Amélioration de la littératie financière dans les communautés autochtones

Par : Samantha Kremer et Katie Mah
Université de Waterloo
B: Sc.: Sciences et affaires

© 2021 Samantha Kremer et Katie Mah. Tous droits réservés.

Fondement

Les peuples autochtones représentent une grande partie de la population canadienne et ont contribué à la culture canadienne actuelle, pour ne pas dire qu’ils l’ont fondée. Malgré leurs vastes contributions, ils ont dû faire face à d’énormes obstacles dans la recherche et la réalisation de leur bien être financier. Certains événements du passé, tels que les pensionnats autochtones, ont contribué à créer un climat de méfiance entre les deux nations. Ces attitudes négatives expliquent l’accroissement des écarts en matière d’éducation et de revenus, ainsi que la ségrégation générale entre les peuples autochtones et le Canada européen. Ce document de recherche traite des obstacles auxquels sont confrontés les peuples autochtones et de leurs effets sur la constitution d’une épargne monétaire. Nous discutons également des possibilités qu’offre l’épargne pour ce qui est de l’accès au marché financier. Le marché financier fait référence à l’échange d’actifs financiers (Business Jargons 2016). En participant à ce marché, les gens ont la possibilité de placer leurs économies et d’en tirer des intérêts, en réalisant un profit sur les investissements initiaux. Cela peut être extrêmement avantageux pour les personnes souhaitant se constituer une valeur monétaire, en particulier pour les populations autochtones. La création d’une solution qui rend le marché financier plus accessible contribuera à réduire la ségrégation financière entre les deux sociétés canadiennes. Pour ce faire, l’inaccessibilité des ressources et des services dans les réserves, ainsi que les effets de l’écart en matière d’éducation et de revenu doivent être examinés plus en profondeur. En comprenant mieux ces sujets et leurs effets sur le bien-être financier des Autochtones, les avantages obtenus pourraient contribuer à contrecarrer ces conséquences ségrégatives et aider à instaurer un climat de confiance et de prospérité chez les peuples autochtones.

Vue d’ensemble du comportement financier

Les peuples autochtones représentent 4,9 % de la population du Canada, mais en raison de leurs faibles revenus et de leurs taux de chômage élevés, ils constituent 29 % de la population des sans-abris du pays (Prospérité Canada, 2015). L’un des facteurs à l’origine de cette situation réside dans la colonisation historique du Canada, qui a introduit diverses formes d’assimilation et d’oppression des peuples autochtones. Ces mesures incluaient l’abolition des systèmes traditionnels de commerce et de troc, ainsi que la mise en place de pensionnats autochtones.

Cela a créé un obstacle à l’entrée des peuples autochtones sur le nouveau marché financier « eurocentralisé » (Prospérité Canada, 2015). Au nombre des autres défis actuels, mentionnons le manque d’institutions financières dans leurs communautés et le passage aux services bancaires électroniques. Le manque d’institutions financières est illustré en Ontario où l’accès à ces services se limite à seulement cinq des 123 réserves des Premières Nations de la province (Prospérité Canada, 2015). On estime à 15 % le nombre de personnes qui ne détiennent pas de compte bancaire dans les communautés des Premières nations – ce chiffre ayant été calculé à partir d’un pourcentage de 4,2 % de répondants autochtones moins nantis dans le cadre de l’Enquête canadienne sur les capacités financières de 2009. Ce pourcentage constituait le double de celui des répondants non autochtones (Prospérité Canada, 2015). Les Autochtones ont donc davantage recours aux établissements de prêts sur salaire qui accordent des prêts de faible montant, à court terme et non garantis aux personnes à faible revenu. L’emprunteur émet généralement un chèque postdaté correspondant au montant total et aux intérêts dans un ou quelques cycles de jour de paie (« Fiche info : Banques et options de substitution aux prêts sur salaire », 2021). Le problème lié à ces services réside dans leur taux d’intérêt plus élevé visant à tenir compte du risque accru de composer avec des personnes à faible revenu (Bowles, 2015). Les coûts élevés de l’énergie et de l’alimentation viennent amplifier ces problèmes financiers en raison du manque de soutien financier (Prospérité Canada, 2015). 

Résultats des recherches

De nombreux facteurs expliquent la ségrégation financière entre les Autochtones et les non Autochtones au Canada. Toutefois, seules deux questions clés seront étudiées en profondeur, à savoir les divers effets des infrastructures sous-développées dans les communautés autochtones rurales et les facteurs contribuant à l’ampleur de l’écart en matière d’éducation entre ces deux cultures canadiennes. L’accent est mis sur la façon dont ces questions sont liées les unes aux autres et sur la manière dont elles influent sur les capacités des Autochtones à constituer une épargne monétaire et à accéder au marché financier.

Ressources et services dans les réserves autochtones

Divers problèmes financiers découlent du fait que de nombreuses réserves des Premières Nations sont isolées (physiquement et culturellement) de la société canadienne occidentalisée. Une grande partie de ces problèmes sont liés à la méfiance et à la ségrégation entre les deux communautés. Deux problèmes majeurs résultent du manque de ressources tangibles et de services publics et d’infrastructures dans les communautés autochtones.

Accès aux ressources

En raison de l’isolement physique, les produits de première nécessité (p. ex., les fruits, les légumes, les produits laitiers, etc.) sont plus dispendieux et leur disponibilité est limitée. Non seulement les produits frais sont ils inaccessibles, mais le coût du logement et de l’énergie est également plus élevé (Prospérité Canada, 2015). Pour tenter de rendre les aliments nutritifs plus abordables dans les communautés éloignées du nord, un programme appelé « Nutrition Nord Canada » a été créé. Pour ce faire, le gouvernement a octroyé des subventions à moindre prix aux détaillants. Leurs prochaines étapes consistent à financer des congélateurs communautaires et des serres hydroponiques dans ces communautés (Pedersen et coll., 2019). Selon Statistique Canada, le financement du gouvernement n’a pas permis de réduire l’insécurité alimentaire, ce qui indique que ce problème n’est pas facile à résoudre et doit donc faire l’objet d’une attention accrue.

Accès aux services publics et aux infrastructures

Les communautés rurales, y compris les réserves, sont confrontées à un manque de services publics et disposent d’infrastructures médiocres. Parmi les nombreux problèmes d’infrastructure, mentionnons la moisissure, le chauffage inadéquat, l’eau contaminée, les infestations d’insectes, le surpeuplement, etc. (Sawchuck, 2020). Cette mauvaise qualité de vie à laquelle s’ajoute le manque de produits frais entraîne de nombreux problèmes de santé qui ne sont pas bien traités en raison de l’absence d’un système de soins de santé. Les maladies courantes dans les réserves isolées sont l’obésité, le diabète de type II et la tuberculose. Il en résulte un taux de mortalité prématurée 4,5 fois plus élevé que celui des populations non autochtones (« La situation des peuples autochtones dans le monde », 2009). Ces difficultés obligent les Autochtones à axer leurs efforts sur l’amélioration de leur bien-être physique plutôt que de leur bien-être financier.

Accès aux services financiers

Les services financiers sont inaccessibles, ce qui fait qu’il est difficile pour les Autochtones d’établir une bonne cote de crédit ou de créer un régime de retraite financier. D’autres qui ont accès aux services financiers ne se sentent pas bienvenus dans les institutions traditionnelles (Prospérité Canada, 2015). Ainsi, de nombreux Autochtones se tournent vers des établissements de prêts sur salaire au lieu d’obtenir des prêts auprès des institutions financières traditionnelles. Cela s’explique aussi par les heures d’ouverture limitées des banques traditionnelles (Bowles, 2015). Les services bancaires en ligne ne peuvent pas remplacer les heures d’ouverture limitées, car certains ne possèdent pas d’ordinateur et l’accès à un ordinateur de bibliothèque est limité, encore une fois, par les heures d’ouverture (Bowles, 2015). Une autre raison pour laquelle certains Autochtones n’obtiennent pas de prêts auprès des institutions financières traditionnelles est leur crainte de voir leur prêt refusé du fait que beaucoup d’entre eux présentent un mauvais historique de crédit. Les Autochtones ne se sentent pas non plus bienvenus dans les banques et se sentent méprisés en raison de leur faible revenu (Bowles, 2015). Ce sont les problèmes vécus par les personnes qui ont un compte bancaire et qui ont les moyens de se rendre à la banque, sans parler de celles qui ne peuvent se rendre en personne dans les banques traditionnelles.

L’écart de revenu

Le manque de ressources et la crainte des institutions financières traditionnelles sont renforcés par plusieurs facteurs, le principal étant l’écart de revenus (« La situation des peuples autochtones dans le monde », 2009). L’écart de revenus est attribuable à de nombreux obstacles qui empêchent les populations autochtones d’accéder à des possibilités d’emploi. Ces obstacles comprennent le manque d’éducation, les différences culturelles, la discrimination, le transport, etc. (« 8 obstacles à l’emploi chez les Autochtones », 2019). Les différences culturelles font que de nombreux élèves autochtones sont victimes d’intimidation à l’école et de discrimination sur le lieu de travail. En raison de leur isolement géographique, le nombre de possibilités d’emploi s’en trouve encore plus limité, car les Autochtones ne peuvent pas toujours se rendre sur le lieu de travail (Département des affaires économiques et sociales des Nations Unies – peuples autochtones, s. d.). Le fait de disposer de moins de possibilités d’emploi fait que les membres des Premières Nations ont un revenu moyen inférieur d’environ 22,1 % à celui des non Autochtones, comme l’illustre la Figure 1 (Services aux Autochtones Canada, 2020). Comme il est peu probable que les Autochtones se rendent dans les institutions financières traditionnelles, ils n’ont aucun moyen de parfaire leur éducation en matière de bien-être financier, sans compter leur accès limité au marché financier. Dans l’ensemble, leurs faibles revenus jumelés aux prix élevés font que les communautés autochtones sont confrontées à la pauvreté. Cela les empêche d’atteindre des niveaux plus élevés de bien-être financier, car ils doivent accorder la priorité à leur bien-être général et à l’amélioration de leur qualité de vie.

L’écart en matière d’éducation

Compte tenu de la situation à laquelle sont confrontés de nombreux Autochtones dans leur vie de tous les jours, il est logique de penser que l’éducation et les emplois de haut niveau figurent au bas de leur liste de priorités. La hiérarchie des besoins de Maslow est une théorie que nous pouvons utiliser pour décrire ce phénomène. Elle stipule que chaque niveau doit être adéquatement satisfait avant que l’on puisse utiliser le suivant en tant que facteur de motivation (Robbins et coll., 2018). Les peuples autochtones vivant dans des réserves frappées par la pauvreté et disposant de peu d’infrastructures ou de services sont plus susceptibles de placer leurs besoins physiologiques et de sécurité avant leurs besoins sociaux, d’estime de soi et d’épanouissement individuel. Si ces besoins de niveau inférieur étaient plus souvent satisfaits, les facteurs de motivation passeraient alors au niveau suivant de la hiérarchie. L’éducation et les emplois mieux rémunérés entrent dans la catégorie de l’épanouissement individuel, qui décrit le besoin de grandir, de réaliser son potentiel et d’exploiter la volonté de devenir tout ce dont on est capable (Robbins et coll., 2018). Nous pouvons maintenant aborder une partie des facteurs expliquant la proéminence de l’écart en matière d’éducation entre les étudiants autochtones et non autochtones. En acquérant une compréhension des préjudices résultant de ce fossé éducatif, nous pouvons établir un lien avec la culture financière des Autochtones et la diminution de leur motivation à naviguer sur le marché financier canadien.

Le parti pris d’un programme eurocentrique

Parmi les étudiants autochtones âgés de 25 à 64 ans, 9,8 % ont obtenu un diplôme collégial, ce qui est exceptionnellement faible par rapport aux 26,5 % d’étudiants non autochtones qui en ont obtenu un (Charbonneau, 2017). Bien qu’une orientation purement académique à l’intérieur du programme d’études d’une école puisse entraîner un taux de décrochage plus élevé (Bertrand et coll., 2019), la combinaison de cette orientation et de l’accent mis sur le programme eurocentrique n’est pas sans créer des difficultés pour les élèves autochtones (Charbonneau, 2017). La Figure 2 de l’Annexe illustre les résultats de ces difficultés. La culture des peuples autochtones a été quelque peu intégrée dans les systèmes d’éducation du Canada par la mention des pensionnats autochtones, les traités et les nombreux conflits du passé. Malgré ces efforts, l’histoire du Canada demeure mal comprise par de nombreux jeunes, ce qui entraîne une marginalisation et une déformation supplémentaires de la culture autochtone. (Vallée, 2018). Il n’est donc pas étonnant que cette représentation erronée de la culture autochtone dissuade les jeunes de poursuivre des carrières universitaires, intensifiant du même coup le fossé éducatif, ainsi que le manque de confiance qui prévaut entre les deux nations.

Effet des systèmes de pensionnats autochtones

La représentation erronée de la culture autochtone devient plus importante si l’on tient compte des luttes menées par les peuples autochtones sous le joug du Canada européen. L’objectif des systèmes de pensionnats autochtones était de « transformer les enfants et de les déposséder de leurs identités socioculturelles » (De Leeuw, 2009). Au début du 20e siècle, ces pensionnats utilisaient parfois des étudiants pour remplacer le personnel opérationnel – dévalorisant l’importance accordée à la qualité de l’alimentation, à la santé et au matériel pédagogique. Dans des cas extrêmes, ces enfants ont été contraints au travail forcé à des fins lucratives (Chrisjohn et coll., 2002). Alors que l’objectif de la scolarisation en général est de promouvoir le développement psychologique (c’est-à-dire de promouvoir la résilience, la maturité cognitive et émotionnelle et l’estime de soi des élèves), les conditions défavorables et abusives prévalant dans ces écoles ont perturbé ce processus de développement (Barnes et coll., 2006). Ce « génocide par assimilation » (Chrisjohn et coll., 2002) a laissé une cicatrice importante sur la culture autochtone, une cicatrice qui ne s’est toujours pas refermée. Les pensionnats autochtones ont causé une déficience dans la capacité des étudiants à faire confiance au système d’éducation du Canada. Encore aujourd’hui, nous constatons des niveaux importants d’anxiété, une faible estime de soi et des attitudes négatives concernant les habitudes d’étude et la capacité cognitive individuelle dans les contextes d’apprentissage (Charbonneau, 2017). Les Figures 2 et 3 de l’Annexe illustrent cette déficience et pourraient contribuer à expliquer un facteur contribuant aux écarts accrus en matière d’éducation entre les deux cultures.

Efforts de réconciliation

En raison du niveau élevé de cynisme qui entoure le Canada européen, ces efforts d’intégration pourraient être perçus comme une autre forme d’assimilation. Étant donné que de nombreuses familles ont été touchées par des événements historiques, les jeunes étudiants autochtones qui poursuivent des études postsecondaires sont habités par un sentiment de trahison. Ces ambitions sont perçues par certains comme une dissociation psychologique évidente, voire comme un abandon de l’identité et de la culture autochtones : [Chez moi, il n’est pas bien de détenir un diplôme universitaire. Cela signifie que vous êtes moins autochtone du seul fait que vous êtes instruit] [traduction] (McMahon, 2014). La réduction de l’écart en matière d’éducation entre les étudiants autochtones et non autochtones mènera tôt ou tard à la réduction de l’écart de revenu et créera une incitation à l’épanouissement de soi. Le fait que les Autochtones poursuivent des carrières et bénéficient d’un revenu plus élevé leur ouvre de nombreuses portes et se veut un premier pas vers l’accès au marché financier. L’un des plus gros problèmes à surmonter réside dans la dissociation entre ces deux cultures et le doute qui s’y est installé.

Solutions

En raison des effets abordés dans les résultats de notre recherche, nous pouvons préciser un problème majeur, à savoir des niveaux insuffisants de connaissances financières approfondies. Bien qu’il n’y ait aucune solution rapide ou facile pour corriger la ségrégation financière entre les peuples autochtones et non autochtones, l’accent devrait être mis sur les efforts visant à augmenter les niveaux de revenus et à accroître les possibilités d’éducation en matière de connaissances financières. Dans une étude de cas menée par Bowles en 2015, ce dernier a conclu que les Autochtones qui ont participé à ses groupes de discussion possédaient une compréhension financière de base, mais qu’ils devaient encore approfondir leurs connaissances et trouver des moyens de les appliquer au marché financier. Compte tenu de ces conclusions, la solution proposée serait de mettre en œuvre des programmes de perfectionnement en matière de littératie financière.

Programme de perfectionnement proposé en matière de littératie financière

Les programmes de perfectionnement en matière de littératie financière créent des possibilités d’augmenter les niveaux de revenus et la cote de crédit au moyen de mesures incitatives (Bowles, 2015). Des exemples de ces mesures incitatives seraient un programme d’épargne à contribution égale ou une facilité de prêt d’urgence. Nous nous concentrons sur le programme d’épargne à contribution égale, lequel vise à récompenser les personnes qui épargnent et participent à l’éducation financière. Ces récompenses sont accordées pour aider les gens à atteindre leurs objectifs plus rapidement. Ces objectifs peuvent inclure des éléments comme l’éducation, le logement et les activités entrepreneuriales (Momentum, 2010). Le programme permettrait aux ambassadeurs communautaires d’éduquer les Autochtones de tous âges sur des questions financières allant des opérations bancaires simples et de l’établissement d’un budget, aux possibilités d’aide aux étudiants, au crédit hypothécaire et aux voies d’investissement. Ces ambassadeurs peuvent organiser des forums et des cours communautaires, s’associer aux écoles locales pour parler aux étudiants des possibilités d’éducation et organiser des rencontres individuelles avec les membres de la communauté qui sont à la recherche de conseils financiers. Toutes ces activités peuvent contribuer à récompenser les personnes et à leur permettre de se rapprocher de leurs objectifs sur le plan financier.

Un programme d’épargne à contribution égale permettrait aux autochtones d’acquérir des connaissances financières, tout en augmentant parallèlement leur niveau de revenu et en améliorant leur cote de crédit. Cela aurait pour effet de réduire l’écart en matière de revenus et, grâce à des programmes comme Nutrition Nord, les Autochtones pourraient se permettre d’acheter des produits de première nécessité. Ces programmes visent également à rétablir la confiance entre les non-Autochtones et les Autochtones. Ce programme vise en outre à rendre les interactions entre les Autochtones et les institutions financières plus agréables et coopératives. Accroître l’accès aux services publics et améliorer les infrastructures dans les réserves est certes un problème difficile à aborder, mais l’objectif des programmes d’épargne à contribution égale est d’améliorer la situation financière à long terme. Cela signifie que la collaboration entre le gouvernement et les organisations autochtones peut conduire à une plus grande collaboration pour améliorer la qualité de vie des communautés autochtones. En outre, lorsque la situation financière des autochtones s’améliore, ils peuvent améliorer leur santé en se procurant des aliments nutritifs. Dans l’ensemble, ce programme peut contribuer à rétablir la confiance entre les deux sociétés et être utilisé comme un tremplin pour satisfaire les besoins physiologiques des Autochtones, grâce à l’amélioration de l’accès aux ressources et aux services.

Les retombées potentielles de ce programme sur les étudiants autochtones seraient inestimables pour leur réussite financière et académique. En apprenant à établir un budget et à accéder à d’autres services d’aide financière disponibles, les étudiants acquièrent les connaissances et les ressources financières nécessaires pour planifier et poursuivre leur carrière universitaire, ce qui leur offre la possibilité de bénéficier de revenus plus élevés dans le futur. La pauvreté étant un problème majeur dans les communautés autochtones rurales, le fait de savoir comment et de vouloir gérer les revenus gagnés et les revenus d’autres sources financières pourrait aider les personnes à atteindre une plus grande prospérité en naviguant mieux sur le marché financier. Ce programme permettra aux étudiants autochtones de se prendre en charge et de combler le fossé en matière d’éducation entre les étudiants autochtones et non autochtones, ce qui contribuera à combler l’écart des revenus.

À long terme, ce programme d’épargne à contribution égale permettra aux Autochtones de se familiariser avec les questions pécuniaires et de les aborder avec confiance, ce qui leur permettra d’accéder au marché financier et d’y prospérer.

Mise en œuvre

Pour mettre en œuvre ce programme de façon efficace, le gouvernement canadien devrait travailler en étroite collaboration avec les organisations autochtones urbaines afin d’établir un climat de confiance entre les deux sociétés. Des organisations comme le Congrès des peuples autochtones et Indspire sont des groupes d’Autochtones vivant hors des réserves qui s’efforcent d’assurer un soutien économique et social à d’autres Autochtones et à leurs communautés (Organisations autochtones, s. d.). Cette collaboration serait bénéfique, car les deux organisations poursuivent le même objectif d’améliorer la qualité de vie des peuples autochtones, y compris l’amélioration de leur bien-être financier.

La première étape consisterait à élaborer un plan de programme adapté à présenter à Services aux Autochtones Canada et à s’assurer qu’il y a suffisamment de ressources pouvant être affectées à un programme pilote. Pour ce faire, il faudrait établir un budget basé sur le revenu par habitant au sein des communautés autochtones. Lors de la planification et de l’établissement du budget, il faut établir un plan d’urgence qui comprend des fonds supplémentaires servant à couvrir les coûts imprévus. Par la suite, un partenariat doit être établi avec une organisation autochtone intéressée. Ce partenariat permettra une plus grande coopération avec les personnes vivant dans les réserves. Le programme aura plus de chances de réussir, car le gouvernement bénéficiera du point de vue des Autochtones lors de son élaboration. Une fois ce partenariat établi, un ambassadeur doit être choisi au sein du gouvernement ou de l’organisation autochtone afin de communiquer avec les personnes vivant dans les réserves. Cette personne doit être motivée et passionnée par cette opportunité d’accroître la littératie financière des peuples autochtones dans les réserves, car cela augmentera les chances de succès global du programme.

Une fois le plan du programme achevé, l’étape suivante consisterait à recueillir des données sur l’intérêt que suscite le programme dans les communautés autochtones rurales. Pour ce faire, on peut envoyer un représentant du gouvernement ou d’une organisation autochtone dans différentes communautés afin de promouvoir ce programme et d’organiser des forums publics servant à mesurer l’intérêt et la faisabilité du plan. Cette interaction initiale permettra d’établir une base solide entre les deux parties et d’assurer le succès du programme proposé. Ces représentants seront envoyés dans les communautés des Traités 11 et 6, ainsi que dans celles du Traité de paix et d’amitié. Le choix de ces trois traités a pour but d’optimiser la diversité géographique au Canada et de recueillir suffisamment de données pour soutenir les communautés des diverses provinces. Chaque communauté a la possibilité de faire une demande auprès du gouvernement si elle veut être retenue dans le cadre du programme pilote. Une fois la date limite de présentation des demandes échue, Services aux Autochtones Canada et les partenaires sélectionnés pourront choisir trois communautés différentes, une issue de chaque Traité. Si aucune communauté au sein de ces Traités n’est intéressée, d’autres réserves pourront alors présenter une demande associée à ce programme pilote.

Une fois les trois communautés choisies, les ambassadeurs de l’organisation autochtone partenaire pourront communiquer avec la communauté et choisir un porte-parole local. Ces personnes travailleront ensemble pour informer la communauté des événements et des possibilités financières disponibles dans le cadre du programme ou autrement (c.-à.-d. des conseils sur les prêts hypothécaires, l’aide aux étudiants, l’établissement d’un budget, etc.).

Mise à l’essai

Ce programme sera d’une durée de deux ans, et ce, afin de disposer de suffisamment de temps pour mesurer l’efficacité rattachée au bien-être financier des Autochtones. Ce programme peut être mis à l’essai au moyen d’une rétroaction directe de la part des communautés participantes. Des forums publics et des enquêtes peuvent être organisés tous les trimestres pour permettre aux participants de faire part de leurs commentaires et suggestions concernant la structure du programme. À la fin de la période de deux ans, les inscriptions à l’université d’étudiants autochtones et le revenu par habitant pourront être mesurés et comparés aux statistiques initiales avant la mise en œuvre. Cela permettra d’obtenir une base de référence quant au succès moyen que ce programme a obtenu dans les communautés de différentes zones géographiques. Les données recueillies fourniront les renseignements nécessaires pour évaluer le succès du programme, déterminer les modifications à y apporter et prévoir les prochaines collectivités où le mettre en œuvre. Une autre façon efficace de réfléchir au succès de ce programme consiste à élaborer des portfolios individuels pour ceux qui sont prêts à faire connaître leur expérience. Cela peut contribuer à expliquer et à contextualiser les succès et les échecs et à mieux préparer les bénévoles et les autres intervenants à répondre plus efficacement aux besoins des participants.

Conclusion

Les peuples autochtones doivent améliorer leur littératie financière s’ils souhaitent accroître leur bien-être monétaire. Ce n’est pas une mince tâche, car ils sont confrontés à l’inaccessibilité des ressources et des services de base, à la discrimination, ainsi qu’à un écart prévalent en matière de revenu et d’éducation par rapport aux Canadiens non autochtones. En raison de ces difficultés d’accès, les peuples autochtones concentrent leurs efforts sur la satisfaction de leurs besoins physiologiques et de sécurité plus immédiats, plutôt que sur l’amélioration de leur situation financière à long terme. Cette situation se veut à la fois une cause et un effet de l’écart de revenus, et ce problème est accentué par la discrimination et le fossé éducatif. Bien qu’il soit difficile de briser ce cycle, il est essentiel d’offrir aux peuples autochtones la possibilité de poursuivre des études supérieures en encourageant la participation académique et financière. Cela contribuera à inverser les effets liés à l’écart de revenu et à créer une meilleure vie familiale et un meilleur avenir pour la prochaine génération.

La solution recommandée profitera aux peuples autochtones, car elle vise à améliorer et à encourager leur bien-être financier. Pour ce faire, il faudra offrir de la formation aux Autochtones sur les connaissances financières avancées et les possibilités d’augmenter les revenus. Un autre objectif de cette solution est de renforcer la confiance entre les peuples autochtones et la société occidentalisée. En réduisant cette ségrégation, les personnes vivant dans les réserves pourraient se sentir plus enclines à participer au marché économique, ce qui augmenterait la littératie financière des Autochtones, leur accès au marché financier et leur bien-être monétaire général.

L’ACFC a mis sur pied un groupe de travail bénévole pour répondre aux besoins particuliers des Autochtones en matière de littératie financière. Vous trouverez de plus amples renseignements sur le groupe de travail et un lien vers la liste de ses membres à l’adresse suivante : Comités et réseaux de l’ACFC.

Références

Annexe

Figure 1 : Valeurs moyennes pour le revenu, communautés des Premières Nations et communautés non autochtones, 1981 à 2016

Graphique :Valeurs moyennes pour le revenu, communautés des Premières Nations et communautés non autochtones, 1981 à 2016
Version textuelle, Figure 1 : Valeurs moyennes pour le revenu, communautés des Premières Nations et communautés non autochtones, 1981 à 2016

Description de la figure 1 : Valeurs moyennes pour le revenu, communautés des Premières Nations et communautés non autochtones, 1981 à 2016

Ce graphique linéaire compare les valeurs moyennes de l'IBC pour le revenu des communautés des Premières Nations et des communautés non autochtones au Canada de 1981 à 2016.

  • Les communautés des Premières Nations avaient une valeur moyenne pour le revenu de 35,1 points en 1981, 40,7 points en 1991, 43,3 points en 1996, 46,1 points en 2001, 46,1 points en 2006, 49,3 points en 2011 et 53,5 points en 2016.
  • Les communautés non autochtones avaient une valeur moyenne pour le revenu de 58 points en 1981, 62,1 points en 1991, 62,1 points en 1996, 65,1 points en 2001, 67,7 points en 2006, 72 points en 2011 et 75,6 points en 2016.

Cette figure est une reproduction de la version disponible au https://www.sac-isc.gc.ca/fra/1345816651029/1557323327644

Source : Statistique Canada, recensements de la population de 1981 à 2006 et de 2016 et Enquête nationale auprès des ménages de 2011.

Figure 2 : Valeurs moyennes de la sous-composante études secondaires ou plus, communautés des Premières Nations et communautés non autochtones, 1981 à 2016

Figure 2 : Valeurs moyennes de la sous-composante études secondaires ou plus, communautés des Premières Nations et communautés non autochtones, 1981 à 2016
Version textuelle, Figure 2 : Valeurs moyennes de la sous-composante études secondaires ou plus, communautés des Premières Nations et communautés non autochtones, 1981 à 2016

Description de la figure 2 : Valeurs moyennes de la sous-composante études secondaires ou plus, communautés des Premières Nations et communautés non autochtones, 1981 à 2016

Ce graphique linéaire compare les valeurs moyennes de la sous-composante études secondaires ou plus, sous la composante scolarité, des communautés autochtones et des communautés non autochtones au Canada entre 1981 et 2016.

  • Les communautés des Premières Nations avaient une valeur moyenne de la sous-composante études secondaires ou plus de 19,9 points en 1981, 33,3 points en 1991, 40,2 points en 1996, 45,2 points en 2001, 48,6 points en 2006, 52,2 points en 2011 et 57,3 points en 2016.
  • Les communautés non autochtones avaient une valeur moyenne de la sous-composante études secondaires ou plus de 40,1 points en 1981, 49,6 points en 1991, 54,3 points en 1996, 57,7 points en 2001, 69,2 points en 2006, 74,2 points en 2011 et 77,4 points en 2016.

Cette figure est une reproduction de la version disponible au https://www.sac-isc.gc.ca/fra/1345816651029/1557323327644

Source : Statistique Canada, recensements de la population de 1981 à 2006 et de 2016 et Enquête nationale auprès des ménages de 2011.

Figure 3 : Valeurs moyennes de la sous-composante études universitaires de l'IBC, communautés des Premières Nations et communautés non autochtones, 1981 à 2016

Figure 3 : Valeurs moyennes de la sous-composante études universitaires de l'IBC, communautés des Premières Nations et communautés non autochtones, 1981 à 2016
Version textuelle, Figure 3 : Valeurs moyennes de la sous-composante études universitaires de l'IBC, communautés des Premières Nations et communautés non autochtones, 1981 à 2016

Description de la figure 3 : Valeurs moyennes de la sous-composante études universitaires de l'IBC, communautés des Premières Nations et communautés non autochtones, 1981 à 2016

Ce graphique linéaire compare les valeurs moyennes de la sous-composante études universitaires, sous la composante scolarité, des communautés autochtones et des communautés non autochtones au Canada entre 1981 et 2016.

  • Les communautés des Premières Nations avaient une valeur moyenne de la sous-composante études universitaires de 2,4 points en 1981, 2,4vpoints env1991, 3,6 points en 1996, 3,9 points en 2001, 4,5 points en 2006, 5 points en 2011 et 5,9 points en 2016.
  • Les communautés non autochtones avaient une valeur moyenne de la sous-composante études universitaires de 4,9 points en 1981, 6,2 points en 1991, 7,3 points en 1996, 8,3 points en 2001, 9,5 points en 2006, 11,2 points en 2011 et 12,1 points en 2016.

Cette figure est une reproduction de la version disponible au https://www.sac-isc.gc.ca/fra/1345816651029/1557323327644

Source : Statistique Canada, recensements de la population de 1981 à 2006 et de 2016 et Enquête nationale auprès des ménages de 2011.

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