des enfants et des jeunes dort moins que le nombre d'heures de sommeil recommandéNote de bas de page 24 (tableau 1). De plus, une proportion significativement plus élevée d'enfants que de jeunes dort suffisamment (tableau 1).

Tableau 1
Facteurs liés au mode de vie associés à l'obésité chez les enfants, Canada, ESCC 2014 et ECMS 2012-2013
    Prévalence (%) IC à 95 %
Facteurs liés au mode de vie
Comportements alimentaires
Alimentation saineTableau 1 - Note a,Tableau 1 - Note c
Résultats global
  43,6 41,7 à 45,5
Sexe
Garçons 39,3 36,7 à 41,9
Filles 48,2 45,4 à 50,9
Suffisance du revenu
Faible 40,0 34,3 à 45,7
Moyenne 39,7 35,0 à 44,4
Élevée 48,8 45,9 à 51,6
Poids
Poids normal 46,9 43,9 à 49,9
Embonpoint 44,8 39,9 à 50,3
Obésité 37,1 30,7 à 43,5
Boissons sucréesTableau 1 - Note b,Tableau 1 - Note d
Résultats global
  17,2 13,3 à 21,2
Sexe
Garçons 20,2 13,9 à 26,5
Filles 14,2 9,6 à 18,7
Groupe d'âge
5 à 11 ans 13,4 9,7 à 17,0
12 à 17 ans 21,3 14,8 à 27,8
Suffisance du revenu
Faible 24,6 17,8 à 31,4
Moyenne 18,6 13,3 à 23,8
Élevée 10,6 5,4 à 15,9
Poids
Poids normal 15,7 10,6 à 20,9
Embonpoint 20,3 15,5 à 25,0
Obésité 21,5 10,7 à 32,2
Comportements liés à l'activité physique
Activité physiqueTableau 1 - Note b,Tableau 1 - Note e
Résultats global
  9,3Tableau 1 - Note E 5,8 à 12,8
Sexe
Garçons 12,6Tableau 1 - Note E 6,3 à 18,9
Filles 5,9 4,1 à 7,6
Groupe d'âge
5 à 11 ans 13,5 8,9 à 18,2
12 à 17 ans 5,0Tableau 1 - Note E 2,7 à 7,3
Suffisance du revenu
Faible 5,5Tableau 1 - Note E 2,3 à 8,8
Moyenne 11,3Tableau 1 - Note E 4,9 à 17,7
Élevée 10,2Tableau 1 - Note E 6,2 à 14,3
Comportement sédentaireTableau 1 - Note b,Tableau 1 - Note f
Résultats global
  48,1 42,6 à 53,6
Nombre d'heures global
  8,4 8,3 à 8,5
Sexe
Garçons 46,0 39,5 à 52,5
Filles 50,1 44,1 à 56,2
Groupe d'âge
5 à 11 ans 71,1 64,5 à 77,6
12 à 17 ans 23,8 17,2 à 30,4
Suffisance du revenu
Faible 47,8 40,6 à 55,1
Moyenne 45,9 36,9 à 55,0
Élevée 49,3 42,4 à 56,3
Poids
Poids normal 52,6 46,6 à 58,5
Embonpoint 41,8 32,5 à 51,0
Obésité 37,0 24,0 à 50,0
SommeilTableau 1 - Note b,Tableau 1 - Note g
Résultats global
  74,6 70,0 à 79,2
Nombre d'heures global
  9,0 8,8 à 9,1
Sexe
Garçons 74,8 67,9 à 81,8
Filles 74,3 69,2 à 79,5
Groupe d'âge
5 à 11 ans 81,8 77,1 à 86,4
12 à 17 ans 67,0 60,0 à 74,0
Suffisance du revenu
Faible 77,5 72,3 à 82,7
Moyenne 73,9 66,6 à 81,2
Élevée 61,1 40,6 à 81,7
Poids
Poids normal 77,5 72,3 à 82,7
Embonpoint 73,9 66,6 à 81,2
Obésité 61,1 40,6 à 81,7

Source : Statistique Canada, ESCC 2014, jeunes de 12 à 17 ans, et ECMS 2012-2013, enfants de 5 à 17 ans. Abréviations : ECMS, Enquête canadienne sur les mesures de la santé; ESCC, Enquête sur la santé dans les collectivités canadiennes; IC, intervalle de confiance. Remarque : Les estimations du respect des lignes directrices en matière d'activité physique en fonction du poids ont été supprimées en raison de leur forte variabilité.

Un environnement favorable, comme une école, est un élément clé pour la participation à une activité physique. Entre 2006 et 2011, le nombre d'écoles dotées d'une politique prescrivant de l'éducation physique tous les jours a augmenté de 57 % au CanadaNote de bas de page 25. Les moyens de transport actifs tels que la marche sont susceptibles de contribuer à l'activité physique quotidienne d'un enfant. Cependant, on estime que seulement un tiers (32,5 %) des enfants de 11 à 15 ans utilisent un moyen de transport actif pour se rendre à l'écoleNote de bas de page 26. Une vaste majorité d'administrateurs d'écoles au Canada affirment que les élèves ont accès à des ressources liées à l'environnement bâti comme des supports à vélo (79 %), des vestiaires (75 %), des installations extérieures (89 %) et des gymnases (84 %) pendant et après les heures de classeNote de bas de page 25. En 2010, environ 24 % des parents ont manifesté des inquiétudes relatives à la sécurité pour justifier le fait que leurs enfants ne jouent pas à l'extérieurNote de bas de page 27. La même année, 93 % des parents ont déclaré que des installations et des programmes publics existaient pour leurs enfants, mais seulement 65 % étaient d'avis que ces installations et ces programmes répondaient à leurs besoinsNote de bas de page 28.

Facteurs psychosociaux

L'état psychologique d'un individu et ses relations sociales (interpersonnelles) sont des facteurs susceptibles d'ouvrir la voie à l'obésité, aussi bien qu'ils peuvent être une conséquence du poidsNote de bas de page 29,Note de bas de page 30. De ce fait, les personnes qui souffrent d'obésité vivent souvent de la peur, de l'anxiété ou de la dépressionNote de bas de page 31. Bien que les jeunes affirment vivre des troubles de l'humeur (4,0 %, IC à 95 % : 3,3 à 4,8), les conclusions n'ont pas révélé de différences en fonction du poids à ce chapitre (tableau 2). La façon dont une personne perçoit son apparence, ses capacités et sa spécificité peuvent néanmoins avoir un effet sur son poidsNote de bas de page 32. Des données récentes ont révélé que les jeunes qui souffrent d'obésité sont moins susceptibles de se déclarer en bonne santé (tableau 2). Cependant, la constance du degré de bonheur indépendamment de la catégorie de poids (tableau 2) indique qu'il n'y aurait pas de relation forte entre le poids et la perception de soi, comme on aurait pu s'y attendreNote de bas de page 33.

En matière de perceptions de l'extérieur, et bien que l'isolement social ait été associé à un surplus de poidsNote de bas de page 34, les réponses des enfants sur le sentiment d'appartenance à la collectivité et sur les relations de confiance n'ont révélé aucune tendance significative en fonction du poids (tableau 2). Il n'en demeure pas moins que ces facteurs psychosociaux sont susceptibles d'être présents en début de vie et donc d'avoir une incidence sur la santé et le poids plus tard dans la vieNote de bas de page 29.

Facteurs en début de vie

Le poids d'une mère avant la conception et son gain pondéral pendant la grossesse sont deux facteurs prénataux importants associés à l'obésité chez les enfantsNote de bas de page 35,Note de bas de page 36. Les femmes qui prennent beaucoup de poids pendant leur grossesse risquent davantage de donner naissance à un bébé ayant un poids élevé pour son âge gestationnel, alors que les femmes qui prennent peu de poids pendant leur grossesse sont davantage susceptibles de donner naissance à un bébé prématuré ou petit pour son âge gestationnelNote de bas de page 35. Selon des estimations récentes, le tiers des femmes canadiennes font de l'embonpoint ou sont obèses lorsqu'elles entament leur grossesse, et un peu moins de la moitié des femmes enceintes (48,7 %) prennent plus de poids pendant leur grossesse que ce qui est recommandéNote de bas de page 37. Par ailleurs, la similarité observée entre le poids des enfants et celui de leurs parents (mère ou père) découle d'interactions complexes de facteurs à la fois environnementaux et génétiquesNote de bas de page 36,Note de bas de page 38,Note de bas de page 39.

L'allaitement a été associé à des taux plus faibles d'obésité chez les enfants, et la vaste majorité des femmes ayant accouché dans un hôpital ou une clinique au Canada se sont vu offrir une aide de la part de professionnels de la santé pour commencer l'allaitement dans les trente minutes suivant la naissanceNote de bas de page 35,Note de bas de page 40. Au Canada, une forte majorité de mères ont déclaré avoir allaité leur enfant, et environ un quart d'entre elles ont indiqué avoir eu recours exclusivement à l'allaitement maternel durant les six premiers mois de vie de leur enfant (tableau 2).

Tableau 2
Facteurs psychosociaux et facteurs en début de vie associés à l'obésité chez les enfants, Canada, ESCC 2011-2012, 2012 et 2014
    Prévalence (%) IC à 95 %
Facteurs psychosociaux
Santé mentale
Troubles de l'humeur et dépressionTableau 2 - Note a
Résultats global
  4,0 3,3 à 4,8
Sexe
Garçons 2,8Tableau 2 - Note E 1,8 à 3,8
Filles 5,4 4,2 à 6,5
Suffisance du revenu
Faible 6,1 4,1 à 8,0
Moyenne 3,8 2,6 à 4,9
Élevée 3,2 2,1 à 4,4
Poids
Poids normal 3,3 2,3 à 4,3
Embonpoint 4,6 2,5 à 6,7
Obésité 3,6 1,6 à 5,7
Perception de soi
En bonne santéTableau 2 - Note a
Résultats global
  69,9 67,8 à 72,0
Sexe
Garçons 70,6 67,9 à 73,4
Filles 69,1 66,1 à 72,1
Suffisance du revenu
Faible 60,1 54,8 à 65,4
Moyenne 66,1 62,3 à 69,8
Élevée 76,1 73,6 à 78,5
Poids
Poids normal 75,2 72,6 à 77,8
Embonpoint 67,7 62,4 à 73,0
Obésité 51,8 45,2 à 58,5
HeureuxTableau 2 - Note b
Résultats global
  90,9 89,7 à 92,1
Sexe
Garçons 93,0 91,5 à 94,5
Filles 88,7 86,8 à 90,6
Suffisance du revenu
Faible 87,9 84,5 à 91,2
Moyenne 90,7 88,2 à 93,3
Élevée 92,4 90,8 à 94,1
Poids
Poids normal 91,0 89,4 à 92,6
Embonpoint 89,3 85,8 à 92,7
Obésité 90,1 86,2 à 93,9
Perception de l'extérieur
Fort sentiment d'appartenance à la collectivitéTableau 2 - Note a
Résultats global
  79,6 77,9 à 81,3
Sexe
Garçons 77,3 74,7 à 79,8
Filles 82,1 79,6 à 84,5
Suffisance du revenu
Faible 78,8 75,3 à 82,2
Moyenne 79,1 76,6 à 81,7
Élevée 81,2 77,4 à 85,0
Poids
Poids normal 79,6 77,4 à 81,9
Embonpoint 80,3 75,8 à 84,8
Obésité 80,1 75,3 à 85,0
Relations de confianceTableau 2 - Note b
Résultats global
  96,3 95,5 à 97,1
Sexe
Garçons 96,1 94,9 à 97,2
Filles 96,6 95,4 à 97,8
Suffisance du revenu
Faible 93,4 91,0 à 95,9
Moyenne 96,2 94,8 à 97,6
Élevée 97,8 97,0 à 98,5
Poids
Poids normal 96,7 95,7 à 97,7
Embonpoint 95,8 93,6 à 98,0
Obésité 95,0 92,4 à 97,7
Facteurs en début de vie
Allaitement
Mères ayant allaité leur enfantTableau 2 - Note c 89,3 88,0 à 90,6
Mères ayant nourri leur enfant exclusivement au sein pendant 6 moisTableau 2 - Note c 26,2 24,1 à 28,3

Source : Statistique Canada, ESCC - Santé mentale de 2012, ESCC 2011-2012 et ESCC - Composante annuelle 2014. Les données se rapportent aux enfants de 12 à 17 ans. Abréviations : ESCC, Enquête sur la santé dans les collectivités canadiennes; IC, intervalle de confiance.

Le tabagisme maternel pendant la grossesse a été également associé au poids de l'enfant, la probabilité d'obésité juvénile s'établissant à 2,26 (IC à 95 % : 1,23 à 4,15)Note de bas de page 41. Environ 10,5 % des Canadiennes enceintes fument quotidiennementNote de bas de page 35.

Conclusion

L'obésité juvénile est un problème de santé complexe influencé par divers facteurs socioécologiques. Bien que les données ne révèlent pas de différences sur le plan des facteurs de risque et de protection individuels en matière de surpoids pendant l'enfance (à l'exception de l'alimentation saine), on sait que l'obésité infantile persiste à l'âge adulteNote de bas de page 42, et ses effets sont alors susceptibles d'être davantage visibles. La surveillance continue de l'embonpoint et de l'obésité chez les enfants et les jeunes, ainsi que des facteurs qui y contribuent, nous aide à mieux comprendre les tendances à l'échelle de la population, ce qui permettra certainement d'améliorer la lutte contre les problèmes de santé.

Conflits d'intérêts

Les auteurs déclarent qu'il n'y a aucun conflit d'intérêts.

Contributions des auteurs

Tous les auteurs ont contribué à la conceptualisation et l'interprétation de l'étude. DPR a contribué à l'analyse des données, alors que DPR, KCR, EK et MTD ont contribué à la rédaction du manuscrit.

Références

Signaler un problème ou une erreur sur cette page
Veuillez sélectionner toutes les cases qui s'appliquent :

Merci de votre aide!

Vous ne recevrez pas de réponse. Pour toute question, contactez-nous.

Date de modification :