Épisode 4 : Les déplacements

Dans notre quatrième épisode, suivez Roger, un agent correctionnel II, durant son quart de travail à l’Établissement de Joyceville et dans l’Unité d’évaluation.

Avertissement

Cet épisode contient des descriptions explicites de situations d’urgence réelles impliquant danger physique et traumatisme. La prudence est de mise. Pour accéder à des ressources d’aide, veuillez consulter le bas de cette page.

      
Transcription de la video

Virage - Épisode 4 : Les déplacements – Les déplacements

L’Établissement de Joyceville est situé à 20 kilomètres au nord-est de Kingston, en Ontario.

Il s’agit d’un établissement à sécurité minimale qui abrite également l’unité d’évaluation régionale ainsi que l’unité régionale de détention temporaire. Il peut accueillir un peu plus de 750 détenus.

Comme il s’agit à la fois d’une unité d’évaluation et d’une unité de détention temporaire, les déplacements y sont nombreux. L’agent correctionnel Roger Levac est chargé de superviser l’ensemble de ces déplacements. Nous passons la matinée avec Roger pendant son quart de travail.

Roger
Agent correctionnel

Je m’appelle Roger. Je suis agent correctionnel, CX-02, à l’Établissement de Joyceville.
Je suis agent correctionnel depuis plus de 15 ans. C’est un travail très intéressant. C’est un travail qui exige qu’on reste vigilant. Peu de gens ont l’occasion de vivre les expériences qu’on vit derrière ces murs.

INTRODUCTION de Virage

LES DÉPLACEMENTS

Joyceville est une unité d’évaluation, ce qui signifie que tous les détenus provenant des prisons provinciales sont envoyés ici lorsqu’ils commencent à purger leur peine fédérale.

UNITÉ D’ÉVALUATION

Un délinquant condamné à une peine de ressort fédéral se trouve généralement déjà dans une prison provinciale, où il attend sa peine et son transfèrement vers un établissement fédéral. L’unité d’évaluation de Joyceville est l’endroit où ce transfèrement se fait en Ontario. Les délinquants sous responsabilité fédérale détenus dans une prison provinciale arrivent à l’unité d’évaluation par fourgon ou par avion, de partout en Ontario, pour y être admis et évalués. Une fois le processus terminé, ils deviennent des détenus sous responsabilité fédérale et attendent qu’on décide dans quel établissement fédéral ils purgeront leur peine. Certains détenus pourraient demeurer à Joyceville, mais la plupart seront transférés ailleurs dans la province ou ailleurs au pays.

Lorsqu’ils arrivent en provenance du provincial, on les amène ici et ils sont soumis à une fouille à nu. Après, on prend leurs empreintes digitales et leurs photos. Lorsqu’ils sont ici, on évalue leur cas pour déterminer dans quel établissement ils seront placés et à quel niveau de sécurité, soit au niveau minimale, moyen ou maximum. On évalue ensuite l’ensemble de leurs besoins, comme leurs besoins en soins de santé, leurs besoins en matière de programmes, leurs besoins en santé mentale et, évidemment, leurs besoins en matière de sécurité, et on décide où ils seront envoyés par la suite. Donc, leur séjour ici peut être bref, ou parfois un peu plus long, selon ce qu’il leur reste à régler à leur arrivée ici.

C’est plus facile pour les gars qui ont déjà été dans le système fédéral avant, mais pour la plupart d’entre eux, c’est la première fois qu’ils se trouvent ici. Et il peut parfois y avoir jusqu’à 50 nouveaux détenus par semaine, alors ça fait beaucoup d’information. Il y a beaucoup de choses à faire. Le personnel doit donc recueillir le plus d’information possible, parce que ça nous aide à long terme. Je pense qu’on avait déjà reçu entre 45 et 48 détenus. C’était peut-être le premier groupe. Il y en a probablement encore entre 30 et 40. Ils sont peut-être encore ici, j’imagine.

Donc, tous ces gars sont amenés ici et vont passer les différentes étapes du processus. Ils vont voir leur gestionnaire correctionnel, et après ils vont continuer et passer toutes les étapes. Ils sont habituellement placés là en premier s’ils sont trop nombreux, sinon, ils commencent le processus – prise des empreintes, rencontre avec le personnel des services de santé et collecte d’information. Là-bas, comme vous pouvez le voir, c’est où se trouvent les membres du personnel infirmier – ils sont tous installés là et ils vont rencontrer chacun de ces gars. À la table la plus près de nous, ce sont les agents de libération conditionnelle. Ils rencontrent les gars. Et là-bas, on a aussi le personnel en santé mentale. Et on fait le même processus chaque semaine ici. Ça c’est ce qu’ils porteraient, la combinaison orange. On leur enlève tout ce qu’ils ont de couleur orange à leur arrivée ici, parce que c’est la couleur du provincial, et on leur remet nos articles. Une fois ici, tout ce qu’on leur remet est ce qui se trouve dans ce sac. Il renferme essentiellement tous leurs effets personnels. On leur remet tous la même chose, selon leur taille, comme vous pouvez le voir, et évidemment, plus tard, s’ils ont besoin d’autre chose, on peut remplacer les articles. Mais au départ, lorsqu’ils arrivent ici, c’est ce qui leur est fourni.

Alors, comme la plupart de ces fourgons peuvent transporter jusqu’à dix détenus, cela signifie qu’on pourrait recevoir cinq véhicules, mais la plupart du temps, on reçoit quatre ou cinq détenus d’une même prison. Donc on pourrait recevoir huit ou neuf fourgons en une seule journée. Ces fourgons sont tous entrés par là où vous êtes passés et auraient été fouillés et vérifiés. On sait à l’avance quand ils vont venir. Ils vérifient qui arrive et appellent l’équipe d’admission et de libération. Ils disent Ottawa est arrivé et qu’ils ont en cinq, juste pour les prévenir, puis les véhicules entrent les uns après les autres.

Et ici, comme vous pouvez le voir, ce sont tous leurs effets, parce qu’ils vont repartir avec tout ça. Alors, quand ils sont ici, les détenus sont fouillés à nu et on leur remet nos vêtements. Les agents provinciaux récupèrent les menottes et tout le reste. Et ils repartent ensuite avec tout ça.

Notre personnel les informe lorsqu’il est prêt à les recevoir, quand on a une pièce où les amener et commencer le processus, alors ils vont entrer. Lorsqu’ils entrent ici, ils sont dirigés vers cette pièce pour être fouillés à nu. Alors c’est là que le personnel les amène maintenant.

Là c’est où on prend leur photo lorsqu’ils arrivent, et c’est ici qu’on prend leurs empreintes digitales.

Alors voilà pour les premières étapes une fois qu’ils arrivent ici. Après, tout dépend d’où en est rendu le personnel, s’il doit faire attendre les détenus un peu. Habituellement, les détenus vont être placés là, où ils vont s’assoir un petit moment et attendre, puis vont commencer le processus. Ils doivent aller voir chaque service avant qu’on puisse leur dire « OK, tu peux aller à ta rangée maintenant ». Ils ont aussi droit à un appel téléphonique. Alors c’est généralement ce qu’ils font à cette étape. Parce qu’ils pourraient devoir attendre jusqu’à une semaine, vous savez, avant de pouvoir faire un autre appel, parce que ça prend beaucoup de temps pour faire tout cela avec un aussi grand nombre de gars qui arrivent ici. Les détenus reçoivent beaucoup d’information, dès qu’ils descendent du fourgon, en arrivant ici. Des membres du personnel de chaque service sont là, leur donnant le plus d’information possible, tant verbalement que par écrit. Mais, quand on reçoit autant d’information, il peut être difficile de tout retenir, surtout que la situation peut être stressante, en particulier pour les détenus qui arrivent pour la première fois dans un établissement fédéral.

Alors, on compte sur, une fois qu’ils sont dans leur rangée, les agents jouent un grand rôle pour leur expliquer le déroulement de leur journée. Il y a aussi un représentant dans chaque rangée qui nous aide à transmettre l’information et à expliquer tout ça. On affiche beaucoup d’information écrite dans les rangées pour essayer d’aider les gars, mais en réalité, ils apprennent surtout au quotidien et en suivant les autres gars qui le font. Comme on suit une routine assez stricte ici, et que les journées se ressemblent toutes, il ne faut généralement pas beaucoup de temps aux détenus pour comprendre le fonctionnement, puisque tout se passe sensiblement au même moment chaque jour. C’est un service très occupé. Le personnel ici est très efficace, et il doit l’être, parce qu’il a beaucoup à faire. Et comme je le disais, c’est aussi une semaine de transfèrements par avion. Donc, en plus de faire tout ça, et de transférer des gars vers des prisons locales comme Collins Bay et Millhaven, ils organisent des transfèrements par avion partout au pays. Bref, ici, ça ne s’arrête jamais. Et voilà, c’est notre secteur d’admission et de libération.

DÉPLACEMENTS DES DÉTENUS

« Regarde ça, c’est pas mal, hein? Journée des fourgons, et ça, c’est le corridor principal. »

« Salut, c’est Rog. Savais-tu qu’un de tes gars avait une comparution à 13 h 45? OK, parfait. Je m’occupe d’organiser ça. Assure-toi simplement qu’il reste dans la rangée, et je vais t’appeler vers, à peu près, tu sais, 13 h 30, 13 h 35, et on va l’amener ici. OK, je l’apprécie. Merci. OK, salut. »

Donc, mon rôle est, je suis essentiellement chargé des déplacements dans la prison, que ce soit pour la distribution des médicaments, les affectations au travail ou les laissez‑passer, tout au long de la journée, du lundi au vendredi, le matin et l’après-midi. Il s’agit surtout de veiller à ce que beaucoup de détenus se rendent aux bons endroits, à tous leurs différents rendez-vous, à leurs programmes ou à leurs rencontres avec les agents de libération conditionnelle.

Oui, c’est beaucoup de détenus, beaucoup de nouveaux détenus qui font ça chaque jour.

« Contrôle administratif à 4AB. Vous pouvez envoyer vos détenus qui ont une affectation de travail et ceux qui ont un laissez-passer, incluant ceux qui ont une autorisation 845 pour aller aux services de santé et aux services de santé mentale, et ceux qui ont une comparution devant le tribunal en établissement. 4AB, à vous. » Et maintenant ils vont commencer à arriver. « 4AB, Roger. »

« C’est bon, merci. » « Merci. »

Alors, je considère que mon rôle ici est souvent, quand les détenus quittent leur rangée pour aller soit aux soins de santé, à des programmes ou ailleurs, c’est de les encadrer parce qu’ils s’en vont dans des secteurs qui ne sont pas axés sur la sécurité.

J’essaie de mettre les gars dans le bon état d’esprit par rapport à ce qu’ils s’en vont faire, c’est-à-dire d’essayer de leur parler de façon à ce qu’ils ne s’énervent pas. Ils peuvent facilement s’énerver, parce que parfois, ils vont recevoir de mauvaises nouvelles. Comme je le disais, ils sont toujours stressés d’être dans un établissement fédéral. Alors, je trouve que le simple fait de parler avec les gars, ça aide tout simplement la prison en général. Je trouve qu’on peut influencer 90 % des choses qui se passent ici juste en étant proactifs, en utilisant la communication avant que les choses dégénèrent. C’est certain qu’on ne peut pas tout prévenir, mais il y a beaucoup de situations qu’on peut absolument éviter simplement en étant proactifs dans notre façon d’intervenir.

« OK, un, deux, je peux en prendre un de plus. Oui, trois, de rien. »

Gary
Gestionnaire correctionnel

Tout ce qui a trait aux déplacements dans l’établissement passe par Roger. C’est Roger qui contrôle les déplacements vers les services de santé. Il contrôle les déplacements vers les programmes.

Et les déplacements vers tous les différents lieux de travail. Il connaît les gars, le nombre de détenus qui sont à la clinique. Il sait combien de gars sont en bas, aux services de santé mentale. Il coordonne tout ça et il fait en sorte que tous ces différents services travaillent ensemble de façon harmonieuse pour que les déplacements se fassent en toute sécurité dans l’ensemble de l’établissement. En milieu correctionnel, la routine est extrêmement importante, n’est-ce pas? La routine, la constance, la prévisibilité, et ce sont des gars comme Roger qui facilitent tout ça.

En tout, on a environ 150 détenus ce matin, mais j’aurai un deuxième groupe d’environ 20 détenus qui iront aux services de santé plus tard. Alors on a environ 130 détenus dans cette vague, et je vais m’occuper du reste des détenus qui doivent aller aux services de santé plus tard. Donc, je les appelle une fois que j’ai parlé à l’agent pour vérifier s’il a assez de place, puis j’appelle le prochain groupe de détenus qui ont un laissez-passer pour aller aux services de santé.

Oui, j’ai vraiment l’impression de faire une différence dans la vie de certains détenus. Juste le fait de prendre le temps de réellement, vous savez, les écouter… pour certains, ça pourrait faire des années qu’ils n’ont pas vécu ça. Alors de simples petites choses qui, vous savez, peuvent sembler insignifiantes pour les autres peuvent faire une grande différence pour eux. Et ces petites choses nous permettent maintenant d’établir une certaine communication avec eux. Juste de prendre du temps pour leur faire sentir que quelqu’un les écoute, ça peut parfois faire une très grande différence ici.

« Dernier rappel à 4AB pour les détenus qui ont une affectation de travail, 3AB, vous pouvez envoyer vos détenus qui ont une affectation de travail et un laissez-passer, incluant ceux qui ont une autorisation 845 pour aller aux services de santé et aux services de santé mentale, et ceux qui ont une comparution devant le tribunal en établissement. 3AB, à vous. »

COMPARUTION PAR VIDÉOCONFÉRENCE

« On t’envoie un détenu pour une comparution par visioconférence. »
« Roger. Merci. »
Alors au moins une fois par jour, si pas plusieurs fois par jour, on reçoit une demande de comparution par vidéoconférence pour ces gars, qui provient d’un peu partout au pays ou dans la province. Celle-ci vient de la Cour de justice de l’Ontario, à Kingston. On reçoit toute l’information à entrer pour la comparution. Ça se fait par Teams ou par Zoom, mais la plupart du temps c’est par Zoom. J’entre l’information. On amène le détenu ici, puis il participe à sa comparution devant le tribunal, qui, en général, concerne un cas de détention provisoire et se déroule très rapidement, alors ça nous évite de devoir accompagner les détenus au palais de justice et tout. Cette façon de faire a commencé pendant la COVID. D’ailleurs, on est en train d’ajouter deux nouvelles salles de comparution par vidéoconférence, parce qu’on en fait tellement, et souvent en même temps, ce qui nous oblige à faire attendre les gars. Donc voilà, on utilise cette salle par ici.

Tout ce qu’on a à faire, c’est d’entrer l’identifiant de la réunion, puis appuyer sur Entrée, et la séance devrait apparaître et nous mettre en attente. Après, le tribunal s’occupe du reste. J’amène le gars ici et lorsque le tribunal est prêt, la séance commence. Une fois que le détenu a fini, il revient simplement avec nous, et on le renvoie généralement dans sa rangée. La seule exception, c’est lorsqu’il s’agit d’un gars de la rangée à sécurité maximale : dans ce cas, un agent doit rester avec lui en tout temps, puisqu’il doit toujours être escorté.

Voilà, ça commence.

RETOUR DES DÉTENUS À LEUR UNITÉ

Alors, l’agent a fait l’annonce au haut-parleur avant que je commence à retourner les détenus à leur unité. C’est pour cette raison que vous voyez des gars qui sont déjà en déplacement. Alors que, quand je vais au corridor principal, ils attendent que j’arrive, parce que là-bas, on n’a pas le même accès. Ça leur donne le temps de finir ce qu’ils faisaient et de se préparer.

« Merci les gars. »

Une fois les activités du matin terminées, Roger procède à une ronde des secteurs de l’établissement pour ramener les détenus à leur unité pour le dîner et le dénombrement de midi.

Alors oui, ici c’est évidemment aussi un gymnase pour les détenus. Tout ça. Des détenus viennent ici pendant la journée, mais seulement les travailleurs, ceux affectés aux loisirs, etc.

Le bureau du patron est là-bas. Sinon, c’est un secteur assez tranquille pendant la journée. Lorsqu’on va revenir, il ne devrait plus y avoir de détenus ici. Alors l’aire récréative sera complètement vide.

« Poste de contrôle du corridor principal. L’unité s’en vient dégager le secteur. »

Quand je procède au retour des détenus dans leur unité, je vais jusqu’au bout et je m’assure que tous les gars reviennent dans cette direction. Une fois que j’ai terminé, les seuls détenus qui restent sont ceux affectés à la cuisine, et ils restent là jusqu’à ce que les chariots de repas soient sortis et revenus, puis ils retournent à leur unité pour le dénombrement. Sinon, tous les autres détenus auront quitté le secteur.

Je donne un préavis aux gars de CORCAN pour leur donner le temps d’arrêter leurs machines et de tout nettoyer, puis je vais passer les prendre à mon retour.

Bon, on dirait que ce secteur a déjà été dégagé. Je vais maintenant faire sortir un groupe de gars.

« Un et deux, merci les gars. »

« On va les prendre au retour. Je pense qu’ils avaient des gars. »

Donc, quand j’ai pesé sur le bouton tantôt, c’était pour donner aux détenus le temps d’arrêter les machines et d’aller se laver les mains, etc. Ils enlèvent leurs bottes de travail pour remettre leurs espadrilles, enlèvent leurs gants, remettent leurs lunettes – tout ça. Comme ça, quand j’arrive ici, je m’assure simplement que tout le monde est au bon endroit et prêt à partir. Mais avant que l’autre agent les laisse sortir, je vais vérifier le tableau-témoin – c’est là où se trouvent tous les outils qui auraient pu être utilisés par les détenus – pour m’assurer qu’ils sont tous rangés et bien en place. Une fois que c’est confirmé, je donne un « pouce en l’air » à mon collègue et il laisse les détenus sortir, puis la zone est dégagée.

Alors, comme vous pouvez le voir, les outils sont tous alignés. Il y a des X pour certains d’eux, donc je sais qu’ils ne sont jamais ici. Sinon, si jamais je devais venir ici et qu’il manquait cet outil, j’irais demander au personnel.

Depuis que je fais ça, c’est peut-être arrivé une douzaine de fois où un outil ne se trouvait pas à sa place. Chaque fois, c’était un membre du personnel qui l’avait. Ce n’était jamais un détenu qui l’avait pris. Ils sont simplement encore en train de travailler et ne savent pas encore que je suis là. Mais évidemment, on vérifie quand même ça tous les jours pour s’assurer qu’ils sont à leur place.

Les détenus ne peuvent pas entrer librement dans cette pièce, et cette porte était déverrouillée parce que je m’en venais. Donc elle serait normalement verrouillée.

« Tout est beau. »

Maintenant, on a dégagé la prison, l’aire récréative et le corridor. Il est maintenant temps de faire monter les chariots de repas pour que tout le monde mange.

Donc, maintenant, c’est pour ça que j’essaie d’avoir fini avant 11 h 05 : on a jusqu’à midi pour faire monter tous ces chariots de repas, nourrir tout le monde, redescendre les chariots, ramener les travailleurs de la cuisine, puis faire le dénombrement de midi. C’est pour ça que je suis très strict sur l’horaire, parce qu’il y a des choses qu’on doit absolument faire, comme le dénombrement de midi.

Je pense qu’il y a maintenant environ 650 détenus et, vous savez, évidemment, il faut les nourrir plusieurs fois par jour. Je veux dire, c’est… c’est beaucoup.

Les détenus qui restent sont simplement en train d’attendre, parce que quand ces chariots reviennent ensuite, ils les nettoient et rangent tout avant de retourner dans leur rangée. Ils reçoivent leur repas ici, donc ils peuvent soit manger ici, soit les emporter avec eux, selon ce qu’ils préfèrent.

Alors, on dirait que c’est peut-être le jour des burgers.

On est toujours inquiet pour notre sécurité dans l’établissement. Comme chaque fois qu’on est avec un détenu agité, parce qu’à ce moment-là, on ne sait pas pourquoi le détenu est ici, on ne connaît pas trop son passé, on ignore ce qu’il est prêt à faire, ce qu’il a déjà fait dans le passé.

Évidemment, dès qu’on est en présence d’une arme, l’inquiétude monte encore plus.

Donc, même si on reste aussi calme et détendu que possible, on sent la tension monter dès qu’on se retrouve face à, vous savez, un incident qui pourrait mal tourner.

Surtout si on est seul, parce qu’il peut s’écouler quelques secondes avant que nos collègues arrivent, selon l’endroit où on se trouve dans la prison et ce qu’on est en train de faire.

Et c’est assez angoissant, surtout lorsqu’on se retrouve en situation minoritaire. Voilà.

Dans l’ensemble, la plupart du temps, ce n’est pas une chose avec laquelle j’ai à composer tout le temps ici, heureusement.

Eh bien, pour moi, une bonne journée, vous savez, c’est quand je respecte l’horaire, que tout le monde est là où il doit être et qu’il n’y a pas de problèmes majeurs.

Quand mes collègues sont contents, quand je suis content, vous savez, on rit quand même beaucoup ici. Et, vous savez, même si on a des journées difficiles, on a la chance d’en avoir d’autres qui sont vraiment agréables. Je rentre chez moi, je dis à ma femme : « c’était une bonne journée aujourd’hui. »  Et je rentre avec le sourire, et elle le sait.

Donc oui, au final, tant que tout le monde rentre à la maison, sain et sauf, c’est ça l’objectif ici. Et, je veux dire, l’objectif, c’est d’assurer la sécurité de tout le monde, des deux côtés des barreaux, c’est ça notre travail. Donc quand on peut dire qu’on a fait ça, ou quand je rentre au travail le lundi matin, que la première chose que je demande à mes patrons, c’est : « comment s’est passée la fin de semaine? », et qu’ils me disent : « c’était tranquille », je leur réponds : « parfait », parce que c’est exactement ce qu’on veut. Que ce soit tranquille. Ça veut dire qu’il ne se passe rien. Et c’est ça l’objectif ici : que tout le monde sorte d’ici sain et sauf à la fin de la journée.

L’équipe de Virage aimerait remercier :

L’agent correctionnel Roger Levac
Tout le personnel de l’Établissement de Joyceville
Tout le personnel de l’administration régionale de l’Ontario

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2026-06-19