Épisode 22 : Les groupes menaçant la sécurité

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Les groupes criminels traditionnels, les gangs de motards criminalisés, les gangs de rue… Dans la communauté, on les considère comme des organisations criminelles. Mais dans les prisons fédérales du Canada, ils sont des groupes menaçant la sécurité.

Les groupes menaçant la sécurité représentent un défi complexe en constante évolution dans les prisons fédérales. Mais que sont exactement ces groupes et comment influencent‑ils la vie en prison?

Dans cet épisode, vous entendrez Francis, directeur d’établissement, qui nous explique comment ces groupes influencent la sécurité, le comportement des délinquants et les efforts de réinsertion sociale. Il nous parle aussi comment ces groupes sont surveillés et quelles stratégies le SCC utilise pour maintenir un environnement sécuritaire tout en soutenant la réhabilitation.

Durée : 22 minutes et 40 secondes
Publié : 6 mars 2026 
Animatrice : Véronique Rioux  
Invité : Francis, directeur de l’Établissement Drummond

Transcription

Véronique : Les groupes criminels traditionnels, les gangs de motards criminalisés, les gangs de rue. Dans la communauté, on les considère comme des organisations criminelles, mais dans les prisons fédérales au Canada, ils sont des groupes menaçant la sécurité. Les groupes menaçant la sécurité représentent un défi complexe en constante évolution dans les prisons fédérales du Canada. Mais que sont ces groupes exactement et comment influencent-ils la vie en prison?

Véronique : Je suis votre animatrice, Véronique Rioux et bienvenue à un nouvel épisode d'Au-delà des prisons. Aujourd'hui, nous discutons avec Francis, qui est directeur d'établissement. Il nous explique comment ces groupes influencent la sécurité, le comportement des détenus et les efforts de réinsertion sociale. Ils nous expliquent aussi comment ces groupes sont surveillés et quelle stratégie on utilise pour maintenir un environnement sécuritaire tout en soutenant la réhabilitation.

Véronique : Voici notre conversation. Bien Bonjour Francis, merci d'avoir accepté notre invitation. Vous êtes directeur ici à l'Établissement Drummond, ça fait combien de temps que vous occupez ce poste ici?

Francis : Dans le fond, je suis directeur d'un pénitencier depuis environ 10 ans et environ 3 ans depuis ici à l'Établissement de Drummond.

Véronique : Donc pouvez-vous nous expliquer brièvement votre parcours là, depuis vous avez commencé votre carrière ici, au service correctionnel?

Francis : Bien sûr. J'ai commencé ma carrière en 1998 comme agent de libération conditionnelle en collectivité. J'ai fait ça environ 2 ans et par la suite, je suis devenu agent de libération continuelle en établissement, plus spécifiquement à l'Établissement Leclerc. Et par la suite, j'ai toujours grandi là au sein des pénitenciers. J'ai occupé différentes fonctions d'agents de libération conditionnelle, aller jusqu'à des postes de gestionnaires, gestionnaire de programmes, directeur adjoint au niveau des interventions, sous-directeur d'établissement. Là on touche beaucoup plus au niveau opérationnel. Fait que j'ai été sous-directeur d'établissement ici à l'Établissement de Drummond et par un concours des circonstances et des processus, puis tout ça, je suis devenu sous-directeur au pénitencier de Cowansville pour finalement revenir comme directeur à Cowansville et par la suite à l'Établissement de Drummond.

Véronique : Donc à travers votre expérience, vous avez sûrement été appelé à gérer ce qu'on appelle des groupes menaçants la sécurité. Donc juste pour mettre en contexte-là ici on utilise le terme groupes menaçant à la sécurité (GMS). Qu'est-ce que ça englobe exactement?

Francis : Dans le fond, le Service correctionnel du Canada définit les groupes menaçant de la sécurité, c'est un groupe, une association, un gang, une organisation formée de trois détenus ou délinquants ou plus qui sont structurés ou non, qui s'adonnent à des activités criminelles, souvent en collectivité. Et puis il y a aussi des organisations qui se créent à l'intérieur de nos murs, qui sont davantage des gangs de prison qu'on appelle. Dans le fond si je peux vous faire un résumé là pour que les gens comprennent bien quand qu'on parle de groupes menaçants la sécurité, ça peut être des gangs de rue, ça peut-être des gangs autochtones très présents dans l'ouest canadien, beaucoup moins au niveau du Québec, des bandes de motards criminalisés, du crime organisé traditionnel.

Francis : Puis ça peut être aussi des idéologies suprémacistes, ça peut être la suprématie blanche, ça peut être l'idéologie religieuse aussi, ça peut inclure aussi le terrorisme en autant le que l'organisation est de trois détenus et plus.

Véronique : Donc comment est-ce que vous identifiez si une personne appartient à un groupe, donc si on commence dans le fond du début quelqu'un a une sentence fédérale est ce qu'il y a un travail qui a été fait au début de la sentence ou même avant que la personne arrive en établissement pour dans le fond, gérer le risque, savoir où est ce qu'on envoie cette personne là parce qu'il doit avoir des incompatibles, des gangs qui peuvent pas être au même endroit ou qui peuvent pas se croiser. Donc du jour un dans le fond, comment ça fonctionne?

Francis : Absolument, c'est un processus extrêmement rigoureux. Le délinquant arrive sous juridiction fédérale, là donc une sentence de 2 ans et plus d'incarcération dans les différentes régions des unités d'admission. Où est ce qu'on fait les évaluations initiales, où est ce qu'on regarde vraiment tous les facteurs, le parcours de vie, parcours professionnel, parcours du délinquant social, puis tout ça qui l'a emmené au niveau de la criminalité. On va identifier les besoins. On appelle ça des besoins criminogènes, c'est à dire les éléments qui l'ont amené à faire sa criminalité. Et dans le cadre de ce processus d'évaluation initiale, là on va regarder effectivement si le délinquant fait partie d'une organisation criminelle ou d'un groupe menaçant la sécurité.

Francis : On va avoir accès à plein d'informations, que ce soit de l'information de source policière dans le cadre de l’enquête. Nos partenaires policiers, on entretient des partenariats avec les corps policiers, ils peuvent nous alimenter en termes d'informations. C'est des observations qu'ils peuvent avoir fait là lors des enquêtes. Puis tout ça, ça peut être de l'information aussi qui provient de la Cour dans tout le processus judiciaire, l'information qui va émaner dans le cadre de du processus mais peut être que le délinquant fait un crime en lien avec une organisation criminelle, peut-être qu'il a été vu avec des complices d’une organisation criminelle, donc cette information-là va être extrêmement pertinente.

Francis : Par la suite, lors de l'évaluation, mais il y a plein de signes distinctifs. Parfois, il y a des rites initiatiques dans certaines organisations que les délinquants ont des cicatrices ou des particularités, des choses comme ça qu'on va vraiment attirer l'attention par observation. Puis on va poser des questions. Parfois c'est des tatouages, des fois c'est des pièces de vêtements, certaines couleurs sont identifiées à certaines organisations, puis tout ça et parfois certaines gestuelles de de doigts ou de mains peuvent nous permettre d'identifier des délinquants à certaines organisations. Puis parfois c'est le délinquant lui-même qui s'identifient d'une organisation, parce que ça lui apporte un certain prestige ou un sentiment d'appartenance.

Véronique : Donc j'imagine que vous restez à l'affût. Vous parlez de pièces, de vêtements, de couleurs, de tatouages, donc j'imagine qu'il y en a pendant leur incarcération qui vont adhérer à différents groupes. Donc est ce que c'est quelque chose que vous regardez pour vous assurer dans le fond de bien gérer là au niveau de de vos établissements?

Francis : Oui absolument, là c'est la première étape, c'est tous les délinquants qui rentrent au fédéral ou qui arrivent sur une sentence fédérale on leur fait cette première évaluation là. Parfois le délinquant bien l'information ne sera pas suffisante, ça peut pas être basé vraiment sur de l'information concluante, parfois on va, ça va nous permettre de l'identifier. Mais tout au long de la sentence, il y a différentes étapes-là qui nous permettent de de regarder la situation à nouveau, à savoir est ce que le délinquant s'est affilié, est ce que l'information, de la nouvelle information qui est arrivée on dans le fond on continue ce processus là tout au long de la sentence lors des transferts, juste avant une remise en liberté aussi parce que le délinquant va faire une partie de la sentence incarcéré, une partie en collectivité. Puis c'est super important de regarder, est ce que des affiliations ont été affiliées à un gang menaçant la sécurité. Ça peut être quelque chose d'important à regarder en surveillance, en collectivité aussi.

Véronique : Puis est ce que vous informez la police à ce moment-là aussi qu'une personne qui est affiliée à un groupe va être libérée?

Francis : Bien, ça fait partie du processus. Effectivement, si on a de l'information, puis qu'on permet d'une affiliation ou qu'on conclut une affiliation lors de la sentence et de l'information, qu'on va partager nos corps policiers, mais souvent dans le processus d'identification, là si on voit des signes à l'intérieur des murs, puis tout ça, on va les corroborer avec le corps policier. Peut-être qu'ils peuvent apporter une information complémentaire nous permettant de bien documenter nos dossiers.

Véronique : Si on revient encore là aux pièces de vêtements, aux couleurs, aux tatouages, est-ce qu'ils peuvent porter leur signe en établissement pour afficher leurs couleurs?

Francis : Non absolument pas dans le fond ce qu'on veut en établissement parce qu'on sait qu'un un délinquant affilié à une organisation criminelle ou un groupe menaçant la sécurité peut avoir une influence certaine en établissement, ça peut être une influence juste de par sa présence. C'est peut-être un délinquant qui a des moyens financiers à l'extérieur. Ça fait que ça l'apporte tout un lot de considérations là dans la gestion quotidienne des opérations de l'établissement. Mais non, le délinquant ne peut pas s'identifier à une organisation criminelle, à un groupe menaçant la sécurité et rapidement nos membres du personnel ou les grandes, les observations de nos membres du personnel nous permettent de vraiment identifier si il y a de la gestuelle ou des choses comme ça.

Véronique : Puis au niveau des tatouages, bon on sait qu’ils ont pas accès à la communauté pour aller se faire faire un tatouage mais est-ce que c'est quelque chose qui est accessible à l'intérieur pour dans le fond s’ils adhèrent à un groupe ou s’ils veulent tout simplement faire faire un tatouage-là qui représente leur groupe ou leur affiliation.

Francis : Je vous dirais l'identification par les tatouages. Un groupe menaçant la sécurité, ça devient de plus en plus rare parce que c'est certain que c'est une identification qui vient assez directement là à nos yeux, là c'est quelque chose qu'on regarde parce que le délinquant qui est admis sous juridiction fédérale, on va regarder tous ces signes-là. Est-ce qu'il y a des tatouages, signification des tatouages et tout ça. Pour répondre directement à votre question, est-ce que les délinquants peuvent se tatouer à l'intérieur des murs? La réponse est oui. Ils vont faire des articles de contrebande avec différents articles qu'ils peuvent avoir là des articles bien communs, modifier tout ça et se faire des articles de tatouage et ils peuvent se tatouer différents articles.

Francis : Puis comme je vous dis au cours de sentences, on met toutes nos dossiers à jour. Aussi, si on voit un nouveau tatouage, on va poser des questions aux délinquants. Chaque délinquant a une équipe de gestion de cas, donc un ensemble d'intervenants qu'il rencontre assez régulièrement. Il y a des membres du personnel ou des intervenants de première ligne dans tous les secteurs fait que ça nous permet d'identifier des signes comme ça là qu'on peut voir là de façon assez évidente, on va poser des questions sur le tatouage. Signification du tatouage, parfois les tatouages sont évidents et on reprend des photos de ces tatouages là et on change vraiment les informations qu'on peut avoir sur le délinquant pour ajouter ce signe distinctif là.

Véronique : Donc les dispositifs de tatouage que vous parliez, est ce que c'est légal entre guillemets, en en établissement?

Francis : Absolument pas, non, c'est illégal, c'est vraiment des articles de contrebande. Quand que les membres du personnel procèdent à des fouilles de cellules ou des fouilles du délinquant et qui découvrent ces articles de de tatouage, là c'est vraiment des, comment je pourrais dire, c'est de l'artisanale, là ça peut être des bouts de de différents articles. On procède à la saisie et le délinquant se voit attribuer un rapport d'infraction.

Véronique : Qu'est-ce que ça représente au niveau des opérations, au niveau de la sécurité, les défis, est-ce que 200 gangs à travers le Canada, 43 établissements, comment on gère les gangs qui sont incompatibles, par exemple à l'intérieur d'un pénitencier?

Francis : Les gangs incompatible c'est extrêmement difficile de gérer à l'intérieur des murs parce que c'est un peu le reflet de la société là, avec un certain bémol, là je vous dirais, c'est pas tous les conflits qui sont à l'extérieur qui rentrent vraiment à l'intérieur des murs. Les délinquants sont vraiment conscients qu'il y a 43 établissements au Canada. Fait qu'on peut pas avoir 200 établissements avec un établissement par groupe. Là bien entendu ça serait impossible.

Francis : Ça fait que certains conflits ne rentrent pas à l'intérieur des murs. Quand qu'on a des conflits effectivement d'incompatibilité majeurs dans nos établissements sécurité modérée, c'est pratiquement impossible à gérer ensemble parce que dans la grande majorité des établissements sécurité modérée, les délinquants sont en contact entre eux. On n'a pas de sous population. En tout cas, si je parle de la région du Québec, là tous les délinquants sont en contact entre eux, fait que souvent quand il y a des incompatibilités, on va les transférer ou les placer dans différents établissements pour éviter qu'ils soient en contact entre eux. Dans nos établissements à sécurité maximale, c'est différent parce que tout le mode de fonctionnement d'un établissement à sécurité maximale diffère là dans le fond, il part des mouvements des secteurs où que les différents secteurs de par les mouvements opérationnels ou les activités quotidiennes, les délinquants ne sont pas en contact entre eux, fait qu'on peut avoir 2 ou 3 secteurs les délinquants vont pouvoir aller au programme en éducation, les affectations, puis tout ça sans entrer en contact entre eux. Là c'est à dire entre les différents groupes fait que c'est plus facile pour certains établissements de sécurité maximale de le gérer. Mais pour les médiums, il faut vraiment que les délinquants soient compatibles entre eux dans un même établissement.

Véronique : Donc comme vous disiez là vous les placer en fonction de la compatibilité. Il y a des différentes populations selon les établissements et les établissements qui, par exemple, ont plus de programmes pour les délinquants sexuels, il y a probablement des établissements où est-ce qu'il y a plus de groupes menaçant la sécurité. Est-ce que vous voyez une corrélation avec le trafic de drogue par exemple dans les établissements où est ce qu'il y a plus de groupes menaçant la sécurité?

Francis : C'est sûr que puis effectivement là je veux juste peut être apporter la précision, un délinquant issu ou identifié ou affilié à un groupe menaçant la sécurité. Assurément on peut pas mettre ça dans le même type de population que des délinquants sexuels ou des délinquants à des besoins particuliers parce que c'est la loi du milieu, elle est relativement forte. Il y a des choses qui ne fonctionnent pas ou qui ne sont pas tolérées en établissement. Et quand qu'on parle de GMS ça vient intensifier la loi du milieu.

Francis : Effectivement, les groupes, les délinquants issus des groupes menaçant la sécurité vont être orientés vers certains établissements plus que d'autres. Puis effectivement, ce qu'on s'assure comme gestion ou comme direction d'établissement, c'est que tous les délinquants soient considérés de la même façon. Un peu plus tôt, je disais que les délinquants issus des GMS ont plus d'influence, plus de moyens financiers, plus de contacts à l'extérieur. Inévitablement, effectivement, ils ont plus les moyens d'être impliqués dans de la contrebande institutionnelle. Ce qu'on remarque ou de par mon expérience, c'est peu ces délinquants-là qui vont être les premiers acteurs de cette activité de contrebande là, mais plus la soutenir à un niveau intermédiaire. Dans le fond, ils vont essayer de reproduire en établissement exactement ce qu'on connaît en collectivité.

Francis : C'est rarement les groupes menaçant la sécurité bien structuré qui vont être dans la rue puis vendre de la drogue. Là si je peux l'imager comme ça fait qu'en établissement, ça sera pas nécessairement eux qui vont faire le trafic. Et puis tout ça, ils vont davantage le supporter de par leurs influences, les moyens financiers, puis tout ça, les contacts, exactement.

Véronique : Puis donc les contacts à l'extérieur, il reste que bon, quelqu'un qui est incarcéré, qui a des contacts avec un crime, que ce soit un gang de rue ou un crime organisé, quand il y a des conflits à l'extérieur, j'imagine que vous suivez ce qui se passe dans la communauté pour voir ce que ça va être reflété à l'intérieur. Vous devez probablement rester à l'affût de ce qui se passe là, puis dans le fond, réagir à ce qui se passe dans la communauté.

Francis : Absolument. Si on serait capable de le faire, on réagirait avant les événements. Mais il faut toujours réagir après les événements parce qu'ils ne sont pas connus. Mais effectivement, on regarde beaucoup qu'est ce qui se passe dans les médias. Parfois, il y a beaucoup de choses qui ne sont pas dans les médias, mais que les corps policiers nous alimentent sur des conflits, des tensions entre les différentes organisations criminelles. Puis oui, il faut toujours être à l'affût parce que bien, comme vous le voyez aussi dans les médias, là, souvent les organisations criminelles, il peut y avoir une alliance. Deux jours par la suite cette alliance-là est cassée, ils peuvent avoir des incompatibilités, puis tout ça, puis nous il faut qu'on vraiment, qu'on regarde les impacts potentiels au sein de nos établissements. Est-ce que la tension peut rentrer à l'intérieur des murs? Est-ce que le conflit peut rentrer? Parce qu'il faut comprendre comme on le voit un petit peu en collectivité, souvent les conflits peuvent être sanglants, fait qu'en établissement c'est sensiblement la même chose fait que oui, on est vraiment l'affût de ce qui se passe en collectivité, les alliances, les bris d'alliances qui peuvent y avoir.

Francis : Et on fait des interventions d'observations. Les membres du personnel, vous savez, dans un pénitencier, ce qui est le plus important, c'est vraiment la sécurité dynamique, les observations qu'on voit. Le délinquant se tient avec qui est ce qu'un délinquant peut avoir une influence sur un autre délinquant? Quand je parle d'influence, est-ce qu'un délinquant nettoie ses cellules, est ce qu'un délinquant amène sa nourriture? Est-ce que le je sais pas moi par exemple, le délinquant est attribué à un poste de nettoyeur dans la rangée, mais c'est un autre délinquant qui fait son travail à sa place. C'est toute des indices qui nous amènent à croire que l'influence du délinquant est relativement grande. Puis comme direction ou comme intervenant, notre but c'est que tous les délinquants soient considérés du même niveau. Fait qu'on intervient, on regarde des observations, fait que souvent ces observations là nous amènent à vraiment à déceler parfois des tensions, parfois des conflits à l'extérieur. On rencontre parfois les délinquants aussi. Faut savoir que les délinquants c'est issus des groupes menacés de la sécurité. C'est pas complètement isolé de l'extérieur.

Francis : Fait que quand qui voient un petit peu dans les médias qu'il y a des événements majeurs entre différentes organisations criminelles, on les rencontre, on leur dit qu'il s'est passé telle chose à l'extérieur. Est-ce que tu crains pour ta sécurité? Est-ce que tu penses qu'il y a des choses qui peuvent rentrer à l'intérieur des murs? Est ce qu'il y a des choses qu'on devrait porter attention? Ce ne sont pas des types de délinquants très collaborant je vous dirais, mais l'ensemble des informations qui sont à notre disposition, que ce soit de l'information officielle, des corps policiers, de ce qu'on remarque à l'extérieur, de nos rencontres de nos observations ça nous permet vraiment de gérer l'ensemble des situations qu'on peut rencontrer.

Véronique : Puis est-ce que vous voyez des situations où quelqu'un voudrait se désaffilier d'un groupe puis est ce que vous avez des programmes ou est-ce que vous avez des ressources pour aider les délinquants à se désaffilier?

Francis : On n'a pas de programme spécifique de désaffiliation dans le fond. Faut comprendre qu'un délinquant qui est dans un groupe menaçant la sécurité, mais ça répond des besoins fondamental que n'importe quel délinquant peut avoir. C'est un besoin d'appartenance, c'est un besoin de valorisation. Parfois, c'est un besoin de protection. On regarde souvent ce qu'on voit au niveau des délinquants issus des groupes menaçant la sécurité. C'est une personnalité antisociale, c'est des modes de résolution de problèmes qui sont déficients, axés sur la violence ou le milieu interlope, c'est des modes de négociation, de communication, souvent des déficients, c'est souvent des activités de loisirs qui sont essentiellement centrées sur la gang ou des activités criminelles. Fait que ça on retrouve ça chez parmi plusieurs délinquants qu'on peut avoir même s'ils sont pas issus des groupes menaçant la sécurité. Fait qu'on va orienter nos délinquants issus des groupes menaçant la sécurité vers nos programmes réguliers. Donc on parle de programmes intégrés parce que ça va travailler une multitude de problématiques, des modes de résolution de problèmes, les valeurs, la façon d'aborder les valeurs antisociales, d'aborder la vie, la structure saine aussi au niveau de la vie.

Francis : Puis avec le temps, souvent on confrontera pas le délinquant qui fait partie d'un groupe de GMS. Je veux dire bon mettons l’affiliation est pas bonne, tu devrais peut être te désaffiliés puis tout ça parce que je vous dirais, c'est comme n'importe quelle personne à l'extérieur qui ont des valeurs très profondes. Si je vous dirais par exemple demain matin bien vous parlez plus à votre famille, vous parlez plus à votre conjoint conjointe. C'est quelque chose qui va venir vous chercher parce que c'est vos valeurs profondes. Fait que souvent un délinquant issu de groupes menaçant la sécurité, c'est ces valeurs profondes d'appartenance, de valorisation. Puis tout ça fait qu'on va vraiment intervenir plus sur les valeurs. Est-ce que le mode de résolution de problèmes de communication est-ce que c'est adapté avec le temps? On va créer un lien ou une alliance thérapeutique avec le délinquant et c'est ça qui va l'emmener à lui-même, remettre en question son affiliation ou son lien avec les groupes menaçant la sécurité parce que là ça correspondra plus au mode de vie qu'il veut.

Francis : La violence ou des choses comme ça, ça fait qu'il va entreprendre son processus de de resocialisation et souvent de par lui-même avec le temps, on va le voir aussi, comme je vous le disais là en établissement, est-ce qu'il va se dissocier des autres groupes parce qu'on a rarement un seul délinquant issu d'un groupe menaçant la sécurité dans un pénitencier fait qu'il va prendre ses distances. On va le voir, il va être plus prosociaux, on va aller plus à l'école, aux programmes, dans sa situation d'emploi, dans l'établissement et éventuellement, on peut le rendre inactif.

Véronique : Donc ce qui veut dire que vous considérez qu'il ne fait plus partie du groupe?

Francis : Effectivement, ce qu'on dit c'est qu'effectivement l'influence du groupe menaçant la sécurité est moindre qu'il pourrait y avoir là en début de sentence.

Véronique : Puis est ce que c'est mal vu par les autres détenus quand quelqu'un veut se désaffilier, comment est-ce que vous gérez ça dans le fond pour assurer sa sécurité?

Francis : Tout dépendamment de la façon que c'est fait, tout dépendamment aussi de l'organisation du groupe menaçant la sécurité. Parfois c'est le temps, l'usure du temps qui fait en sorte que le délinquant va sortir de lui-même je pense. Ça dépend aussi du processus à l'intérieur de laquelle il va prendre cette distance-là. Mais vous marquez un excellent point, c'est souvent ça peut être perçu comme un sentiment de trahison. Tu te distances, est-ce que tu parles au personnel, est-ce que tu donnes de l'information plus délicate sur l'organisation, est-ce que tu parles de ce qui se passe ici en établissement? Fait que le processus doit être très graduel. Bien, il y a plusieurs délinquants qu'on a connus issus des groupes menaçant la sécurité, qu'avec le temps ils se sont rendus inactifs. Souvent le groupe menaçant la sécurité ou les autres détenus voient qu'effectivement bien il est amorcé dans un processus de resocialisation qui a quand même certaines valeurs du milieu. Là c'est à dire qu'ils parlent pas tant de l'organisation, on parle pas des événements ou des activités qui se passent en établissement.

Francis : Donc il quitte, on entend souvent dans les médias en « good standing », là donc il quitte l'organisation, là dans de bonnes bases, puis à ce moment-là il y aura pas de problème.

Véronique : Puis est-ce que vous travaillez avec des organismes communautaires ou des bénévoles pour aider aussi là ces délinquants-là qui veulent se désaffiliés?

Francis : Oui on a des bénévoles ici en établissement, mais qui sont offerts à tous les délinquants là, mais qui peuvent participer à des activités bénévoles, que ce soit en lien aussi avec la chapelle de l'établissement. Il y a pas de programme communautaire en tant que tel. Là, bien qu'on a fait, on a des liens avec une organisation ou un groupe communautaire de Montréal là, mais plus pour les délinquants, plus radicalisés là au niveau religieux ou des choses comme ça.

Véronique : Puis est ce qu'il y a des programmes pour la radicalisation? Où est ce que c'est encore comme vous disiez là, c'est à travers les différents programmes correctionnels que vous adressez les facteurs ou les croyances ou les attitudes de violence de ces individus-là?

Francis : Absolument. On passe par les vraiment les programmes réguliers qui vont venir toucher toutes ces sphères-là. Puis comme je disais aussi, tous les délinquants ont une équipe de gestion de cas, donc un agent de libération continuelle qui va le rencontrer, qui va remettre en question ses valeurs là, qui va le contextualiser, qui peut lui donner des petits travaux à faire aussi de réflexion en lien avec ces affiliations, puis tout ça.

Véronique :  Parfait. Donc vous avez répondu à beaucoup de mes questions, merci beaucoup avant qu'on termine, est-ce qu'il y a quelque chose que vous aimeriez rajouter?

Francis : Non j'ai rien à rajouter sinon qu’effectivement la considération au groupe menaçant la sécurité, c'est quelque chose qu'on considère qu'on prend vraiment au sérieux parce que ça peut avoir un impact sur nos modes opérationnels. Mais ça peut avoir un impact sur la sécurité de l'établissement et de la sécurité du public. Puis, notre objectif, c'est vraiment de tout mettre en branle pour permettre aux délinquants de faire face à ces facteurs criminogènes, puis qu'ils deviennent citoyens respectueux des lois en incluant effectivement, s’il y a une affiliation au niveau des groupes menaçants la sécurité qu'il faut absolument considérer.

Véronique : Super, un gros merci.

Francis : Ça fait plaisir.

Véronique : C'est tout pour l'épisode d'aujourd'hui, merci à Francis d'avoir pris le temps de nous parler des groupes menaçant la sécurité dans les prisons fédérales au Canada. Si vous avez aimé cet épisode, n'oubliez pas de vous abonner alors que nous continuerons d'explorer les programmes et les personnes qui ont un impact partout au Service correctionnel du Canada. Cette production est une réalisation du Service correctionnel du Canada et je suis votre animatrice, Véronique Rioux. Merci d'avoir été à l'écoute.

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2026-03-06