Épisode 2 : Renforts, allons-y
Dans notre deuxième épisode, suivez Guillaume, un agent correctionnel II ayant 12 ans de service, durant son quart de travail à l’Établissement de Cowansville, une prison à sécurité moyenne au Québec.
Avertissement : Cet épisode contient des descriptions explicites de situations d’urgence réelles impliquant danger physique et traumatisme. La prudence est de mise. Pour accéder à des ressources d’aide, veuillez consulter le bas de cette page.
Transcription de la vidéo
Épisode 2 de Virage : Renforts-allons-y
Bonjour. Je m’appelle Guillaume, agent correctionnel de grade 2 à l’Établissement de Cowansville.
L’Établissement de Cowansville, un établissement à sécurité moyenne, est situé à Cowansville, au Québec, à environ 100 km à l’est de Montréal.
Il peut accueillir près de 600 détenus.
Aujourd’hui, nous suivons Guillaume Favreau pendant son quart de travail. Guillaume occupe le poste d’agent correctionnel depuis maintenant 12 ans.
Il est aussi membre de l’Équipe d’intervention d’urgence et coordonnateur régional des griefs pour la région du Québec.
Le breffage
Le quart de travail commence par un breffage. Les agents rencontrent le gestionnaire correctionnel afin d’être mis au courant des événements récents et des choses à surveiller.
(Inaudible) dans le pavillon 10, ça vient de tomber, donc on ne sait pas exactement comment il va sortir. Puis, lors d’une autre tournée, les agents du 9 ont saisi un « slasher » dans la cellule (inaudible). Et finalement, le samedi, également, dans le pavillon huit, 1.5 litre de « brou » de trouvé dans la cellule (inaudible). Dimanche, c’était RAS.
La cuisine
Une fois le breffage terminé, Guillaume se prépare à commencer sa journée.
Nous nous dirigeons maintenant vers la cuisine et la cafétéria, où les détenus prennent leur repas. Certains d’entre eux travaillent aussi à la cuisine pour préparer et servir les repas.
Ce n’est pas n’importe quel détenu qui peut avoir un emploi comme ça, parce qu’ils vont utiliser des couteaux, des matériaux qui, habituellement, sont interdits en établissement. Il y a une enquête sécuritaire qui est faite sur les détenus pour être sûr que ce soit fait de façon sécuritaire.
Toutes les observations qu’on fait ici, c’est important de les rédiger pour le rapport d’observation et on peut s’en servir par la suite.
La patrouille
Guillaume nous amène faire un tour du périmètre dans un véhicule de patrouille. Ce type de véhicule est utilisé par les agents pour surveiller et assurer la sécurité autour des établissements.
Là on est dans la patrouille motorisée, on tourne autour sur pénitencier. Quand on fait ça, c’est parce que c’est important de regarder les alentours, tant à l’intérieur qu’à l’extérieur.
Il y a quand même de la contrebande actuellement, il y a des gens qui viennent lancer la contrebande par-dessus les clôtures ou de plusieurs façons. Ça fait partie du mandat des patrouilleurs de surveiller les environs et également de prévenir les évasions.
Pendant notre patrouille, une alarme est déclenchée.
Là on a une alarme de clôture, on va aller vérifier que tout est correct. Ça peut être les intempéries, les animaux, peu importe. Il faut toujours considérer une alarme comme une évasion.
Nous des fausses alarmes, c’est normal, c’est correct, mais il faut toujours faire comme si c’était grave et aller vérifier.
On va aller dans la tour, on va aller vous montrer ça.
Le travail de la tour, c’est de surveiller les détenus, mais aussi les environs. Vous voyez, on a une vue panoramique ici. Les entrées de contrebande, c’est le nerf de la guerre actuellement, pour plusieurs raisons. Alors, l’officier en poste, ici, doit surveiller autant l’intérieur que l’extérieur du pénitencier. Quand on est sur la patrouille, sur le périmètre, souvent il va y avoir des alarmes de détections de mouvement, entre les clôtures ou à la clôture.
C’est dans le mandat des patrouilleurs de vérifier ce qui se passe à ce moment-là, ça peut être les intempéries, les animaux, ça peut être un détenu qui touche à la clôture pour aller récupérer un colis. Donc, quand ça sonne, le mandat du patrouilleur c’est d’aller vérifier qu’est-ce que c’est. Évidemment, ça sonne souvent puis, des fois, on peut être porté à croire que ce n’est rien, mais il faut considérer chaque alarme, comme si c’était une évasion, c’est bien important.
Saisie dans une cellule
L’essence de l’emploi des agents correctionnels c’est dans les pavillons, de faire des patrouilles sécuritaires, de faire des fouilles. Ça, on va aller faire ça après le souper. C’est là qu’il est le gros du métier. C’est là où on est constamment en contact avec les détenus aussi, c’est un peu là où ils passent la plupart de leur temps, donc, je pourrais dire que c’est là où c’est le plus difficile de l’emploi aussi.
Lors d’une ronde des cellules, Guillaume remarque une possible activité liée à la drogue.
Guillaume : Je te demanderais de mettre tes mains au mur. Est-ce qu’il y a de quoi sur toi qui pourrait nous piquer ou nous blesser?
Détenu : non
Guillaume : Oscar 39 Alpha à Oscar 12.
Radio : Je suis à l’écoute.
Guillaume : Oui, monsieur demande l’autorisation de fouille de cellule avec motif raisonnable de croire.
Radio : C’est quoi le motif exactement?
Guillaume : Le détenu, il manipulait de la drogue.
Radio : Vous me rappellerez après avoir géré tout ça.
Guillaume : 39 Alpha, compris, terminé.
Guillaume : Y a quelque chose là-dedans qui peut me piquer ou me blesser?
Détenu : non
Guillaume : Je vais aller fouiller la cellule, vous pouvez rentrer.
Quand on est rentré, vous voyez le détenu, ça brûle, il se fait des mèches. Il y a de l’hasch ici qu’il coupe avec ça, vous voyez que ce n’est pas la première fois qu’il le fait. Il met de l’hasch là-dessus et il consomme sa drogue. Donc là, ce qu’on va faire c’est qu’on va l’éteindre et on va procéder à la fouille de la cellule et on va saisir les éléments.
Quand on fait une fouille de cellule, c’est important de garder les horizons ouverts, là on a l’autorisation de fouiller la cellule. On sait qu’il y a de la drogue là, mais il n’y a rien qui nous dit qu’il n’y en a pas ailleurs. Donc le motif, c’est une porte d’entrée dans la cellule, mais on en profite pour faire une bonne fouille de la cellule pour être sûr qu’il n’y a rien.
Pendant que je fouille, mon collègue fait de la sécurité à l’entrée, à la porte, pour qu’on ne se fasse pas embarrer. Et il va gérer les contents, parce que c’est sur qu’on dérange en ce moment.
Là on vient de faire une saisie, le détenu, ça va lui coûter des sous, ils vont essayer de faire un petit peu d’intimidation pour qu’on ne revienne pas trop souvent. C’est sûr que si moi je reviens et je vis de la pression tout le temps, ça peut, selon eux, que je revienne moins souvent. Par contre, selon la mission du service correctionnel, mon but c’est de les aider à devenir des citoyens respectueux des lois. Si tu consommes, ici en établissement, alors que c’est interdit, t’es mal parti.
Il avait caché autre chose. Donc ça ici, c’est un « tocker ». Un « tocker », quand la drogue brûle sur le (inaudible) il va utiliser ça comme une pipe pour le respirer. Donc, ça, c’est un autre élément de contrebande.
Là, le résultat de ma fouille : j’ai saisi des articles de consommation, ici. J’ai saisi de la drogue, ce qui me semble être du hasch, du hachish. On va le faire analyser et on va le saisir et envoyer tout ça aux agents de renseignements de sécurité, qui vont analyser la substance. Ensuite de ça, le détenu sera « rapporté », il va y avoir des rapports d’observation, un rapport de saisie, un rapport d’infraction et un rapport de fouille. Ensuite ça va aller à la Cour mineure ou Cour majeure, selon ce qui a été saisi et il va y avoir une discipline par la suite.
La drogue est omniprésente dans nos établissements à cause des drones. Et ce que ça fait, c’est que c’est détenu là, ils fument, consomment et sont encore sans leur cycle de criminalité. Ça crée des dettes, ça augmente les problèmes de santé mentale, ça va être lié avec des médications. Des fois, ils peuvent vendre leur médication pour leur santé mentale pour acheter ça, mais finalement ils avaient besoin de leur médication pour leur santé mentale. Ça amène plein de problèmes, sans compter la fumée secondaire, la pression que les agents correctionnels vont vivre à faire leur travail. La drogue est omniprésente plus que jamais.
Donc, l’étape suivante est d’aller porter les formulaires au gestionnaire correctionnel que lui va s’assurer de la conformité du tout. Il va prendre possession et c’est terminé pour moi pour cette saisie.
Détection d’un drone
Ce qu’on va faire nous autres, c’est qu’on va isoler ce secteur ici. Donc, stop, s’il vous plaît. On va fermer ça, ici. On va retourner les détenus dans le pavillon. On va vider ce secteur-ci pour pouvoir travailler de façon sécuritaire.
Le drone a été détecté, secteur, activité. Tous les détenus qui sont là, ils vont être fouillés avant de sortir. Donc ce qu’on fait, c’est qu’on s’affaire à retourner les détenus. Le drone a été détecté, secteur, activité, mais il n’y a rien qui me dit qu’il n’a pas « dropé », ailleurs. C’est pour ça que les détenus qui rentrent dans les pavillons sont fouillés avant de rentrer. Là on procède étape par étape. On va se diriger vers la clôture là-bas.
Ce qu’on va faire, c’est qu’on va se diriger vers un pavillon et on va procéder au compte et on va enfermer les détenus. Mes collègues, ce qu’ils font, c’est qu’ils vont terminer les fouilles et ils vont aller fouiller les secteurs d’activité pour voir s’il n’y a pas un paquet qui est resté au sol. Souvent, vu qu’on procède à des fouilles, les détenus vont laisser le paquet par terre et ne pas se faire prendre à la grille, ici, avec. Donc, on va les laisser terminer et on va se diriger vers le pavillon.
On ferme les portes.
Les incidents les plus mémorables, c’est souvent les plus catastrophiques. Ce sont des détenus qui sont en pris à un autre avec des armes blanches. Quand on est intervenu, il a fallu faire un arrêt d’agir, mais après, il faut prendre en charge les blessés, gérer l’agresseur, le menotter et tout ça, faire une bonne fouille sur sa personne, l’isoler, le reconduire ailleurs. Moi, à ce moment-là, mon mandat dans cet événement-là, ça a été de prendre en charge la victime. La victime était vraiment amochée, on était trois agents sur cette personne-là et on n’avait pas assez de six mains pour colmater tous les trous.
Ce sont des événements qui peuvent être traumatisants, mais c’est des événements qui arrivent dans des milieux carcéraux, peu importe les raisons. Que ça soit les gangs, la drogue, les dettes, le contrôle, juste la tension, le fait d’être enfermé tout le temps ici, y a une certaine tension qui se crée. En plus de ça, on met dans le même paquet plein de gens qui ont une tendance criminelle, des problèmes sociaux, ils ne savent pas comment régler les conflits par la parole. Eux autres, ils ont un autre code de vie, d’autres façons de faire que nous.
Cet événement-là a été assez traumatisant. Ça a été une belle intervention parce qu’il y a eu plusieurs partenaires qui ont été impliqués, que ce soient les services de santé, les ambulanciers, les services de santé locaux, je parle, on a un département, l’hôpital intérieur. On a fait ce qu’on a pu, l’idée ce n’est pas toujours d’être parfait, c’est de faire de notre mieux, sauf qu’avec le stress, le sang, les cris, ça va vite, ce n’est pas un métier facile et ce n’est pas toujours facile de prendre la bonne décision, mais ce qui est important c’est d’agir et l’intention y est pour beaucoup.
Ce qui arrive après, c’est que tu retournes dans ces lieux-là et l’odeur du sang peut te revenir, les flashbacks. C’est pour ça que quand il y a des événements comme ça qui se passent, si on ressent le besoin, de consulter, de parler, de ventiler. On ne peut pas faire une carrière en accumulant tous les événements sécuritaires qui vont se passer ici, parce que c’est sûr que tu ne vas pas te rendre jusqu’à la fin. Il faut que tu te trouves des façons d’alléger l’esprit.
Largage par drone
Backup! Come with me. Run!
Là, les agents correctionnels sont intervenus dans un pavillon parce qu’il y a eu un code blanc, une altercation entre deux détenus. Les détenus sont menottés, on va les isoler dans des cellules. Par la suite, les gestionnaires correctionnels vont faire la lumière sur la situation. Quand on fait ça, on va procéder, à la suite de l’autorisation, à une fouille à nu des détenus pour s’assurer que sur leur personne ils n’ont pas d’armes. Ils vont probablement demander des fouilles dans le secteur pour être sûr, des fois. Ils utilisent des armes pour faire leur assaut et les lancent après. On visionner les caméras pour faire des fouilles. Comme vous voyez, ici, le secteur est isolé pour travailler sécuritairement.
On va se tasser, parce que les agents vont procéder à une fouille à nu et on va laisser de l’intimité.
Donc, à la suite de l’intercation, les agents correctionnels ont procédé à une fouille à nu sur le détenu et on voit ici qu’ils ont saisi une « plug ». C’est comme ça qu’on appelle ça dans le jargon. On peut voir, selon l’emballage, que ça semble être du tabac. Ça va être analysé par les agents de sécurité. Encore une fois, clairement, c’est le type de contrebande qui rentre via des drones, donc on voit les conséquences de ces drones-là : il y a eu une altercation entre les détenus, il y aurait pu y avoir des blessés, probablement qu’il y en a un qui va contracter des dettes à cause de ça. Les agents correctionnels ont dû intervenir, ça fait partie de notre travail, on est formé pour ça, on est prêt pour ça, mais clairement, la contrebande via les drones, ça a amplifié la problématique à l’établissement, de façon exponentielle.
Admission de détenus
Un véhicule de transport arrive avec des détenus qui purgeront leur peine ici.
Les détenus suivent un plan correctionnel préparé pour eux, qui comprend des traitements et des recommandations appuyant la réhabilitation.
À l’étape de l’admission, les détenus sont enregistrés et reçoivent les vêtements standards de l’établissement ainsi que des articles essentiels de base. Ils se rendent ensuite dans la cellule qui leur a été attribuée pour purger leur peine.
Mon plus grand défi avec les interactions avec les détenus, c’est qu’il ne faut rien prendre de personnel. C’est l’uniforme, c’est le titre, c’est l’image qu’on projette. Donc, il faut être capable de mettre la barrière entre notre travail et notre personne.
Quand il y a un moment de tension entre les détenus, ce qui est important c’est de garder son calme, prendre des bonnes respirations et s’appuyer sur nos collègues, c’est du travail d’équipe, ne gardez pas tout ça sur vos épaules. Quand vous avez eu une journée difficile, prenez le temps de discuter, d’en parler, de ventiler.
Un bon truc pour aider un détenu à désescalader émotionnellement. Des fois, c’est de se mettre à sa place. Pas pour minimiser ses actions, mais pour trouver les bons mots, pour nommer ses émotions. Des fois, il va se sentir mieux compris et par la suite, il va être plus réceptif à tes conseils et demandes.
Ce n’est pas un métier normal, ce qu’on voit, ce qu’on vit, ce qu’on gère, ce ne sont pas des événements qui sont normaux dans la société. Une carrière au service correctionnel, c’est un marathon, ce n’est pas un sprint. On ne peut pas faire un marathon avec un lourd bagage émotionnel sur notre dos.
Moi j’adore ça être agent correctionnel parce qu’il n’y a pas une journée qui est 100% pareil que la veille. On est toujours aux aguets, on se parle-là, mais il peut y avoir une bagarre à gauche, il peut y avoir un problème médical à droite. On ne sait jamais à quoi s’en tenir.
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- 9-8-8 : Ligne d’écoute en cas de crise suicidaire