Recherche quantitative originale – Adoption d’un règlement municipal pour obliger les moins de 18 ans à porter un casque à vélo : effet sur la pratique du vélo et le port du casque

Aurélie Maurice, FRCPCRattachement d'auteur 1; Michel Lavoie, M.D.Rattachement d'auteur 2; Denis Hamel, M. Sc.Rattachement d'auteur 3; Mylène Riva, Ph. D.Rattachement d'auteur 4

https://doi.org/10.24095/hpcdp.40.1.02f

Cet article a fait l'objet d'une évaluation par les pairs.

Rattachement des auteurs :

Rattachement d'auteur 1

Direction de santé publique, Centre intégré universitaire de santé et de services sociaux de la Capitale-Nationale, Québec (Québec), Canada

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Rattachement d'auteur 2

Direction du développement des individus et des communautés, Institut national de santé publique du Québec, Québec (Québec), Canada

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Rattachement d'auteur 3

Bureau d’évaluation et d’études en santé des populations, Institut national de santé publique du Québec, Québec (Québec), Canada

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Rattachement d'auteur 4;

Bureau d’évaluation et d’études en santé des populations, Institut national de santé publique du Québec, Québec (Québec), Canada

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Correspondance : Aurélie Maurice, Direction de santé publique, Centre intégré universitaire de santé et de services sociaux de la Capitale-Nationale, 2400 avenue D’Estimauville, Québec (Québec)  G1E 7G9; tél. : 418-666-7000; courriel : aurelie.maurice.ciussscn@ssss.gouv.qc.ca

Résumé

Introduction. Le port du casque à vélo est reconnu comme étant une mesure efficace pour prévenir les traumatismes crâniens chez les cyclistes. Plusieurs pays ont légiféré pour rendre obligatoire le port du casque, mais ce type de mesure est contesté, de crainte qu’elle ait pour effet de réduire la pratique du vélo, en particulier chez les adolescents. La municipalité de Sherbrooke a adopté en 2011 un règlement rendant obligatoire le port du casque à vélo pour les mineurs. L’objectif de cette étude était d’évaluer l’effet de ce règlement sur la pratique du vélo et sur le port du casque à vélo.

Méthodologie. L’effet du règlement a été évalué en comparant l’évolution de la pratique du vélo et du port du casque à vélo avant et après sa promulgation, chez les jeunes âgés de 12 à 17 ans de la région de Sherbrooke (n = 248) et de trois régions témoins (n = 767), au moyen d’analyses de régression logistique.

Résultats. La pratique du vélo est demeurée stable dans la région de Sherbrooke (passant de 49,9 % à 53,8 %) alors qu’elle a diminué dans les régions témoins (passant de 59,1 % à 46,3 %). Cette évolution différente fait que la pratique du vélo s’est révélée plus importante dans la région de Sherbrooke après la promulgation du règlement comparativement aux régions témoins (rapport de cotes [RC] du terme d’interaction : 2,32; intervalle de confiance [IC] à 95 % : 1,01 à 5,35). Quant au port du casque à vélo, une tendance à la hausse, non statistiquement significative, a été observée dans la région de Sherbrooke (passant de 43,5 % à 60,6 %), alors qu’il est demeuré stable dans les régions témoins (passant de 41,5 % à 41,9 %). Aucune différence significative n’est observée dans l’évolution du port du casque à vélo entre les deux groupes (RC du terme d’interaction : 2,70; IC à 95 % : 0,67 à 10,83).

Conclusion. Après la promulgation du règlement, chez les jeunes âgés de 12 à 17 ans de la région de Sherbrooke, la pratique du vélo est demeurée stable et le port du casque à vélo a augmenté, mais de façon non significative.

Mots-clés : législation, port du casque, pratique du vélo, jeunes

Points saillants

  • Un règlement municipal obligeant les enfants et les jeunes de moins de 18 ans à porter un casque à vélo a été implanté sans être associé à une diminution de la pratique du vélo chez les 12 à 17 ans.
  • Ces résultats ne sont pas généralisables à l’échelle d’une province ou d’un pays parce que les activités promotionnelles ayant accompagné le règlement ne sont pas nécessairement réalisables avec autant d’intensité qu’à l’échelle d’une municipalité.

Introduction

Le vélo est une activité encouragée pour ses bienfaits à la santéNote de bas de page 1. Néanmoins, cette activité est aussi associée à un risque de blessures graves, notamment à la têteNote de bas de page 2,Note de bas de page 3,Note de bas de page 4. Le casque à vélo est reconnu efficace pour prévenir les blessures à la tête, en particulier chez les jeunes, et tant lors d’une chute que d’une collision avec un véhicule motoriséNote de bas de page 5,Note de bas de page 6,Note de bas de page 7. Au Québec, en 2013-2014, seulement 34,5 % des cyclistes de 12 ans et plus ont déclaré avoir toujours porté un casque à vélo au cours des 12 derniers moisNote de bas de page 8.

Quelques pays dont l’Australie, la Nouvelle-Zélande, certains États américains et plusieurs provinces canadiennes ont rendu obligatoire le port du casque à vélo afin d’en augmenter l’utilisation. Au Canada, le port du casque à vélo est obligatoire dans huit provinces, soit pour tous les cyclistes (Nouvelle-Écosse, Nouveau-Brunswick, Île-du-Prince-Édouard, Terre-Neuve-et-Labrador et Colombie-Britannique), soit pour les mineurs seulement (Ontario, Manitoba et Alberta)Note de bas de page 9. Au Québec, le port du casque à vélo est facultatif, sauf dans la ville de Sherbrooke où, en raison d’un règlement municipal, il est obligatoire depuis mars 2011 pour les cyclistes ayant moins de 18 ans. La pertinence de rendre obligatoire le port du casque à vélo à l’échelle du Québec a fait l’objet de vifs débats lors de trois commissions parlementaires (1996, 2000 et 2010), mais cette proposition a été rejetée à chaque fois. Le principal argument fourni par les opposants était que cette mesure pourrait avoir une incidence globale négative sur la santé, en ayant pour effet de réduire la pratique du véloNote de bas de page 10,Note de bas de page 11.

Une dizaine d’études ont été réalisées en AustralieNote de bas de page 11,Note de bas de page 12,Note de bas de page 13,Note de bas de page 14, en Nouvelle-ZélandeNote de bas de page 15, aux États-UnisNote de bas de page 16 et au CanadaNote de bas de page 9,Note de bas de page 17,Note de bas de page 18,Note de bas de page 19 pour évaluer l’effet des mesures rendant obligatoire le port du casque à vélo sur la pratique du vélo. Les résultats observés dans plusieurs de ces études suggèrent que ce type de mesures est associé à une réduction de la pratique du vélo, en particulier chez les jeunesNote de bas de page 11,Note de bas de page 12,Note de bas de page 13,Note de bas de page 14,Note de bas de page 16. La plupart de ces études présentent toutefois des limites méthodologiques importantes (ex : absence de groupe contrôle, une seule mesure avant ou après la loi, non-contrôle de l’effet de variables confondantes telles que les conditions météorologiques ou l’évolution des infrastructures cyclables), ce qui rend plus difficile l’interprétation des résultats observés. Il n’est pas certain qu’une loi rendant obligatoire le port du casque à vélo diminue la pratique du vélo, mais c’est un risque qui demeure préoccupant d’un point de vue de santé publique, en particulier pour les jeunes. Par ailleurs, rappelons que l’absence de port de casque est également préoccupante, sachant que le port du casque permet de prévenir entre 50 % et 69 % des blessures à la tête chez les cyclistesNote de bas de page 6.

L’objectif de cette étude était d’évaluer l’effet du règlement adopté par la ville de Sherbrooke visant à obliger les cyclistes de moins de 18 ans à porter un casque à vélo sur la pratique du vélo et sur le port du casque à vélo. Cet article s’appuie sur les résultats d’un mémoire de maîtrise en santé communautaire sur le sujetNote de bas de page 20.

Méthodologie

Description de l’intervention

Sherbrooke, une ville d’environ 140 000 habitantsNote de bas de page 21, a adopté un règlement obligeant les cyclistes de moins de 18 ans à porter un casque à vélo. Ce règlement est en vigueur depuis le 1er mars  2011. Une amende de 30 $ est prévue en cas d’infraction, mais une approche non punitive a été privilégiée : au lieu d’infliger cette amende, les policiers-patrouilleurs informent les cyclistes non casqués de l’importance de porter un casque à vélo et peuvent même fournir un casque à ceux qui n’en possèdent pas. D’autres types d’activités ont été réalisées, notamment dans les écoles, commerces et milieux de la santé, et ce, avant et après la promulgation de ce règlement, afin de promouvoir le port du casque à vélo et la pratique du vélo auprès des jeunes (ex. : don de casques, vente de vélo à prix modique, expansion du réseau cyclable, campagne médiatique).

Devis de l’étude

Cette étude consistait à comparer les changements (après la promulgation du règlement par rapport à avant) dans la pratique du vélo et du port du casque à vélo chez les jeunes exposés à ce règlement par rapport à un groupe témoin de jeunes non exposés.

Source des données

Les données sur la pratique du vélo et le port du casque proviennent de l’Enquête de santé dans les collectivités canadiennes (ESCC), une enquête transversale administrée par Statistique Canada et réalisée sur une base continue. Les données de cette enquête sont recueillies à l’aide de questionnaires administrés en personne ou par téléphone auprès d’un échantillon représentatif de la population canadienne de 12 ans et plus, échantillon qui varie d’un cycle à l’autreNote de bas de page 22. La sélection aléatoire de l’échantillon et l’utilisation de poids d’enquête permettent d’inférer les résultats de l’échantillon aux populations régionales. Les données sur la pratique du vélo proviennent de quatre cycles d’enquête, soit deux cycles avant (2007-2008 et 2009-2010) et deux cycles après (2011-2012 et 2013-2014) la promulgation du règlement. Pour le port du casque, seulement un cycle d’enquête a été utilisé avant (2009-2010) et un après (2013-2014) la promulgation du règlement, du fait que ces données n’existent que depuis 2009-2010 et ne sont récoltées qu’un cycle sur deux.

Groupe exposé

Le groupe exposé est constitué des 248 jeunes âgés de 12 à 17 ans ayant participé à l’un des quatre cycles de l’ESCC réalisés dans la région métropolitaine de recensement (RMR) de Sherbrooke. La limite d’âge de 12 ans est celle de l’âge minimal des participants à l’ESCC et celle de 17 ans est celle de l’âge maximal des personnes visées par le règlement. La RMR de Sherbrooke regroupe plusieurs subdivisions de recensement et la ville de Sherbrooke rassemble 77 % des jeunes de 12 à 17 ans résidant dans l’ensemble de la RMR.

Groupe non exposé

Le groupe non exposé est constitué des 767 jeunes âgés de 12 à 17 ans ayant participé à l’un des quatre cycles de l’ESCC réalisés dans les RMR de Gatineau (n = 335), Trois-Rivières (n = 192) et Saguenay (n = 240) entre 2009 et 2014. Ces trois RMR ont été sélectionnées en raison de leurs similitudes avec la RMR de Sherbrooke quant aux principaux facteurs influençant la pratique du vélo, soit la taille de la populationNote de bas de page 23, la topographie du terrainNote de bas de page 24, le climat et l’ampleur du réseau cyclableNote de bas de page 25.

Pratique du vélo

La pratique du vélo a été mesurée à partir des données de l’ESCC portant sur la pratique du vélo de loisir et la pratique du vélo utilitaire. Dans cette enquête, la pratique du vélo de loisir est mesurée par la question : « Au cours des 3 derniers mois, […] avez-vous fait les activités suivantes [dont la bicyclette] ? » et la pratique du vélo utilitaire par la question : « Au cours des 3 derniers mois, avez-vous fait de la bicyclette pour vous rendre au travail ou à l’école et pour en revenir ? ». Ceux ayant répondu positivement à au moins une de ces deux questions ont été classés parmi les utilisateurs du vélo et ceux ayant répondu négativement à ces deux questions, parmi les non-utilisateurs du vélo. Nous avons choisi d’utiliser une variable dichotomique afin de préserver la puissance statistique et de réduire le risque de biais de rappel, plus important avec une variable de fréquence.

Port du casque à vélo

Le port du casque à vélo a été mesuré à partir des données recueillies auprès des participants de l’ESCC ayant déclaré avoir pratiqué le vélo de loisir ou le vélo utilitaire au moins une fois au cours des trois derniers mois. Dans cette enquête, le port du casque à vélo est mesuré à l’aide de la question suivante : « Lorsque vous faites de la bicyclette, à quelle fréquence portez-vous un casque ? ». Ceux ayant répondu porter un casque toujours ou la plupart du temps ont été classés parmi les utilisateurs d’un casque alors que ceux ayant répondu porter un casque rarement ou jamais ont été classés parmi les non-utilisateurs d’un casque.

Variables d’ajustement

Les variables suivantes ont été considérées comme variables d’ajustement dans les modèles statistiques : l’âge, le sexe, la saison, le niveau de défavorisation matérielle (proportion de personnes n’ayant pas de diplômes d’études secondaires, rapport emploi/population et revenu moyen personnel) et le niveau de défavorisation sociale (proportion de personnes séparées, divorcées ou veuves, proportion de personnes vivant seules et proportion de familles monoparentales)Note de bas de page 26. La variable « saison » a été créée afin de s’assurer que les régions étaient équilibrées en matière de distribution des saisons. Elle a été déterminée en fonction du mois de l’enquête, en tenant compte du fait que les réponses fournies par le répondant concernaient les habitudes des trois mois précédant l’enquête. Ainsi, l’été a été attribuée aux répondants ayant participé à l’enquête d’août à octobre, l’automne de novembre à janvier, l’hiver de février à avril et le printemps de mai à juillet.

Analyses statistiques

Les 1 015 participants à l’étude ont été répartis selon les cycles d’enquête menés avant et après la promulgation du règlement, puis ils ont été comparés en fonction de chacune des variables d’ajustement, au moyen d’un test du khi-2 avec un seuil de signification de 5 %. Des analyses ont ensuite été réalisées pour calculer les prévalences de la pratique du vélo et du port du casque à vélo dans la RMR de Sherbrooke et dans les RMR témoins, avant et après la promulgation du règlement, avec des intervalles de confiances (IC) à 95 %. Les prévalences en matière de pratique du vélo ont été calculées en ajustant pour la saison. Des analyses de régression logistique ont été menées pour comparer l’évolution de la pratique du vélo et du port du casque à vélo, avant et après la promulgation du règlement, dans la RMR de Sherbrooke et dans les RMR témoins, en transformant les résultats obtenus en rapport de cote (RC). L’effet du règlement sur la pratique du vélo et sur le port du casque à vélo dans la RMR de Sherbrooke a été mesuré en ajoutant au modèle de régression un terme d’interaction entre la variable Temps (après versus avant le règlement) et la variable RMR (RMR de Sherbrooke versus les RMR témoins). La présence d’interaction signifie que le changement observé après versus avant la promulgation du règlement diffère chez les deux groupes de RMR, ce qui démontre l’impact du règlement. Les analyses de régression ont toutes été faites en contrôlant l’effet des variables potentiellement confondantes présentes dans les banques de données.

Le tableau 1 présente le calcul des RC de la variable dépendante avant et après la promulgation du règlement dans la RMR de Sherbrooke et dans les autres RMR, l’écart observé entre ces deux périodes pour la RMR de Sherbrooke et les autres RMR (différence) et l’écart observé entre ces deux groupes (différence de différence). Le RC est obtenu en prenant l’exponentiel de la valeur β calculée par le modèle de régression (par exemple, eβ1 = RC de la variable dépendante dans la RMR de Sherbrooke avant la promulgation du règlement). Le groupe de référence correspond aux autres RMR avant le règlement, c’est pourquoi le RC vaut 1 (e0 = 1) pour ce groupe dans le modèle de régression. Les autres RC se réfèrent à cette valeur. Rappelons que la valeur d’un RC peut être égale à 1 (probabilité inchangée), inférieure à 1 (la probabilité diminue) ou supérieure à 1 (la probabilité augmente). Nous avons calculé un IC à 95 % pour les RC et nous avons fixé le seuil de significativité statistique à 0,05 (valeur p des coefficients β). Le RC est donc statistiquement significatif lorsque l’IC n’inclut pas la valeur 1 pour un seuil de significativité fixé à 0,05.

Tableau 1. Probabilité de survenue de la variable dépendante (RC) avant et après la promulgation du règlement rendant le port du casque obligatoire, selon le lieu de résidence
RMR Avant Après Différence Différence de
différenceNote de bas de page a
RMR de Sherbrooke eβ1 eβ1 + β2 + β3 eβ2 + β3 eβ3
Autres RMR 1 eβ2 eβ2

Abréviations : RC, rapport de cotes; RMR, région métropolitaine de recensement.
Remarque : eβ = RC.

Tableau 1 Note a

La différence de différence correspond à l’effet net du règlement ou au terme RMR*Temps du modèle de régression.

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De plus, afin que les résultats des analyses soient représentatifs de la population de chaque RMR et non de l’échantillon utilisé dans cette étude, un facteur de pondération adapté à l’échelle des RMR a été inclus dans les analyses statistiquesNote de bas de page 22. Enfin, conformément aux recommandations de Statistique CanadaNote de bas de page 22, nous avons estimé la variance des paramètres des modèles grâce à la méthode de ré-échantillonnage bootstrap. Les analyses statistiques ont été réalisées à l’aide des logiciels SAS 9.4 (SAS Institute Inc., Cary, Caroline du Nord, États-Unis) et SPSS 22.0 (IBM, Chicago, Illinois, États-Unis).

Résultats

Les résultats présentés dans le tableau 2 montrent que l’échantillon se distribue également avant et après la promulgation du règlement pour le sexe, la saison, la défavorisation matérielle et la défavorisation sociale. En revanche, la distribution de l’échantillon diffère pour les RMR, probablement en raison de la diminution du nombre de participants dans la RMR de Trois-Rivières après par rapport à avant la promulgation du règlement. Une différence est observable pour la distribution de l’échantillon selon l’âge, mais ce résultat n’est pas statistiquement significatif.

Tableau 2. Distribution de l’échantillon (n = 1015) avant et après la promulgation du règlement, pour les variables d’ajustement étudiées
Variables Avant Après Valeur
pNote a
Pourcentages
(%)
Effectifs
(n)
Pourcentages
(%)
Effectifs
(n)
Sexe 0,660
Garçon 50,9 278 49,6 232
Fille 49,1 268 50,5 237
Âge (ans) 0,052Note c
12 à 14 50,0 272 43,9 205
15 à 17 50,0 274 56,1 264
Saisons 0,606
Été 27,8 152 27,2 127
Automne 27,7 151 24,5 115
Hiver 21,9 119 24,4 114
Printemps 22,6 124 23,9 113
Défavorisation matérielle 0,379
Très favorisé 27,5 150 31,5 147
Favorisé 25,1 137 21,0 98
Ni favorisé ni défavorisé 20,4 111 20,1 94
DéfavoriséNote b 27,1 148 27,4 130
Défavorisation sociale 0,175
Très favorisé 20,1 109 20,5 96
Favorisé 23,3 132 18,7 88
Ni favorisé, ni défavorisé 24,8 135 23,2 109
DéfavoriséNote b 31,9 170 37,6 176
RMR < 0,001Footnote c
Sherbrooke 23,6 129 25,4 119
Trois-Rivières 23,3 127 13,9 65
Gatineau 33,0 180 33,1 155
Saguenay 20,2 110 27,7 130

Abréviation : RMR, région métropolitaine de recensement.

Tableau 2 Note a

La valeur p est celle du test de rapport de vraisemblance du test de khi-2.

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Tableau 2 Note b

La catégorie « Défavorisé » regroupe les quintiles 4 et 5 de défavorisation.

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Tableau 2 Note c

Ces valeurs sont statistiquement significatives.

Retour à la référence de la note de bas de page c de tableau 2

Pratique du vélo

Avant la promulgation du règlement, la prévalence de la pratique du vélo chez les jeunes âgés de 12 à 17 ans était de 49,9 % (IC à 95 % : 40,7 à 59,1) dans la RMR de Sherbrooke et de 59,1 % (IC à 95 % : 53,9 à 64,3) dans les RMR témoins (tableau 3). Après la promulgation du règlement, la prévalence de la pratique du vélo est passée à 53,8 % dans la RMR de Sherbrooke, mais cette augmentation n’est pas statistiquement significative (RC : 1,25; IC à 95 % : 0,58 à 2,59). À l’inverse, la prévalence de la pratique du vélo a diminué tangiblement et de façon statistiquement significative à 46,3 % dans les RMR témoins (RC : 0,54; IC à 95 % : 0,36 à 0,80). La valeur du RC associé au terme d’interaction RMR*Temps montre que la baisse de la pratique du vélo observée dans les RMR témoins ne s’est pas manifestée dans la RMR de Sherbrooke en dépit de la promulgation du règlement (RC interaction : 2,32; IC à 95 % : 1,01 à 5,35).

Tableau 3. Prévalences (%) et rapports de cote (RC) pour la pratique du vélo et le port du casque à vélo chez les jeunes âgés de 12 à 17 ans, avant et après la promulgation du règlement, selon le lieu de résidence
RMR Prévalence (%)
avant le règlement
(IC à 95 %)
Prévalence (%)
après le règlement
(IC à 95 %)
RC ajusté
(IC à 95 %)Note b
RC interaction
(IC à 95 %)Note c
Pratique du véloaNote a 2,32 (1,01 à 5,35)Note d
RMR Sherbrooke 49,9 (40,7 à 59,1) 53,8 (43,4 à 64,2) 1,25 (0,58 à 2,59)
Autres RMR 59,1 (53,9 à 64,3) 46,3 (40,1 à 52,6) 0,54 (0,36 à 0,80)Note d
Port du casque 2,70 (0,67 à 10,83)
RMR Sherbrooke 43,5 (24,6 à 64,0) 60,6 (37,5 à 80,7) 2,61 (0,75 à 9,04)
Autres RMR 41,5 (32,8 à 50,2) 41,9 (30,2 à 53,6) 0,97 (0,52 à 1,80)

Abréviations : IC, intervalle de confiance; RC, rapport de cotes; RMR, région métropolitaine de recensement.

Tableau 3 Note a

Les prévalences de la pratique du vélo sont ajustées pour la saison.

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Tableau 3 Note b

Cette valeur correspond à la différence de la mesure de la variable dépendante (pratique du vélo ou port du casque) après par rapport à avant la promulgation du règlement. Ces RC sont ajustés pour les variables potentiellement confondantes : l’âge, le sexe, la saison et le niveau de défavorisation matérielle et sociale.

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Tableau 3 Note c

Le terme d’interaction (RMR*Temps) est l’effet net du règlement. Ce dernier correspond à la différence de la différence de la mesure de la variable dépendante (la pratique du vélo ou le port du casque), après la promulgation du règlement par rapport à avant, dans la RMR de Sherbrooke par rapport aux autres RMR.

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Tableau 3 Note d

Ces valeurs sont statistiquement significatives.

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Port du casque

Avant la promulgation du règlement, la prévalence du port du casque à vélo chez les jeunes âgés de 12 à 17 ans était de 43,5 % (IC à 95 % : 24,6 à 64,0) dans la RMR de Sherbrooke et de 41,5 % (IC à 95 % : 32,8 à 50,2) dans les RMR témoins (tableau 3). Après la promulgation du règlement, la prévalence du port du casque est montée à 60,6 % dans la RMR de Sherbrooke, mais l’effet mesuré par le RC est non statistiquement significatif (RC : 2,61; IC à 95 % : 0,75 à 9,04). Dans les RMR témoins, cette prévalence est demeurée stable à 41,9 % (RC : 0,97; IC à 95 % : 0,52 à 1,80). L’analyse des résultats de l’interaction suggère une hausse du port du casque dans la RMR de Sherbrooke par rapport aux RMR témoins après la promulgation du règlement comparativement à avant (RC interaction : 2,70; IC à 95 % : 0,67 à 10,83). Rappelons que l’IC est large du fait d’un manque de puissance statistique.

Analyse

Pratique du vélo

La pratique du vélo chez les jeunes de 12 à 17 ans est demeurée stable dans la RMR de Sherbrooke entre la période ayant précédé et celle ayant suivi la promulgation du règlement adopté par la ville de Sherbrooke, alors que cette pratique a diminué dans les RMR témoins. Cette diminution concorde avec les résultats observés dans l’ensemble des données québécoises, et ce, même dans la région de l’Estrie, qui englobe la RMR de Sherbrooke, que ce soit pour les jeunes de 12 à 17 ans ou pour les adultes de 18 à 24 ansNote de bas de page 20. En raison de cette évolution différente, la pratique du vélo chez les jeunes de 12 à 17 ans s’est révélée plus importante dans la RMR de Sherbrooke que dans les RMR témoins après la promulgation du règlement comparativement à avant.

Cette évolution différente pourrait être due à deux facteurs susceptibles d’avoir influencé positivement la pratique du vélo à Sherbrooke. Les informations obtenues auprès d’informateurs clés montrent, d’une part, que les activités réalisées pour promouvoir la pratique du vélo et le port du casque à vélo avant et après la promulgation du règlement étaient plus nombreuses et diversifiées dans la ville de Sherbrooke que dans les RMR témoins et, d’autre part, que l’approche non punitive privilégiée par les policiers de la ville de Sherbrooke pour appliquer le règlement (ex. : don d’un casque à vélo aux cyclistes non casqués au lieu d’infliger une amende), a eu un impact positif. Il est à noter que l’analyse des données météorologiques montre que, durant la période étudiée, le nombre de journées avec des températures basses (moins de 15° C) ou élevées (plus de 28° C) et le nombre de jours de pluie (1 mm ou plus) étaient comparables dans les trois RMR témoins et dans la RMR de SherbrookeNote de bas de page 27.

Les résultats des études menées en AustralieNote de bas de page 11,Note de bas de page 12,Note de bas de page 13,Note de bas de page 14, en Nouvelle-ZélandeNote de bas de page 15 et aux États-UnisNote de bas de page 16 suggèrent que la pratique du vélo a diminué après que le port du casque à vélo ait été rendu obligatoire, en particulier chez les jeunes. Cependant, les résultats des études menées en Australie et en Nouvelle-Zélande doivent être interprétés avec prudence étant donné la présence de limites méthodologiques importantes (absence de groupe contrôle, une seule mesure avant ou après la loi, absence de contrôle de l’effet de variables confondantes telles que les conditions météorologiques ou l’évolution des infrastructures cyclables). En revanche, les résultats de l’étude menée aux États-Unis sont préoccupants étant donné que cette étude est beaucoup plus rigoureuse sur le plan méthodologique que celles menées en Australie et en Nouvelle-Zélande. Quant aux trois études menées au Canada, les résultats observés sont contradictoires. L’étude de KarkanehNote de bas de page 17,Note de bas de page 18 fait état d’une réduction de la pratique du vélo en Alberta chez les jeunes après la loi, alors que celles menées par Macpherson et collab.Note de bas de page 19 en Ontario et par Dennis et collab.9 en Alberta et à l’Île-du-Prince-Édouard ne font état d’aucun changement sur la pratique du vélo. Toutes ces études ont été menées à l’échelle d’un pays ou d’une province, ce qui peut avoir masqué des changements à plus petite échelle, par exemple à l’échelle d’une région. De plus, aucune d’entre elles ne permet d’interpréter les résultats observés en tenant compte du contexte d’implantation et d’application de la loi, en raison de l’absence d’information sur la nature et le type d’activités réalisées pour renforcer l’application de la loi ou pour promouvoir la pratique du vélo et le port du casque à vélo.

Port du casque

Les résultats de notre étude suggèrent que le port du casque à vélo a augmenté chez les jeunes âgés de 12 à 17 ans dans la RMR de Sherbrooke après la promulgation du règlement, alors qu’il est demeuré stable dans les RMR témoins. Bien que le port du casque ait augmenté à Sherbrooke après la loi, passant de 43,5 % à 60,6 % parmi les jeunes de 12 à 17 ans pratiquant le vélo, cette augmentation est non significative, probablement en raison des faibles tailles d’échantillon disponibles pour les deux cycles de l’ESCC en cause (respectivement de 50 et de 39 répondants). L’échantillon est demeuré de taille réduite car une seule mesure était disponible avant et après la promulgation du règlement et aussi parce que cette mesure a été prise uniquement auprès de ceux ayant déclaré avoir fait du vélo au cours des trois derniers mois. Dans notre étude, la puissance statistique pour détecter un RC associé à 2,6 n’est que de l’ordre de 30 %. Pour qu’un RC de 2,6 puisse être détecté avec une puissance statistique de 80 %, il aurait fallu que le modèle de régression soit ajusté sur un échantillon d’au moins 280 répondants au total sur les deux cycles (avant et après), ce qui n’était pas possible. Ceci dit, en supposant que cette augmentation du port du casque soit réelle, un tel changement avant-après aurait une importance clinique, sachant que le port du casque est une mesure efficace pour prévenir les blessures à la têteNote de bas de page 5,Note de bas de page 6,Note de bas de page 7. Par ailleurs, la mesure du port du casque à vélo pourrait être surestimée dans la RMR de Sherbrooke, car il est possible que les jeunes Sherbrookois aient été plus réticents à déclarer ne pas toujours porter un casque à vélo sachant que le port de cet équipement était maintenant obligatoire dans leur municipalité. Mais le fait que l’ESCC assure l’anonymat des répondants a probablement eu pour effet de réduire l’ampleur de ce biais. Enfin, on ne peut exclure que le port du casque ait pu augmenter indépendamment de la réglementation, grâce aux nombreuses activités promotionnelles réalisées.

Les résultats de notre étude vont dans le même sens que ceux observés dans l’étude de Cyr et OuedragoNote de bas de page 28, qui a montré une augmentation significative du port du casque à vélo chez les jeunes Sherbrookois après la promulgation du règlement. En effet, selon cette étude observationnelle, la vaste campagne de promotion de la pratique sécuritaire du vélo (incluant la promulgation du règlement) a été efficace pour augmenter le taux de port du casque. Les résultats de cette étude ont montré que le taux de port du casque est passé de 38 % en 2006 à 92,9 % en 2011 pour les 10 à 15 ans et de 12 % à 57 % pour les 16 à 18 ans. Plusieurs études ont fait état d’une augmentation du port du casque à vélo après que celui-ci ait été rendu obligatoireNote de bas de page 29,Note de bas de page 30,Note de bas de page 31,Note de bas de page 32,Note de bas de page 33,Note de bas de page 34,Note de bas de page 35. Cependant, certains auteurs attribuent l’augmentation de cette proportion dans le port du casque à une diminution du nombre de cyclistes non casqués au dénominateur (ce qui engendre une augmentation factice de la proportion de port du casque) plutôt qu’à une augmentation du nombre de cyclistes casqués (ce qui engendre une augmentation réelle de la proportion de port du casque)Note de bas de page 36,Note de bas de page 37. Dans notre étude, l’augmentation du port du casque à vélo ne peut pas être attribuée à une diminution du nombre de cyclistes non casqués puisque la pratique du vélo est demeurée stable après la promulgation du règlement dans la RMR de Sherbrooke.

Forces et limites

Notre étude comporte plusieurs caractéristiques sur le plan méthodologique assurant une bonne validité interne des résultats observés : un devis de recherche de type avant-après avec groupe exposé et groupe témoin; la disponibilité de deux mesures de la pratique du vélo avant et après la promulgation du règlement; la documentation du type d’activités réalisé pour implanter le règlement; la connaissance du type d’activités réalisé à Sherbrooke et dans les trois RMR témoins pour promouvoir la pratique du vélo et le port du casque à vélo durant cette période et enfin la connaissance des données relatives aux conditions météorologiques dans les régions concernées.

Le devis de recherche de cette étude présente toutefois certaines limites. Notre étude ne permet pas de dissocier l’effet spécifique du règlement sur la pratique du vélo et le port du casque à vélo de celui lié aux activités de promotion. Pour cela, il aurait fallu disposer d’un groupe témoin provenant d’une région où auraient été réalisées les mêmes activités promotionnelles qu’à Sherbrooke, ce qui n’existait pas au Québec. Par ailleurs, afin d’obtenir une puissance statistique suffisante, tous les jeunes de la RMR de Sherbrooke ont été inclus dans le groupe exposé, et ce, même si le règlement s’appliquait uniquement au territoire de la ville de Sherbrooke. Nous avons obtenu des RC élevés, mais ceux-ci sont demeurés non significatifs. Un échantillon plus important aurait probablement permis de vérifier les tendances observées, surtout pour le port du casque à vélo. De plus, nous n’avons pas utilisé de variable plus sensible de fréquence de la pratique du vélo, mais l’utilisation d’une variable dichotomique a permis de détecter une évolution positive de la pratique du vélo dans la RMR de Sherbrooke comparativement aux RMR témoins (tableau 3; RC interaction : 2,32; IC à 95 % : 1,01 à 5,35). Enfin, les résultats de cette étude sont valables dans un milieu où une approche non punitive a été préconisée pour appliquer le règlement.

Conclusion

Les résultats de notre étude suggèrent qu’un règlement municipal obligeant les moins de 18 ans à porter un casque à vélo peut être implanté sans être associé à une diminution de la pratique du vélo chez les jeunes de 12 à 17 ans, si ce règlement est implanté de façon non punitive et s’il est accompagné d’activités visant à promouvoir la pratique du vélo et le port du casque à vélo. Le devis de cette étude ne permet pas toutefois d’exclure la possibilité qu’un tel règlement ait pu réduire l’effet des activités visant à promouvoir la pratique du vélo. De plus, ces résultats ne sont pas généralisables à l’échelle d’une province ou d’un pays, notamment parce qu’il n’est pas certain que le même type d’activités promotionnelles puisse être réalisé avec autant d’intensité qu’à l’échelle d’une municipalité.

Remerciements

Nous aimerions remercier les membres du comité Communauté sécuritaire de l’organisme Sherbrooke Ville en santé qui ont gracieusement accepté de collaborer à ce projet en fournissant des informations éclairantes sur le contexte particulier de la pratique du vélo à Sherbrooke. Nous souhaitons également remercier le Dr Pierre Maurice ainsi que Mathieu Gagné de l’Institut national de santé publique du Québec pour leur contribution à la révision du manuscrit.

Conflit d’intérêts

Les auteurs déclarent n'avoir aucun conflit d'intérêts.

Contribution des auteurs et avis

Tous les auteurs ont contribué à l’élaboration du devis de l’étude. DH a fourni l’expertise en analyses statistiques. AM a rédigé la première version du manuscrit. Tous les auteurs ont participé à la révision du manuscrit et en ont approuvé la version finale.

Le contenu de l'article et les points de vue qui y sont exprimés n'engagent que les auteurs et ne correspondent pas nécessairement à ceux du gouvernement du Canada.

Approbation éthique

Ce projet de recherche a obtenu l’exemption des Comités d’éthique de la recherche avec des êtres humains de l’Université Laval (CÉRUL) puisqu’il s’agissait d’analyses secondaires de données individuelles de l’ESCC. L’accès à ces données a été accordé après l’évaluation d’un protocole d’analyse soumis au Conseil de recherches en sciences humaines du Canada (CRSH). Les analyses ont été réalisées au Centre interuniversitaire québécois de statistiques sociales (CIQSS) de l’Université Laval, dont l’accès était sécurisé.

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