Synthèse des données probantes – Tendances et motivations associées à la polyconsommation de substances : une revue rapide des données qualitatives

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Michèle Boileau-Falardeau, M. Sc. en santé publiqueNote de rattachement des auteurs 1Note de rattachement des auteurs 2; Gisèle Contreras, M. Sc.Note de rattachement des auteurs 2; Geneviève Gariépy, Ph. D.Note de rattachement des auteurs 1Note de rattachement des auteurs 3; Claudie Laprise, Ph. D.Note de rattachement des auteurs 1Note de rattachement des auteurs 4

https://doi.org/10.24095/hpcdp.42.2.01f

Cet article a fait l’objet d’une évaluation par les pairs.

Rattachement des auteurs
Correspondance

Michèle Boileau-Falardeau, Agence de la santé publique du Canada, 200, boul. René-Lévesque Ouest, tour Est, 11e étage, Montréal (Québec) H2Z 1X4; tél. : 514-496-4286; télécopieur : 514-496-7012; courriel : michele.boileau@gmail.com

Citation proposée

Boileau-Falardeau M, Contreras G, Gariépy G, Laprise C. Tendances et motivations associées à la polyconsommation de substances : une revue rapide des données qualitatives. Promotion de la santé et prévention des maladies chroniques au Canada. 2022;42(2):53-66. https://doi.org/10.24095/hpcdp.42.2.01f

Résumé

Introduction. La polyconsommation (l’usage de plusieurs substances en même temps ou sur une courte période) est une pratique courante chez les personnes qui consomment des drogues. La récente hausse de la mortalité et des surdoses associées à la polyconsommation rend essentielle la compréhension des motivations qui sous-tendent cette tendance. Cette revue visait à résumer les connaissances actuelles sur les raisons pour lesquelles plusieurs substances peuvent être combinées au cours d’un épisode spécifique de consommation de drogues.

Méthodologie. Nous avons effectué une revue rapide de la littérature pour cerner les études empiriques qui décrivent les motivations et les tendances associées à la polyconsommation de substances. Les études incluses ont été publiées entre 2010 et 2021 et repérées au moyen de MEDLINE, Embase, PsycINFO et Google Scholar.

Résultats. Nous avons inclus 13 études qualitatives ou à méthodes mixtes dans notre analyse. Les substances ont été combinées séquentiellement pour atténuer les symptômes de sevrage ou prolonger un état d’euphorie (« high »). L’usage simultané était motivé par l’intention de contrer ou d’équilibrer les effets d’une substance par ceux d’une autre, d’augmenter un état d’euphorie, de réduire la consommation globale ou de reproduire l’effet d’une autre substance non accessible ou plus coûteuse. L’automédication en vue de soulager un problème de santé était une autre des raisons à un usage séquentiel ou simultané.

Conclusion. La polyconsommation de substances est souvent motivée par le désir d’améliorer une expérience en fonction des effets attendus des combinaisons. Il nous faut mieux comprendre les raisons qui sous-tendent la combinaison de substances si nous voulons atténuer les répercussions de la crise actuelle des surdoses.

Mots-clés : polyconsommation, polytoxicomanie, mauvais usage, combinaison de drogues, consommation concomitante, ingestion concomitante, revue rapide

Points saillants

  • La polyconsommation de substances au cours d’un même épisode est une pratique courante, qui augmente cependant le risque d’intoxication aiguë.
  • La polyconsommation dépend de l’expérience et des attentes de chaque personne quant aux effets des substances.
  • Les substances peuvent être combinées séquentiellement pour atténuer des symptômes de sevrage ou prolonger un état d’euphorie.
  • Les substances peuvent être consommées simultanément pour contrer ou équilibrer certains de leurs effets, augmenter un état d’euphorie, réduire la consommation globale ou reproduire l’effet d’une autre substance.
  • Même si les substances sont généralement combinées pour améliorer l’expérience, la réduction de la consommation globale ou l’automédication en vue de soulager un problème de santé sont d’autres raisons qui motivent la combinaison.

Introduction

La polyconsommation, soit l’usage de plusieurs substances sur une courte période, avec chevauchement des effetsNote de bas de page 1Note de bas de page 2, est une pratique de plus en plus considérée comme un enjeu urgent en santé publiqueNote de bas de page 3Note de bas de page 4Note de bas de page 5Note de bas de page 6. L’usage combiné de stimulants, de benzodiazépines et d’alcool augmente le risque d’intoxication aiguë aux opioïdesNote de bas de page 7 et a été reconnu comme l’un des principaux facteurs de la hausse des décès liés aux opioïdes en Amérique du NordNote de bas de page 3Note de bas de page 4Note de bas de page 5Note de bas de page 6. Au Canada, 22 828 décès apparemment liés à une intoxication aux opioïdes ont été enregistrés entre janvier 2016 et mars 2021Note de bas de page 8. Même si elle survient plus spécifiquement dans un contexte de consommation problématiqueNote de bas de page 6Note de bas de page 9Note de bas de page 10Note de bas de page 11, la polyconsommation est lourde de conséquences et existe dans l’ensemble des populations et des groupes d’âgeNote de bas de page 12Note de bas de page 13Note de bas de page 14Note de bas de page 15Note de bas de page 16.

Les taux de décès par surdose ont augmenté rapidement depuis le début de la pandémie de COVID-19Note de bas de page 8. Entre avril et septembre 2020, dans les six mois qui ont suivi l’adoption des mesures de prévention de la COVID-19, on a comptabilisé 3 351 décès apparemment liés à une intoxication aux opioïdes au Canada, ce qui représente une augmentation de 74 % par rapport aux six mois précédents (1 923 décès entre octobre 2019 et mars 2020)Note de bas de page 8. Selon des données récentes, les mesures de distanciation physique ont contribué à cette hausse en réduisant la disponibilité des traitements et des services de réduction des méfaits pour les personnes qui consomment des substancesNote de bas de page 17. Bien que la littérature sur la polyconsommation dans le contexte de la COVID-19 n’en soit encore qu’à ses débuts, des rapports récents laissent penser que l’automédication et les effets associés à l’abstinence de drogues devenues inaccessibles ont aussi entraîné une augmentation du nombre de substances utilisées simultanémentNote de bas de page 18. Cette tendance est préoccupante, car elle favorise une dépendance multipleNote de bas de page 19Note de bas de page 20Note de bas de page 21, surtout lorsque les substances sont consommées pour atténuer un symptôme négatif, par exemple pour soulager la douleurNote de bas de page 22.

Des études ont révélé que les gens combinent plusieurs substances dans l’intention de restreindre certains méfaits, de réduire les symptômes négatifs, d’augmenter les sensations agréables et d’améliorer leur expérience globale, malgré le risque de toxicité aiguë inhérent à la polyconsommationNote de bas de page 23. Des études qualitatives et à méthodes mixtes ont fait état de diverses motivations associées à la polyconsommation dans certaines populationsNote de bas de page 24Note de bas de page 25Note de bas de page 26Note de bas de page 27Note de bas de page 28, mais aucune synthèse complète de la littérature n’est disponible. Comme les études fondées sur des données qualitatives sont généralement menées à petite échelle, une synthèse de la littérature est susceptible d’offrir un portait plus large et plus complet des motivations à l’origine de la polyconsommation dans la population, de contribuer à cerner les facteurs explicatifs courants et moins courants et d’éclairer les programmes et les politiques d’intervention et de prévention en la matière.

Dans le cadre de cette revue des données qualitatives, nous voulons offrir une synthèse de l’état actuel des connaissances sur la façon dont les gens choisissent de combiner des substances au cours d’un épisode spécifique, que ce soit simultanément ou séquentiellement, afin d’obtenir certains effets désirés.

Méthodologie

Stratégie de recherche

Nous avons élaboré cette revue en utilisant les méthodes décrites dans le Guide pour les revues rapidesNote de bas de page 24.

Nous avons élaboré notre stratégie de recherche dans les bases de données électroniques avec une bibliothécaire selon un protocole prédéterminé (disponible sur demande auprès des auteures). Nous avons effectué des recherches dans les bases de données MEDLINE, Embase et PsycINFO pour trouver des études évaluées par les pairs publiées entre janvier 2010 et mars 2021. Nous avons repéré la littérature grise en effectuant des recherches dans Google et Google Scholar pour trouver des rapports gouvernementaux et des pages Internet de l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE) et des pays membres de l’OCDE. Afin d’inclure les études pertinentes qui n’auraient pas été répertoriées dans les bases de données consultées, nous avons procédé à une recherche ascendante de toutes les références citées par tous les articles inclus qui avaient été évalués par les pairs, ainsi qu’à une recherche manuelle dans Google Scholar relativement à certains concepts clés, comme les tendances associées à polyconsommation de substances.

Les études étaient admissibles si elles 1) faisaient état des tendances ou de la motivation associées à la polyconsommation, 2) reposaient sur des méthodes qualitatives ou mixtes utilisant des données originales 3) avaient été menées dans des pays de l’OCDE et 4) étaient rédigées en français ou en anglais. Il n’y avait aucune restriction en ce qui concerne la population ou le contexte de l’étude.

Les études ont été exclues si elles 1) faisaient état de motivations uniquement pour l’alcool, le cannabis ou le tabac, éventuellement en combinaison avec une substance non psychoactive, parce que l’accent était mis sur les combinaisons associées à une consommation problématique de gravité supérieureNote de bas de page 25, 2) ne déclaraient aucune combinaison précise, 3) se fondaient sur des données recueillies avant 2005 pour établir les tendances récentes en matière de consommation, 4) décrivaient la probabilité de combiner des substances sans mentionner de motivations ou 5) ne précisaient pas la période de consommation ou décrivaient une consommation échelonnée sur plus de 24 heures.

Sélection des études et collecte des données

Deux examinatrices (MBF, CL) ont dépouillé indépendamment les titres et les résumés et ont compilé les études potentiellement pertinentes pour une analyse du texte intégral. Trois examinatrices (MBF, GC, GG) ont extrait indépendamment les données des études incluses. Tout désaccord entre les examinatrices à l’étape du dépouillement et de l’analyse du texte intégral a été résolu par consensus. Pour toutes les publications incluses, on a extrait le pays de l’étude, les objectifs, la population, la taille de l’échantillon, la méthode et les années de collecte des données, les données individuelles de base des participants, en particulier l’âge et le sexe, les substances à l’étude et les combinaisons de substances ou de classes. Les raisons de combiner différentes substances et les profils de consommation de substances (usage simultané ou séquentiel) ont été codés.

Évaluation de la qualité

Trois examinatrices (MBF, GC, GG) ont évalué indépendamment la qualité des études incluses à l’aide d’un outil d’évaluation des méthodes mixtes (Mixed Methods Appraisal Tool, MMAT)Note de bas de page 26Note de bas de page 27. Cet outil a été mis au point et validé pour évaluer de façon critique la qualité méthodologique de différents modèles d’études. L’outil MMAT utilise cinq questions pour évaluer la pertinence du modèle d’étude par rapport à la question de recherche, ainsi que le biais potentiel et la qualité des mesures et des analyses en lien avec le modèle.

En fonction des réponses « oui », « non » ou « impossible à déterminer », un score de qualité de cinq points a été créé. Un point a été attribué pour chaque réponse « oui ». Les études ont été jugées de bonne qualité (≥ 4 réponses positives), de qualité modérée (3 réponses positives) ou de mauvaise qualité (≤ 2 réponses positives). Les désaccords ont été résolus lorsque les réponses des examinatrices aux cinq questions décrites dans l’outil MMAT différaient. Les deux examinatrices ont discuté jusqu’à ce qu’elles parviennent à un consensus, ou ont fait appel à une troisième examinatrice si le désaccord persistait.

Aucune étude n’a été exclue en raison de sa qualité. (Les auteures peuvent fournir, sur demande, les résultats détaillés de l’évaluation de la qualité des études incluses.)

Analyse des données

Nous avons extrait des données qualitatives sur la polyconsommation de substances, dont la nature des substances combinées et leur classe (stimulants, dépresseurs, substances dissociatives, psychédéliques, etc.). Nous avions défini la polyconsommation comme la consommation d’au moins deux substances en même temps (usage simultané) ou l’une après l’autre sur une période de 24 heures (usage séquentiel).

Nous avons effectué une analyse de contenu thématique pour déterminer les motivations et les profils de consommation. Nous avons codé l’information qualitative à l’aide d’une liste prédéterminée de motivations extraites d’une revue publiéeNote de bas de page 10, sans nous y restreindre. Une fois la liste des motivations stabilisée, deux examinatrices (MBF et CL ou MBF et GC) ont codé le texte séparément, puis elles ont comparé leurs résultats. Une même citation a pu être codée sous plus d’une motivation. Lorsque les examinatrices n’étaient pas d’accord sur la motivation à attribuer, elles ont réglé le désaccord en discutant, et une troisième examinatrice s’est jointe à la discussion en cas de persistance du désaccord.

Résultats

Sélection et caractéristiques des études

La recherche initiale dans les bases de données électroniques a produit 814 études et la recherche dans la littérature grise, 37 résultats. Après l’élimination des doublons (n = 8) et des résultats inadmissibles en fonction de leur titre et de leur résumé (n = 453), 353 manuscrits ont fait l’objet d’une revue du texte intégral. De ce nombre, huit étudesNote de bas de page 28Note de bas de page 29Note de bas de page 30Note de bas de page 31Note de bas de page 32Note de bas de page 33Note de bas de page 34Note de bas de page 35 ont été incluses dans la revue (figure 1). Cinq autres études évaluées par les pairs ont été ajoutées à la suite de la recherche manuelle et de la recherche ascendante des références citéesNote de bas de page 14Note de bas de page 36Note de bas de page 37Note de bas de page 38Note de bas de page 39.

Figure 1. Processus d’identification, de sélection et d’extraction des données
Figure 1. La version textuelle suit.
Figure 1 - Équivalent textuel

Cette figure détaille le processus d'identification, de sélection et d'extraction des données. Pour la littérature évaluée par des pairs, 814 publications ont été trouvées par la recherche dans les bases de données. 8 de ces publications étaient des doublons. Sur les 806 résumés examinés, 453 n'étaient pas pertinents. Après l'examen du texte intégral des 353 publications restantes, 345 ont été exclues pour les raisons suivantes : 171 n'étaient pas pertinentes, 29 n'étaient pas des études originales, 20 n'étaient pas qualitatives ou mixtes, 20 ont été publiées avant 2010 (données antérieures à 2005), 79 n'avaient aucun définition / combinaison / motivation, 7 n'avaient que des analyses toxicologiques, 6 articles n'ont pas été trouvés, 4 ont été décrits dans des pays non membres de l'OCDE, 3 avaient des données incomplètes, 4 étaient des doublons, 1 était un rapport de cas et 1 était écrite dans une langue étrangère. Pour la littérature grise, 37 publications ont été trouvées par la recherche dans la littérature grise. Sur ces 37 enregistrements, il n'y avait aucun doublon et une seule publication non pertinente. À la suite d'un examen du texte intégral des 36 publications restantes, 36 ont été exclues pour les raisons suivantes : 16 n'étaient pas une étude originale, 14 n'avaient aucune description de polysubstance, 1 a été menée dans un pays non membre de l'OCDE, 1 a été publiée avant 2010 (données avant 2005), 3 étaient des doublons et 1 n'avait que des analyses toxicologiques. Aucun dossier de littérature grise n'a été inclus. Pour compléter les 8 dossiers examinés par des pairs inclus, une recherche ascendante et une recherche manuelle d'études évaluées par des pairs ont fourni 5 dossiers supplémentaires. Le total des études incluses est de 13.

Onze des études incluses ont été réalisées en Amérique du NordNote de bas de page 14Note de bas de page 28Note de bas de page 29Note de bas de page 30Note de bas de page 32Note de bas de page 34Note de bas de page 36Note de bas de page 37Note de bas de page 38Note de bas de page 39Note de bas de page 40 et deux en EuropeNote de bas de page 33Note de bas de page 35. Six des études étaient qualitatives et 7 étaient fondées sur des méthodes mixtes. Les caractéristiques des études incluses sont rassemblées dans le tableau 1.

Tableau 1. Résumé des études incluses sur la polyconsommation de substances, 2010-2021
Citation et lieu Années de collecte des données Population à l’étude Taille de l’échantillon, n Proportion d’hommes, % Âge, années Méthode de collecte des données Objectif(s) de recherche Substances à l’étude Score de qualité, /5
Aiken (2013)Note de bas de page 28
États-Unis
2009-2010 Étudiants universitaires 41 56 Médiane : 21 (intervalle : 18-50) Entrevues semi-structurées, questionnaire (autoadministré) Décrire les expériences des étudiants qui consomment des drogues pour des raisons liées aux études Alcool, cannabis, nicotine, stimulants sur ordonnance, Strattera, modafinil, salvia ou tout autre médicament nootropique pris pour accroître la performance scolaire 5
Ellis et coll. (2018)Note de bas de page 29
États-Unis
2011-2017 Personnes nouvellement admises à un programme de traitement de l’abus de substances psychoactives 13 521 52 Catégories :
18-24 (21,2 %)
25-34 (42,7 %)
35-44 (20,6 %)
> 45 (15,6 %)
Questionnaire (autoadministré), questions ouvertes Comprendre si la consommation de méthamphétamine a augmenté chez les consommateurs d’opioïdes Méthamphétamine, opioïdes 5
Kecojevic et coll. (2015)Note de bas de page 36
États-Unis
2012-2013 Jeunes hommes ayant des rapports sexuels avec d’autres hommes 25 100 Médiane : 23 (EI : 21-26) Entrevues semi-structurées approfondies et entrevues quantitatives structurées Explorer les motivations personnelles du mauvais usage de médicaments sur ordonnance chez les jeunes hommes ayant des relations sexuelles avec d’autres hommes, y compris le lien possible entre le mauvais usage et les comportements sexuels Opioïdes, comme Vicodin et OxyContin, tranquillisants, comme Xanax et Klonopin, et stimulants, comme Adderall et Ritalin 5
Lamonica et Boeri (2012)Note de bas de page 30
États-Unis
ND Personnes qui consomment de la méthamphétamine et anciens utilisateurs 16 50 Médiane : ND
(intervalle : 22-51)
Questionnaire (administré par un intervieweur), entrevues approfondies Décrire les profils de consommation des médicaments sur ordonnance et de la méthamphétamine Méthamphétamine et médicaments sur ordonnance (NP) 5
Lankenau et coll. (2012)Note de bas de page 31
États-Unis
2008-2009 Jeunes utilisateurs de drogues injectables 50 70 Moyenne (é.-t.) : 21,4 (ND)
(intervalle : 16-25)
Entrevues semi-structurées et observation des participants Comprendre les profils actuels de mauvais usage des médicaments d’ordonnance : motivations, source des médicaments, risques, répercussions sur la santé et le bien-être Analgésiques et autres médicaments sur ordonnance (NP) 4
Motta-Ochoa et coll. (2017)Note de bas de page 32
Canada
2015 Personnes qui consomment de la cocaïne 50 66 Médiane : ND
(intervalle : 20-60)
Entrevues semi-structurées et observation des participants Comprendre les pratiques de consommation de médicaments psychotropes chez les personnes qui consomment de la cocaïne Cocaïne et autres substances 5
Oliveira et coll. (2010)Note de bas de page 33
Espagne
2005-2006 Personnes qui consomment des substances et anciens utilisateurs 30 ND (surtout des hommes) Médiane : ND
(intervalle : 20-40)
Entrevues approfondies Comprendre la consommation de cocaïne, en vue d’élaborer des stratégies d’intervention qui soutiennent les personnes qui consomment des drogues Cocaïne et autres substances 5
Pringle et coll. (2015)Note de bas de page 34
États-Unis
ND Personnes qui consomment du DXM 52 83 Moyenne : 23,6 (intervalle : 18-63) Questionnaire (autoadministré), questions ouvertes Décrire les profils, les préférences et les perceptions entourant la consommation de DXM chez les membres adultes d’une communauté virtuelle axée sur le DXM DXM et autres substances (NP) 4
Rigg et Ibañez (2010)Note de bas de page 37
États-Unis
2008-2009 Personnes faisant un mauvais usage de médicaments sur ordonnance 45 58 Moyenne : 39 (intervalle : 18-60) Entrevues qualitatives approfondies et entrevues personnelles assistées par ordinateur Déterminer les raisons qui motivent l’usage non médical d’opioïdes et de sédatifs sur ordonnance chez les personnes de la rue qui consomment des substances illégales, les patients recevant un traitement d’entretien à la méthadone et les clients recevant un traitement en établissement pour l’usage de substances Opioïdes et autres médicaments sur ordonnance 5
Roy et coll. (2012)Note de bas de page 38
Canada
2007-2009 Personnes qui consomment de la cocaïne 64 85 Moyenne : 38,6 (intervalle : 18-60) Observations des participants, entrevues non structurées (qualitatives) et questionnaire d’auto-évaluation (quantitatif) Étudier l’influence de la disponibilité du crack sur la consommation actuelle de drogues Cocaïne, opioïdes et autres substances 3
Silva et coll. (2013)Note de bas de page 39
États-Unis
2008-2009 Personnes faisant un mauvais usage de médicaments sur ordonnance 45 84 Moyenne : 20,9 (intervalle : 16-25) Entrevue semi-structurée (qualitative et quantitative) Examiner les raisons du mauvais usage de médicaments sur ordonnance chez les jeunes utilisateurs de drogues multiples et explorer comment ces derniers emploient des stratégies de réduction des risques pour limiter les conséquences indésirables Opioïdes, tranquillisantsNote de bas de page a et stimulantsNote de bas de page b 4
Valente et coll. (2020)Note de bas de page 14
États-Unis
2018-2019 Utilisateurs de drogues injectables 45 64 Médiane : 37
(EI : 31-41)
Enquêtes quantitatives sur les données sociodémographiques et entrevues semi-structurées Examiner les tendances, les contextes, les motivations et les conséquences perçues de la polyconsommation chez les utilisateurs de drogues injectables Héroïne, fentanyl ou autre opioïde synthétique, cocaïne, cannabis, benzodiazépines, alcool, opioïdes sur ordonnanceNote de bas de page c, méthamphétamine, stimulants sur ordonnanceNote de bas de page d et autres drogues 5
Van Hout et Bingham (2012)Note de bas de page 35
Irlande
2011 Utilisateurs de substances injectables, ayant recours à des services de réduction des méfaits à bas seuil et ayant déclaré s’être injectés de la méphédrone 11 73 Médiane : ND
(intervalle : 25-40)
Entrevues approfondies Décrire les expériences des utilisateurs de méphédrone injectable avant l’instauration de mesures de contrôle législatives Méphédrone et autres substances (NP) 5

Abréviations : DXM, dextrométhorphane; EI, écart interquartile; é.-t., écart type; GHB, gamma-hydroxybutyrate; ND, non déclaré; NP, non précisé.

Note de bas de page a

Sédatifs (souvent appelés « tranquillisants ») : benzodiazépines, médicaments apparentés et barbituriques (p. ex. alprazolam, diazépam, clonazépam, lorazépam, zopiclone)Note de bas de page 41.

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Note de bas de page b

Stimulants : En ce qui concerne le système nerveux central (SNC), tout agent qui active, améliore ou augmente l’activité neuronale, aussi appelé psychostimulant ou stimulant du SNC. Comprend les stimulants de type amphétamine, la cocaïne, la caféine et la nicotine, entre autresNote de bas de page 41.

Retour à la référence de la note de bas de page b

Note de bas de page c

Opioïdes sur ordonnance (analgésiques) : hydrocodone, oxycodone ou traitement aux opioïdes (p. ex. méthadone, Supeudol, Suboxone)Note de bas de page 41.

Retour à la référence de la note de bas de page c

Note de bas de page d

Stimulants sur ordonnance : amphétamine (Adderall), dextroamphétamine (Dexedrine), méthylphénidate (Ritalin, Concerta, Biphentin), dimésylate de lisdexamfétamine (Vyvanse)Note de bas de page 41.

Retour à la référence de la note de bas de page d

Nous avons classé neuf des études comme étant de bonne qualité. Quatre études à méthodes mixtes ont été jugées d’une qualité modérée, soit parce que l’utilisation de méthodes mixtes n’y était pas justifiée clairement, soit parce que la qualité des méthodes de recherche quantitatives ou qualitatives n’a pas pu être évaluée à partir des renseignements fournis.

Le nombre médian de participants aux études sélectionnées était de 45, le nombre réel se situant entre 11 et 13 521. La population à l’étude a été classée dans l’un des six groupes suivants : personnes qui assistent à des fêtes et à des raves et qui fréquentent des bars; personnes attirées par le même sexe; personnes qui fréquentent des établissements d’enseignement ou de formation; personnes qui utilisent des substances injectables ou qui sont dans la rue ou en situation d’itinérance et personnes qui consomment des substances non précisées.

Dix des 13 études ont été menées auprès de populations de la rue ou socialement marginalisées, que ce soit des personnes qui consomment des drogues injectables, qui utilisent des services de réduction des méfaits ou qui sont en situation d’itinéranceNote de bas de page 14Note de bas de page 29Note de bas de page 30Note de bas de page 32Note de bas de page 33Note de bas de page 35Note de bas de page 37Note de bas de page 38Note de bas de page 39Note de bas de page 40. La tranche d’âge variait selon les études, la fourchette globale allant de 18 à 60 ans.

Une étude a examiné les raisons de la polyconsommation dans une population d’étudiants universitaires (médiane de 21 ans)Note de bas de page 28, une étude a examiné les raisons de la polyconsommation chez les personnes attirées par le même sexe (médiane de 23 ans)Note de bas de page 36 et une autre a examiné les raisons de la polyconsommation chez les personnes qui discutent de la consommation de substances dans des forums en ligne (moyenne de 23 ans)Note de bas de page 34. La plupart des participants aux études (50 % à 100 %) ont déclaré être des hommes.

Tendances et motivations associées à la combinaison de substances

Les 13 études incluses dans cette revue rapide ont fait état d’un total de 41 combinaisons de substances et des motivations associées (tableau 2).

Tableau 2. Motivations associées à la combinaison de substances, selon des études qualitatives ou à méthodes mixtes (N = 13)
Motivation Combinaison de classes et de substances Description des motivations précises selon les substances combinées
Classe +
(substance)
Classe +
(substance)
Usage séquentiel (délai rapproché)
Atténuer les symptômes de sevrage Opioïde
(héroïne)
Opioïde
(opioïdes Rx)
Soulager la douleur lors du déclin des effets de l’héroïneNote de bas de page 31Note de bas de page 37
Opioïde
(sur ordonnance)
Alcool Favoriser le sommeil après l’usage d’un opioïdeNote de bas de page 30
Stimulant
(méphédrone)
Opioïde
(héroïne et méthadone)
Contrer le déclin des effets d’un stimulantNote de bas de page 35
Stimulant
(cocaïne)
Antidépresseur
(trazodone)
Favoriser le sommeil après l’usage d’un stimulantNote de bas de page 32
Antipsychotique
(quétiapine)
Soulager la détresse et favoriser le sommeil après l’usage d’un stimulantNote de bas de page 32,Note de bas de page 36
Benzodiazépine
(clonazépam ou lorazépam) avec ou sans alcool
Gérer l’anxiété et la paranoïa, favoriser le sommeil et éviter l’état de manque après l’utilisation d’un stimulantNote de bas de page 32Note de bas de page 37
Gabapentinoïde
(prégabaline)
Réduire l’anxiété induite par un stimulantNote de bas de page 32
Stimulant
(dexamfétamine)
Contrer le déclin des effets, éviter une descente brutale après l’utilisation d’un stimulantNote de bas de page 28
Opioïde
(méthadone)
Se calmer après l’utilisation d’un stimulantNote de bas de page 33
Stimulant
(méthamphétamine)
Benzodiazépine
(alprazolam) avec ou sans alcool
Favoriser le sommeil, se calmer et prévenir les hallucinations après l’usage d’un stimulantNote de bas de page 32
Stimulant
(dexamfétamine)
Maintenir son fonctionnement après une période prolongée d’usage de stimulantsNote de bas de page 36
Opioïdes
(NP)
Atténuer les symptômes de sevrageNote de bas de page 29 et réduire la paranoïa induite par un stimulantNote de bas de page 30
Stimulant
(Adderall ou MDMA)
Benzodiazépine
(alprazolam)
Favoriser le sommeil après l’usage d’un stimulantNote de bas de page 39
Stimulant
(dexamfétamine)
Cannabinoïdes
(cannabis)
Relaxer, estomper la sensation d’épuisement physique après l’utilisation d’un stimulant. Signifier mentalement la fin d’une période productive ou le début du temps de loisirNote de bas de page 28
Alcool Atteindre un niveau de sobriété après la consommation d’alcoolNote de bas de page 36
Benzodiazépine
(alprazolam)
Favoriser le sommeil après l’usage d’un stimulantNote de bas de page 36
Prolonger un état d’euphorie Stimulant
(cocaïne)
Opioïde
(hydromorphone)
Créer une série de stimulations et de sédations successivesNote de bas de page 14Note de bas de page 42
Usage simultané
Équilibrer les effets Opioïde
(héroïne)
Benzodiazépine
(clonazépam)
Éviter d’être facilement énervé par le bruit et réduire l’anxiétéNote de bas de page 31
Stimulant
(cocaïne)
Opioïde
(héroïne ou Dilaudid)
Éviter les expériences négatives (effets paniquants), les sensations envahissantesNote de bas de page 33; prévenir la somnolence en utilisant un opioïdeNote de bas de page 38
Opioïde
(héroïne) +
Opioïde (méphédrone)
Éviter une sensation envahissanteNote de bas de page 35
Méthamphétamine +/− opioïdes Éviter une sensation envahissanteNote de bas de page 29Note de bas de page 30
Stimulant Rx
(dexamfétamine)
Alcool Se calmerNote de bas de page 28
Cannabis Se calmer et augmenter l’appétitNote de bas de page 28
Stimulant
(méthamphétamine)
Opioïde Fournir de l’énergie pour compenser la sédation des opioïdes et se calmer après l’usage du stimulantNote de bas de page 30
Opioïde
(héroïne)
Éviter une sensation envahissanteNote de bas de page 30
Opioïdes Rx Fournir de l’énergie pour compenser la sédation des opioïdes ou se calmer après l’usage du stimulantNote de bas de page 30
Alcool Éviter une sensation envahissanteNote de bas de page 30
Contrer les effets Stimulant
(méthamphétamine)
Rx contre la dysfonction érectile
(Cialis, Viagra)
Contrer l’effet d’un stimulant sur la performance sexuelleNote de bas de page 36
Stimulant Rx
(dexamfétamine)
Cannabis Contrer l’effet du stimulant et restaurer l’appétitNote de bas de page 28
Augmenter un état d’euphorie Opioïde
(héroïne)
Benzodiazépine
(clonazépam)
Augmenter l’effet de l’opioïdeNote de bas de page 31Note de bas de page 32
Opioïde
(oxycodone)
Augmenter l’effet et atteindre l’état d’euphorie souhaité avec une drogue de faible qualitéNote de bas de page 31
Opioïde
(opioïde Rx)
Cannabis Accentuer ou augmenter les effets du cannabisNote de bas de page 37
Stimulant
(cocaïne)
Stimulant
(méthylphénidate)
Augmenter l’effet de l’opioïdeNote de bas de page 32
Stimulant
(dexamfétamine)
Stimulant
(clonidine)
Augmenter l’effet du stimulantNote de bas de page 32
Stimulant
(caféine)
Augmenter l’effet du stimulantNote de bas de page 28
Stimulant
(méthamphétamine)
Opioïde Augmenter le plaisir associé à l’effetNote de bas de page 29
Opioïde Rx Augmenter l’effet du stimulantNote de bas de page 30
Dépresseur du SNC (GHB),
substances dissociatives (kétamine)
Intensifier l’expérience sexuelle ou les expériences d’autodécouverteNote de bas de page 14
Cocaïne Opioïdes (NP) Maximiser l’effet d’une drogue ou de l’autreNote de bas de page 38
Réduire l’utilisation globale Opioïde
(opioïde Rx)
Alcool Obtenir le même effet tout en réduisant la consommation globale et les dangers liés à la consommation d’alcoolNote de bas de page 39
Reproduire l’effet d’une autre substance Opioïde
(méthadone)
Benzodiazépine Reproduire l’effet de l’héroïneNote de bas de page 32
Répartition non précisée de l’usage dans le temps
Automédication Opioïde
(héroïne)
Opioïde Rx Soulager sa douleurNote de bas de page 14

Abréviations : GHB, gamma-hydroxybutyrate; MDMA, méthylènedioxyméthamphétamine (ecstasy); NP, non précisé; Rx, [médicament] sur ordonnance; SNC, système nerveux central.
Remarque : L’état d’euphorie provoqué par la prise de drogues est couramment appelé « high ».

Nous avons trouvé huit motivations pour lesquelles nous décrivons les profils de consommation du point de vue temporel (usage simultané ou séquentiel) lorsque les renseignements étaient disponibles. Des extraits traduits de citations tirées des études originales sont reproduits ici pour mieux illustrer les motivations individuelles à combiner des substances.

Usage séquentiel

L’usage séquentiel désigne la consommation d’une substance après le pic de l’effet d’une autre substance. Des personnes ont déclaré consommer des substances séquentiellement pour atténuer des symptômes de sevrage ou prolonger un état d’euphorie, ou « high ».

Atténuer les symptômes de sevrage

Les combinaisons de substances les plus fréquemment signalées correspondent à un stimulant avec un dépresseur (benzodiazépine, alcool), du cannabis ou un opioïde pour se calmer, favoriser le sommeil, soulager l’anxiété ou la détresse ou éviter l’état de manqueNote de bas de page 28Note de bas de page 32Note de bas de page 35Note de bas de page 37Note de bas de page 39 qu’entraîne le stimulant.

« Parfois, quand vous prenez de la cocaïne, ou si vous atteignez un effet intense avec les Oxy, vous avez besoin de quelque chose pour redescendre. Vous prenez du Xanax pour redescendre ou dormir, parce que parfois, en prenant ces drogues, vous oubliez de dormir pendant quelques jours, mais à un moment, vous devez vous dire : “d’accord, c’est le temps de dormir”Note de bas de page 37».

Des études ont révélé que certaines personnes consommaient des substances de la même classe d’effets pour atténuer les effets d’une drogue. Par exemple, un stimulant sur ordonnance (dexamfétamine) était utilisé pour maintenir le fonctionnement normal après une période prolongée de consommation de méthamphétamineNote de bas de page 36 ou de cocaïneNote de bas de page 28. De même, l’oxycodone était utilisée pour atténuer la douleur liée au sevrage de l’héroïneNote de bas de page 37Note de bas de page 40.

« J’aime partir sur ce qu’on pourrait appeler une vague de stimulants. C’est vraiment habituel pour moi, après avoir pris du crystal toute la fin de semaine, de prendre simplement de l’Adderall pour faire ma journée. Parce que, encore une fois, ton humeur est bonne, tu restes éveillé, tu n’es pas fatigué et tu peux faire des choses surhumaines juste en continuant. »Note de bas de page 36

« Si vous êtes malade, ce qui va aider, c’est le Percocet. […] les sevrages me font vraiment me sentir terrible. Vous comprenez? Mais le Percocet, ça enlève en quelque sorte tout ça. C’est pour ça que je l’utilise […] je l’utilise seulement pour faire face aux sevrages de l’héroïne. J’utilise le Percocet pour soulager la douleur lorsque je ne peux pas obtenir d’héroïne. »Note de bas de page 37

Prolonger un état d’euphorie

Le profil de stimulation et sédation peut s’étendre sur une seule journée ou sur des périodes plus longues (plusieurs jours), avec la consommation de stimulants et d’opioïdes pour prolonger un état d’euphorieNote de bas de page 14Note de bas de page 38.

« Je fume du crack et pour redescendre, je prends de l’héroïne ou du fentanyl, c’est ce qu’on appelle le “train d’atterrissage”. Une fois redescendu, vous voulez prendre une autre dose [de crack] pour remonter, et c’est exactement comme un chat qui poursuit sa queue. Ça ne finit jamais. Atteindre un “high” juste pour redescendre, puis atteindre un nouveau “high” [encore]. »Note de bas de page 14

Usage simultané

L’usage simultané est défini ici comme la consommation de deux substances ou plus en même temps ou sur une courte période. L’usage simultané vise habituellement à équilibrer ou à contrer les effets d’une substance en utilisant une autre substance, à augmenter un état d’euphorie, à réduire la consommation globale ou à reproduire l’effet d’une autre substance.

Équilibrer les effets

Des substances ayant des effets psychoactifs opposés sont utilisées simultanément pour atteindre l’état mental souhaité ou pour atténuer les effets indésirables. Par exemple, l’héroïne sert à éviter de ressentir des sentiments négatifs envahissants lorsqu’on utilise un stimulantNote de bas de page 33.

« [...] vous ne pensez plus aux hallucinations, à la paranoïa, vous ne faites pas de “bad trip”; c’est [l’usage simultané d’héroïne et de crack] la meilleure façon de réduire l’effet. »Note de bas de page 33

De même, un stimulant est utilisé pour éviter de se sentir somnolent lorsqu’on consomme un opioïde ou un dépresseurNote de bas de page 30Note de bas de page 38.

« Je prends de l’Adderall principalement quand je vais dans les clubs. La nuit, lorsque j’ai trop bu, je prends de l’Adderall pour me dessouler un peu, ouvrir les yeux, être plus attentif. »Note de bas de page 36

Contrer les effets

Les substances ayant des effets complémentaires sont consommées simultanément pour contrer les effets indésirables. Par exemple, les médicaments contre la dysfonction érectile servent à contrer l’effet de la méthamphétamine sur la performance sexuelleNote de bas de page 36 et le cannabis sert à augmenter l’appétit lorsqu’on utilise un stimulantNote de bas de page 28.

« Je fume de la marijuana pour contrôler [l’Adderall]. Si je deviens trop énervé, que je grince beaucoup trop des dents, c’est trop. J’ai besoin de fumer pour me calmer et comprendre que je dois manger quelque chose. »Note de bas de page 28

Augmenter un état d’euphorie

Les motivations de la polyconsommation incluent la combinaison de drogues pour créer des effets psychoactifs synergiques dans le but d’intensifier ou d’augmenter les effets d’une autre substance. Souvent, les stimulants sont consommés en combinaison pour augmenter l’état d’euphorieNote de bas de page 28Note de bas de page 32. Certaines personnes ont déclaré consommer des benzodiazépinesNote de bas de page 31Note de bas de page 32 ou des opioïdes sur ordonnanceNote de bas de page 31 avec de l’héroïne pour cette même raison. Les opioïdes et les stimulants sont consommés en combinaison pour maximiser l’effet d’une drogue ou de l’autre et créer une synergieNote de bas de page 38. Les substances peuvent aussi être combinées dans le but d’augmenter l’effet d’une drogue de faible qualité et d’atteindre l’état d’euphorie souhaité.

« Pour la drogue de très mauvaise qualité, j’essaie d’obtenir des Oxy gratuitement et de les prendre avant ma dose. Ou je vais prendre un Percocet, commencer à ressentir son effet, et ensuite prendre une dose de drogue qui va l’intensifier. »Note de bas de page 31

Les stimulants sont combinés simultanément au GHB (gamma-hydroxybutyrate) et à la kétamine pour un plaisir accru et pour améliorer les expériences sexuelles ou la découverte de soiNote de bas de page 14.

« Mais [si] vous voulez voyager loin dans l’univers, prenez une dose de crystal meth et de spécial K [kétamine] ensemble. C’est fantastique... Je ne sais pas comment l’expliquer. J’ai l’impression d’avoir beaucoup appris sur la vie dans ce genre d’expériences. » Note de bas de page 14

Réduire l’utilisation globale

Les substances peuvent être consommées simultanément comme stratégie de réduction des méfaits pour réduire la consommation de substances. Par exemple, l’alcool est utilisé avec un opioïde pour obtenir le même effet qu’avec l’alcool, tout en réduisant la consommation globaleNote de bas de page 39.

« Habituellement, ça ressemble à “on va au bar, je prends un demi-comprimé de Vicodin et deux verres, parce que ça donne des effets beaucoup plus intenses sans devoir en consommer autant”. C’est ma stratégie. Je peux sortir prendre deux verres, prendre la moitié du Vicodin et me sentir mieux que si j’allais prendre quatre ou cinq verres le même soirNote de bas de page 39».

Reproduire l’effet d’une autre substance

Les substances sont mélangées pour aider les consommateurs à obtenir un effet souhaité si la substance privilégiée n’est pas disponible ou offerte à un prix élevé. Par exemple, les participants ont déclaré consommer simultanément des benzodiazépines et de la méthadone pour reproduire les effets de l’héroïne lorsque cette drogue n’est pas accessibleNote de bas de page 32.

« Lorsque je prends de la méthadone et des benzos, je me mets à piquer du nez [rires] […] L’héroïne fait cet effet. Même chose pour la méthadone et les benzos. C’est pourquoi certains médecins ne veulent pas prescrire les deux. Ça donne l’effet de l’héroïne. La méthadone et les benzos vous font vivre un “high”, comme l’héroïneNote de bas de page 32. »

Profil non précisé

Automédication

L’automédication en vue de soulager des problèmes de santé physique ou mentale mal soignés ou pour soulager la douleur s’est révélée une autre raison courante de consommation de plus d’une substance. Par exemple, un participant a indiqué consommer du Suboxone pour soulager la douleur et s’automédicamenter avec une benzodiazépine et du Ritalin pour composer avec un problème qu’il vivait :

« [J’utilise actuellement] du Suboxone. J’aime aussi utiliser le Xanax [benzodiazépine], ça me calme. Le Concerta, le Ritalin [stimulants sur ordonnance], ça me donne de l’énergie. Je veux dire, bien sûr, le Suboxone enlève toute la [douleur]. J’ai aussi des douleurs chroniques, et ça m’aide. C’est surtout […] simplement pour les gérer et ne pas ressentir autant de douleurNote de bas de page 14. »

Comportement complexe et motivations superposées

Au cours d’un même épisode de polyconsommation, de multiples motivations peuvent orienter les choix des personnes qui consomment des drogues, et les drogues peuvent être consommées de façon séquentielle et simultanée pour atteindre ces objectifs. Par exemple, la consommation d’alcool et de cannabis constitue souvent la base de l’expérience, à laquelle s’ajoute une consommation simultanée de stimulants, de psychédéliques et de substances sédatives. La citation suivante illustre une situation où une personne combine un stimulant et un gabapentinoïde pour prolonger un état d’euphorie et atténuer les symptômes négatifs :

« Des fois je prends des Lyrica [prégabaline], je les renifle […] les pilules, après je prends de la coke. C’est un calmant et l’autre, la coke, c’est un stimulant… Je prends du Lyrica juste pour garder mon “buzz”. [Quand] je me réveille le matin… je fonctionne bien de cette façon, c’est sympa, c’est tranquille, j’ai moins d’anxiété. »Note de bas de page 32

Analyse

Nous avons repéré et synthétisé huit motivations qui sous-tendent la polyconsommation de substances et sa répartition dans le temps. Tout en s’appuyant sur des revues antérieures qui portaient plus largement sur la polyconsommationNote de bas de page 10, notre travail a ciblé intentionnellement le chevauchement de la consommation et a décrit les combinaisons privilégiées en fonction de l’expérience de la personne et des attentes relatives aux effets pharmacologiques des substances.

Nos résultats montrent qu’il existe des motivations diverses à consommer des drogues en séquence et simultanément au cours d’un même épisode. La consommation de plus de cinq substances dans un épisode est courante, et les substances privilégiées varient d’un groupe à l’autreNote de bas de page 14Note de bas de page 15Note de bas de page 43, ce qui rend difficile l’établissement de profils généraux de consommation.

Bien que notre revue ait porté sur la consommation intentionnelle de substances multiples, nous considérons que les combinaisons de substances ne sont pas toujours une question de choix. Dans les marchés illicites, les substances privilégiées peuvent être contaminées par d’autres substances à l’insu de l’acheteur. Dans certains cas, la progression et le maintien de l’usage sont le résultat d’une dépendance, la consommation d’une substance déclenchant l’usage d’une autreNote de bas de page 22. D’autres facteurs circonstanciels peuvent entrer en jeu : l’émergence de nouvelles substances sur les marchés locaux illégaux, la facilité d’accès aux substances habituelles et les variations de prix influencent les profils de consommationNote de bas de page 44. Lorsqu’un substitut d’une drogue devient moins cher, plus accessible ou de meilleure qualité, les utilisateurs le privilégieront probablement. En Amérique du Nord, l’augmentation de la disponibilité et de la qualité de la méthamphétamine, ainsi que la diminution de son prix, ont fait qu’elle a remplacé d’autres stimulantsNote de bas de page 45Note de bas de page 46. Cette situation a entraîné une « double épidémie » de consommation de méthamphétamine et d’opioïdesNote de bas de page 47. Une tendance semblable est actuellement observée en Europe, où la qualité et l’abordabilité de la cocaïne ont augmenté de façon constante, tout comme son usageNote de bas de page 45.

Le choix des substances combinées dépend également du contexte dans lequel elles sont consommées pour obtenir certains résultatsNote de bas de page 44. Par exemple, les études portant sur les personnes qui fréquentent des fêtes et des bars ont tendance à déclarer des combinaisons de « drogues de club », que ce soit l’ecstasy/MDMA (méthylènedioxyméthamphétamine), les amphétamines, la kétamine, la cocaïne, le GHB, les psychédéliques, le cannabis ou l’alcoolNote de bas de page 43Note de bas de page 48Note de bas de page 49. Les drogues de club sont consommées pour augmenter les sentiments d’euphorie, de désirabilité, d’introspection et de sociabilitéNote de bas de page 50. Dans d’autres cas, les combinaisons de substances incluent des substances psychoactives, consommées pour améliorer l’expérience globale. Par exemple, un bêtabloquant peut être consommé pour compenser la tachycardie ou l’oméprazole, afin d’éviter les maux d’estomac associés aux stimulantsNote de bas de page 7. Les études axées sur les personnes attirées par le même sexe décrivent souvent l’usage de vastes combinaisons de drogues de clubNote de bas de page 15Note de bas de page 51, ainsi que d’un médicament contre la dysfonction érectile et de nitrites d’alkyle (« poppers ») pour éprouver des sensations fortes, améliorer l’expérience sexuelle et s’intégrerNote de bas de page 52. Des études ont également examiné le recours à des stimulants sur ordonnance pour augmenter la performance cognitiveNote de bas de page 28Note de bas de page 53, et l’usage de médicaments sur ordonnance, comme les benzodiazépines et les opioïdes, pour atténuer la détresse chez les étudiants de niveau collégial et universitaireNote de bas de page 54Note de bas de page 55.

On s’attend à ce que des changements dans le statut juridique des substances psychoactives influent sur le comportement des utilisateurs. À la suite de modifications législatives, l’usage de cathinones synthétiques comme la méphédrone, qui était très répandu il y a quelques annéesNote de bas de page 35, a chuté drastiquementNote de bas de page 7. Une tendance semblable a été observée pour le fentanyl : les opioïdes classiques, comme l’héroïne, ont été successivement remplacés par le fentanyl et des analogues du fentanylNote de bas de page 56 puis, plus récemment, par des analogues autres que le fentanyl, ayant des effets semblables au fentanyl, et par des analogues comme les nitazènesNote de bas de page 57. Les benzodiazépines de synthèse comme l’étizolam sont de plus en plus utilisées pour remplacer leurs homologues classiquesNote de bas de page 58. Ces changements sur le marché devraient se refléter dans les combinaisons de substances.

Bien que les effets des nouvelles combinaisons de substances émergentes soient souvent imprévisibles, les analogues sont conçus pour offrir des solutions de rechange légales aux substances contrôlées et ont souvent des effets semblablesNote de bas de page 7. De plus, les motivations associées à l’usage et à la combinaison de nouvelles substances demeurent semblables à celles visant leurs homologues classiquesNote de bas de page 59, d’où la pertinence de caractériser et de surveiller les habitudes de polyconsommation en fonction des préférences des personnes qui choisissent de combiner des substances.

Points forts et limites

Un point fort important de cette revue rapide est sa portée précise et ciblée. Nous avons examiné les données probantes d’après une définition explicite et étroite de la polyconsommation de substances, ce qui permet de mieux comprendre les combinaisons susceptibles d’être associées aux intoxications aiguës. Nous avons défini un épisode comme une période de 24 heures, sachant qu’un épisode de consommation peut cependant se dérouler sur plusieurs jours, voire plusieurs semainesNote de bas de page 60. Notre revue s’est concentrée sur les articles publiés au cours de la dernière décennie pour mettre en évidence les tendances qui pourraient sous-tendre la crise actuelle des surdoses. Les données qualitatives nous ont permis de dresser un portrait plus riche, grâce à la caractérisation des motivations sous-jacentes à la combinaison de substances.

Certaines limites doivent être mentionnées. Toutes les études incluses reposent sur des autodéclarations qui peuvent être inexactes, parce que les participants ne connaissent pas toujours la composition des produits, surtout lorsqu’ils consomment des substances illégalesNote de bas de page 61. Nous n’avons pas exploré le mode de consommation des substances, bien qu’il puisse s’agir d’un déterminant de l’effet escompté. De plus, certaines études pertinentes n’ont peut-être pas été repérées par notre stratégie de recherche, car le concept de polyconsommation est intrinsèquement vaste. Par conséquent, les combinaisons présentées ne constituent qu’un aperçu.

On sait que le contexte dans lequel les personnes consomment des substances influence leur comportementNote de bas de page 44, mais peu de données ont été publiées sur les différents contextes associés aux profils de polyconsommation. Enfin, bien qu’aucune étude n’ait été exclue sur la base du sexe, du genre ou de l’identité des participants, les travaux inclus ne reflètent pas la vaste portée et la diversité des expériences vécues par les personnes qui consomment des drogues.

Conclusion

Bien que des facteurs contextuels comme les changements dans l’approvisionnement en drogues illégales et la disponibilité des substances déterminent en grande partie le comportement, les motivations individuelles influencent considérablement les habitudes de consommation. Mettre davantage l’accent sur les raisons pour lesquelles les gens choisissent de combiner des substances est un facteur clé pour comprendre les profils de polyconsommation associés à des risques élevés de surdoses. Ce faisant, nous contribuons à mieux adapter les messages de réduction des méfaits à la réalité complexe des personnes qui consomment des substances.

Remerciements

Nous tenons à remercier Dominique Parisien, Amanda VanSteelandt, Margot Kuo, Sarah McDougall et Noushon Farmanara de l’Agence de la santé publique du Canada pour leur aide dans l’élaboration du protocole et l’analyse du contenu. Nous tenons également à remercier Lynda Gamble et Tanya Durr de la Bibliothèque de l’Agence de la santé publique du Canada à Ottawa pour leur précieuse aide à l’élaboration de la stratégie de recherche.

Conflits d’intérêts

Les auteures déclarent n’avoir aucun conflit d’intérêts.

Contributions des auteures et avis

MBF – conception de la stratégie de recherche, dépouillement des publications en vue de l’inclusion, extraction des données, analyse et interprétation des données et préparation du manuscrit

GC – extraction, analyse et interprétation des données et préparation du manuscrit

GG – extraction, analyse et interprétation des données et préparation du manuscrit

CL – examen de la stratégie de recherche, dépouillement des publications en vue de l’inclusion, analyse, interprétation des données et préparation du manuscrit

Le contenu de l’article et les points de vue qui y sont exprimés n’engagent que les auteures; ils ne correspondent pas nécessairement à ceux du gouvernement du Canada.

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